Acide sulfurique + ac. azotique brun-rouge
— après ébullition orange
— après refroidissement —
Vapeurs nitreuses donnant une masse de consistance de miel
Saponification sulfurique (relative) absolue ?
Indice d’iode 98 5
Solidification des acides gras 25 3
Saturation de 5 gr. par la soude 17 7
Argent métallique rien
Nitrate d’argent —
Acide chlorhydrique et sucre —
{ fluides 86 3
Acides gras {
{ concrets 13 7
« Ces caractères sont fort voisins de ceux de l’huile d’olive dont
l’huile d’Argan se distingue cependant par la solidification incomplète
sous l’action des vapeurs nitreuses et surtout l’indice d’iode
notablement plus élevé. La teneur en acides fluides étant sensiblement
la même que dans l’olive, il s’ensuit que leur indice d’iode propre
(interne) est lui-même plus élevé, ce qui correspond à une richesse plus
grande en acides non saturés : linoléique, linolénique.
« L’huile d’Argan donne par saponification un très beau savon dur de
couleur un peu jaunâtre, susceptible d’un beau poli, moussant peu et
comparable au savon d’huile d’olive par l’ensemble de ses propriétés.
« La fabrication indigène laisse un tourteau résiduel du poids de 300
gr. environ, très altérable et qui est donné comme aliment au bétail.
« L’analyse immédiate de ce tourteau a donné les résultats suivants :
Mat. azotées 32 19
— grasses 19 36
— amylacées 16 33
Cellulose 4 60
Humidité 22 98
Mat. minérales 4 04
« La grande teneur en humidité explique son altérabilité ; une
préparation plus soignée en vue de la conservation exigerait une
dessication partielle. De même, en ce qui concerne la richesse en
matières grasses, des procédés moins primitifs récupéreraient au moins
la moitié de l’huile restante. »
Au point de vue des _éléments fertilisants_, sa composition élémentaire
est de :
Azote, 5,15 % ; acide phosphorique 1,20 % ; potasse 0,67 ; ce qui le
classe dans les mauvais tourteaux. Il semble à l’auteur que préparé
d’après les méthodes européennes et ramené à sa teneur moyenne en
humidité et matières grasses, sa composition le rapprocherait du
tourteau d’arachides décortiquées et qu’alors sa valeur atteindrait un
prix voisin de 12 fr. les 100 kilos, c’est-à-dire proche de celui des
meilleurs tourteaux.
_Conclusions._ — M. GENTIL termine ainsi son étude de l’Arganier :
« Au point de vue de son utilisation pratique, il est bien certain que
l’agriculture et l’industrie marocaine, des plus primitives, n’ont tiré
jusqu’ici qu’un parti minimum des produits de l’Arganier.
« Les forêts étendues de cet arbre si curieux ne seront-elles pas un
jour l’objet d’une exploitation active ? Vraisemblablement oui.
« Sans doute il ne faudrait pas s’exagérer les vertus de l’arbre du
Sous, mais indépendamment des ressources nutritives qu’offrent sa
feuille et son fruit pour la nourriture des animaux, il ne faut pas
oublier qu’on n’utilise que très imparfaitement son bois et ses noix.
« Par son bois, il peut fournir un excellent combustible ; et il ne
semble pas douteux qu’il prendrait dans la construction et l’ébénisterie
une place importante, si l’on appliquait aux forêts d’arganiers les
procédés d’exploitation mécanique des pays civilisés.
« Par son fruit, il donne une huile assez bonne qui entre presque
exclusivement dans l’alimentation des gens du pays, où elle remplace
l’huile d’olive, que l’indigène livre au commerce. Aussi le Sultan
interdit-il l’exportation de l’huile d’Argan ; il permet seulement son
cabotage d’un port du Maroc à un autre. Il est bien difficile, dans ces
conditions, de se faire une idée de la production annuelle, parce que la
statistique est extrêmement difficile sinon impossible au pays du
Moghreb ; j’ai cependant entendu parler, par des gens compétents, de
_trois millions de kilogrammes dans les bonnes années_. Ce chiffre
serait un maximum et l’on aurait vu dans les mauvaises années le prix de
l’huile tripler et même quadrupler sans qu’il y ait cependant disette
absolue à cause des réserves accumulées dans les silos par un grand
nombre de fellah, au moment des récoltes surabondantes.
« Tout serait à faire pour sa fabrication, il faudrait s’appliquer à
trouver un moyen de décortication mécanique de la noix et aussi
soumettre l’huile à une épuration méthodique. Quoique n’ayant pas un
goût aussi fort que l’huile d’olive non épurée, elle renferme des
principes vraisemblablement nuisibles, et j’ai souvent entendu parler
par les indigènes d’une véritable ivresse produite par une forte
absorption d’huile d’Argan.
« Ainsi, à bien des points de vue, l’Arganier est digne d’intérêt, ne
serait-ce que par l’huile qu’il est susceptible de donner et qui
constitue, pour ainsi dire, l’unique nourriture des Berbères pauvres de
son pays d’habitat. Il semble qu’il y ait œuvre utile à faire en
améliorant la fabrication et les qualités nutritives de ce produit
naturel ».
Il ne nous reste rien à ajouter, si ce n’est que nous faisons
actuellement tous nos efforts pour combler les lacunes qui existent
encore dans l’état de nos connaissances sur cet arbre singulier, objet
de la curiosité des touristes qui touchent à la côte occidentale du
Maroc, vers Mogador.
Dès que nous aurons reçu en quantité suffisante[137] des noix et de
l’huile, il en sera fait une étude approfondie ; il restera à déterminer
les raisons de la répartition géographique si limitée de cet arbre, qui
caractérise pour ainsi dire la région du Sous. C’est un exemple très
curieux de localisation d’une espèce végétale dans un périmètre
restreint où elle se trouve cependant en grande abondance.
Sa limite nous est encore mal connue, et il est peut être à espérer
qu’elle pourra s’étendre par la culture et devenir une source de revenus
pour un pays où l’olivier ne saurait plus croître, et où ne se rencontre
pas encore le Karité, dont la limite nord extrême est le 15e degré de
latitude.
Quant aux essais d’acclimatation en Algérie et dans le sud de l’Europe,
nous n’en voyons pas l’utilité et nous sommes en cela pleinement
d’accord avec M. RIVIÈRE qui s’est à plusieurs reprises occupé de la
question. L’intérêt de l’Arganier réside dans son exploitation locale,
là où ne saurait croître l’olivier.
* * * * *
[Note 115 : L. GENTIL. — Exploration au Maroc. Paris 1906, un vol.
in-8o, Masson et Cie, éditeurs. Supplément : _Quelques mots sur
l’Arganier_, 341-364.]
[Note 116 : IBN EL-BEÏTHAR. — Traité des Simples (Traduction française
du Dr L. LECLERC.
Notices et manuscrits de la Bibliothèque nationale 1877, T. III, 53 ;
1881, XXV, 231 ; 1888, XXVI, 244.]
[Note 117 : Dict. berb., p. 230.]
[Note 118 : Et non SCHOUSBOE, comme le dit à tort GENTIL.]
[Note 119 : Voir _Mém. Soc. Linnéenne de Paris_, 1825, III, p. 19.]
[Note 120 : SCHOUSBOE. — Beobachtung über das Gewachsreich in Marokko,
1801, p. 97, d’après DE NOÉ, _Rev. horticole_, 1er avril 1853.]
[Note 121 : ALI BEY. — Voyages en Afrique et en Asie. Paris, 1814, I,
254. — ALI BEY est le pseudonyme de DOMINGO BADIA Y LEBLICH, savant
voyageur espagnol, né en Biscaye en 1766, mort en 1818 de la dysenterie
en se rendant de Damas à la Mecque.]
[Note 122 : Elle ne fut jamais écrite.]
[Note 123 : A citer également les observations d’Henry GRACE, vice-
consul d’Angleterre à Mogador (1853) et l’étude des matériaux transmis
par lui à W. HOOKER ; puis les données consignées dans les publications
des explorateurs marocains, J. Dalton HOOKER et John BALL (1878).]
[Note 124 : Vicomte DE NOÉ. — Mémoire sur l’Argania recommandé comme
plante oléagineuse. _Revue Horticole_, Paris, 1853 (1er avril).]
[Note 125 : W. HOOKER. — On the « Argan » Tree of Marocco (_Arg.
Sideroxylon_). _Journ. of Botan._, London, 1854, VI, 97, Pl. III et IV.]
[Note 126 : CORREA DE SERRA. — _Ann. Muséum Hist. nat._, 1809, VIII, 393
(Pl. V, fig. 1).]
[Note 127 : Voir in BAILLON _Bull. Soc. Linn._ Paris, 910. — ENGLER,
_Monog. afrik. Pflanzenf._ (Sapotaceæ), p. 26 et DC., _Prodr._, VIII.
187.]
[Note 128 : CHARLIER. — Plantes à gutta, _loc. cit._, p. 70, fig. 35.]
[Note 129 : Toujours d’après GENTIL ; mais voir aussi la note du Comte
de BREUILLÉ, chef de la mission militaire française au Maroc, in
_Algérie agricole_ 1887, p. 5445, dans laquelle on trouvera une carte de
l’aire de végétation de l’Arganier.]
[Note 130 : S. COTTON. — Etude sur la noix d’Argan, nouveau principe
immédiat l’Arganine. _J. de Ph. et Ch._, 1888, 5e série, XVIII, 298.]
[Note 131 : Voir _a_, fig. XXIV.]
[Note 132 : Il serait intéressant d’étudier cette action fermentaire,
car on pourrait peut-être en tirer des indications précieuses pour
l’obtention des matières grasses exemptes de produits azotés.]
[Note 133 : C’est également le cas pour le Karité, et la remarque est
générale pour toutes les graines de Sapotacées et la plupart des autres
graines grasses.]
[Note 134 : L’Arganier est cultivé depuis près d’un demi-siècle, au
jardin du Hamma à Alger, et M. RIVIÈRE a plusieurs fois parlé de ce
végétal (_Manuel de l’Agriculteur algérien_ 1900, p. 282-283, _Algérie
agricole_, 1885, p. 3009, etc.). M. LERAY y a également consacré un
article en 1887. Voir également : Cultures du Midi, de l’Algérie,
Baillière, 1906, p. 278.]
[Note 135 : Comparer avec les notes de SCHOUSBOE, citées plus haut, et
l’on verra qu’il n’y a rien de change dans la méthode d’extraction,
depuis un siècle.]
[Note 136 : MILLIAU. — L’Arganier (_A. Sideroxylon_). _Agr. pr. des pays
chauds_. Paris, 1907, VII, no 46, 75-78.]
[Note 137 : Au dernier moment, en date du 20 mars 1907, M. le Consul de
France à Mogador nous avise qu’il a pu nous faire un envoi important de
graines, mais que l’exportation de l’huile est encore absolument
impossible, même pour une simple étude chimique.]
QUATRIÈME PARTIE.
* * * * *
Autres Sapotacées africaines à graines grasses peu connues.
* * * * *
Un certain nombre de graines ont apparu dans le commerce ou dans les
Laboratoires, qui seront peut-être un jour l’une et l’autre récoltées
pour l’industrie.
Dans l’état actuel de nos connaissances, elles sont à peine connues, au
point de vue de leur origine botanique et on ignore complètement la
biologie, l’extension géographique et la plus ou moins grande abondance
des plantes productrices.
Certaines de ces Sapotacées habitent la haute forêt de la Côte d’Ivoire,
les autres viennent surtout du Cameroun, du Gabon et du Congo.
Les deux auteurs auxquels nous nous adressons pour leur étude
préliminaire, seront naturellement les deux savants monographes de la
famille des Sapotacées, MM. PIERRE et ENGLER.
Ici plus que jamais, les discussions sur les synonymies dans les noms
botaniques jouent un très grand rôle et cela est facile à concevoir,
puisque chaque auteur ne recevait au début que des fragments incomplets
d’organes végétaux et donnait provisoirement un nom à la forme complète
qu’il n’avait pu se procurer encore.
Nous avons eu entre les mains les descriptions mêmes de PIERRE et les
avons comparées à celles du distingué directeur du Muséum de Berlin, et
nous sommes convaincu qu’il reste beaucoup à faire pour connaître d’une
façon définitive les Sapotacées équatoriales.
La plus étudiée est le _Mimusops Djave_ (Lanessan) Engler décrite par DE
LANESSAN[138] sous le nom de _Bassia Djave_, appelée _Bassia toxisperma_
par RAOUL, _Tieghemella africana_[139] puis _Baillonella toxisperma_ par
PIERRE[140], enfin replacée dans le genre _Mimusops_ par ENGLER[141].
Voisine de celle-ci est la plante désignée sous le nom de =Moabi=, qui
est le _Baillonella obovata_ PIERRE, dont ENGLER, après en avoir fait le
_Mimusops obovata_ (Pierre) Engler, en donne enfin la description sous
le nom nouveau de _Mimusops Pierreana_.
