L'automne venu, le vieux roi partit avec le consentement de son
peuple, difficilement arraché, pour aller, disait-il, plaider
lui-même la cause de la révolution auprès des souverains réunis au
congrès de Troppau. On sait ce qui en arriva. L'armée napolitaine,
commandée, à Entrodocco, par un général mandataire des carbonari, se
dispersa au premier coup de canon, hors de portée, d'un faible corps
autrichien, dans les vignes. Il n'y avait rien à en conclure contre la
bravoure individuelle de ce peuple souvent héroïque quand une
généreuse passion l'anime; mais les carbonari ne lui présentaient pour
rois que des tribuns militaires, et pour causes, que des théories
qu'il ne pouvait ni comprendre, ni aimer. Les sociétés secrètes,
excellentes pour soulever, sont incapables de combattre. La fumée du
coup de canon d'Entrodocco fit rentrer les carbonari dans l'ombre. Le
général Foy, qui venait de prophétiser à la tribune de Paris que
l'armée de la Sainte-Alliance ne sortirait pas des défilés
d'Entrodocco, retira sa prophétie. Le brave et téméraire général Pepe
n'osa pas reparaître à Naples; il se réfugia en Angleterre, puis en
France. Il y réfléchit sur le danger d'être le général d'une société
secrète. C'était un bon soldat et un honnête homme, incapable d'un
crime, mais très-capable de rêver un rôle héroïque à la tête de
bataillons qu'il trouvait évanouis en se retournant. Je lui restai
toujours attaché de coeur jusqu'à sa mort.