et limbe avec revêtement de poils malpighiens ferrugineux, grisâtre en
dessous ; stipules oblongues-lancéolées membraneuses. Feuilles
longuement pétiolées obovales, brusquement acuminées, s’atténuant peu à
peu vers la base, glabres en-dessus sauf sur la nervure médiane
proéminente ; les petites nervures (24 de chaque côté) sont confluentes
en arc près du bord ; elles sont obliquement transverses et presque
parallèles. Méristèle naissant horizontalement, et vers le milieu de la
nervure, obcordée, elliptique et accompagnée dans le parenchyme central
de 15 faisceaux de forme variable, cuticule de l’épiderme supérieur un
peu épaisse ; cellules palissadiques assez régulièrement disposées et
occupant le tiers du mésophylle.
Arbre de 25 à 30 m. de hauteur, avec un tronc atteignant à la base 2 m.
environ de diamètre. Stipules longues de 8 mm., persistantes ou bien
ramassées avec les feuilles à l’extrémité des rameaux. Pétiole mesurant
3 à 5 cm. et le limbe 12-20 cm. et plus. Fleurs et fruits inconnus. La
semence obliquement ovoïde porte une large cicatrice oblongue ; elle
mesure environ 5 cm. de longueur sur 27 mm. de largeur, de la cicatrice
au dos et 25 mm. de diamètre latéral.
=Hab.= — Congo français, Gabon.
LECOMTE et HÉBERT ont, en 1895[147], étudié cette graine et s’expriment
ainsi :
« On rencontre, dans la vallée du Kouilou (Congo français), entre
Kakamocka et Kitabi, de même que dans une des premières forêts
traversées par le sentier de Loango à Brazzaville, à 30 km. environ à
l’est de la première de ces localités, un grand arbre, véritable géant
des forêts, que les noirs du pays désignent sous le nom de =Moâbi=.
_Etude botanique._ — Le Moâbi est une plante de la famille des
Sapotacées ; son tronc atteint facilement 2 m. 50 et même 3 m. de
diamètre, à 2 m. du sol, et s’élève à 25 m. ou 35 m. avant les premières
branches.
L’écorce très épaisse (jusqu’à 0 m. 15 sur les gros troncs), contient
dans un système de laticifères articulés un latex assez abondant, épais,
fournissant par la coagulation un produit assez riche en gutta-percha.
Cet arbre diffère du =Djave= (_Baillonella_) par ses feuilles et par ses
fruits ; mais les fruits présentent, à une petite différence de taille
près, les caractères de ceux du _Tieghemella Heckelii_ (Pierre),
vulgairement _Makerou du Grand-Bassam_.
Les graines ont environ 5 cm. de long, 3 cm. à 3 cm. 5 de large et 2 cm.
5 d’épaisseur.
Sous un tégument brun de 1 mm. d’épaisseur, elles contiennent une amande
formée de deux cotylédons charnus laissant dépasser, à une extrémité, la
radicule de l’embryon.
Celui-ci contient, principalement à la périphérie du cylindre central,
une multitude de laticifères articulés, constitués par des files de
grosses cellules dont le contenu paraît surtout résineux. Les cotylédons
ont leurs cellules gorgées de gouttelettes de graisse.
[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XXVIII. — =Moabi=
ou =Makerou=, _Mimusops Pierreana_ Engler (décrit dans les notes de
PIERRE sous le nom de _Baillonella obovata_.)]
_Etude chimique._ — 100 parties de graines décortiquées ont donné une
proportion de 36 parties d’écorces contre 64 d’amandes. Les écorces,
pilées et tamisées, puis séchées à 100°, contenaient 12,18 d’humidité
pour 100. La matière séchée présentait la composition suivante, qui
parait n’en faire qu’un produit de peu d’importance :
Cendres 1,20
Matières grasses 2,85
Matières azotées totales 4,37 (Azote = 0,70 pour 100)
{ Matières azotées 0,37 (Azote = 0,06 pour 100)
{
Matières { Sucres réducteurs Traces
organiques {
solubles { Sucres non réducteurs Traces
dans l’eau {
1,50 pour 100 { Gommes, tanins, acides 1,13
{ végétaux, etc.
