_Le Fruit._ — Le fruit est une drupe renfermant une graine le plus

souvent ; mais il n’est pas rare d’en rencontrer 2 ou même 3,

parfaitement développées ou bien inégales.

[Illustration : FIG. XXI. — =Aspect et coupe du fruit d’Arganier.= — En

haut la structure schématique montrant le mésocarpe charnu avec

faisceaux et laticifères et la couche interne scléreuse ; à gauche, la

coupe d’un jeune fruit indiquant les différentes parties ; _a, b_,

montrant l’aspect des noyaux d’Argan, tels qu’on les rencontre

généralement, privés de la pulpe extérieure ; _ep._, épicarpe, _fll._,

faisceaux conducteurs du carpelle ; _mes._, tissu charnu du péricarpe

avec laticifères _lat._ ; _end._ tégument scléreux.]

La partie externe du péricarpe est charnue, et renferme, à peu de

distance de l’épiderme, une rangée de faisceaux lib.-ligneux à bois

central. Les laticifères sont très nombreux.

Le tégument, qui forme l’enveloppe extérieure de la graine, est

extrêmement dur, et constitué par un amas de cellules scléreuses très

épaissies et à peine cornées.

L’amande comprend extérieurement une enveloppe représentée par des

cordons blanchâtres, formant à la surface comme une sorte d’arilles en

réseau, qui ne sont autres que des cordons vasculaires (libéro-ligneux),

imprimant sur la face supérieure de la feuille cotylédonaire des sillons

ou cannelures assez apparentes dans la couche parenchymateuse (_i_, fig.

XXII).

[Illustration : FIG. XXII. — =Coupe de la graine d’Argan.= — _tg_,

dernière assise du tégument scléreux ; _i_, couche tégumentaire

parenchymateuse avec cordons vasculaires épais, _cot_, cotylédons avec

laticifères, _lat_.]

_Répartition géographique_[129].

L’Arganier existe à profusion sur une certaine étendue de la côte sud-

marocaine et à l’intérieur d’un périmètre que les observations actuelles

ne permettent pas encore de délimiter d’une façon définitive.

De plus, les différents voyageurs qui en ont parlé ne se sont pas

préoccupés des relations qui peuvent exister entre l’extension de cet

arbre et la nature du sol sur lequel il croît ; seul Henry GRACE paraît

s’être inquiété de ce côté intéressant de l’étude de l’Arganier

lorsqu’il dit qu’il pousse sur un sol sableux et sur des collines où

l’irrigation est impossible.

Il résulte, des divers récits d’exploration sur le Maroc méridional, que

cet arbre paraît s’étendre à toute la région littorale atlantique

comprise entre les 29e et 32e degrés de latitude nord ; qu’il s’enfonce

à une vingtaine de kilomètres des côtes et forme de petits bois isolés

jusqu’à une profondeur de 40 kilomètres, au maximum.

Mes voyages m’ont permis de traverser tout le pays qu’il recouvre, et si

je n’ai pas atteint sa limite au sud, du moins ai-je pu la relever vers

l’est. Mes recherches géologiques et géographiques me permettent, en

outre, de donner une idée assez nette des conditions d’habitat de cette

curieuse essence forestière.

On se ferait une idée fausse des forêts d’Arganiers si on les comparait

aux bois touffus de nos pays d’Europe ou des régions tropicales. Elles

sont composées, à de très rares exceptions près, d’arbres disséminés qui

apparaissent, de loin, comme autant de taches noires sur un sol nu. Les

plus belles que j’aie vues se trouvent non loin de Mogador, soit à l’Est

(El Hanchen), soit au Sud au bord de l’ouad Tidzi, et surtout dans la

vallée du Sous, notamment dans la plaine des Houara.

L’Arganier se rencontre, en allant du Nord vers le Sud, dans les

importantes tribus des Chiadma, des Haha, des Mtouga et des Ida ou

Tanan ; enfin il s’étend à la plus grande partie de la vallée du Sous.

Plus au Sud, cet arbre existerait, paraît-il, dans la région littorale

du Tazeroualt jusqu’à l’Ouad-Noun ; mais nous n’avons que des

renseignements douteux à ce sujet, tandis qu’il résulte des explorations

du vicomte de Foucauld que l’essence forestière qui nous occupe ne

s’étend pas à l’est, dans l’Anti-Atlas.

