XXXII

Ma renommée de poëte à peine éclos, ma qualité de diplomate français,

l'accueil dont j'étais l'objet à la cour du souverain, mon bonheur

intérieur, la présence de mes meilleurs amis, le loisir réservé à la

poésie de ma vie comme à celle de mes pensées, ma reconnaissance pour

tous ces dons de la Providence et mon penchant à la contemplation

pieuse qui s'est toujours accru en moi dans les moments heureux de mon

existence, comme les parfums de la terre qui s'élèvent mieux sous les

rayons du soleil que sous les frimas des mauvais climats, semblaient

me promettre une félicité calme dont je remerciais ma destinée;

lorsqu'un événement étrange et inattendu vint changer du jour au

lendemain cet agréable état de mon âme en une sorte de proscription

sociale qui se déclara soudainement contre moi, et qui me fit craindre

un moment de voir ma carrière diplomatique coupée et abrégée au moins

en Italie, ce pays du monde dont j'aimais le plus à me faire une

patrie d'adoption.

Voici cette bizarre et malheureuse péripétie de mon bonheur.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 97 / 222 题