nos explorateurs, va mettre bientôt, au service de qui voudra, une
puissance mécanique énorme dont sauront profiter bien vite les capitaux.
La préparation de la graisse de Karité est aux mains des indigènes
longue et fatigante, et il serait incontestablement très aisé d’en
atténuer beaucoup les difficultés. Il suffit de savoir dans quelles
conditions la récolte pourra être transportée sans altération trop
profonde, et ce problème ne semble pas insoluble un jour prochain.
Le meilleur mode d’exploitation consistera évidemment _à expédier en
Europe la noix en vrac, décortiquée ou non_. Les procédés en vigueur
dans nos huileries permettraient sans doute d’extraire la presque
totalité de la matière grasse, et le gain obtenu ainsi compenserait dans
une très large proportion les frais de frêt supplémentaire.
Cette méthode aurait, en outre, encore un avantage : celui de supprimer
les additions frauduleuses de matières étrangères (huile de palme ou
autre corps gras), additions que l’examen des analyses publiées fait
apparaître comme à peu près certaines et d’un usage courant chez les
noirs.
_Régions principales de production._ — Les régions actuelles de
production pour les échanges extérieurs sont la Nigeria, le Togo ; mais
la Côte d’Ivoire, le Dahomey et toute la région du Soudan nigérien
avoisinant le Nil seront susceptibles d’être mises en exploitation, dès
que le rail qui s’avance à grands pas aura franchi la distance qui
sépare la côte de la zone productrice.
Au Cameroun, les Karités apparaissent presque toujours stériles vers le
5° de latitude, ils fructifient abondamment entre les 7e et 9e degrés,
d’après les renseignements communiqués par le commandant Moll an retour
de sa mission de délimitation de la frontière franco-allemande de cette
région.
Sous la réserve qu’il pourra supporter les frais encore considérables de
transport à la côte, le produit du Karité deviendrait rapidement l’un
des plus intéressants de l’exportation de notre colonie du Haut-Sénégal-
Niger, et plus tard de la Guinée, quand le chemin de fer dépassera la
région de Timbo et atteindra celle du Tinkisso.
La quantité la plus considérable de beurre exporté jusqu’alors a été de
300 tonnes en 1905, venant de Lagos et dirigée vers le Gold Coast pour
la consommation indigène.
La Nigeria du Nord (Compagnie du Niger) a également exporté : en 1900,
626 tonnes valant 360.390 fr. ; en 1901, 266 tonnes valant 154.050 fr. ;
en 1902, 181 tonnes valant 104.525 fr.
Marseille a reçu quelques petits envois, et nous avons cité celui de 40
tonnes traitées par MM. ROCCA, TASSY et DE ROUX, qui se sont, les
premiers, préoccupés en France de cette question.
On nous a dit qu’une certaine quantité était également arrivée à
Bordeaux, assez récemment.
_Avenir économique de la graisse concrète dite Beurre de Karité._ — Il
est très difficile d’émettre à ce sujet une opinion indiscutable, car
nous ignorons encore à quels usages la graisse de Karité sera destinée
par l’industrie.
C’est à peine si des essais sérieux ont été tentés ; il y a lieu de
penser que la graisse de Karité pourra dans certaines conditions entrer
dans la composition des graisses alimentaires, mais alors concurrencera-
t-elle le _Coco_ qui prend de jour en jour une place plus importante ?
La forte teneur en stéarine que les auteurs signalent dans la graisse en
fera-t-elle un produit de premier ordre pour l’industrie de la
stéarinerie ? Nous l’ignorons. L’étude chimique est encore insuffisante.
Le point de fusion élevé du beurre de Karité le rendra très utile dans
tous les cas, où l’on désirera une matière grasse concrète destinée aux
pays chauds, et il serait vraiment piquant de voir arriver un jour en
Europe, les graisses de Karité en quantité considérable, pour en
extraire un corps gras pur, alimentaire, réexpédié sous cette forme dans
les régions tropicales, comme produit de consommation courante.
Toutes ces hypothèses sont permises à la condition toutefois que la
matière première ne manque pas au premier appel important de
l’industrie, que son prix de revient ne reste pas toujours trop élevé,
et que la pureté en soit assurée.