[Illustration : FIG. XXIII. — =Coupe du noyau d’Argan.= — Coupe de la

paroi scléreuse du fruit (noyau) à laquelle adhéraient encore des restes

du parenchyme mésocarpien E et I avec faisceaux carpellaires _fll_. — Le

tégument scléreux _tg_, forme une gaine extrêmement dure, au centre de

laquelle se trouvent le plus souvent une graine, parfois deux ou même

trois, plus ou moins inégalement développées (_Voir fig. précédente pour

la coupe de l’amande_).]

Je n’ai que peu de chose à dire des Chiadma, que j’ai vus seulement à

l’extrémité méridionale du Djebel Hadid, et dans cette région l’arbre

d’argan croît aussi bien sur les dunes et les alluvions quaternaires des

vallées que sur les argiles et grès crétacés ou sur les calcaires

jurassiques qui forment la voûte des Djebel Hadid et Kourat. Les

nombreux voyageurs qui m’ont précédé, s’accordent à dire que l’Arganier

se montre au delà, jusqu’à la vallée de l’Ouad-Tensift.

Dans les Haha, il se rencontre un peu partout, du moins à une altitude

inférieure à 800 ou 900 mètres. Il pousse indifféremment sur tous les

terrains, même sur les dunes quaternaires des environs de Mogador où il

ne forme cependant jamais d’importantes forêts parce qu’il y a été

souvent détruit par le feu.

Les grès pliocènes offrent également un sol meuble qui convient très

bien à son développement, et partout sur ces grès, aussi bien à l’est de

Mogador que dans les Ida ou Guerd et les Ida ou Iceurn, il est très

abondant.

Au sud de la ville, il est, à partir de Tagouïdert, fréquemment associé

au _Thuya_ et il forme de belles forêts, notamment sur les bords de

l’Ouad-Tidzi et plus au sud, au delà de l’Asif-Igouzoulen. Dans l’Est,

en se dirigeant vers la plaine de Marrakech, on le voit passer sans

décroissement brusque des grès tertiaires aux terrains crétacés, sur le

Djebel Tamerzakt comme dans les Meskala et jusqu’au Kourimat. Sa limite

extrême, dans cette direction, est située au voisinage de Dar Moqaddem

Messaoud, soit par 11° 40′ environ de longitude ouest.

Les sédiments crétacés de la côte, dans les Ida ou Troumma et les Aït

Ameur, offrent encore un sol propice au développement de cette

intéressante essence forestière, et cela quelle que soit la nature des

sédiments : argileux, gréseux ou calcaires. Enfin les calcaires qui

forment les rides anticlinales du Haut-Atlas occidental sont, de même

que ceux du Djebel-Hadid, encore très susceptibles de supporter

l’Arganier. Le plateau de Taguent en particulier en est couvert ; mais à

peine s’élève-t-on sur ces plissements jurassiques — qui, ainsi que je

l’ai fait remarquer, descendent des hauteurs pour s’abaisser

graduellement, jusqu’à la côte — qu’on le voit s’effacer rapidement

devant le _Thuya_ à gomme sandaraque qui trouve sur ces affleurements

calcaires son sol de prédilection.

La même remarque s’applique aux Ida ou Tanan où il croît dans la zone

littorale ; tandis qu’il disparaît dans la région montagneuse à partir

des altitudes assez élevées et fait place à l’arar partout où émergent

les calcaires jurassiques.

Dans les Mtouga, l’Arganier ne s’étend qu’aux régions les plus basses ;

des forêts de cet arbre forment le prolongement de celle des Knafa au-

delà d’Imi n Takandout et, dans la vallée de l’Ouad Igrounzar, il

s’arrête à quelques kilomètres en amont d’Aït Biiout. D’abord développé

sur le trias de la vallée de Taghraghra, il se montre partout ici sur

les terrains crétacés et sur les calcaires à silex secondaires ou

tertiaires.

Mon voyage dans le Sous m’a encore permis quelques remarques

intéressantes sur l’extension de cet arbre si curieux. En descendant la

vallée de l’Ouad Tagouïrart (haute vallée de l’Ouad Aït Moussi), j’ai

constaté qu’il apparaît des Talatirhan, pour devenir de plus en plus

abondant en approchant de la Nzala Argana, qui doit son nom aux belles

forêts qui l’entourent. Dans cette vallée, il croît indifféremment sur

les schistes primaires, les grès et argiles permiens, les terrains

crétacés et les alluvions de la rivière ; il s’arrête au-dessous d’Aglou

et, à la descente du col des Bibaoun, on le voit s’élever bien haut sur

le flanc méridional du Haut-Atlas.