On trouve encore dans les notes manuscrites de PIERRE une description de
graines venant de la Côte-d’Ivoire et qu’il attribue à une espèce
nouvelle, sans doute encore de ce genre _Mimusops_ et appartenant au
sous-genre _Baillonella_ admis par ENGLER ; elles sont désignées dans
les notes de PIERRE sous le nom indigène de _Makerou_ et scientifique de
_Tieghemella ? Heckelii_ (Herbier L. P., no 6024, communication Heckel)
que LECOMTE considère comme extrêmement voisine sinon identique au
Moabi.
Enfin récemment (fin 1905) nous avons reçu à notre laboratoire des
graines envoyées au Hâvre, que nous avons soumises à M. PIERRE ; elles
appartiennent également à ce genre _Mimusops_ et au sous-genre
_Lecomtedoxa_ ou _Baillonella_.
§ 1. — =Djave= ou =Noumgou=.
_Mimusops Djave_ (Lanessan) Engler.
SYN. : _Bassia Djave_ de Lanessan ; _Bassia toxisperma_ Raoul ;
_Tieghemella africana_ Pierre (manuscrit) ; _Baillonella toxisperma_
Pierre ; _Baillonella Djave_ Pierre ; _Tieghemella Jollyana_ Pierre
(manuscrit).
La première mention de cette plante dont les graines fournissent au
Gabon une matière grasse alimentaire et médicinale se rencontre dans
l’ouvrage de DE LANESSAN[138] sur les plantes utiles des colonies.
[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XXV. — =D’jave=
ou =Noumgou=, _Mimusops D’jave_ (Lanessan) Engler (d’après ENGLER in
_Sapotaceæ africanæ_, Berlin 1904. Pl. XXII).]
Il signale des graines de deux arbres, qu’il dénomme _Bassia Djave_ et
_Bassia Noumgou_, croissant au Gabon, dont les graines donnent jusqu’à
56 % d’un beurre analogue au beurre de Galam (B. de Karité) sous les
noms de _Agali-Djave_ et _Agali-Noumgou_. Ce beurre comestible, quand il
est frais, s’emploie également en friction contre les douleurs
rhumatismales, et il ajoute : « Une autre espèce de _Bassia_ connue sous
le nom de _Acole ongounou_ donne aussi une matière grasse
analogue[142] ».
Cette plante dont la graine fournit une matière grasse est connue au
Gabon sous le nom de _Djave_ ou _Njave_ et au Cameroun sous celui de
_Nùmgù_ ou _Nounegou_. Voici ce qu’en a dit PIERRE, dans ses notes :
Cette graine lui avait été envoyée de la Société pharmaceutique de
Londres par M. HOLMES, sous le nom de _African Poison_, appellation qui
se concilie peu avec son produit qu’on dit comestible, mais qui
s’explique pourtant par le principe amer que contiennent ses cotylédons,
principe d’ailleurs assez commun chez les Lucumées et analogue à celui
qu’on retire des amandes amères. Aussi les graines du _Calospermum
mammosum_ provoquent, dit-on, des troubles dans le cerveau si on en
consomme avec excès[143].
Cette graine est une Lucumée, mais différant bien de tous les genres de
cette tribu : « Le _Baillonella toxisperma_, dont le fruit et les fleurs
sont encore inconnus, a une graine longue de 6 centimètres. Son plus
grand diamètre (36 mm.) est au-dessous, du milieu de la face ventrale à
la face dorsale et ce diamètre n’est plus que de 15 millimètres près du
sommet. Il est de 25 millimètre transversalement.
« Elliptique un peu comprimée, subgibbeuse dans la partie confinant au
micropyle, arrondie aux deux bouts, même à la face dorsale, elle a une
cicatrice ventrale longue de 56 millimètres recouvrant un peu moins de
la moitié de sa superficie. Là un peu rugueux, d’aspect terne,
l’épaisseur de son tégument (environ 1 mm.) est à peu près la même que
dans les autres régions. La partie vernissée a une teinte brun foncé
chocolat. Son omphalodium (4 mm. sur 4 mm.) est situé à l’extrémité
supérieur de la cicatrice qui est aussi le sommet organique de la
graine. La marche de son raphé à travers le test est par-conséquent
presque rectiligne. Le deuxième tégument est intimement adhérent à
l’externe et s’en détache difficilement. Le système vasculaire quoique
bien développé _est sans relief_. L’embryon se présente entouré du
nucelle et d’une mince couche d’albumen. Les cotylédons elliptiques
entièrement libres, bien appliqués l’un contre l’autre malgré leur
épaisseur, ne sont pas bombés. Leur commissure est tournée vers le hile.