Etant donné l’énorme consommation locale et l’apathie du noir, pourra-t-
on recueillir une quantité suffisante aux besoins d’une grosse
industrie ?
Il n’est pas inutile de faire remarquer que le Karité est un arbre dont
la production ne commence sérieusement que vers l’âge de 8 à 10 ans.
L’indigène insouciant laisse les feux de brousse lui détruire la plus
grande partie des jeunes plants.
Il serait donc de toute nécessité de prendre certaines mesures
préventives pour _faire respecter les peuplements existants et empêcher
la destruction des pieds encore trop peu protégés par leur liège externe
pour résister au feu dévastateur_.
L’administration du Haut Sénégal-Niger l’a déjà compris en édictant des
règlements protecteurs. Nous croyons cela insuffisant et c’est pour cela
que nous avons préconisé _l’installation de réserves forestières
protégées_, voisines des futures voies ferrées, et aménagées pour y
faire en même temps des essais de culture de lianes caoutchoutifères.
Sous ces réserves, nous n’hésitons pas à dire que les applications
multiples dont se trouvera susceptible la graisse de Karité, permettent
de supposer, et déjà des indices sérieux confirment cette manière de
voir, que ce produit deviendra l’objet d’un trafic des plus importants
pour notre empire ouest-africain.
Les faibles délais qui s’écouleront maintenant avant que la pénétration
du continent noir ne soit un fait accompli, laissent suffisamment de
temps aux industriels pour terminer leurs essais et à l’Administration
pour édicter les mesures de prévoyance que la situation comporte.
_Guttoïde de Karité._ — La longue étude que nous avons réservée à ce
produit provenant du latex qui s’écoule des blessures faites à l’arbre,
paraît absolument concluante. La matière dite « gutta de Karité » est un
_produit dénué de toute valeur économique_. C’est également l’avis de M.
G. BERTRAND, de l’Institut Pasteur, qui depuis de longues années
s’occupe des latex à gutta et à caoutchouc.
Tout au plus, et ceci est loin d’être prouvé, trouvera-t-on quelque jour
à utiliser cette matière en mélange avec d’autres, dans certaines
industries secondaires. Il était vraiment temps de faire justice des
espoirs qu’auraient fait naître certaines affirmations que des
expériences scientifiques positives n’étaient jamais venues confirmer.
[=NOTA.= — Au moment de mettre sous presse, le commandant MOLL, avec
lequel nous avons eu l’occasion de nous entretenir de la question du
Karité, a bien voulu nous envoyer les renseignements suivants, qu’il a
recueillis au cours de sa mission de délimitation franco-allemande du
Cameroun :
=Sangha.= — Depuis le 5° de latitude Nord, altitude 3 à 400, on commence
à rencontrer une variété de Karité, mais ne donnant pas de noix
exploitable. Son aspect est le même, avec les feuilles en bouquets à
l’extrémité de rameaux dénudés, mais elles sont d’un vert plus foncé,
rouges vers la pointe et d’aspect plus vernissé.
Depuis le 6°, altitude 800 à 1000 mètres, on commence à rencontrer le
Karité à graine. Il habite les savanes des hauts plateaux, formant des
îlots d’arbres assez espacés les uns des autres. Les sujets ne sont pas
très gros et mesurent de 5 à 6 mètres de hauteur et 15 à 20 c. de
diamètre.
Les indigènes Bayas et M’Boums le connaissent, mais s’en servent peu,
comme substance grasse, ils préfèrent l’huile de sésame et le beurre
animal. Ils mangent cependant les amandes de la noix.
=Lakas.= — En continuant vers le nord, dans la grande plaine Laka à 3 ou
400 mètres d’altitude, on trouve beaucoup de beaux Karités, alternant
avec les mimosas pour former la forêt claire qui couvre la région. Les
indigènes Lakas l’utilisent peu.
=Moundans.= — Sur le 10° de latitude nord, chez les Moudans, les Karités
sont superbes et en assez grande quantité. Les indigènes se servent de
sa graisse. Ils utilisent les noix pour polir les murs de leurs cases et
leur donner un _vernis imperméable à l’eau_. Les grandes jarres à eau
sont aussi vernies à l’aide de noix de Karité. On utilise peu la graisse
comme nourriture, on préfère le beurre animal, l’huile d’arachide ou de
sésame.
