LES MANNESMANN ET L'ESPAGNE

[Illustration: La reine. Le prince héritier. Le ministre de France. Le

roi. L'amiral Boué de Lapeyrère. Le chef de l'escadre française saluant,

sur la jetée de Phalère, les souverains grecs.--_Phot. Soutsos._]

Les journaux madrilènes--la _Epoca_ entre autres--à propos d'un incident

qui vient de causer quelque émotion en Espagne, remettent au jour un

article paru dans _L'Illustration_ du 15 juillet 1911, dont l'importance

les avait frappés. Cet article révélait, précisait le rôle qu'avaient

joué, dans «le coup d'Agadir», les frères Mannesmann, ces agents zélés,

au Maroc, de l'impérialisme germanique.

Car, après avoir si bien réussi à nous créer les ennuis graves qu'on n'a

pas oubliés, les Mannesmann viennent de transporter sur d'autres champs

leur dévorante activité. Le Souss ayant échappé, en partie, du moins,

espérons-le, à leurs âpres convoitises, ils se sont tournés vers

l'Espagne et la zone qui lui est dévolue, présidios, Gharb et Rif

surtout. Leurs premiers travaux d'approche remontent à quelque temps

déjà; mais la présence de l'un d'eux, M. Reinhardt Mannessmann, à

Madrid, où son escorte marocaine, véritable garde du corps en turban et

_selham_, fait sensation; des démarches qu'il a tentées auprès du

gouvernement, certaines campagnes de presse, ont inquiété l'amour-propre

espagnol et excité ses légitimes susceptibilités.

Le projet des frères Mannessmann, tel qu'il ressort des détails publiés

par _l'Imparcial_ et plusieurs autres organes, ne tendrait à rien moins

qu'à la création d'une sorte de compagnie à charte, analogue à celle qui

valut à l'Angleterre la possession du Transvaal, chargée uniquement de

pacifier et d'organiser la zone espagnole du Maroc. Dans ce but, les

Mannessmann se sont assuré le concours du chérif Raïssouli, l'ancien

gouverneur du Gharb, l'ancien ami des Espagnols, qui aurait le

commandement d'une véritable armée indigène. En fait, ce projet

aboutirait à la mainmise des entreprenants spéculateurs allemands sur le

Gharb et le Rif, d'où les troupes espagnoles seraient retirées.

Il serait trop long, si intéressant que soit le sujet, d'entrer dans le

détail de cette combinaison, et des expédients employés par MM.

Mannessmann frères pour la faire aboutir. On comprend, de reste, à quel

point cette audacieuse tentative a blessé l'orgueil espagnol, si

chatouilleux. C'est un projet qu'aucun gouvernement, à Madrid, ne

saurait même discuter sans se perdre à tout jamais dans l'opinion.

[Illustration: M. Reinhardt Mannessmann et son escorte marocaine en

excursion près de Madrid.--_Phot. du_ Nuevo Mundo.]

[Illustration: LA FEMME QUI ASSASSINA, par Henriot.]

Note du transcripteur: les suppléments mentionnés

en titre ne nous ont pas été fournis.

L'Illustration, No. 3694, 13 Décembre 1913 · 第 42 / 42 题