Cellulose 51,45
Autres principes (Vasculose, xylane ou
analogue) ; par différence 39,00
------
100,00
Les amandes pilées, après dessication à 100°, ont montré en humidité
3,54 pour 100. La matière grasse a été extraite par la benzine ; la
distillation de ce dissolvant a permis d’isoler une graisse dont la
proportion était de 45 à 50 parties pour 100 d’amandes, ce qui
correspond à un rendement d’environ 30 à 35 de matières grasses pour 100
de graines non décortiquées.
Le tourteau desséché, après épuisement des amandes par la benzine, donne
à l’analyse les résultats suivants :
Cendres 4,40
Matières azotées totales 12,81 (Azote = 2,05 pour 100)
{ Matières azotées 12,50 (Azote = 2 p. 100)
{
Matières { Sucres réducteurs 0,57
organiques {
solubles { Sucres non réducteurs 3,50
dans l’eau {
3 pour 100 { Gommes, tanins, acides 13,43
{ végétaux, etc.
Cellulose 18,75
Résine 12,36
Autres principes (Vasculose, xylane ou
analogue) ; par différence 34,18
------
100,00
Le tourteau de Moâbi, d’après cette composition, constituerait donc un
excellent engrais, ou même un bon aliment pour le bétail.
_Etude de la matière grasse._ — La graisse extraite des amandes de Moâbi
est jaunâtre, solide à la température ordinaire : elle fond à 32°-33° et
se solidifie à 25°-26°.
Elle est très soluble dans l’alcool à 90° ; sa densité à 30°, à l’état
liquide, est de 0,894 ; elle présente les réactions suivantes :
Echauffement avec l’acide sulfurique monohydraté, + 24° ;
Avec l’acide azotique et le mercure : masse jaunâtre se solidifiant
après une heure de contact ;
Avec la potasse (_d₁_ = _1,34_) : à froid, masse blanc jaunâtre ; à
chaud, savon jaunâtre, mou ;
Avec l’acide azotique fumant : coloration rougeâtre ;
Avec l’acide sulfurique : coloration rouge ;
Avec l’eau bouillante et la litharge : emplâtre mou ;
Degré marqué à l’oléoréfractomètre d’Amagat et F. Jean :
à 45° + 2°,0
La graisse de Moabi, après saponification par la soude alcoolique puis
décomposition des sels de sodium par l’acide sulfurique, a fourni 88
pour 100 d’acides gras blancs, fondant à 45°-46°. Les sels de plomb de
ces acides, traités par l’éther, ont indiqué pour 100 parties 50 parties
d’acides liquides et 50 parties d’acides solides.
Les acides liquides ont été caractérisés par leur transformation en
acide élaïdique au moyen du nitrate acide de mercure ; ils sont formés
d’acide oléique. Les acides isolés fondaient à 62°-63° ; la méthode des
précipitations fractionnées a fourni par l’acétate de magnésium trois
portions dont les acides gras régénérés par l’acide chlorhydrique ont
accusé les points de fusion et les compositions élémentaires ci-
dessous :
1re 2e 3e
portion portion portion
Point de fusion 58°-59° 64°,5 66°,5
{ Carbone % 74,14 75,47 75,61
Composition {
élémentaire { Hydrogène % 12,48 12,10 12,11
{
{ Oxygène (par différ. %) 13,38 12,43 12,28
___ Calculé pour ___
/ \
C¹⁴H²⁸O² C¹⁶H³²O² C¹⁷H³⁴O² C¹⁸H³⁶O²
Carbone % 73,68 75,00 75,55 76,5
Hydrogène % 12,28 12,50 12,59 12,67
Oxygène % 14,04 12,50 11,86 11,28
La composition de la première portion la place entre l’acide myristique
et l’acide palmitique, mais on a vraisemblablement affaire à un mélange.
