L'escale qu'au cours de sa croisière en Méditerranée devait faire à
Athènes l'escadre de l'amiral Boué de Lapeyrère était la plus importante
de toutes celles que prévoyait le programme. Dans les eaux grecques, en
effet, nos marins allaient rencontrer une escadre anglaise, Les deux
flottes amies arrivèrent et mouillèrent, en trois groupes, à Phalère, à
Salamine, au Pirée, le 28 novembre, à quelques heures d'intervalle.
Le grand jour de fête pour l'escadre française fut celui où le roi et la
reine voulurent bien accepter de déjeuner à bord du _Voltaire_, bateau
amiral, accompagnés de la princesse Hélène, des princes Georges et
Alexandre, de MM. Venizelos, premier ministre, Demerdjis, ministre de la
Marine, etc. L'amiral de Lapeyrère attendait à la jetée de Phalère ses
hôtes royaux. Sur la vedette royale, le roi Constantin et la reine
passèrent en revue l'escadre, avant d'aborder le _Voltaire_.
Il n'y eut pas de toasts échangés. Mais les officiers français furent
ravis de la bonne grâce exquise, de l'évident désir de les séduire que
leur montrèrent les souverains. Quand le roi et la reine manifestèrent
le voeu de se retirer, l'amiral de Lapeyrère les reconduisit à terre, au
grondement des canons du _Voltaire_, auquel faisaient écho les pièces du
cuirassé grec _Spetzaï_. Une foule immense, accourue d'Athènes et de la
contrée avoisinante, entassée sur la plage et sur la colline voisine de
Castella, mêlait ses acclamations à ces salves. Jamais on ne vit, en
Grèce, manifestations de sympathies plus chaleureuses.