La belle plaine du Sous constitue la région de prédilection de

l’Arganier. Partout dans le Mseguina, les Houara, le Ras el Ouad, il

règne en maître aux dépens de toute autre végétation. Il atteint même la

vallée de l’Ouad Tifnout et, bien que je ne puisse préciser sa limite de

ce côté, je puis affirmer qu’il n’existe pas au pied occidental du

Djebel Siroua, dans la partie supérieure de l’Ouad Touttal, alors qu’il

atteint les environs de Laoulouz.

Dans la plaine de Ras el Ouad et, plus bas, dans les Houara, il forme

des forêts interrompues seulement par des clairières qui sont livrées à

la culture. Enfin cet arbre se montre au bord de l’Anti-Atlas, et il

s’élève assez haut sur le flanc méridional du Haut-Atlas ; les

itinéraires que j’ai suivis sur ce versant de la chaîne m’ont permis de

l’observer partout, autant sur les schistes siluriens et dévoniens que

sur les grès permiens ou sur les sédiments crétacés.

Vers l’est, j’ai constaté qu’il atteint encore le village d’Amzal, mais

il se refuse à monter plus haut à cette longitude.

Les lignes qui précèdent font ressortir le grand développement de

l’Arganier dans un périmètre assez imparfaitement délimité et

relativement restreint.

Il convient de remarquer tout d’abord que cette essence paraît tout à

fait indifférente à la nature du sol. Mes recherches ne peuvent laisser

subsister de doute à cet égard. Les terrains primaires, secondaires ou

tertiaires, aussi bien argileux ou calcaires que siliceux, meubles que

compacts, sont susceptibles de lui offrir un sol favorable à son essor.

Il faut donc chercher la cause de sa dissémination dans une question

climatérique.

Il semble bien, en effet, que la température et l’humidité moyennes de

l’atmosphère soient assez uniformes partout où croît l’Arganier. Il

serait sans doute prématuré de s’appuyer à ce point de vue sur les rares

observations météorologiques faites dans ces contrées ; mais, si l’on

rapproche de mes données personnelles celles acquises par les

explorateurs qui m’ont précédé, notamment par MM. DE FOUCAULT et DE

SEGONZAC, on peut se rendre compte que la température et l’état

hygrométrique de l’air doivent en quelque sorte se compenser dans toute

l’étendue du pays où croît l’Arganier.

Il ne peut vivre qu’au-dessus d’une température déterminée et à la

faveur de l’humidité du littoral atlantique.

Quelques remarques le feront mieux comprendre.

A l’est de Mogador, l’Arganier ne dépasse pas le 11° 40′ de longitude

ouest, il ne s’éloigne donc pas à plus de 15 kilomètres du littoral et

il ne s’élève de ce côté qu’à des altitudes d’environ 400 mètres à Dar

Moqaddem Messaoud et de moins de 500 mètres dans le Kourimat. A une

faible distance de là, vers le sud, il s’étend plus loin à l’est et

atteint une hauteur voisine de 700 mètres ; or, tandis que l’influence

de l’Atlantique est, dans le premier cas, contrariée par les collines

d’El Hanchen et de Tamerzakt, ici l’humidité de l’Océan peut se faire

sentir plus loin grâce au couloir continu de la vallée de l’Ouad Kseb.

Tout le long de la côte, dans les Haha et les Ida ou Tanan, la limite de

l’extension de cet arbre est fonction de l’altitude.

En descendant le cours de l’Ouad Aït Moussi, on le voit apparaître à

partir de 950 mètres environ, et s’élever vers le col des Bibaoun

jusqu’à plus de 1000 mètres. Il semble qu’il y ait là un fait en

contradiction avec les précédents parce que nous sommes à environ 80

kilomètres de la côte ; mais il convient de remarquer que la vallée de

l’Ouad Aït Moussi est dirigée vers le sud et subit l’influence du climat

de la plaine du Sous.

Comme il a déjà été dit, la haute chaîne de l’Atlas délimite nettement

deux zones climatériques différentes parce qu’elle offre une barrière

presque infranchissable aux vents chauds du désert, et j’ai constaté à

la fin de décembre jusqu’à 26° au thermomètre fronde, à El Boura, non

loin de Taroudant. Le Sous, contrairement au Haouz, doit participer du

climat saharien.

Ainsi s’explique la dissémination de l’Arganier jusqu’à des altitudes

élevées dépassant 1300 mètres au-dessous du col des Bibaoun, sur le

flanc méridional du Haut-Atlas. On peut voir cet arbre dans la vallée de

l’Ouad Mentaga et dans les Aït Yous s’élever sur le revers de la chaîne

et subsister jusqu’à Amzal.

C’est encore à ce climat particulier de la vallée du Sous qu’il faut

attribuer l’extension vers l’est de cette essence forestière, laquelle

se retrouve jusqu’au voisinage de Laoulouz par 10° 30′ environ de

longitude ouest, soit à plus de 150 kilomètres de la côte. Et l’une des

conséquences climatériques de la puissante barrière du Haut-Atlas sur

les régions septentrionales a été de refouler à plus de 100 kilomètres

vers l’ouest la limite de l’Arganier.

_Usages._ — L’Arganier, si intéressant au point de vue botanique, offre

partout où il croît une véritable ressource au Marocain, qui tire parti

à la fois de son bois, de sa feuille et de son fruit.

Le bois d’Arganier est dur, lourd, compact, rivalisant avec les

meilleurs du même genre ; il est très résistant, de couleur jaune. Les

indigènes ne l’emploient guère que comme chauffage ; ils en font parfois

un charbon excellent, supérieur à celui du chêne vert. Les branches sont

trop noueuses pour être couramment employées pour la construction ; ils

lui préfèrent des bois blancs comme le Thuya, dont les troncs droits

forment des perches facilement utilisables pour les charpentes ou les

boiseries grossières des maisons. Les feuilles servent de nourriture aux

animaux ruminants, notamment à la chèvre et au chameau. Seuls les

équidés (cheval, mulet, âne) se refusent à en manger.

Il est assez curieux de voir le chameau, habitué à brouter les herbes

des pâturages africains, faire usage de son long cou pour atteindre les

feuilles de l’arbre à sa portée. Et rien n’est plus pittoresque qu’un

troupeau de chèvres dans une forêt d’Arganiers : les unes se dressent

pour manger les feuilles les plus basses, tandis que d’autres grimpent

et se tiennent même sur des branches assez minces pour y prendre leur

aliment préféré.

La dent de la chèvre, si funeste à la plupart des végétaux persistants

dans les autres pays, laisse également des traces sur l’arbre qui nous

occupe et il est facile de reconnaître les forêts livrées à de nombreux

troupeaux de ces capridés, par l’aspect rabougri des branches

inférieures et des petits sujets. Mais l’Arganier est assez vivace pour

résister à l’action destructive de ces animaux.

Si l’on tient compte de l’énorme quantité de peaux de chèvres utilisées

dans l’Empire chérifien ou fournies par lui à l’exportation — preuve

irréfutable d’une agriculture encore des plus sommaires — on se fait une

idée de la ressource appréciable offerte aux indigènes du Maroc sud-

occidental par cette essence forestière.

Mais là ne se bornent pas les vertus de l’arbre du Sous. Le fruit est

utilisé par eux à deux effets : pour l’alimentation des ruminants et

pour la fabrication d’une huile fort estimée, l’huile d’argan. La

récolte en est très facile à cause de sa déhiscence ; à partir du mois

de mai, en effet, le fruit mûrit, il se dessèche et tombe seul ou sous

l’action de la moindre agitation ; il suffirait donc de le recueillir

sur le sol après le plus faible coup de vent.

Mais le Marocain possède, au même titre que les Musulmans du Nord de

l’Afrique, l’art de réduire au minimum l’activité indispensable à son

existence. Il se contente de pousser ses troupeaux dans la forêt, et

chameaux, bœufs, vaches, moutons, chèvres, vont deux fois par jour, le

matin au moment de la fraîcheur, le soir avant le coucher du soleil,

manger les argans dont ils sont très friands. Seuls les Berbères les

plus actifs et les plus prévoyants font ramasser par leurs bergers des

provisions de ces fruits, qui serviront aux mêmes usages durant l’hiver.

Les animaux ne mangent que l’enveloppe desséchée du fruit de l’Arganier.

