La liste des dix-sept princesses était celle-ci: Anne, fille du prince
de Galles: 15 ans. Amélie-Sophie, fille du même: 13 ans.
Marie-Barbe-Joseph, fille du roi de Portugal: 14 ans. Charlotte-Amélie,
fille du roi de Danemark: 18 ans. Frédérique-Auguste, fille du roi de
Prusse: 15 ans. Anne-Sophie, fille de l'oncle paternel du roi de Prusse:
18 ans. Sophie-Louise, fille du même: 15 ans. Élisabeth, fille ainée du
duc de Lorraine: 13 ans. Henriette, troisième fille du duc de Modène, 22
ans. Marie Petrowka, fille du Czar: 16 ans. Anne, fille du même: 15 ans.
Charlotte-Guillelmine, fille du duc de Saxe-Eisenach: 21 ans.
Christine-Guillelmine, fille du même: 13 ans. Marie-Sophie, fille du duc
de Mecklembourg-Strélitz: 14 ans. Théodore, fille de Philippe, frère du
prince de Hesse-Darmstadt: 18 ans. Thérèse-Alexandrine, Mademoiselle de
Sens: 19 ans. Mademoiselle de Vermandois, 21 ans.
_Anne, princesse aînée de Galles--15 ans._
Le duc de Bourbon[12], ne mettant pas en doute que la princesse Anne
n'embrassât pas la religion catholique, faisait un exposé des avantages
et des désavantages de l'alliance. Par ce mariage la France devait avoir
le concours de l'Angleterre pour calmer les mouvements du ressentiment
de l'Espagne. Cette alliance devait en outre, dans le cas d'un conflit,
amener la neutralité de la Hollande, toujours attachée aux intérêts de
l'Angleterre. Enfin elle devait rendre plus entière l'entente avec le
Roi de Prusse qui sentait le besoin de ne pas se séparer de cette
puissance. Les désavantages étaient ceux-ci: 1° L'effroi de la
catholicité devant ce mariage avec une princesse qui resterait, malgré
son abjuration, attachée à son ancienne religion; 2° l'empêchement à
tout jamais apporté à la protection qu'il conviendrait peut-être un jour
d'accorder au chevalier de Saint-Georges; 3° l'hostilité de la cour de
Rome dont on avait besoin pour faire sentir au Roi d'Espagne que le
mariage de Louis XV était indispensable; 4° l'appui donné, dans le cas
où la Reine aurait une autorité dans le gouvernement, aux
religionnaires, aux jansénistes, cause de tous les malheurs qui étaient
arrivés sous les règnes de Henri III et Henri IV.
_Amélie-Sophie, seconde princesse de Galles--13 ans._
Mêmes raisons, en faveur ou en défaveur de cette princesse que celles
données au sujet de sa sœur aînée.
_Marie-Barbe-Joseph, infante de Portugal--14 ans._
La mauvaise santé de la famille de Portugal, les esprits fols et égarés
qu'elle avait produits, faisaient craindre que le mariage ne produisît
pas le résultat cherché. On craignait que la princesse n'eût pas
d'enfants, qu'elle en eût très-tard, que ces enfants mourussent, enfin
que cette alliance n'introduisît dans la maison de France les vices du
sang de la maison de Portugal.
_Charlotte-Amélie, princesse de Danemark--18 ans._
Cette princesse était luthérienne et nièce d'une tante qui avait refusé
d'être Impératrice pour ne pas changer de religion. Puis, en cas d'une
abjuration, il y avait à redouter d'être engagé à prendre un parti trop
déclaré contre le Czar et la Suède pour maintenir le père dans le duché
de Neswick.
_Fridérique-Auguste-Sophie, princesse de Prusse--15 ans._
Princesse luthérienne qui était, par les derniers traités entre
l'Angleterre et la Prusse, promise au fils aîné du prince de Galles.
_Les deux filles du margrave Albrecht, oncle paternel du Roi de
Prusse.--L'aînée 18 ans, la cadette, 15._
Princesses calvinistes qui, n'étant que cousines germaines du Roi de
Prusse, n'assureraient pas l'appui à la France du Roi appartenant au Roi
d'Angleterre par les doubles mariages que ces deux souverains avaient
faits entre leurs enfants.
_Élisabeth, princesse aînée de Lorraine--13 ans._
Le passé où on retrouve des princesses de Lorraine, reines de France,
plaidait en faveur de cette princesse, mais le duc de Bourbon faisait
remarquer que les princesses de Lorraine qui avaient été reines de
France avaient toujours apporté la guerre civile. Il ajoutait que cette
maison avait une liaison trop intime avec la maison d'Autriche, et
prédisait le mécontentement des ducs et des grands du royaume menacés de
la prépondérance des princes lorrains établis en France[13].
_Henriette, troisième princesse de Modène--22 ans._
La princesse Henriette était écartée comme fille d'un trop petit prince
et sortant d'une maison où il y avait eu trop de mésalliances[14].
_Marie Petrowka, princesse aînée czarienne--16 ans._
Le mariage de cette princesse était arrêté avec le duc de
Holstein-Gottorp.
_Anne, princesse czarienne--15 ans._
La princesse Anne dont la main avait été offerte par la czarine,
princesse bien faite et d'une figure aimable, était repoussée à cause de
la basse extraction de sa mère, de l'éducation et des habitudes barbares
de son pays, du sang encore trop neuf de la famille des Czars pour les
vieilles familles royales de l'Europe.
_Charlotte-Guillelmine et Christine-Guillelmine, filles du duc de
Saxe-Eysenach--L'aînée 21 ans, la cadette 13 ans.