Le marquis de la Maisonfort m'avait invité à venir à Lucques, où il
voulait me présenter au duc de Lucques, fils de la reine d'Étrurie,
que Napoléon avait mise sur le trône de Toscane, puis détrônée et
reléguée à Lucques. La Restauration y avait rétabli son fils, en
attendant le duché de Parme, après Marie-Louise, veuve de Napoléon
vivant relégué à Sainte-Hélène.
La duchesse de Parme, Marie-Louise, que j'avais vue en passant à
Parme, m'avait paru charmante et bien éloignée de l'affreuse image que
les libéraux et les bonapartistes français avaient faite d'elle à
Paris. Sa figure aussi douce qu'intelligente, ses yeux bleus, ses
cheveux blonds, sa taille souple, sa physionomie heureuse sous un
voile de mélancolie paisible, plaisaient aux regards impartiaux. Le
comte de Neiperg, grand-maître de sa maison et son premier ministre,
qu'elle passait pour aimer en secret depuis son retour à Vienne
(1814), avait vis-à-vis d'elle la déférence respectueuse qui convenait
à sa situation officielle.
Après avoir dîné deux jours à sa table, dans son palais de Parme, elle
reconnut en moi en ami de la maison des Bourbons, et elle me conduisit
elle-même dans les chambres hautes de son palais pour m'y faire voir,
avec une visible indifférence, les reliques de sa grandeur impériale
données par la ville de Paris à l'époque de son mariage et de ses
couches. Ces monuments de sa dignité forcée, couverts de la poussière
du temps, lui rappelaient évidemment des années de splendeur qu'elle
eût voulu effacer de sa vie. Je la quittai pour la revoir depuis, tous
les ans, avec une impression très-douce et très-admirative qui ne
pouvait que s'accroître en la voyant familièrement. C'était une femme
pleine de grâce, de simplicité et d'agréments. Parme était heureuse
sous cette princesse qui cherchait à consoler ce petit peuple, par son
gouvernement, des splendeurs dont elle avait joui et dont elle était
déchue en trois ans, d'un règne qui n'avait été qu'un grand orage.