Nous partîmes pour Turin, où je m'arrêtai quelques jours pour y voir
le premier secrétaire d'ambassade, le comte de Virieu, mon ami le plus
intime et presque un frère. Le duc d'Alberg, ami du prince de
Talleyrand, y était alors ambassadeur. Il nous accueillit à
_Rivsalta_, belle maison de plaisance qu'il habitait pendant l'été.
Rien ne semblait annoncer, à Turin, la fermentation sourde d'une
révolution prochaine qui couvait sous les sociétés secrètes et dans
les conjurations ambitieuses des amis du prince de Carignan, depuis le
roi Charles-Albert.
Indépendamment du comte de Virieu, du marquis de Barral, du marquis
Alfieri et de son fils, avec lequel j'avais été élevé, je connaissais
d'enfance presque toutes les illustres familles du Piémont: les
Sambuy, les Ghilini, les Costa, pour avoir reçu avec eux une éducation
commune chez les jésuites de Belley, dans ce collége soutenu par eux.
Je quittai Turin comblé de leur accueil et je m'arrêtai peu à
Florence.