Tandis que la chèvre et le mouton laissent tomber de leur bouche tout ou

partie des noyaux, les chameaux et les bovidés avalent ces derniers et

les rejettent intacts à l’étable, en ruminant. C’est surtout là que les

femmes et les enfants recueillent avec soin les noix qui vont servir à

la fabrication de l’huile si estimée.

Ainsi la Nature, déjà si prodigue à bien des égards envers ce beau pays,

l’a non seulement doté d’un arbre précieux pour la nourriture des

bestiaux, mais elle a en quelque sorte voulu que ces derniers épargnent

à leur maître la peine de récolter lui-même l’un des éléments importants

de son alimentation. L’huile d’argan, en effet, constitue, avec le pain,

la nourriture exclusive des indigènes pauvres.

La seule étude chimique que nous ayons rencontrée dans la littérature

scientifique est due à M. S. COTTON[130], qui communiqua son travail à

la Société de pharmacie de Lyon en 1888. Cet auteur croyait l’Arganier

répandu dans l’intérieur de l’Afrique, à Madagascar et au Maroc ; nous

savons ce qu’il en faut penser.

« Le procédé d’extraction des plus primitifs employés par les indigènes,

consiste à broyer l’amande dans un mortier et à jeter la pâte dans l’eau

chaude. L’huile qui vient surnager est recueilli directement.

« Jusqu’ici cette huile n’a pu nous parvenir, grâce aux idées

protectionistes outrées dont fait preuve en toute chose le gouvernement

marocain. »

M. COTTON devait l’échantillon d’huile qui a servi à son étude à

l’obligeance du Dr Andrieu, pharmacien à Mogador ; il constate

l’amertume très prononcée de l’amande qui la fournit, tandis que l’huile

conserve la douceur de l’huile de noisette ; il décrit le fruit et le

noyau qui renferme souvent deux amandes, avec indication fréquente d’une

troisième avortée, comme nous avons eu l’occasion de le constater

fréquemment.

« L’amande, continue M. S. COTTON, est un peu plus grosse que celle de

la semence de Courge dont elle présente même la forme. L’arille[131] qui

l’enveloppe presque en entier en réseau élégant la sépare de la coque,

et quoiqu’elle soit relativement comprimée dans celle-ci au point de

prendre parfois une forme triangulaire, elle reste assez libre, grâce à

l’arille, pour pouvoir se détacher facilement.

[Illustration : FIG. XXIV. — =Noyau de l’Arganier= ; _a_, fruit

partiellement brisé montrant à l’intérieur de la coque une amande à la

surface de laquelle court un réseau de faisceaux vasculaires très

proéminents ; _b_ et _c_, coupes transversales montrant le développement

inégal des embryons.]

« Elle contient en abondance une huile fixe, douce, non siccative, se

figeant à 0°, s’épaississant au bout de 12 heures par le réactif de

Poutet sans se solidifier complètement, ce qui la distingue de l’huile

d’olives. Sa _densité_ est de 0,914.

« Indépendamment de la forte proportion d’huile que contient l’amande

d’argan, on y trouve en abondance de l’albumine végétale (2 % environ) ;

de sorte qu’à l’état frais, cette amande doit être considérée comme un

lait végétal. »

Cette observation est parfaitement juste, et cette graine, comme toutes

celles des Sapotacées, renferme des laticifères ayant un contenu

_guttoïde_ analogue à celui qui gêne la fabrication du produit

comestible du Karité.

« Il arrive parfois, continue ce chimiste, si la noix s’est desséchée

dans de mauvaises conditions, que cette albumine se détruit par une

espèce de fermentation particulière différente de la putréfaction ;

l’amande prend alors un aspect de beurre sans acquérir un goût

désagréable[132]. On peut jusqu’à un certain point assimiler cette

transformation à celle qui se produit dans les cadavres, connue sous le

nom de gras de cadavres !

« Les amandes ainsi modifiées donnent une proportion d’huile qui peut

atteindre et même dépasser 80 %.

« Le rendement en huile des amandes saines que nous avons trouvé, dans

une expérience, de 77 %, n’est jamais tombé au-dessous de 66 %. L’époque

de la récolte paraît avoir une certaine influence sur ce rendement, car

les _amandes les plus mûres sont aussi les plus riches en huile_[133].

« Un avantage que présente la coque de ce fruit, c’est que sa dureté et

son épaisseur ne permettent pas facilement aux insectes d’y déposer

leurs œufs, car il arrive rarement de rencontrer des amandes véreuses ou

endommagées par les vers.

