Je revins à Paris après la saison des bains; il était convenu que nous
profiterions, l'un et l'autre, de toutes les circonstances favorables
pour amener, elle sa mère et moi ma famille, à consentir à un mariage
que nous désirions tous les deux très-vivement. Ma mère, comme à
l'ordinaire, était ma complice.
Ma nomination à Naples, les espérances que cette carrière ouverte
donnait à mon père, mon séjour de quelques semaines à Mâcon, mes
instances auprès de mes oncles et de mes tantes amenèrent à bien les
négociations; je partis avec l'autorisation de tout le monde et avec
des assurances d'héritages, après la mort de grands parents, qui
rendaient ma fortune au moins égale à celle de ma femme. Ses
démarches auprès de sa mère, et l'influence de ses amies,
mesdemoiselles de La Pierre, avaient triomphé de son côté de tous les
obstacles. J'en étais informé par sa correspondance, et, en arrivant à
Chambéry, je n'eus qu'à recueillir le fruit d'un an de patience et à
emmener avec moi la femme accomplie que l'attachement le plus fidèle
et le plus dévoué me destinait pour compagne de mes jours bons et
mauvais. Nous fûmes mariés dans la chapelle du château royal de
Chambéry, chez le marquis d'Andezène, qui gouvernait alors la Savoie.
L'illustre comte _de Maistre_, mon allié par le mariage de la plus
charmante de mes soeurs, madame Césarine, comtesse de Vignet, avec un
neveu du comte de Maistre, me servit de parrain, chargé des pouvoirs
de mon père.