Ils se terminent en bas en une tigelle courte recourbée en forme
d’hameçon et dirigée vers le micropyle.
« C’est un des rares genres de la tribu où l’amidon n’existe pas. »
Dans les mêmes « =Notes botaniques=[144] », quelques pages plus loin,
PIERRE décrit, dans le genre _Tieghemella_, une graine qui a été
rapportée à la même espèce ; nous voulons transcrire sa description afin
qu’il soit permis de comparer, quand, selon toute vraisemblance, ces
graines grasses assez nombreuses au Gabon seront à nouveau envoyées à
nos collections.
Il existe quelques différences, comme on va le voir, entre cette
description et la précédente.
« Le genre _Tieghemella_, dit PIERRE, se trouve représenté dans les
collections de la Société pharmaceutique de Londres, dans le Musée de
Berlin, au Musée de l’Exposition coloniale à Paris[145] et au Muséum de
Paris[146]. Les premières graines ont été apportées du Gabon par M.
AUBRY LE COMTE en 1853. Jusqu’ici l’arbre est inconnu. Les noms sous
lesquels elles sont cataloguées sont évidemment erronés. On les appelle
_Vitellaria_ et _Lucuma_ à Berlin et _Illipe_ au Musée des colonies,
probablement à cause de la grande quantité d’huile qu’elles renferment
(56 %).
[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XXVI. — =Djâve=,
_Mimusops Djave_ (Lanessan) Engler (_in_ Notes manuscrites de PIERRE
sous le nom de _Tieghemella africana_).]
[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XXVII. — =Oureri=
ou =Djave=, _Mimusops Djave_ Engler (d’après les notes manuscrites de
PIERRE). Fruit communiqué par Heckel.]
« Le nom indigène lui-même est suspect. Ainsi ces graines au Musée
colonial (no 3604) portent le nom gabonais =Ouréré=, arbre à graisse ;
et au Muséum de Paris, d’après M. POISSON, celui de =D’iavé= ou
=D’javé=.
« Pour ne pas faire confusion, nous rejetons les noms de _Bassia Djave_
ou _Bas. Ourere_, nom de collection non publiés et sans nom d’auteur et
l’espèce sera le _Tieghemella africana_.
« Le test épais et dur, le conduit raphéen assez long, la cicatrice
elliptique non linéaire-oblongue, éloignent ce genre d’_Illipe_ et
indiquent une Lucumée. Du _Vitellaria_ Gærtner (Karité), il diffère par
la forme oblongue de la graine, la proéminence de cicatrice, le test
très dur, non coriace et peu épais, la présence du nucelle et de
l’albumen, les cotylédons oblongs, plans-convexes et libre d’adhérence,
la tigelle grosse, assez longue et un peu recourbée au lieu d’être
adnée.
« Cette graine a ordinairement 8 cm. de longueur, 3,5 cm. de largeur de
la face ventrale à la face dorsale, et 2,5 cm. latéralement. Elle est
obovée, arrondie en haut, atténuée en bas et recourbée en dedans dans la
région du micropyle ; enfin carénée vers sa partie inférieure dorsale.
Sa cicatrice, longue de 53 mm. sur 25 mm., elliptique oblongue, arrondie
aux deux bouts, n’atteint pas le sommet de la graine et en est séparée
par un intervalle de 20 mm. qui est exactement la course intérieure du
canal raphéen. Son omphalodium ligneux très bombée et très épais a une
longueur de 25-28 mm. Il atteint le milieu de la graine, tandis que,
dans le _Vitellaria paradoxa_, il descend seulement jusqu’au tiers de la
face ventrale, par conséquent démontrant un raphé plus court.
« Sauf cet épaississement de la région du hile, le tégument a une
épaisseur à peu près égale de 2 mm., et a une coloration rouge très
foncé et une surface lisse et brillante en dehors de la cicatrice.
« Le deuxième tégument est, quoique mince, remarquablement épais et
s’enlève difficilement. Il est rouge brun et violet. Le système
vasculaire très serré est aplati. L’albumen très appauvri autour des
parties supérieures de l’embryon et réduit souvent au nucelle, forme une
calotte épaisse rostrée autour de la tigelle. Celle-ci, qui a 7-8 mm. de
longueur et dont l’épaisseur est de 5-7 mm., est légèrement incurvée.