=Haute-Bénoué.= — Tout le pays de la Haute-Bénoué est couvert de forêts
de Karités, mais on n’utilise pas ce produit, ou la consommation chez
les Haoussas, si elle existe, est d’une importance bien faible. C’est
qu’en effet on ne voit sur aucun marché de graine de Karité et par
contre on y vend du beurre et de l’huile en quantités considérables.
Actuellement il n’y aurait rien à faire comme commerce ni comme
exportation du Karité. On ne peut donner aucun prix, car il n’y a pas de
marché.
Peut-être pourrait-on pousser les Moundans et les Haoussas à exploiter
ce produit. Le transport par eau sur la Bénoué permettrait sans doute de
l’amener à la côte dans de bonnes conditions.]
§ 2. — =L’ARGAN.=
Bien moins optimistes seront les conclusions qui concernent l’huile
d’Argan, car la production restera toujours extrêmement limitée.
De même, la dureté de son noyau est un autre obstacle à l’obtention d’un
produit de prix peu élevé. Toutefois, il était nécessaire d’attirer
l’attention sur cette huile alimentaire qui provient de régions où ne
croît pas l’olivier. L’aire si restreinte de sa dispersion au Maroc
occidental est un fait biologique curieux, et il serait intéressant,
sinon utile, d’essayer de l’étendre vers le sud. Dans le cas de
réussite, on doterait des pays peu privilégiés d’un végétal des plus
intéressants.
§ 3. — =AUTRES GRAINES GRASSES AFRICAINES DE LA FAMILLE DES SAPOTACÉES.=
De cette quatrième partie de ce travail, se dégage un fait digne
d’attirer l’attention : c’est la variété des végétaux de cette famille
dont la graine est susceptible de fournir une graisse comestible.
La région du Karité n’est pas intéressée à la question, mais il n’en est
pas de même de notre colonie du Congo.
L’étude botanique de quelques plantes est faite (_Djave_, _Moâbi_), mais
il en existe d’autres.
Il importe de déterminer l’aire de végétation des arbres producteurs,
leur nombre au milieu des autres essences de la forêt, et de faire
l’étude chimique accompagnés d’essais économiques de la matière grasse
qu’elles sont susceptibles de fournir.
Il suffira de porter ces faits à la connaissance de l’Administration et
des Colons pour que des recherches nouvelles soient entreprises bientôt
qui fixeront la valeur industrielle de ces produits.
* * * * *
[Note 150 : Voir la carte annexée à ce fascicule qui donne un aperçu
suffisamment exact de la zone d’extension limite du Karité.]
PLAN ET TABLE DES MATIÈRES
du Fascicule.
* * * * *
Pages.
_Introduction_ 3
PREMIÈRE PARTIE.
=Généralités sur les Sapotacées= 5
DEUXIÈME PARTIE.
=Le Karité= (_Butyrospermum Parkii_ Kotch).
CHAPITRE I. Historique général 11
— II. Etude botanique du Karité 27
— III. Biologie du Karité. — Sa répartition
géographique 49
— IV. Produits du Karité 56
— V. De la Graisse de Karité :
§ 1. Historique 62
§ 2. Préparation 65
§ 3. Rendement 74
§ 4. Caractères et composition 75
§ 5. Usage. — Commerce. — Production 80
§ 6. Tourteau 87
— VI. Protection du Karité et Réserves
forestières aménagées 92
— VII. Le produit guttoïde du Karité (Gutta-Ci) 98
TROISIÈME PARTIE.
=L’Argan.=
Historique 127
Caractères botaniques 134
Répartition géographique 144
Usages. — Huile d’Argan 149
QUATRIÈME PARTIE.
=Autres Sapotacées africaines à graines grasses peu connues.=
=Djave= ou =Noumgou= (_Mimusops Djave_) 160
=Moâbi= (_Mimusops Pierreana_) 171
Diverses autres 177
CINQUIÈME PARTIE.
