Pauline-Félicité de Mailly de Nesle, appelée avant son mariage
_Mademoiselle de Nesle_, née au mois d'août 1712, mariée le 28 septembre
1739 à Jean-Baptiste-Félix-Humbert, marquis de Vintimille, morte le 10
septembre 1741.
_Compiègne, 30 juillet 1740[603]._
_Je suis persuadée, madame, que vous prenez part à ce qui me regarde;
ainsi il ne me fallait pas d'excuse d'avoir tardé à me faire votre
compliment sur la perte que je viens de faire[604]. Je me doutais bien
que vous n'en saviez rien, je compte trop sur votre amitié, pour douter
un moment que vous êtes capable de m'oublier, et, à vous parler
franchement, je n'imagine jamais ce qui peut me faire de la peine: c'en
serait une véritable pour moi, si je pouvais prévoir que vous fussiez un
moment sans m'aimer. Sans fadeur, je vous trouve si aimable et si fort à
mon gré, passez-moi ce terme, que je serais furieuse si vous étiez assez
mal née pour n'avoir pas pour moi un peu de bonté, car, en vérité vous
avez peu de gens qui vous soient aussi tendrement attachés. Je le
disputerais quasi à madame de Rochefort, à qui je vous prie de faire
mille complimens. Je ne vous en ferai point à vous, en finissant ma
lettre: je vous dirai tout crûment que je vous aime et que je vous
embrasse de tout mon cœur._
_Compiègne, 8 août 1740._
_Je suis au comble de ma joie, Madame. Cette façon de commencer une
lettre vous paraît peut-être singulière; mais quand vous saurez de quoi
il s'agit, vous serez aussi contente que moi. Je vous dirai donc que
j'ai trouvé le moment favorable de parler à ma sœur au sujet de M. de
Forcalquier; je lui ai dit ce que je pensais de la façon dont le Roi le
traite, et lui ai fait un grand détail avec beaucoup d'éloquence, qui
dans toute autre occasion m'aurait surprise; mais je trouve que l'on
parle toujours bien quand on soutient une bonne cause et surtout quand
cela regarde quelqu'un à qui on s'intéresse; enfin j'ai parlé et
persuadé: je suis parfaitement contente de cette réponse. Elle m'a
promis de parler; je ne mets pas en doute qu'à son tour elle persuadera:
je lui ai fait de grandes avances de la part de M. de Forcalquier, et
l'ai assurée que s'il ne l'avait point encore vue chez elle, c'est qu'il
n'avait osé.
Elle m'a paru sensible à tout ce que je lui disais d'obligeant de sa
part, et m'a dit que je lui ferais plaisir de lui amener. Réellement
elle s'est portée de si bonne grâce à tout ce que je lui disais, et si
aise de trouver occasion de faire plaisir, que j'aurais voulu que vous
fussiez témoin de notre conversation: si vous la connaissiez autant que
moi, vous l'aimeriez à la folie; elle a mille bonnes qualités et une
façon d'obliger singulière. Que tout ceci ne vous passe pas, et
remarquez qu'en femme prudente je ne vous écris pas par la poste: on y
lit les lettres fort ordinairement. Après que vous vous serez ennuyée de
la mienne, mettez-la au feu, je serais au désespoir qu'elle fût perdue._
_Le duc d'Ayen m'a donné un mémoire de votre part, je ferai ce qui
dépendra de moi pour faire réussir votre affaire. M. le Premier n'est
point ici, je compte qu'il sera bientôt de retour: en attendant je
parlerai à M. de Vassé. Je compte bien aller souper dans votre petite
maison, et je regrette beaucoup de n'être pas à portée de vous voir plus
souvent. Je me flatte que vous pensez quelquefois à moi; vous me devez
un peu d'amitié, car on ne peut vous être plus tendrement attachée que
je vous le suis._
_Je vous embrasse, Madame, de tout mon cœur. Voilà l'épître de Voltaire
que je vous renvoie. Le duc d'Ayen me charge de vous rendre réponse pour
lui, et de vous faire mille très-humbles compliments de sa part._
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Le buste et le portrait que Louis XV avait commandés après la mort de
madame de Vintimille furent-ils exécutés et existent-ils encore? Quant à
moi, je ne connais aucun portrait peint ou gravé de madame de
Vintimille. Il existait un dessin d'elle dans le cabinet Fontette qui
devrait se retrouver au cabinet des Estampes, mais les recherches que
j'ai fait faire ont été vaines, ainsi que les recherches faites pour le
portrait de madame de Châteauroux faisant partie de la même collection.
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