LES THEATRES

Sur la scène où triompha le _Petit Café_, au Palais-Royal, MM. Tristan

Bernard et Alfred Athis viennent de faire jouer, avec le plus brillant

succès, une pièce en trois actes, les _Deux Canards_, qui, tout ensemble

comédie psychologique et joyeux vaudeville, participe aux deux genres

pour le plus grand contentement des spectateurs. Les «deux canards», ce

sont deux petits journaux de province, défendant des opinions

contraires, mais également violentes, qui ont le même rédacteur, sous

des noms différents. Sur ce sujet, abondant en situations comiques, où

les jeux de la politique se mêlent, comme il convient aux jeux de

l'amour, MM. Tristan Bernard et Alfred Athis ont exercé leur verve tour

à tour spirituelle et bouffonne. Ils ont trouvé dans la troupe du

Palais-Royal, avec M. Germain, M. Le Gallo et Mlle Cassive, une

interprétation que l'on peut dire parfaite.

Du très beau roman de M. Gustave Guiches, _Céleste Prudhomat_, M. Émile

Trépard, librettiste et compositeur, a tiré un drame lyrique en quatre

actes, _Céleste_, que vient de représenter l'Opéra-Comique.

Donner un commentaire musical à un sujet d'un très moderne réalisme,

c'était assurément une singulière difficulté: M. Émile Trépard l'a

résolue de façon originale, et sa partition atteste un effort

intéressant, souvent heureux. Elle est remarquablement chantée par Mlle

Brunlet, sortie cette année du Conservatoire, qui, dans le rôle de

Céleste, a brillamment débuté, par Mme Nelly Martyl, MM. Rousselière et

Delvoye.

_Cocorico_: ce titre sonore et bien français est celui d'une

divertissante opérette qu'affiche en ce moment le théâtre Apollo. Sur un

livret de MM. Georges Duval, Maurice Soulié et de Jailly, construit

suivant les meilleures traditions du genre, M. Louis Ganne, l'auteur de

tant d'oeuvres qui connurent le grand succès, a écrit une musique claire

et nerveuse, expressive, bien chantante. On a fort applaudi ses

interprètes, MM. Defreyn, Lamy et Erey, Mmes Brigitte Régent et Marise

Eairy.

Un des chefs-d'oeuvre balzaciens, _Eugénie Grandet_, vient d'être porté

à la scène, très habilement, par M. Albert Arrault, dont l'intéressante

adaptation, en quatre actes, est donnée par le théâtre des Arts, avec

une pièce biblique de M. Alexandre Meunier, _l'Enfant prodigue_.

L'oeuvre de M. Albert Arrault traduit fidèlement, sous la forme

dramatique, les épisodes du roman: la tâche pouvait sembler difficile,

et son exécution est fort adroite.

Une société d'amateurs, «le Masque», a fait représenter, la semaine

dernière, sur la scène du théâtre Mors, devant un public choisi, une

pièce en vers de M. Gabriel Mourey, _Psyché_; l'auteur, artiste et poète

délicat, a paré l'antique légende des grâces de son souple lyrisme. Ce

fut une soirée fort littéraire.

L'Illustration, No. 3694, 13 Décembre 1913 · 第 38 / 42 题