Hortense-Félicité de Mailly-Nesle, nommée avant son mariage
_mademoiselle de Mailly_, née le 11 février 1715, mariée le 21 janvier
1739 à François-Marie de Fouilleuse, marquis de Flavacourt, vivante
encore en l'an VII de la République.
«Madame de Mazarin a demandé aujourd'hui (16 janvier 1739), l'agrément
du Roi pour le mariage de mademoiselle de Mailly, sœur de madame de la
Tournelle avec le marquis de Flavacourt. Mademoiselle de Mailly est
belle-petite-fille et nièce à la mode de Bretagne de madame de Mazarin.
Elle est fille de madame de Nesle, laquelle étoit fille de M. Mazarin;
et du côté de M. de Nesle, le père de M. de Nesle étoit frère de M. de
Mailly, lequel Mailly avoit épousé mademoiselle de Sainte-Hermine que
nous avons vue dame d'atours de madame la Dauphine. M. de Mailly eut
six enfants, trois garçons dont l'aîné épousa Mlle de Mazarin, c'est
madame de Mailly dame du palais. Le second s'appelle Rubempré et a
épousé mademoiselle d'Arbalette de Melun, et le troisième est le
chevalier de Mailly qui vient de servir en Hongrie. Les trois filles
sont: madame de Listenay, madame de la Vrillière (aujourd'hui madame
Mazarin) et madame de Polignac. Madame de la Vrillière a eu un garçon
qui est M. de Saint-Florentin qui a épousé mademoiselle Platen, une
fille morte à 12 ou 13 ans, une autre qui a épousé M. de Maurepas, et
une autre qui a épousé M. de Plelo; elle est morte. Madame de Polignac a
eu deux ou trois garçons dont l'aîné vient d'épouser mademoiselle de
Mancini. M. de Nesle, fils de M. de Nesle dont je viens de parler avoit
épousé mademoiselle de Mazarin; de ce mariage sont venues cinq filles:
madame de Mailly, dame du palais, dont je viens de parler, mademoiselle
de Nesle et mademoiselle de Montcavrel, mademoiselle de la Tournelle et
mademoiselle de Mailly qui se marie aujourd'hui; elle a environ
vingt-trois ans. M. de Flavacourt a, à ce que l'on dit, 26,000 livres de
rente, et madame sa mère en a encore 22,000. Madame de Flavacourt est
Grancey, elle avoit une sœur qui s'appelait madame de Hautefeuille,
toutes deux filles de madame de Grancey qui avoit épousé en secondes
noces le maréchal de Montrevel. M. de Nesle d'aujourd'hui a une sœur
qu'on appelle madame de Nassau, laquelle a un fils qu'elle a voulu faire
présenter sous le nom de prince de Nassau, mais cela a souffert quelques
difficultés. Madame Flavacourt étoit présentée le 25 janvier par madame
de Mazarin.» (_Mémoires du duc de Luynes_, vol. II).
Au dire de Soulavie, après la mort de madame de Châteauroux, Richelieu
vint trouver madame de Flavacourt et lui offrit de la part de Louis XV
pour remplacer sa sœur tout ce qu'elle pouvait désirer. La vertueuse
madame de Flavacourt, à la longue énumération des grâces promises,
répondit simplement: «_Voilà tout! Eh bien, je préfère l'estime de mes
contemporains!_» La réponse est bien belle pour la femme qui se disait
prête à se livrer au Roi, pour ne pas retourner vivre avec son mari,
pour la femme que nous allons bientôt voir devenir une des premières
_promeneuses_ et _soupeuses_ de madame du Barry.
Madame de Flavacourt a été peinte dans un portrait de Nattier connu sous
le nom du _Silence_. Ce tableau qui passait pour le chef-d'œuvre de
Nattier est aujourd'hui perdu et je doute même qu'il ait été gravé.
Elle a été représentée une seconde fois par Nattier, les cheveux courts
et finissant en petites pointes frisées, la gorge nue, un carquois au
dos dont l'attache retient un fragment de tunique sur la pointe de ses
seins.
On lit dans le tournant du cadre: LA MARQUISE DE FLAVACOURT; dans la
tablette, la phrase de Soulavie: _Je préfère l'estime de mes
contemporains..._, et tout en bas, gravé à la pointe: _Peint par
Nattier.--Gravé par Masquelier_.
Le premier état porte en haut de la page: T. VII, _page 52_. Un état
postérieur porte: _T. VII, pag. 85_.
Ce portrait a été gravé pour l'édition des _Mémoires du maréchal duc de
Richelieu_ (par Soulavie), publié à Paris chez Buisson, en 1793.
Madame de Flavacourt passait au Tribunal révolutionnaire et y montrait
une gaieté brave qui la sauvait de la mort. Soulavie qui donne ce détail
dans ses _Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI_, dit
qu'elle vivait encore en l'an VII.
Madame de Flavacourt avait eu, en 1739, un fils, Auguste-Frédéric, et,
en 1742, une fille nommée Adélaïde qui, en 1755, épousa le marquis
d'Étampes.
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