Vivement frappé de cette perte, l'idée me vint, idée en général
malheureuse, de payer un tribut de deuil et de gloire à ce roi des
poëtes contemporains, en continuant ce poëme sous le titre de
_Cinquième chant de Child Harold_. Je l'écrivis tout d'une haleine,
trop vite, comme tout ce que j'ai écrit ou fait dans cette
improvisation perpétuelle qu'on appelle ma vie, excepté quand
l'événement qui presse ne laisse pas le temps de délibérer, et où le
meilleur conseil, c'est l'inspiration.
Je supposai que lord Byron vivait encore et que le génie, qui lui
avait inspiré les quatre premiers chants de son poëme, inspirait
encore à son génie le récit de sa propre mort. Mécontent de la
somnolence de l'Italie, le poëte, en la quittant, lui adressait des
adieux pleins d'amers reproches. Mais, dans mon plan, ces adieux
n'étaient pas dans ma bouche, ils étaient dans la sienne, et
parfaitement conformes aux sentiments exagérés qu'il avait maintes
fois exprimés lui-même en vers et en prose, sentiments des radicaux ou
des carbonari étrangers, avec lesquels il était en relation pendant
qu'il habitait Venise, les bords du Pô ou les rives de l'Arno.
Voici ces vers: