LE PEINTRE CASTELLANI

Un peintre de valeur, un «panoramiste», comme il s'intitulait lui-même

volontiers, dont plusieurs oeuvres connurent le succès, et qui, il y a

quelque quinze ans, apporta à _L'Illustration_ une collaboration

précieuse, Charles Castellani, vient de mourir, dans la retraite qu'il

s'était choisie, à Bois-le-Roi.

Elève d'Yvon et de Delaunay, le jeune artiste s'était signalé par

quelques tableaux militaires lorsque éclata la guerre de 1870-71. Après

s'être battu vaillamment, avoir été blessé et fait prisonnier, il reprit

les pinceaux, la paix signée, et donna une série de toiles où revivaient

dramatiquement ses souvenirs de l'année terrible: les _Turcos à

Wissembourg, la Charge des zouaves pontificaux et des francs-tireurs à

Loigny, les Marins du Bourget_. Plusieurs de ses panoramas, celui de

Waterloo, celui du Siège de Belfort, de la Création avant le Déluge, lui

valurent la notoriété. On conte qu'ayant reçu d'Allemagne des

propositions fort avantageuses pour exécuter une grande composition sur

la bataille de Sedan, il les déclina--d'un mot--en demandant, fièrement,

cinq milliards.

[Illustration: Le peintre Castellani.--_Phot. Nicodeau._]

Patriote ardent, Charles Castellani était également un colonial, un

explorateur passionné, que tentaient les expéditions lointaines. En

1898, il accompagna la mission Marchand au Congo et donna à

_L'Illustration_, avec des dessins, un récit pittoresque et coloré de

son voyage.

Jusqu'à la fin il avait conservé une grande jeunesse de caractère, un

entrain de vieux soldat que les années n'avaient pas affaibli. Notre

photographie, prise récemment, le montre, une mandoline--son violon

d'Ingres--à la main, dans l'intimité de son atelier, décoré des

multiples objets qu'il avait rapportés de ses campagnes.

L'Illustration, No. 3694, 13 Décembre 1913 · 第 39 / 42 题