Nous passions la matinée sous les longues et hautes treilles chargées
de raisins mûrs, comme d'autant de lustres d'ambre qui laissaient les
rayons de l'aurore transluire, à travers leurs grains jaunis, sur nos
têtes. Nous y portions des livres italiens de la grande époque lyrique
ou épique, tels que Dante, Pétrarque, Tasse, ces hommes qui ont doté
l'Italie de chefs-d'oeuvre. Quelquefois, j'y portais mon album et des
crayons; moi-même, Pétrarque inférieur pour une autre terre et un
autre temps, j'écrivais quelque harmonie ou quelque méditation.
À midi, nous rentrions pour déjeuner à l'ombre plus fraîche des
terrasses de la Sentinella, puis la sieste napolitaine, la musique, la
peinture, abrégeaient les heures du milieu du jour; quand le soleil
baissait et que les grandes ombres dentelées de l'Epoméo se
déroulaient sur les flancs de la montagne, nous parcourions, tantôt à
pied, tantôt sur des mules aux pieds agiles, les sentiers escarpés de
l'île, en contemplant les feux souterrains du Vésuve briller à
l'horizon comme un phare tournant, tantôt visible, tantôt flamboyant
sur les bords des mers aux yeux des matelots.