[Illustration: M. Paul Déroulède à Champigny.]
C'était, dimanche dernier, la cérémonie commémorative de la bataille de
Champigny. Chaque année, M. Paul Déroulède a coutume de conduire, au
pied du monument élevé à la mémoire des combattants qui luttèrent là
pour l'honneur du drapeau, ses amis, ses fidèles, les membres de la
vieille Ligue des Patriotes, son oeuvre chère entre toutes. On craignait
qu'il ne pût, cette année, accomplir son pieux devoir. Il était, depuis
quelques jours très fatigué, consigné par les médecins à la chambre,
dans un état qui inquiéta un moment son entourage. Mais il allait
montrer une fois de plus à quel point «une grande âme est toujours
maîtresse du corps qu'elle anime». Malgré l'avis des médecins, il voulut
accompagner son ami et lieutenant, M. Marcel Habert, le compagnon,
naguère, de son exil.
Une automobile les emmena tous deux, avec un docteur, vers Champigny et,
quand M. Marcel Habert eut prononcé le discours qu'il avait préparé, M.
Paul Déroulède, faisant rabattre la capote de l'auto, se leva, dans un
effort de suprême volonté, et à l'assistance, silencieuse comme au
prône, adressa une allocution où il salua tour à tour les recrues et les
citoyens de Saverne, hier si indignement insultés, et «notre jeunesse
qui, de ce côté-ci des Vosges, a si ardemment accepté la loi de trois
ans, est venue se ranger si vaillamment sous les drapeaux de la France»,
affirmant pour les uns comme pour les autres son admiration et sa
gratitude.