Diane-Adélaïde de Mailly-Nesle, appelée avant son mariage mademoiselle
de Montcavrel, née en 1714, mariée à Louis, duc de Brancas, dit duc de
Lauraguais, morte le 30 novembre 1769.
À propos du mariage de mademoiselle de Montcavrel avec Lauraguais,
donnons cette note écrite par Louis XV et trouvée dans les papiers de
Richelieu:
«Je donne 24 ou 30,000 livres au plus pour les frais de noces; 80,000
livres en rentes sur les postes dont moitié seront mises en communauté.
«La pension de dame du palais dès à présent.
«Trente ans de privilège sur les juifs et je m'engage de le renouveler
pour jusqu'en 1800 inclusivement. Mais je voudrois savoir si, en
_accordement_ du mari, la femme ou les enfants jouiront de ce don des
juifs, ou si l'on compte qu'ils seront partagés avec les enfants du
premier lit, et à qui l'on compte que ce don reviendra en cas de mort,
sans enfants des futurs époux.
«Quels biens peuvent assurer le douaire à perpétuité pour les enfants,
puisque l'on en exclut le duché et les terres du comtat?»
_Brevet de dame d'atours de Madame la Dauphine pour la duchesse de
Lauraguais._
AUJOURD'HUY 20 décembre 1744. Le Roy étant à Versailles, s'étant
déterminé de bonne heure à penser au mariage pour Monseigneur le Dauphin
qui pût, en perpétuant la succession de la Couronne dans la ligne
directe, affermir de plus en plus l'union qui règne entre les deux plus
puissants thrones de l'Europe, Sa Majesté a fait la demande de l'Infante
d'Espagne Marie-Thérèse-Antoinette-Raphaelle, cette princesse a été
accordée aux vœux de Sa Majesté et à ceux de M. le Dauphin et désirant
qu'elle soit servie avec la magnificence convenable à une Princesse
issue d'un sang aussi auguste, Sa Majesté a voulu former sa maison des
personnes les plus dignes de cet honneur, Sa Majesté a nommé la dame de
Mailly duchesse de Lauraguais pour remplir la charge de dame d'atours de
cette princesse. Son mérite et les autres qualités qu'exige cette place
de confiance répondent à sa naissance. À cet effet, Sa Majesté a retenu
et retient ladite dame duchesse de Lauraguais, en l'état et charge de
dame d'atours de madame la Dauphine pour après qu'elle aura presté le
serment entre les mains de madite dame, la servir en ladite charge, en
jouir et user aux honneurs, autorités, prérogatives, prééminences,
privilèges, franchises, libertés, exemptions y appartenants et aux
gages, pensions et autres droits qui seront réglés par Sa Majesté...
(_Archives nationales. Lettres missives de la maison du Roi_. Registre
O/1 88.)
* * * * *
Un brevet du 1er février 1743 nommait déjà à cette place la duchesse de
Lauraguais.
Madame de Lauraguais recevait en janvier 1745, les boutiques de Nantes
qu'avait la maréchale d'Estrées et restait la maîtresse du Roi jusqu'à
l'avènement de madame de Pompadour avec laquelle elle avait de vives
altercations.
Congédiée par le Roi, madame de Lauraguais est, tout le temps de la
faveur de madame de Pompadour, la maîtresse de Richelieu. Elle sert
chaleureusement son amant par ses intrigues et le reste d'influence
qu'elle a gardé sur Louis XV, et elle contribue beaucoup à la nomination
de Richelieu au commandement de l'expédition de Minorque. (Voir notre
histoire de madame de Pompadour.) Faur, l'auteur de la _Vie privée du
maréchal de Richelieu_, a donné dans son troisième volume des lettres
d'elle de cette époque qui sont peut-être un peu arrangées et que je
n'ose donner textuellement ici. Mais voici une lettre parfaitement
authentique de l'amoureuse duchesse à propos de l'expédition de
Minorque, lettre qui passait à la vente d'autographes de A. Martin:
... «_Ma pauvre tête me tourne. J'ai bien peur que l'amiral Bing
n'arrive avant que la tranchée ne soit ouverte, et par conséquent ne
vous donne beaucoup de difficultés, et ne vous allonge votre siège.
J'espère bien que vous surmonterez toutes ces difficultés et que vous
serez vainqueur de Mahon. Mais je crains bien que le siège ne soit bien
meurtrier. Ah que je suis donc malheureuse de vous voir au milieu de ces
dangers. Je voudrois être votre cuirasse. Mais songez je vous en conjure
qu'un général ne peut ni ne doit s'exposer: et puis vous n'etes pas à
vous, vous etes à moi, à moi qui vous adore, qui ne vis que pour vous,
qui vous regarde comme ce que j'ai de plus cher au monde. Ma vie est
attachée à la votre..._»
Je ne connais pas de portrait peint, dessiné ou gravé de la duchesse de
Lauraguais.
* * * * *