Conclusions 187
* * * * *
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE L. DECLUME, LONS-LE-SAUNIER
* * * * *
[Illustration : RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DU KARITÉ (Butyrospermum
Parkii, Kotschy)]
Note du transcripteur :
Page 11, " =Tasso= dans l’Amadoua " a été remplacé par " l’Adamaoua "
Page 13, " dant le Haut Sénégal, ou il est encore " a été remplacé par
" dans le Haut Sénégal, où il est encore "
Page 14, " un important acticle du commerce " a été remplacé par
" article "
Page 14, " la partie de son voyage vers l’Amadoua " a été remplacé par
" l’Adamaoua "
Page 15, " l’extrême frontière de l’Amadoua " a été remplacé par
" l’Adamaoua "
Page 20, " des fédérations Ndoulea et Sara " a été remplacé par
" Ndouka "
Page 21, " signale également dans le Bonré " a été remplacé par
" Bouré "
Page 28, " 2. _B. ? Kirhii ?_ " a été remplacé par " _Kirkii_ "
Page 32, " staminodes inclus, obtusiucules, terminés " a été remplacé
par " obtusiuscules "
Page 32, " du précédent pas ses feuilles " a été remplacé par " par
ses "
Page 43, (Moitié sup. Fig. IX) La légende " Voir la légende à la page
suivante. " a été supprimée.
Page 46, Note 35 manquante.
Page 55, " dirigeait avait tant de sollicitude " a été remplacé par
" avec tant "
Page 67, Réf. manquante à note 52 placée après " HECKEL "
Page 67-68, FIG. XIV. a été renommée FIG. XIII. et vice versa.
Page 74, " y aurait vraisemblement intérêt à faire " a été remplacé
par " vraisemblablement "
Page 74, note 59, " CAZALBON. Répertoire de police sanitaire " a été
remplacé par " CAZALBOU "
Page 78, " STOHMANN, KASSLER, LEWKOAVITCH " a été remplacé par
" LEWKOWITCH "
Page 91, " le maximum que que l’on puisse atteindre " a été remplacé
par " maximum que l’on "
Page 102, (tables) " Gutta de Basisa " par " Bassia ", " Albana " par
" Albane ", " Fluarde " par " Fluavile "
Page 103, " roduit qu’il étudia à Bissandongou " a été remplacé par
" Bissandougou "
Page 107, " supérieur du carré on rectangle central " a été remplacé
par " carré ou rectangle "
Page 115, " nous avons adopté, dit-t-il, pour désigner " a été
remplacé par " dit-il "
Page 115, " de Sapotacées, ce nom génaral de " a été remplacé par
" général "
Page 118, " _nitrosite_ de HARRIES (C²⁶ H³⁰ N⁶⁰¹⁴) " a été remplacé
par " C²⁶ H³⁰ N⁶ O¹⁴ "
Page 123, " Il importe donc donc d’éliminer aussi " a été remplacé par
" importe donc d’éliminer "
Page 129, " visita Tanger, Salé et Mogador en 1796 et 1898 " a été
remplacé par " et 1798 "
Page 142, " FIG. XX. — =Aspect et coupe du fruit d’Arganier.= " a été
remplacé par " FIG. XXI. "
Page 144, " loin de Mogador, soit à l’Est (El Manchen) " a été
remplacé par " El Hanchen "
Page 145, " Tazeroualt jusqu’à l’Ouad-Moun " a été remplacé par
" l’Ouad-Noun "
Page 145, " forme une gaine extrêment dure, au centre " a été remplacé
par " extrêmement "
Page 147, " à la descente du col des Bidaoun " a été remplacé par
" Bibaoun "
Page 148, " 400 mètres à Dar Mogadden Messaoud " a été remplacé par
" Moqaddem "
Page 148, " dans les Hoka et les Ida ou Tanan " a été remplacé par
" les Haha "
Page 149, " l’entension vers l’est de cette essence " a été remplacé
par " l’extension "
Page 177, " En 1982, MUSSAT présentait " a été remplacé par " En
1902 "
Page 181, " de deux gros cotylédons, semi, sphériques " a été remplacé
par " semisphériques "
De plus, quelques changements mineurs de ponctuation et d’orthographe
ont été apportés.