M. de Fontenay était de mon pays, gentilhomme des environs d'Autun,
ami de mes amis, beaucoup plus âgé et plus mûr que moi; il était entré
dans la carrière diplomatique par l'influence de M. Courtais de
Pressigny, envoyé de France à Rome, immédiatement après la
Restauration. C'était un des hommes les plus solides, les plus
aimables et les plus capables sous l'apparence de l'ancienne légèreté
française. Mais sa légèreté n'était qu'une qualité et nullement un
défaut de son esprit. Son sourire bienveillant donnait de la grâce au
sérieux de ses pensées, et ses mots fins et à deux sens portaient
d'eux-mêmes et touchaient avec justesse à leur double but, comme deux
traits partis à la fois d'un même arc: l'un pour faire sourire,
l'autre pour faire penser. Il avait par-dessus tout un coeur d'or,
pur, solide et franc comme le caractère de la Bourgogne, un peu
railleur, mais jamais mordant. La jalousie n'avait jamais approché de
ce coeur. Il jouissait du bonheur de faire valoir ses inférieurs et
ses égaux. Tel était l'homme avec lequel j'avais à faire mon noviciat
diplomatique dans une circonstance où l'on apprenait beaucoup en peu
de temps. Les révolutions suppléent au temps en concentrant beaucoup
d'événements dans quelques mois. Les campagnes comptent double quand
on se bat, elles comptent triple quand on négocie; il faut manoeuvrer
aussi vite que les passions d'un peuple en ébullition.
Nous n'eûmes pas deux pensées, M. de Fontenay et moi; il m'associa à
tout, nous agîmes en commun sous l'inspiration de son grand sens et de
son expérience. La situation complexe de la cour de Naples, les
conseils secrets où nous fûmes appelés et les négociations
confidentielles avec les chefs de partis et avec les membres les plus
influents du parlement, rendaient notre action très-intéressante,
quelquefois périlleuse et dramatique. J'en ai rendu compte dans la
partie politique de mes oeuvres complètes intitulée: _Mémoires
politiques._ Je ne traite dans ces confidences que de cette partie
intime qui touche seulement au coeur et qui n'intéresse que la famille
et les amis. Glissons donc.