Le vieux roi de Naples Ferdinand, quoiqu'il passât pour un lazzarone
sur le trône parmi les libéraux de Paris, avait lui-même autant de
cet esprit napolitain, fin et railleur, que tout son royaume. Il
revenait en ce moment du congrès de Troppau avec la jolie duchesse de
Floridia, sa favorite, dont il avait fait sa femme, comme Louis XIV de
madame de Maintenon. Mais c'était une Maintenon sicilienne, avec le
pédantisme de moins, la jeunesse et la beauté de plus. Il écrivait à
son fils, le régent de Naples, pour être communiquées au parlement,
des dépêches pleines de l'éloge des chiens de chasse qu'il ramenait
pour chasser le sanglier en Calabre.
Il s'arrêta quelques mois à Rome avant de rentrer dans son royaume,
pour laisser aux Autrichiens et à son fils, son lieutenant général,
l'odieux et les embarras de sa restauration. Elle ne fut, du reste,
que plaisante et non sanglante. Tout fut liquidé et soldé par quelques
exils promptement révoqués. Il y avait eu peu d'excès, il n'y eut pas
de longue vengeance. Le pape, selon l'usage, lui donna à dîner en
grande cérémonie au Vatican le jeudi saint. Par une faveur tout
inusitée, le cardinal Consalvi m'invita à cette table de pape, de rois
et d'ambassadeurs. C'était contre l'étiquette, mais les rois passent
par-dessus et les poëtes par-dessous.