XIV

Nous passions la matinée sous les longues et hautes treilles chargées

de raisins mûrs, comme d'autant de lustres d'ambre qui laissaient les

rayons de l'aurore transluire, à travers leurs grains jaunis, sur nos

têtes. Nous y portions des livres italiens de la grande époque lyrique

ou épique, tels que Dante, Pétrarque, Tasse, ces hommes qui ont doté

l'Italie de chefs-d'oeuvre. Quelquefois, j'y portais mon album et des

crayons; moi-même, Pétrarque inférieur pour une autre terre et un

autre temps, j'écrivais quelque harmonie ou quelque méditation.

À midi, nous rentrions pour déjeuner à l'ombre plus fraîche des

terrasses de la Sentinella, puis la sieste napolitaine, la musique, la

peinture, abrégeaient les heures du milieu du jour; quand le soleil

baissait et que les grandes ombres dentelées de l'Epoméo se

déroulaient sur les flancs de la montagne, nous parcourions, tantôt à

pied, tantôt sur des mules aux pieds agiles, les sentiers escarpés de

l'île, en contemplant les feux souterrains du Vésuve briller à

l'horizon comme un phare tournant, tantôt visible, tantôt flamboyant

sur les bords des mers aux yeux des matelots.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 79 / 222 题