La deuxième et la troisième portion, que le rapprochement de leur point
de fusion et de leur composition peut faire considérer comme presque
identiques, semblent correspondre à un mélange d’acides palmitique et
stéarique et peut-être d’acide margarique.
Les eaux-mères de la saponification contenaient environ 7 parties de
glycérine pour 100 de graisse.
§ 3. — =Sur deux graines oléagineuses de Sapotacées du Congo.=
_Pachystela_ sp. HEIM.
En 1902, MUSSAT présentait à la Société française de colonisation, des
échantillons de deux graines grasses, originaires du Congo que l’on
proposait à l’industrie[148] et que, reconnaissant pour appartenir à la
famille des Sapotacées, il envoyait à PIERRE.
L’une de ces graines réduite à ses cotylédons séparés ne pouvait se
prêter à une investigation scientifique, l’autre pourvue encore de son
tégument fut rapportée par PIERRE à ce genre _Pachystela_.
M. HEIM identifia ces graines à celles qu’il avait eu l’occasion de voir
à l’Exposition de Bruxelles en 1897, originaires du Bas-Congo belge et
désignées sous les noms de « Illipé (_Bassia longifolia_) » et de
« Mowra (_Bassia latifolia_) » et nous allons résumer l’étude qu’il en
fit en collaboration avec MM. DEHAY et CORDONNIER[149] et qu’il désigna
sous les noms de « Faux Illipe » et de « Faux Mowra ».
=Faux Mowra du Congo= (Espèce botanique inconnue).
Les cotylédons de cette graine dont l’origine spécifique ou même
générique est inconnue, affectant à l’état sec une forme de cuilleron
ovale allongé, convexe, concave, ayant de 20 à 25 millimètres de
longueur sur 10 à 12 de largeur et 3-4 millimètres d’épaisseur. De
couleur brun cacao, ils sont lisses mats, d’une saveur fortement
astringente, quelque peu aromatique plutôt désagréable, devenant peu à
peu franchement amère.
[Illustration : FIG. XXIX. — Cotylédon isolé du faux Mowra (face
interne). G = 2 d.]
Le tissu de ce cotylédon est constitué par un parenchyme riche en
cellules à graisse ; celles-ci renferment à la fois des cristaux confus
d’acides gras, solides à la température ordinaire des globules huileux
et des sphérules d’aleurone assez volumineuses.
L’auteur dénonce également la présence de tannin dans les cellules
groupées par 3-4, et réparties sans ordre dans toute l’épaisseur du
cotylédon : ne serait-ce pas les cellules à latex. Pas d’amidon.
On a pu en extraire par l’éther de pétrole 36,4 % de son poids de
matière grasse, de densité 0,956 à + 15°, dont le point de fusion est de
34° ; elle rancit vite et acquiert une odeur désagréable ; elle est
jaunâtre pâle et pas siccative.
Densité à + 15° 0,956
Indice d’Iode 99
Point de solidification 26°
— fusion 34°
— — des acides gras 48°
Chiffre d’acide 6,8
Indice de Hehner 97,1
Le tourteau, résultant de l’épuisement de la graisse par le sulfure de
carbone contient :
Eau 3,2
Cendres 8,6
Matières azotées totales 27,3
Matières amylacées 41,9
Cellulose 25
Les cendres renferment :
Acide phosphorique 21,43 % ; magnésie 3,65 ; Potasse 26,4
[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XXX. —
_Pachystela sp._, _Faux Illipé du Congo_. Divers aspects de la graine et
des cotylédons ; au bas, coupe du tégument séminal, d’après HEIM.]
