XI

L'ambassade française à Naples était alors dirigée par le duc de

Narbonne, émigré rentré d'Angleterre avec le roi Louis XVIII, mais

émigré formé à Londres aux usages du régime constitutionnel,

complétement rallié à la Charte française, cette transaction habile et

loyale entre 89 et 1815, qui affermissait les rois et qui

coïntéressait les peuples libres à la monarchie populaire. C'était un

homme modeste, timide, ayant peur du son de sa propre voix, mais

plein de bon sens et d'aperçus justes, un des hommes qui n'aiment pas

à paraître en scène, mais qui ont, comme spectateurs, le sens le plus

parfait des situations. Il joignait à ces dons renfermés de son âme

une bonté exquise qui le faisait adorer de ses subordonnés. Il

m'accueillit dans son ambassade comme dans une famille; il eut pour ma

femme et pour moi, pendant les quelques mois de notre séjour, des

égards et des bontés qui nous rendront son souvenir éternellement

respectable et cher.

Particulièrement attaché au roi Louis XVIII et tenant de lui sa place

beaucoup plus que du ministère, il dépendait moins de M. Pasquier que

de M. de Blacas. M. de Blacas, favori du roi, déplacé en 1815 et

relégué à Rome où il représentait la France comme ambassadeur, avait

sur les légations de France en Italie une direction presque absolue,

avouée par le roi et complétement opposée à celle du ministère. Il

était l'oracle secret de la monarchie absolue, oracle que nous avions

l'ordre d'interroger dans tous les cas soudains et difficiles. Cet

oracle contre-révolutionnaire, en passant par l'âme absolue de M. de

Blacas, ne pouvait pas être favorable au tempérament que la politique

exigeait de nous. Le duc de Narbonne était forcé de le consulter, mais

il n'approuvait pas ses réponses. Il remit les affaires à M. de

Fontenay, premier secrétaire d'ambassade, comme cela se fait

ordinairement dans les circonstances équivoques, afin de pouvoir

désavouer des hommes secondaires, et il resta de sa personne à Naples

encore quelque temps, pour recevoir des instructions de Paris.

Cours familier de Littérature - Volume 21 · 第 76 / 222 题