XXX

Les lettres de la comtesse de Virieu, veuve du membre de l'Assemblée

nationale, intimement liée avec la comtesse d'Albany, m'avaient

accrédité chez elle. Sa maison, modeste, élégante, lettrée, était le

sanctuaire quotidien des personnages les plus distingués de Florence,

Athènes alors de l'Italie. Le comte Gino Capponi, héritier du grand

nom et de la grande influence de ses ancêtres, avec qui j'étais lié

d'ancienne date à Paris, y venait tous les jours. C'était et c'est

encore le génie de la Toscane historique ressuscité; il désirait la

liberté et l'indépendance de sa patrie, restaurée sous ses souverains

libéralisés, mais nullement la destruction du nom de la Toscane et

l'usurpation de la maison de Savoie sous les Piémontais, considérés

alors comme de bons soldats des frontières, et nullement comme des

maîtres dignes de l'Italie régénérée. Le comte Gino Capponi, porté au

ministère par les premiers flots de la révolution italienne, y agit

dans ce sens patriotique et émancipateur de l'étranger, jusqu'au

moment où la fausse idée d'une unité absorbante détruisit, sous le

carbonarisme des radicaux, les vraies nationalités historiques dont

l'Italie se compose, pour saper l'histoire sous la chimère et pour

agir par la violence, à contre-sens de la nature, en détournant les

peuples et les princes d'une puissante et naturelle confédération

italienne.

Le comte Capponi rentra alors dans la retraite en faisant des voeux

pour l'Italie sous toutes ses formes. Une cécité précoce condamna à

l'inaction ce grand et généreux citoyen, que l'estime et la

reconnaissance de sa patrie accompagnent jusque dans ses _invalides_

du patriotisme. Puissent ces lignes lui apprendre que l'amitié survit

au delà du bonheur et de la popularité pour les hommes dignes d'être

aimés à tous les âges!

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 95 / 222 题