=Faux Illipé du Congo.=
Les graines décrites sous ce nom par HEIM et appartenant à une espèce
encore douteuse de _Pachystela_, se présentent à sec encore recouvertes
de leur tégument, comme sensiblement sphériques, largement déprimées
parallèlement au plan de séparation des cotylédons ; mais cette
dépression disparaît après un séjour dans l’eau. Le tégument séminal
unique, mince, chartacé, fragile sur le sec, légèrement et
irrégulièrement plissé, est d’un brun noir brillant, sauf sur toute
l’étendue du hile où il est mat.
[Illustration : FIG. XXXI. — Parenchyme cotylédonaire.]
La graine exalbuminée se compose de deux gros cotylédons,
semisphériques, qui, après humidification, mesurent 15 à 18 millimètres
de hauteur sur 13 à 15 millimètres de largeur et 7 millimètres
d’épaisseur.
La plupart des graines envoyées avaient subi un commencement de
germination, et avaient été évidemment ramassées à terre au pied de
l’arbre producteur.
Au point de vue anatomique, le tégument de la graine comprend un
épiderme externe scléreux et un parenchyme homogène avec faisceaux
conducteurs plongés dans sa masse ; beaucoup de cellules de ce tégument
sont tannifères, et d’autres sont des laticifères.
Le tissu des cotylédons est identique à celui des autres graines grasses
des Sapotacées.
Cette graine abandonne à l’éther de pétrole 42 % et par expression à
chaud 33 % seulement de son poids de graisse fusible à 42°. La matière
grasse obtenue rancit facilement et acquiert une odeur désagréable ;
elle est soluble dans l’éther, très peu soluble dans l’alcool. Les
constantes sont les suivantes :
Densité à + 15° 0.973
Indice d’iode 77
Point de solidification 35°
— fusion 42°
— — des acides gras 55°
Chiffre d’acide 4,3
Indice de Hehner 98,2
Le tourteau provenant de l’épuisement de la graine par l’éther de
pétrole renferme :
Eau 2,3
Cendres 6,9
Matières azotées 29,4
— amylacées 35,6
Cellulose 35,8
Les cendres contiennent : Acide phosphorique 29,7 %, magnésie 2,5 et
potasse 23,29.
_Usages._ — « Ces deux graines paraissent donc susceptibles d’un bon
emploi en savonnerie, leur rendement en graisse est moyen ; la richesse
de celle du faux Illipe en acide stéarique peut la rendre intéressante
pour la stéarinerie. »
Toute autre conclusion est impossible, il faudrait savoir d’abord quels
sont les végétaux producteurs, leur aire de croissance, leur possibilité
d’exploitation, etc.
Quant aux tourteaux, toute réserve faite sur leur toxicité, toujours à
craindre quand il s’agit de graines de Sapotacées, ils seraient
susceptibles d’acquérir de la valeur comme engrais ; la saveur amère de
la graine du faux Mowra ferait certainement dédaigner son tourteau par
le bétail ; nous avons vu déjà combien difficilement le tourteau de
Karité semblait accepté par les moutons en particulier.
§ 4. — =Une nouvelle graine grasse inconnue du Congo.=
_Mimusops sp._ (sous-genre _Baillonella_ ou _Lecomtedoxa_).
Il y a dix-huit mois environ, une maison de commerce du Havre envoyait à
notre Laboratoire à l’Ecole supérieure de Pharmacie, une graine de
Sapotacée, elliptique allongée, qui ne répondait à aucune description
connue ; il en avait été vendu une certaine quantité sur le marché, en
juillet 1905.
Une seule personne en France pouvait nous dire rapidement si la graine
était connue, c’était M. PIERRE à qui l’échantillon fut porté par M.
