Ainsi se passa l'été. Je ne retrouvais la politique que les jours de
la semaine où mes fonctions me ramenaient à l'ambassade. Je prenais
une part très-vive et très-confidentielle aux différentes phases et
aux différents orages que cette révolution suscitait dans le peuple,
dans le parlement et dans le palais. Ce fut là que j'eus l'occasion de
voir et d'admirer, suspendue aux bras de sa mère, cette ravissante
princesse Christine, dans toute la fleur de beauté et d'intelligence,
que son sort destinait pour épouse au roi d'Espagne, Ferdinand VII, et
qui a su, au milieu des tempêtes, plaire, gouverner, transmettre un
trône à sa fille, régner, tomber, ou plutôt se retirer du trône, plus
heureuse et plus habile que Christine de Suède, dans le demi-jour
d'une existence à l'abri des coups de vent. On distinguait déjà dans
sa gracieuse et spirituelle physionomie les signes d'une femme
courageuse qui saurait faire de la jeunesse, de la beauté et de
l'attrait trois pouvoirs politiques aussi irrésistibles que la nature.
Elle flottait sur les ondulations des plus graves et des plus
tragiques événements comme une rose de Pæstum arrachée de sa tige sur
les flots bouillants du golfe. Nous en étions tous respectueusement
enivrés.