Ma renommée de poëte à peine éclos, ma qualité de diplomate français,
l'accueil dont j'étais l'objet à la cour du souverain, mon bonheur
intérieur, la présence de mes meilleurs amis, le loisir réservé à la
poésie de ma vie comme à celle de mes pensées, ma reconnaissance pour
tous ces dons de la Providence et mon penchant à la contemplation
pieuse qui s'est toujours accru en moi dans les moments heureux de mon
existence, comme les parfums de la terre qui s'élèvent mieux sous les
rayons du soleil que sous les frimas des mauvais climats, semblaient
me promettre une félicité calme dont je remerciais ma destinée;
lorsqu'un événement étrange et inattendu vint changer du jour au
lendemain cet agréable état de mon âme en une sorte de proscription
sociale qui se déclara soudainement contre moi, et qui me fit craindre
un moment de voir ma carrière diplomatique coupée et abrégée au moins
en Italie, ce pays du monde dont j'aimais le plus à me faire une
patrie d'adoption.
Voici cette bizarre et malheureuse péripétie de mon bonheur.