Les cotylédons sont oblongs, très épais, à commissure régulière et ne se
rejoignant pas au centre mais seulement sur les bords. Ils contiennent
un peu de gutta, beaucoup d’huile, de l’aleurone, des leucites. »
On admettra donc ici avec ENGLER et jusqu’à preuve du contraire
l’identité d’origine spécifique des graines ainsi décrites par PIERRE,
qui proviendraient du _Mimusops D’jave_, dont voici la diagnose.
« Arbre gigantesque ; rameaux et jeunes feuilles portant principalement
sur les pétioles de longs poils très serrés, de couleur ferrugineuse ;
feuilles groupées au sommet des rameaux. Stipules linéaires-lancéolées
aiguës, égalant la moitié du pétiole, couverts de longs poils, écartées
ou courbées en dehors. Pétiole arrondi, 8 ou 9 fois plus court que le
limbe un peu coriace, glabre en-dessus et luisant, lancéolé, acuminé ;
nervures latérales primaires au nombre de 35-40 de chaque côté, très
proéminents, soudées près du bord ; nervures secondaires obliques
légèrement proéminentes, ainsi que leurs ramifications, formant un
réseau un peu serré. Plusieurs pédicelles axillaires égalant ou
surpassant un peu les pétioles et pourvus de nectaires ovoïdes-aigus ;
sépales oblongs, aigus, couverts d’un revêtement de couleur
ferrugineuse, de poils serrés. Tube de la corolle un peu plus court que
les segments ovo-lancéolés ; appendicules de même forme que les segments
primaires : filets des étamines insérés dans le milieu du tube de la
corolle. Anthères ovales terminées par une petite pointe et de longueur
égale ; staminodes spathuliformes pourvus de longs poils à la partie
basale et extérieurement, linéaires et un peu plus courts que les
pétales.
« Ovaire ovoïde à longs poils, s’atténuant en un style conoïde un peu
plus long que lui, 8-loculaire ; ovules attachés au milieu. Le fruit est
une grosse baie globuleuse un peu pointue 1-2 sperme ; semence oblongue,
un peu comprimée sur le côté, d’un brun pâle avec cicatrice oblongue
assez large et un peu plus courte que la semence entière ; cotylédons de
la forme de la graine, un peu inégaux. »
Cet arbre qui doit atteindre des dimensions considérables, croît au
Cameroun et au Gabon où il fleurit en octobre. Ses rameaux terminaux qui
sont assez gros et courts, 10 à 15 cm. de long sur 1,5 à 2 cm. de
diamètre, portent un bouquet de feuilles verticillées et dans l’axe du
faisceau ainsi formé partent les fleurs longuement pédonculées et
groupées également en-dessous du faisceau de feuilles terminales.
Le fruit qui mesure 6 cm. de diamètre, est nommé =Ouréré= par les
indigènes ; l’arbre s’appelle =Noumgou= au Cameroun et =Njave= ou
=Djave= au Gabon.
Nous avons les dessins non publiés de PIERRE et nous n’hésitons pas à
identifier toutes les plantes dont nous avons donné les synonymies.
Le =Djave= reste entièrement à étudier au point de vue de sa répartition
géographique, de sa fréquence dans la haute forêt où il paraît habiter,
et aussi au point de vue de la composition chimique de sa graine.
L’avenir seul dira si son utilisation est possible sur place ou comme
produit d’exportation.
Tout ce que nous savons, c’est que les graines renferment une proportion
importante de matière grasse utilisée dans l’alimentation de certaines
peuplades noires ; mais on y a signalé également de la gutta, de
l’amidon, des cristaux et une matière amère donnant un goût désagréable
au produit.
§ 2. — =Moabi= ou =Maniki=.
(_Mimusops Pierreana_ Engler)
=Syn.= — _Baillonella obovata_ Pierre. — _Mimusops obovata_ (Pierre)
Engler.
Nous reproduisons pour cette plante la diagnose manuscrite de PIERRE,
faite en 1895 et qui ne diffère en rien de celle du savant monographe
berlinois.
Cette espèce a été recueillie par LECOMTE dans la région de Loango du
Gabon, sous le nom de =Moabi= et à cause de son beau bois un peu
rougeâtre. Le latex, dit-il, abandonne une gutta dure et cassante, trop
résineuse... Le fruit ne contient qu’une graine occupant toute la
cavité.