La mort de lord Byron fut un deuil profond pour moi-même. Je me
souviens encore de la matinée, à Mâcon, où ma mère, qui connaissait ma
passion pour ce Tasse et pour ce Pétrarque des Anglais dans un seul
homme, craignant l'effet soudain et inattendu que ferait sur moi cette
mort d'un inconnu, entr'ouvrit mes rideaux d'une main prévoyante et
m'annonça avec précaution la catastrophe du poëte, comme elle m'aurait
annoncé une perte de famille. Elle portait sur sa physionomie
l'empreinte de la douleur qu'elle pressentait dans mon coeur. Mon
deuil en effet, à moi, fut immense et ne se consola jamais de cette
_étoile éteinte_ dans le ciel de la poésie de notre siècle. Il avait
beau avoir écrit cette parodie de l'amour intitulée _Don Juan_.
C'était une débauche de colère et de cynisme contre lui-même, un
reniement de saint Pierre que le Dieu déplore et pardonne. Sa poésie
est éternelle, parce qu'elle pleure mieux qu'elle ne fait semblant de
rire. Sa note sensible s'empare de l'âme comme une _harmonica_
céleste. Les nerfs en souffrent, mais le coeur en saigne, et les
gouttes de sang qui en découlent sont les délices des coeurs
sensibles.