Le pain est un mets de très grande antiquité: mais l'homme ne l'a pas
toujours connu. Il serait sans doute difficile sinon impossible de dire
quand et où se fit le premier pain: mais on sait de source certaine que
le pain était déjà connu de l'homme néolithique, et que les habitants
des palafittes en particulier en faisaient usage.
Ces populations, occupant des habitations bâties sur pilotis, dont les
vestiges sont abondants sur le rivage de plusieurs lacs suisses, étaient
agricoles et sédentaires. Elles possédaient déjà des animaux domestiques
et des plantes alimentaires, et probablement cultivées, dont certaines
pouvaient avoir une origine fort lointaine et être venues de contrées
très distantes.
Parmi les plantes, il y avait le blé, qui était déjà connu et apprécié
au début de la période néolithique; il y avait même plusieurs blés. L'un
d'eux est encore cultivé dans la Gruyère: c'est le _blé mottu_ qui croît
aussi spontanément dans le Caucase. En vient-il? Un autre est le froment
égyptien, encore cultivé en Suisse sous le nom de _nouette de Lausanne_.
Et il faudrait citer encore l'orge, l'amidonier, le petit épeautre,
l'épeautre, le seigle, le millet, etc.
De ces grains, que nous utilisons encore pour faire du pain et des
produits similaires, les habitants des palafittes faisaient du pain. On
a retrouvé, à de nombreux exemplaires, des meules à broyer le grain, en
pierre, en grès, en granit, accompagnées de leurs broyeurs. Ces outils
devaient servir à broyer les grains en farine, et la farine à faire du
pain. On n'en peut douter: le pain des palafittes est bien connu et
authentique.
Ce n'était pas le pain actuel... La farine servait à faire des galettes
arrondies, cuites sur des pierres ou de l'argile, et ce pain rustique,
dont on a retrouvé plusieurs morceaux, était emmagasiné dans des vases.
Les probabilités sont qu'on le consommait après humectation, pour le
ramollir un peu. On remarquera qu'à l'époque de la découverte les
indigènes des Canaries opéraient de façon sensiblement pareille.