GORIS, notre chef de Laboratoire. Le savant monographe de la famille des
Sapotacées nous répondit quelque temps après la lettre suivante :
« J’ai reçu, de votre part, des graines de Sapotacées du Congo. De leur
étude, il ressort que ces graines appartiennent à la tribu des
Mimusopées, et, comme il faut prendre le genre le plus anciennement
connu pour caractériser la tribu, par droit de priorité, au lieu de
Mimusopées, il faut lire Sapotées, du _Sapota_ de PLUMIER — injustement
remplacé par _Achras_ Linné.
« Quoiqu’il en soit, vos graines indiquent, comme affinités, les genres
_Tieghemella_, _Baillonella_, _Lecomtedoxa_. De ces trois genres, par la
nature de l’embryon à cotylédons plans-convexes, plus ou moins sébacés
et par les restes de l’albumen formant manchon autour de la radicule et
finissant en lame ténue plus haut, elles diffèrent peu.
« Cependant sa tigelle est presque droite. Par leur tégument mince,
elles ont quelque rapport avec le _Baillonella_ et s’éloignent beaucoup
des deux autres genres. Par la cicatrice aussi longue que la graine,
c’est un _Lecomtedoxa_, mais moins linéaire-oblongue que dans ce
dernier ; la cicatrice est aussi longue que chez le _Baillonella_ mais
bien moins large ; par contre, elle est bien plus longue et moins large
que chez le _Tieghemella_.
« Comme dans ces trois genres, le hile est en haut très distant du
micropyle basilaire, ce qui indique l’_atropie_ de l’ovule.
« En somme, ces graines indiquent un genre nouveau qui, pour les
auteurs, sont des sous-genres, parce qu’ils n’ont pas considéré que,
chez les vrais _Mimusops_, l’ovule est complètement _anatrope_ ; chez
les _Manilkara_, l’ovule est _hémitrope_, et chez les _Butyrospermum_
(Vitellaria), les _Northea_, les _Vitelliaropsis_, les _Semicipium_,
_Tieghemella_, _Baillonella_ et _Lecomtedoxa_, l’ovule, ainsi qu’il
vient d’être dit, est complètement _atrope_.
[Illustration : FIG. XXXII. — =Graine de Mimusopée= inconnue, vendue en
1905 sur le marché du Havre (Musée de l’Ecole de Pharmacie de Paris).]
« Evidemment ce caractère n’est pas le seul à considérer. Il y a
d’autres différences génériques dans les stipules, dans la nervation,
dans la structure du pétiole et du limbe, enfin dans la fleur et la
graine.
« Vous avoir indiqué cette somme de différences, c’est vous dire que si
j’ai la conviction intime que vos graines représentent un genre nouveau,
encore faut-il trouver d’autres caractères avant de nommer le genre et
que vous me rendriez un grand service en voulant bien vous procurer les
rameaux fleuris de cette plante.
« Considérant ce que sont les _Tieghemella_, les _Baillonella_ et
_Lecomtedoxa_, il est très probable que vos graines proviennent d’un
très grand arbre et qu’alors il sera difficile d’en avoir des
échantillons... ».
Nous avons fait tout notre possible pour nous procurer des échantillons,
en bon état, de l’arbre, mais sans résultat.
On voit néanmoins, par cet exemple, combien il doit exister d’espèces
différentes de Sapotacées dans la région du Gabon et du Congo, dont les
graines renferment toutes une assez grande quantité de matières grasses
dans le mélange desquelles domine le glycéride stéarique, ce qui les
rend toutes intéressantes. Des explorations scientifiques ultérieures
nous donneront quelque jour les renseignements nécessaires pour en
déterminer les caractères et la valeur économique.
D’après la méthode de classification de ENGLER, que nous avons adoptée,
il ne semble pas douteux que cette graine n’appartienne au genre
_Mimusops_ et se range dans la section _Baillonella_.
* * * * *
[Note 138 : DE LANESSAN. — Plantes utiles des colonies françaises, p.
837.]
[Note 139 : PIERRE avait également donné à la graine de cette plante le
nom de _Tieghemella ? Jollyana_ (notes manuscrites).]
