Je m'arrêtai à Pise pendant quelques jours pour y admirer les beautés
de la cathédrale et du _Campo Santo_, ce monument de marbre du XIIIe
siècle, et les quais magnifiques et solitaires, témoins aujourd'hui
muets d'une grandeur évanouie. J'y fis connaissance avec un ami de
madame de Staël, l'aimable professeur Rosini, auteur de la _Monaca de
Monza_, avec lequel j'entretins depuis une amitié qui ne s'éteignit
qu'à sa mort.
De là, je me rendis à Lucques par une route entrecoupée de riants
villages où les pampres déjà jaunissants, suspendus en guirlandes,
semaient les bords des fossés de feuilles de vigne et d'oliviers.
Je ne fis que traverser la ville, et je descendis à _Saltochio_,
superbe villa antique qu'habitait le marquis de La Maisonfort, de
l'autre côté de la plaine, sur la route des bains. J'y pris possession
d'un appartement que voulut bien m'offrir le ministre de France. Nous
y fîmes ensemble plus de poésie que de diplomatie. La sérénité limpide
de ce beau ciel au commencement de l'automne m'inspira ces mélancolies
qui se répandent sur le bonheur même, comme le clair de lune de ces
climats sur la nuit d'un beau jour.
En voici une que j'écrivis dès les premiers jours de mon arrivée à
_Saltochio_; je la donne ici avec le commentaire qu'on retrouve dans
mes oeuvres complètes: