[Note 88 : Comme HECKEL l’a justement fait remarquer, il importe

beaucoup de s’inspirer des particularités anatomiques de structure du

végétal, et chacun sait que l’exploitation du _Palaquium_ se fait en

abattant les arbres. Les réservoirs à latex (laticifères) sont ici des

cellules en files qui résistent évidemment au flux vers l’extérieur. De

plus, beaucoup de ces éléments sécréteurs sont situés profondément, très

protégés par du sclérenchyme, quand ils ne sont pas logés dans la

moelle, où l’on ne saurait guère les atteindre.]

[Note 89 : Cela n’a rien qui doive surprendre, car ces incisions

n’intéressent toujours qu’une région limitée et cela pour les mêmes

raisons anatomiques sur lesquelles nous avons déjà suffisamment

insisté.]

[Note 90 : Cette affirmation exagérée montre combien on est porté

parfois à conclure selon ses désirs.]

[Note 91 : CAZALBOU. — Les jardins d’essais du Soudan français. _Rev.

cult. col._, 1899, IV, no 20, 24.]

[Note 92 : M. VUILLET. — _Loc. cit._, p. 8-9.]

[Note 93 : H. JUMELLE. — Plantes à caoutchouc et à gutta. _Ann. Inst.

col._, Marseille, 1898, 6e année, V, 164.]

[Note 94 : OBACH. — Die Gutta percha, 1899, 1 vol. in-8. Dresden, p.

58.]

[Note 95 : Un peu exagéré et d’ailleurs aucunement prouvé.]

[Note 96 : Voir figure in _Rev. cult. col._, 1899, IV, no 20, p. 25.]

[Note 97 : J. VUILLET. — Etude du Karité considéré comme producteur de

gutta, Paris. André, éd., 1901, 1 fasc. in-16, 36 pp. avec 2

photographies.]

[Note 98 : Petite sape à manche court, dont les indigènes se servent

pour remuer la terre.]

[Note 99 : Nous ne nous pouvons expliquer pourquoi après ce rapport, il

n’a pas été fait, par les soins de l’Administration, des essais

d’utilisation industrielle, soit officieusement, soit officiellement, ou

bien s’il en a été fait, pourquoi n’ont-ils pas été portés à la

connaissance du public intéressé.]

[Note 100 : COVIAUX. — Les produits du cercle de Ségou. _Rev. cult.

col._, 1901 ; V, p. 302.]

[Note 101 : HEIM. — _Etudes scientifiques sur les matières premières_. 1

fascicule, Paris, 1901 (Travaux du Laboratoire d’études des matières

premières de l’Office national du Commerce). Le produit guttoïde dit

=gutta-ci= du Soudan, p. 56.]

[Note 102 : Faisons remarquer que dans le tableau que nous reproduisons

plus loin, cette solubilité serait de 98 ?]

[Note 103 : HEIM. — _Loc. cit._, p. 60.]

[Note 104 : Compte-rendu analytique de la séance du 13 juin 1902, p.

38.]

[Note 105 : Voir, par exemple, COVIAUX. Les produits du cercle de Ségou,

_Rev. cult. Col._, 1901, 302.]

[Note 106 : ACKERMANN. — La gutta du Karité, _Revue de chimie

industrielle_, 1904, XV, 310 et _Le Caoutchouc et la Gutta_, Paris,

1905, II, no 4, 132.]

[Note 107 : ENGLER. — Winke zur Verwertung des in Togo häufigen.

_Butyrospermum Parkii_. _Notizbl. des K. bot. Gartens_ zu Berlin, 1904,

p. 166.]

[Note 108 : MARCKWALD und FRANK. — Ueber die Guttaperchahaltige Subtanz

aus dem Harz des Karitebaumes. _Die Gummizeitung_, 1904, XIX, 167.]

[Note 109 : G. FENDLER. — Zur Kenntnis des Sekretes von _Butyrospermum

Parkii_ (des sogenannten Karite-Gutta) in _Arbeiten aus dem pharm.

Institut der Universität Berlin_. 1906, III, 260-276.]

[Note 110 : Ces échantillons avaient été adressés à M. le Professeur Dr

ENGLER par le Dr KERSTING dont nous avons parlé précédemment.]

[Note 111 : Voir ces tableaux p. 272 et 273 du mémoire.]

[Note 112 : CAZALBOU. — Le Karité. _Répertoire de police sanitaire

vétérinaire_, 1906, XXII, no 5 et 7, p. 72-76, 98-100.]

[Note 113 : M. DYBOWSKI nous fait réponse, en date du 15 janvier 1907,

que « un seul des deux colis annoncés est parvenu à destination » et que

des recherches étaient opérées, afin de pouvoir commencer des études

comparatives.]

[Note 114 : Nous parlons, bien entendu, de l’industriel moderne digne de

ce nom, qui a des laboratoires bien installés en vue des services qu’ils

auront à rendre, avec des chimistes compétents et non de ces industriels

à qui suffit la routine ou bien encore ceux pour qui un laboratoire

technique est une parure que l’on affiche et non un ustensile dont on se

sert.]

TROISIÈME PARTIE

* * * * *

L’Argan.

* * * * *

_Historique._

L. GENTIL, maître de conférences à la Sorbonne, le savant explorateur du

Maroc, fut tellement frappé, au cours de ses excursions, de l’intérêt de

l’Arganier, que, dans son livre qui n’est qu’un simple récit de voyages,

très documenté d’ailleurs, il a fait exception pour cet arbre qui joue

dans les régions du Haut-Atlas, un rôle remarquable au point de vue de

la géographie botanique et qui est d’une réelle importance dans la vie

économique de ces pays. Il lui consacre, en effet, plus de vingt pages

formant un chapitre spécial ou appendice au volume[115]. Nous le

citerons en entier dans cette étude, en faisant remarquer avec l’auteur

que si l’Arganier a une influence marquée sur l’existence des

populations arabes ou berbères des contrées qu’il recouvre, et bien

qu’on en ait souvent parlé, « _il mérite encore l’attention parce qu’il

est vraisemblablement destiné à un plus grand avenir_. »

L’Arganier est très anciennement connu, ainsi que le prouve cette note

de l’introduction du _Traité des Simples_[116] où L. LECLERC dit que,

« vers l’année 1219, IBN EL-BEÏTHAR se mit en marche pour l’Orient. Il

passa par le Maghreb et dut y voyager à petites journées, vu le grand

nombre d’observations qu’il y a faites. » Ici les plantes récoltées sont

données avec leurs noms indigènes, c’est-à-dire berbères. Son séjour au

Maroc est accusé par la mention de l’_Arganier_.

Plus loin, on trouve la description du célèbre botaniste arabe :

« _Arganier_ (=Ardjân=), c’est un mot berbère et c’est le nom d’un arbre

qui se trouve dans le Maghreb extrême, dans la province du Maroc. Il a

des aiguillons très piquants et donne un fruit de la forme d’une petite

amande appelée vulgairement « amande berbère. »

Dans le même ouvrage, le savant arabe rapporte que « c’est un fruit qui

ressemble à un petit gland de couleur jaune. Sur un de ses côtés il

porte une dépression étroite qui ne pénètre pas jusqu’à l’intérieur. Il

ressemble intérieurement à une graine de Pin. Il est fourni par un arbre

de haute taille du Maghreb extrême. Ce fruit est chaud et resserre le

ventre. Son huile est avantageuse contre la surdité chronique et les

maux d’oreilles ». Ces phrases sont d’IBN RODHOUAN, citées par IBN EL-

BEÏTHAR, qui continue : c’est l’=irdjân=. Les Berbères du Maghreb

l’appellent =argân= ; il croît au sud de la ville de Maroc, dans les

cantons de Hâhâ et de Regrâgâ. Il est très épineux et ses piquants aigus

sont un obstacle à la récolte du fruit. On en obtient de l’huile en

donnant d’abord le fruit à manger aux chèvres et aux chameaux à l’époque

de sa maturité. Ces animaux rendent les noyaux et alors on les

recueille, on les casse comme des amandes. On prend la pulpe et on en

retire une huile comestible. Chez les gens du pays, c’est une des

meilleures huiles et des plus estimées. On la connaît sous la nom

d’=huile d’ardjân=.

Enfin, dans ce même ouvrage, on relève encore la note suivante :

« _Huile d’arganier._ — On dit que c’est l’huile de =herdjân=, que les

Berbères du Maroc appellent =ardjân= ou bien encore argân. C’est un

arbre de haute taille, épineux, donnant un fruit du volume d’une petite

amande et contenant un noyau. Les chèvres et les chameaux mangent ce

fruit et rejettent le noyau que l’on recueille, que l’on triture et dont

on extrait l’huile pour l’employer dans les préparations alimentaires à

Maroc et dans les environs.

« Elle est douce comme l’huile d’olive, au rapport de ceux qui en ont

mangé. Un dit aussi que l’huile des nègres est tout autre chose que

l’huile d’Arganier, que c’est une huile qui vient du pays des nègres,

qu’elle est très échauffante et qu’on l’emploie contre les maladies de

nature froide. »

Ce que raconte l’auteur au sujet des chèvres et des chameaux servant de

dépulpeurs, et donnant après eux un produit dont on retirera une huile

alimentaire pour l’homme avait été déjà rapporté par VENTURE DE

PARADIS[117].

EL BEKRY, le géographe arabe, EDRISSY puis SCHOUSBOE, ancien consul de

Danemark à Tanger, confirment le fait, et ce dernier ajoute que les

chevaux et les ânes n’en veulent pas manger.

LÉON L’AFRICAIN, en 1510, fait mention de l’Arganier et la description

de l’espèce fut donnée, pour la première fois, par LINNÉ (1737). Il la

nomma _Sideroxylon spinosum_, mais le spécimen, étudié par l’illustre

naturaliste n’avait pas de fleur, ce qui peut expliquer la confusion

qu’il a faite de cette plante ligneuse avec le « bois de fer » dont il

se distingue cependant par un grand nombre de caractères.

Le conseiller d’Etat G. HOEST[118], après un séjour de trois années au

Maroc (1766-1768), a publié un très intéressant mémoire sur la Flore du

Maghreb, dans lequel il décrit longuement l’Arganier.

Après lui, vinrent SCHOUSBOE et BROUSSONNET ; le premier, consul danois,

parcourut l’empire du Maroc en 1791 et 1793, et, pendant un long séjour

dans le pays, fit de la botanique le principal objet de ses loisirs ; le

second, membre de l’Institut, chercha dans ce pays un refuge contre les

terribles évènements politiques de son époque. Il visita Tanger, Salé et

Mogador en 1796 et 1798 ; tous deux ont décrit l’_Argania_.

La description de BROUSSONNET a été adressée à l’Institut en 1802, mais

ne fut jamais publiée[119].

Mais, en revanche, SCHOUSBOE publia des renseignements qui furent,

jusqu’à ces derniers temps, les seuls d’apparence bien authentique[120].

« L’Argan du Maroc, dit cet auteur, ne se rencontre point dans le nord,

mais seulement vers le sud. Les personnes, auprès desquelles j’ai

cherché à prendre des renseignements précis, se sont toutes accordées à

dire qu’il n’existe qu’entre les deux rivières Tansift et Suz (Oued-

Tansift et Oued-Sous), par conséquent entre le 30e et le 32e degré de

latitude, où, du reste, il compose la majeure partie des machis

(maquis).

« Il fleurit au milieu de juin ; le fruit noue vers la fin du mois

suivant ou au commencement d’août ; il continue à croître lentement

jusqu’à l’époque des pluies, qui commencent à tomber en septembre. A

partir de cette époque, il augmente de volume et à la fin de mars de

l’année suivante il est bon à récolter... »

A cette époque, les cultivateurs se rendent dans les maquis d’Argan,

traînant à leur suite famille et troupeaux ; « ils secouent le fruit des

arbustes et en séparent sur place la pulpe de son noyau. Cette pulpe est

évidemment mangée par les chameaux, les chèvres, les moutons et les

vaches. L’âne et les mulets, au contraire, la rejettent. Après avoir

fait provision des noyaux d’Argan, les Arabes les transportent dans

leurs demeures.

« On brise la coque épaisse et ligneuse entre deux pierres pour retirer

les amandes, qui sont d’une couleur blanche. Les graines sont torréfiées

sur des vaisseaux de fer ou de terre comme le café ; pendant tout le

temps de l’opération, on les remue sans cesse avec une baguette afin de

les empêcher de brûler. Pour arriver au degré convenable de

torréfaction, les graines doivent avoir une couleur brune sans aucune

carbonisation extérieure. La fumée qui s’échappe pendant l’opération

répand une odeur très désagréable.

« Quand la graine est parfaitement refroidie, à l’aide d’un moulin à

main on la réduit en une substance pâteuse qui ressemble à la pâte

d’amande, avec cette différence que la couleur est brune. On la place

dans un vase pour extraire l’huile, ce qui s’effectue en versant sur

elle de l’eau bouillante et en la pressant avec les mains.

« On continue la manipulation jusqu’à ce que la pâte devienne solide ;

plus la pâte est dure, mieux on a détaché les parties huileuses, dont on

la dépouille presque entièrement à l’aide de l’eau froide. L’huile qui

découle est enlevée avec des verres propres. Pour obtenir la bonne

qualité et une plus grande abondance d’huile, tout dépend des pressées

de la pâte et de la quantité exacte d’eau chaude qu’on verse sur elle.

Il est toujours plus prudent de la ménager que de l’employer outre

mesure.

« La pâte devenue solide est quelquefois dure comme la pierre, elle est

d’une couleur noirâtre et d’un goût amer et désagréable.

« L’huile, abandonnée au repos, devient limpide et sa couleur est

brunâtre. Pour l’odeur et la saveur, elle sent le roussi.

« Quand on l’emploie dans la cuisine, sa fumée irrite fortement les

poumons et fait tousser. Lorsqu’on l’utilise pour l’assaisonnement des

aliments, son goût âcre et vif brûle longtemps le gosier ; les gens

riches la mélangent avec de l’eau, ou bien la font bouillir avec un

morceau de pain pour enlever cette âcreté. »

DE NOÉ ajoute que le bois d’Arganier est dur, pesant, résistant, et

qu’il est recherché pour les travaux de menuiserie et la fabrication des

ustensiles de ménage.

ALI BEY EL ABBASSI[121] rencontra, en 1803, une multitude d’arbres qui,

dans le pays, sont appelés « =Argan= », ce qui par dessus tout lui parut

magnifique. Nous extrayons de son récit les passages suivants :

« Cet arbre précieux se multiplie de lui-même, sans avoir besoin de

cultiver, en sorte qu’il n’y a autre chose à faire que d’en recueillir

le fruit : c’est une espèce d’olive extrêmement grasse, de laquelle on

extrait abondamment de l’huile, bonne à tous les usages.

« Il paraît que LINNÉ a mis cette plante, ou dans le genre _Rhamnus_, ou

dans le _Sideroxilus_ ; il la nomme _Rhamnus siculus_ dans son Système

et _Sideroxilus spinosus_ dans son Herbier. Le savant botaniste DRYANDER

lui donne le nom de _Rhamnus pentaphyllus_ ; mais M. SCHOUSBOE, consul

du roi de Danemark à Maroc, qui a examiné les plantes du pays avec

beaucoup plus de soin qu’on ne l’avait encore fait, s’est décidé à

suivre les botanistes RETZ et WILDENOW, qui l’ont appelée _Elæodendron

argan_ (Célastrinées).

« La description de M. SCHOUSBOE est sans doute la plus complète ; il y

a seulement quelques petites différences que l’on verra dans ma partie

scientifique[122]. L’arbre se trouvait, à mon passage, en pleine

fructification. Il est épineux, et sur le fruit se trouve une grande

abondance d’une sorte de gluten résineux, dont la chimie pourrait peut-

être profiter. Sa pulpe, après l’extraction de l’huile, est un excellent

aliment pour les bœufs. Il y en a dans cet endroit un bois de dix à

douze journées de chemin, en direction N. et S., où la main de l’homme

ne fait autre chose que recueillir les fruits. Ne serait-il pas possible

de l’acclimater dans les pays méridionaux de l’Europe ? Cela vaudrait

bien, à mon avis l’acquisition d’une province. »

En 1853[123], parut dans la _Revue Horticole_[124], une notice du

vicomte DE NOÉ, qui rapporte que le capitaine de frégate DE MAISONNEUVE

envoya, en 1852, au Ministre de la marine « toujours attentif à doter la

France des produits exotiques utilisables » des fruits d’Arganier que ce

dernier adressa aux jardins botaniques du Midi.

Pour suppléer au manque de renseignements sur la biologie de la plante,

DE NOÉ cherche à y suppléer en étudiant le travail de SCHOUSBOE, dont

nous venons de parler.

En 1854, le sous-directeur du Jardin botanique royal de KEW, sir W.

HOOKER[125], publia à son tour un article important sur l’Argan, avec

deux excellentes planches que nous reproduisons et son article commence

par la citation in-extenso d’une lettre de sir Henry GRACE, vice-consul

à Mogador et datée de nov. 1853, adressée au consul général de Tanger,

sir J.-H. DRUMMOND HAY.

Parmi les détails intéressants de cette lettre, il faut citer la mention

de différents arbres qui paraissent avoir atteint l’âge de plusieurs

siècles et mesurant 26 pieds anglais de circonférence au tronc. L’une

des premières branches, qui partent à 3 pieds du sol, est énorme avec 11

pieds de circonférence. Les racines sont grosses et s’étendent à une

grande distance de l’arbre, qui dans son ensemble s’étend en couvrant

une surface dont la circonférence peut être évaluée à 220 pieds. L’arbre

se reproduit de semis, et déjà à partir de 4 ou 5 ans, il porte des

fruits que l’on récolte suivant l’exposition, de mai à août.

La méthode de récolte est ici décrite avec soin : « Quand les fruits

sont mûrs, on conduit les troupeaux de moutons, de chèvres et de vaches

sous les arbres, que l’on bat avec une longue gaule ; ces animaux

dévorent les fruits tombés puis sont reconduits à leurs étables et

surveillés très sérieusement.

« Dès que l’acte de la rumination commence, ils rejettent les noyaux qui

sont recueillis avec soin, et ce n’est que par hasard qu’ils passent par

l’estomac. » Mais de grandes quantités de fruits sont également

recueillis par les femmes et les enfants et la partie charnue du fruit

est enlevée et séchée pour nourrir les animaux pendant la période

hivernale.

La fabrication de l’huile se fait comme l’a dit SCHOUSBOE et sir H.

GRACE ajoute que le gâteau qui reste (tourteau), lequel renferme encore

beaucoup d’huile, est mangé par les vaches, chèvres et moutons ; il n’a

jamais entendu dire qu’il fut employé comme engrais et cependant « il

est hors de doute qu’il ne fasse un excellent fumier ». Quelques-uns de

ces Arganiers croissent en îlots, mais la plupart sont solitaires.

Grâce au comte de CLARENDON, le jardin de Kew put entrer cette même

année 1854, en possession de plantes vivantes et de graines fraîches.

Sir W. HOOKER rapporte d’ailleurs que cette plante a été cultivée en

Hollande en 1697, et il avait été introduit en Angleterre en 1711 par la

duchesse de Beaufort ; on la considérait comme une plante de serre

chaude. Non content d’en semer à Kew, ce savant en fit parvenir un

certain nombre de pieds ou de graines dans différentes colonies

anglaises et aux Indes orientales en particulier, pour être plantés dans

les régions qui semblaient lui convenir ; nous n’avons pu savoir quel

avait été le résultat de ces essais.

Sir W. HOOKER passe rapidement en revue l’histoire botanique de la

plante et cite particulièrement DRYANDER qui en parla sous le nom de

_Rhamnus siculus_ et montre l’erreur de LINNÉ, qui avait identifié le

_Sideroxylon spinosum_ à cette dernière qui n’était autre que le _Rhus

pentaphyllum_ de BOCCONE.

En 1809, CORREA DE SERRA avait publié une description brève de la plante

et une monographie du fruit, accompagnée d’une planche[126].

Ce furent RŒMER et SCHULTES qui ont créé le genre _Argania_ que

EHRLICHER et DE CANDOLLE ont également admis.

L’exemplaire sur lequel, sir W. HOOKER a fait sa description est le

premier spécimen fleuri qui ait été vu en Europe (Fig. XXX).

Il a été récolté au Maroc par BROUSSONET et déposé dans l’herbier du

prof. GOUAN où ce savant put l’étudier.

En voici la diagnose telle qu’elle est établie actuellement :

=Caractères botaniques.=

_Argania Sideroxylon_ Rœm et Schult.[127]

=Synonymes= : _Sideroxylon spinosum_ L., = _Rhamnus siculus_ L., =

_Rhamnus pentaphyllus_ L., = _Elæodendron Argan_ Retz.

_Caractères génériques._ — 5 sépales ovoïdes-arrondis, imbriqués et

seulement un peu rondes à la base. Corolle avec un tube court à segments

oblongs. 5 étamines à filets courts, d’une hauteur à peu près égale à

celle des tubes de la corolle ; 5 staminodes aigus souvent un peu plus

longs. Ovaire ovoïde, velu à 2-4 loges, qui se prolonge en un style

conique en forme de poinçon. Le fruit est une drupe fusiforme ou ovoïde

arrondie, renfermant de 1 à 4 graines. Ces graines sont incluses dans

une masse ligneuse très résistante, formant le noyau de la drupe, et

entourés d’un tégument parenchymateux très-mince. L’albumen oléagineux

renferme des cotylédons plans, ovales, lancéolés, à tigelle courte (Voir

fig. XVIII).

[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XVII. —

=Morphologie florale et aspect de l’=_Argania Sideroxylon_, R. et Sch.

(d’après HOOKER).]

[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XVIII. — =Fruit

et graine de l’=_Argania Sideroxylon_ (d’après W. HOOKER.)]

Il n’en existe qu’une seule espèce qui est :

L’=arganier= (_Argania Sideroxylon_, Rœmer et Schultes) ou arbre

d’Argan, qui tire son nom du mot arabe ou chleuh, =argane=.

C’est un arbre toujours vert, dont le port rappelle celui de l’olivier ;

sa hauteur ne dépasse généralement pas 6 mètres, elle est le plus

souvent moindre ; les branches inférieures partent à un mètre du sol

d’un tronc droit, à écorce grise. Les jeunes pousses sont couvertes

d’épines.

La feuille est lancéolée, persistante, verte en dessus, plus pâle en

dessous comme celle de l’olivier.

L’arbre fleurit en mai-juin.

Le fruit ou argan est vert jaunâtre, veiné de rouge au moment de la

maturité, il rappelle par sa forme une grosse olive ; c’est une drupe

d’ordinaire monosperme, ovale, glabre, obtuse, quelquefois un peu

aiguë ; elle renferme une ou plusieurs graines ovales dont la coque

épaisse, dure et très lisse, d’un brun pâle, contient une amande

oblongue de couleur blanche.

Il convient encore de dire que l’arganier se reproduit facilement par

germination et que les jeunes arbres peuvent porter fruit au bout de

trois à cinq ans. Dans son pays d’origine, un mois peut suffire à

l’apparition d’une pousse ; des essais de reproduction en serre

effectués d’abord par SCHOUSBOE à Copenhague, puis par Dalton HOOKER en

Angleterre, ont pleinement réussi ; mais les tentatives d’acclimatation

ont désappointé les coloniaux.

L’arganier est absolument inconnu en dehors du sud-marocain où il ne

recouvre qu’une étendue limitée, sur laquelle j’aurai l’occasion

d’insister plus loin. On s’accorde à regarder cet arbre et le

_Sideroxylon Marmulano_ Lowe, de l’île Madère, comme les représentants

d’une famille dont les espèces sont en majeure partie tropicales.

Ces deux essences, qui se trouvent ainsi sur le même parallèle, ne

coexistent pas et sont inconnues aux Canaries. Elles montrent, par leur

situation géographique, une relation évidente entre deux régions aussi

voisines que Madère et la côte du sud du Maroc et marquent les vestiges

d’une flore tropicale disparue, qui devait être uniformément répandue à

cette latitude.

_Histologie._

_Tige._ — Dans la tige encore jeune, il apparaît un périderme sous-

épidermique fournissant une écorce secondaire épaisse qui s’exfolie par

lames courtes.

La région périlibérienne est limitée par de petits paquets de fibres et

çà et là quelques cellules scléreuses ; le bois et le liber sont

normaux, avec des rayons médullaires à une seule assise.

Dans la moelle, légèrement sclérifiée, on remarque de volumineux

laticifères à contenu granuleux, se colorant par l’orcanette acétique ou

le Soudan-Chloral.

[Illustration : FIG. XIX. — =Schéma de la structure de la tige.= — _p._,

périderme sous-épidermique ; _f._, paquets de fibres périlibériens ;

_lat._, laticifères ; B., bois.]

CHARLIER, qui a étudié déjà les laticifères de cette plante, dit que les

laticifères sont rares dans le parenchyme cortical, très nombreux, au

contraire, dans le liber ; il n’y en a pas dans la moelle. Nous ne

sommes pas d’accord, comme le montre notre figure, comparée à la

sienne[128].

Le contenu de ces éléments sécréteurs, volumineux dans la moelle, n’est

peut-être pas identique, à certains moments de l’année, avec celui des

laticifères libériens, mais nous l’avons vu se colorer par les réactifs

spéciaux. CHARLIER affirme le contraire, peut-être n’a-t-il pas eu entre

les mains le véritable _Argania_.

_Pétiole et Feuille._ — A sa base, au sortir de la tige, le pétiole ne

contient qu’une lame vasculaire, recourbée en arc, et vers le milieu de

sa course, il se détache des deux pointes de l’arc un faisceau, et c’est

cette structure que l’on retrouve dans la nervure médiane et les

principales nervures qui sont protégées par des amas collenchymateux

assez volumineux.

[Illustration : FIG. XX. — =Argania Sideroxylon.= — 1, 2, 3, figures

schématiques de la structure du pétiole et de la nervure médiane ; 4,

coupe du limbe foliaire.]

Le limbe a une structure aussi normale que possible : épidermes glabres

avec stomates seulement à la face inférieure : mésophylle bifacial avec

une assise de cellules palissadiques occupant plus de 1/3 de l’épaisseur

totale et un parenchyme très lacuneux.

Les laticifères sont abondants dans la feuille et accompagnent les

nervures jusqu’à leur extrémité, la nervure ne formant pas un réseau à

mailles régulières comme chez les =Butyrospermum=.

Pas d’hypoderme, stomates avec 2 cellules annexes petites et parallèles

à l’ostiole.

Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique · 第 9 / 13 段