LES PÂTÉS APPROXIMATIVEMENT TRUFFÉS.

Pour si rigoureusement minutieux qu'ils soient, les textes légaux en

vigueur au sujet des falsifications alimentaires ont oublié de préciser

les conditions auxquelles doivent satisfaire les pâtés et les

préparations culinaires pour avoir droit à la dénomination de «produits

truffés». Aussi certains industriels ont fini par vendre à des prix

invraisemblables de bon marché des produits étiquetés «produits truffés»

dont le truffage n'a été effectué qu'à des doses vraiment

homéopathiques.

Ces pratiques déshonnêtes ne vont pas tarder à prendre fin. Tout

récemment, le service de la répression des fraudes a saisi chez un

commerçant parisien des échantillons de «mousse de foie gras truffé»

dans lesquels le laboratoire de l'État n'a pas trouvé de truffes. Deux

chimistes experts commis par le juge d'instruction ont été plus heureux.

En versant sur une plaque de verre tout le contenu d'une des boîtes

prélevées (125 gr. environ) puis en l'étalant au moyen d'une spatule, de

façon à le disposer en une couche très mince, ils ont fini par découvrir

à grand'peine des fragments noirs, minuscules; le poids de ces fragments

était de l'ordre des milligrammes, mais le microscope a fait apercevoir

en eux les spores caractéristique de la truffe. L'inculpé triomphait

déjà quand les experts ont eu l'idée d'examiner au même point de vue des

produits similaires fabriqués par des maisons réputées; ils ont trouvé

dans leur masse des fragments de truffe très apparents et dont le poids

d'ensemble atteignait toujours 2, 2,50 et même 2,75% du poids total de

la préparation. Ils se sont alors demandé si un pâté ou une mousse de

foie gras contenant au grand maximum 0,06% de truffes a bien droit à la

dénomination commerciale de produit truffé. Consulté par eux, le

président de la Chambre syndicale des fabricants de conserves de foie

gras truffé a répondu avec une précision regrettable pour les fraudeurs.

Un truffage inférieur à 1,75 ou 2%, a-t-il dit, doit être tenu pour

incapable de communiquer à un pâté ou à une mousse de foie gras l'arôme

spécial et le goût de la truffe; dès lors, au-dessous de cette

proportion, un pâté ou une mousse de foie gras ne doit pas être

considéré comme réellement truffé.

Voilà une déclaration dont la netteté est suffisante pour fixer

l'opinion des juges et, par un heureux ricochet, pour supprimer la

fabrication des mousses de foie gras truffées à des doses

infinitésimales.

L'Illustration, No. 3694, 13 Décembre 1913 · 第 35 / 42 题