[Note 140 : PIERRE. — Not. bot. Sapot. (1890) 14-18 et notes
manuscrites.]
[Note 141 : ENGLER. — Sapot. africanæ, _loc. cit._ p. 81.]
[Note 142 : Nous ne voyons pas du tout de quelle graisse il s’agit ici,
et n’en avons nulle part retrouvé trace. Il s’agit sans doute d’un de
ces nombreux produits de Sapotacées tropicales qui sont apparus
successivement par petites quantités sur nos marchés.
ENGLER. — Monog. afrik. Pfl. _Sapotaceæ africanæ_, Berlin, 1904, p. 81,
Pl. XXII et XXIII.]
[Note 143 : Ceci serait dû sans doute à la production d’acide
cyanhydrique, car la présence de glucoside cyanogétique a été signalée
dans diverses espèces de Sapotacées appartenant aux genres _Bassia_,
_Lucuma_, _Payena_. Voir à ce sujet : GRESHOFF, L’acide cyanhydrique
dans le règne végétal, _Bull. Soc. pharmacol._, Paris, 1906, no 11, p.
601.]
[Note 144 : PIERRE. — _Loc. cit._, p. 18.]
[Note 145 : Ancien Musée permanent des colonies.]
[Note 146 : Ainsi qu’à la Collection de matières premières de l’Ecole
supérieure de pharmacie de Paris.]
[Note 147 : LECOMTE et HÉBERT. — C.-R. de l’Acad. des Sciences, 1895,
CXX, t. I, p. 374 à 377.]
[Note 148 : Comme toujours, l’importateur n’avait aucun renseignement à
fournir, pas même le nom de la région d’où provenaient les graines, ni
leur nom indigène. Que de temps et d’efforts sont rendus inutiles par ce
manque de méthode.]
[Note 149 : F. HEIM. Sur deux graines oléagineuses du Congo. _Soc. fr.
de colonisation. Bull. de la Sect. d’agriculture coloniale_ 1902, 1re
année, no 7, 146-153.]
CINQUIÈME PARTIE.
* * * * *
Conclusions.
* * * * *
De ce travail il est nécessaire de tirer un certain nombre de
conclusions : les unes d’ordre général, les autres plus spéciales à
chaque produit et d’ordre économique.
Disons tout d’abord que, malgré nos efforts, il existe dans cette étude
un certain nombre de lacunes d’ordre scientifique qui nous ont obligé à
laisser dans l’obscurité quelques points du plus haut intérêt pour
l’application. On est étonné de voir aussi combien de notions manquent
encore concernant les races ou variétés de Karité, dans lesquelles nous
avons déjà cru distinguer avec CHEVALIER 3 types : 1o type du Soudan
nigérien (_B. mangifolium_) ; 2o type du Dahomey et du Cameroun (_B.
Poissoni_) ; 3o type de la région du Nil (_B. niloticum_).
Il n’est pas douteux pour nous que les adaptations aux conditions
biologiques de milieu n’influent considérablement sur la production des
graines, leur grosseur, leur composition, etc., et partant sur leur
valeur industrielle !
Des envois nouveaux sont nécessaires qui devront comprendre, avec une
quantité notable de graines récoltées dans une région donnée, des
échantillons copieux d’herbier avec fleurs et fruits.
Les analyses des laboratoires compétents permettront alors d’être fixés
sur la valeur réelle des produits d’origine certaine ; car les
contradictions nombreuses que nous avons relevées dans les recherches
chimiques proviennent soit d’études faites sur des graines de
composition différente, ou plutôt des beurres additionnés de graisses
étrangères, comme l’huile de palme.
D’autre part, le fait constant de la stérilité des arbres de la zone
limite naturelle de croissance de l’arbre, mérite d’en chercher la cause
déterminante et il serait intéressant à ce sujet de tenter des essais de
culture dans des régions situées en dehors de l’aire normale de
dispersion géographique que nous avons indiquée sur la carte annexée à
ce fascicule.
