XXXI

La comtesse d'Albany m'accueillit avec une gracieuse bonté dans ce

cercle étroit des nationaux et des étrangers qui venaient honorer,

dans sa personne, moins la reine d'un empire évanoui que la souveraine

légitime de la grâce et de l'esprit dans la conversation. On ne

pouvait s'empêcher de chercher encore sur sa figure douce, fine,

intelligente et passionnée, les traces de la beauté qui l'avait fait

adorer dans un autre âge. On ne les y retrouvait que dans la

physionomie, cette immobilité du visage. La nature flamande de sa

carnation rappelait les portraits de Rubens plus que ceux des belles

Italiennes du moyen âge; son corps s'était alourdi par la chair; ses

joues, encore fraîches, donnaient trop de largeur à sa figure; mais

l'éclat tempéré de ses beaux yeux bleus et le sourire très-affectueux

de ses lèvres faisaient souvenir de l'attrait qu'ils devaient avoir à

quinze ans. On ne s'étonnait pas qu'elle eût été aimée pour ses

charmes avant de l'être pour ses aventures et pour ses infortunes;

c'était de la poésie encore, mais de la poésie survivant aux années,

qui la surchargeaient de leur embonpoint sans l'effacer, parce qu'elle

est de l'âme et non de la chair. Le feu doux de la passion mal éteinte

illumine encore les traits où elle a resplendi. Le reflet de l'amour

est l'illumination du visage jusque dans l'ombre des années.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 96 / 222 题