« L’amande d’argan a une saveur fortement amère, mais d’une amertume

_sui generis_ qui n’a rien de commun avec l’amertume de l’amande amère.

« Le principe amer insoluble dans l’huile, l’éther, le chloroforme, le

sulfure de carbone et les essences minérales se dissout, au contraire,

facilement dans l’eau et l’alcool à 90°, un peu moins facilement dans

l’alcool absolu.

« Nous basant sur ces propriétés, nous sommes arrivé à l’extraire à

l’état de pureté par le procédé suivant :

« 1o L’amande, broyée finement, est traitée par l’éther ou un autre

dissolvant pour enlever la matière grasse ;

« 2o Le tourteau est repris par l’alcool à 99° à chaud ;

« 3o La solution alcoolique filtrée est additionnée d’éther pur et par

fraction assez espacée pour permettre au principe amer d’acquérir une

forme cristalline ;

« 4o Au bout de quelques jours, l’alcool éthéré est décanté et les

cristaux sont traités par l’alcool absolu bouillant qui les abandonne de

nouveau par le refroidissement à l’état de pureté ;

« 5o Ce corps cristallise dans l’alcool en petits prismes brillants très

courts, mais jusqu’ici il m’a été impossible de l’obtenir cristallisé

dans l’eau, car lorsqu’on veut le recueillir sur un filtre, la simple

humidité de l’air lui communique une consistance gommeuse.

« C’est un principe azoté, dont les fonctions chimiques ne paraissent

pas bien énergiques. Cependant il forme avec l’acide sulfurique une

combinaison définie en très beaux prismes allongés. Cette combinaison

nous permettra d’en établir la formule lorsque nous aurons à notre

disposition une quantité suffisante de matière première.

« Je lui donnerai le nom d’_arganine_ pour rappeler son origine

botanique. »

L’auteur n’a pu, sans doute, mettre son désir à exécution, probablement

à cause de l’impossibilité de réapprovisionnement.

Aussi nous allons donner simplement les renseignements de M. GENTIL sur

l’huile et sa fabrication[134] :

_Fabrication de l’huile_[135]. — La fabrication de cette huile est des

plus simples et des plus primitives. Les noyaux sont cassés entre deux

pierres, le plus souvent par des femmes. Les amandes se détachent

facilement de leur coque ; elles sont torréfiées comme des grains de

café, dans des plats en terre cuite à bords relevés, ou dans des plats

de fer, quelquefois aussi sur une pierre plate, que l’on chauffe sur un

feu doux. On les amène à une couleur brune et l’on évite leur

carbonisation en les remuant constamment avec une palette de bois. Les

amandes grillées sont de suite, après refroidissement complet, écrasées

dans une meule à bras ; puis on triture à la main, dans une terrine

posée sur des cendres chaudes, la pâte ainsi produite en l’arrosant d’un

peu d’eau tiède. On pétrit jusqu’à ce qu’elle devienne très dure, et

toute l’habileté de l’opérateur consiste à employer peu d’eau.

L’huile surnageante est séparée par décantation et recueillie dans des

vases. A l’état brut, elle est d’une couleur brun foncé et d’une saveur

âcre désagréable ; en déposant, elle s’éclaircit, mais garde toujours

une certaine teinte et un goût fort. Les gens pauvres la consomment

ainsi, tandis que les autres la clarifient en la lavant. Ils font, à cet

effet, une émulsion dans de l’eau, qui garde, après repos, une partie

des impuretés ; ou bien ils font macérer dans cette dernière, soit à

chaud, soit à froid, un morceau de pain.

Le tourteau d’argan contribue encore à la nourriture des chameaux, des

bovidés, des moutons et des chèvres. Cette fois encore, les équidés se

refusent à en manger.

M. MILLIAU vient tout récemment d’étudier l’Argan et nous pouvons

encore, pendant l’impression de ce fascicule, insérer ici les résultats

de ses analyses[136] :

« Le péricarpe représente en poids 32,78 % du fruit, la coque 62,78 et

l’amande 4,44.

« L’huile représente 51,25 % du poids des amandes et seulement 2,27 % du

poids total des fruits.

« A l’analyse chimique, l’huile d’Argan a présenté les caractères

suivants :

Densité 918 5

Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique · 第 10 / 13 段