Il serait intéressant de savoir, par exemple, ce que sont devenues les
plantations faites par MARTRET, au jardin de Fort-Sibut, sous les
instigations de M. Aug. CHEVALIER.
Cette absence de renseignements précis que l’on constate pour la plupart
des études de ce genre, est vraiment néfaste aux intérêts mêmes de nos
colonies. L’apparition sur nos marchés de graines dont il nous est
impossible de déterminer l’origine botanique devrait cependant inciter
les maisons de commerce à apporter dans leurs essais un peu plus de
méthode scientifique.
Les Laboratoires compétents leur fourniraient alors des renseignements
très précis qui leur éviteraient des essais inutiles ou qui les
aideraient considérablement dans leurs tentatives de mise en valeur des
concessions, dont elles ont assumé l’exploitation. L’industrie
s’enrichirait peut-être fréquemment de produits dont l’utilisation
serait pour elle une véritable source de revenus.
Ceci dit, examinons maintenant quelles sont les conclusions spéciales à
chaque plante étudiée qu’il nous est possible d’énumérer, d’après les
recherches que nous venons d’exposer.
§ 1. — =LE KARITÉ.=
_Aire d’extension._ — Le Karité est un arbre élevé, que l’on rencontre
en végétation de parc, depuis la Gambie vers le 16° de longitude à
l’Ouest jusque vers le 32° de longitude Est en formant une bande
étroite, limitée dans sa région Ouest par les 8° et 15° parallèles
environ, et qui s’incline vers l’équateur au fur et à mesure qu’on
s’approche du Nil où elle est comprise entre les 5e et 7e degrés de
latitude. Au niveau du Chari, son aire d’optimum de croissance est celle
que bordent les 7e et 9e parallèles.
Soit une bande de 45 à 47° de longueur (5.000 km. environ) avec une
moyenne correspondant, en largeur, à 4 ou 5 degrés de latitude.
Comme on le voit, le KARITÉ _ne s’avance jamais jusqu’au littoral_ ; ce
fait explique la difficulté avec laquelle les produits pénètrent jusqu’à
nous.
C’est au Togo, au Dahomey et au Lagos, que les régions exploitables de
Karité sont le moins éloignées de la mer.
_Peuplements._ — La question de savoir si le Karité n’est pas cultivé
n’a guère d’intérêt économique et d’ailleurs ne paraît guère difficile à
résoudre. Le Karité, répandu comme les pommiers dans notre Normandie,
est toujours l’objet de quelques soins, de telle sorte qu’en réalité il
a dû s’établir des sélections artificielles entraînant la production de
races locales nombreuses dont les graines peuvent être assez
différentes, tant au point de vue du nombre et du volume qu’à celui de
leur constitution chimique.
En certains endroits, les Karités présentent presque une végétation de
forêt peu dense, mais ceci est exceptionnel.
Rappelons toutefois qu’il existe à la limite d’apparition du Karité une
zone plus ou moins étendue où les arbres restent à peu près complètement
stériles, ce qui rend très difficile la détermination des limites de la
zone exploitable[150].
_Modes d’exploitation._ — Si l’on suppose la graine de Karité devenue un
produit nécessaire à l’industrie européenne, il y a lieu de se demander
comment on devra l’exploiter.
Un fait, à notre avis, prime tout : c’est la manutention considérable,
difficile et même pénible qu’exige la préparation du produit.
Il nous semble bien difficile de mettre entre les mains des indigènes,
des machines assez compliquées afin d’obtenir une graisse plus pure par
des moyens plus rationnels, et, au moins jusqu’au jour où l’installation
d’usines sera possible, nous croyons que les industriels devront essayer
de tirer profit du Karité en traitant eux-mêmes les graines.
Le pourcentage plus élevé de matière grasse extraite compensera pour une
grosse part les frais supplémentaires de transport.