HEIM, commentant les résultats, conclut que la valeur du produit étudié

est presque nulle. « Il est rigoureusement rejeté par les fabricants de

câbles, et les industriels qui font entrer dans leurs mélanges (moules

pour galvanos, bacs pour accumulateurs, etc.) une certaine quantité de

gutta de qualité inférieure, hésiteraient fort à y incorporer le

guttoïde « Ci », en raison de sa nature cassante.

« Nous devons ajouter, continue-t-il, que l’occasion nous a été donnée

d’examiner, dans la collection d’une des plus grandes Sociétés

françaises s’occupant de l’industrie de la Gutta, des boules d’un

produit guttoïde de la grosseur d’une orange, d’une teinte grise,

offrant l’aspect de boules de mastic de vitrier sec, cassantes, dures,

riches en impuretés, présentant la plus grande analogie avec le produit

du Soudan ci-dessus étudié, envoyées il y a deux ans, de l’Afrique

occidentale sous la dénomination de « Gutta de Karité » (_Bassia

Parkii_), qui était rejeté au même titre et pour les mêmes raisons que

le _guttoïde de Ci_.

« Nous nous garderons de conclure contre la gutta de Karité, mais nous

ne croyons pas excessif de réclamer plus de pudeur de ceux qui affirment

sans hésitation dans les rapports administratifs[104] que le Karité

fournit un caoutchouc (l’auteur veut sans doute dire _gutta_) qui a été

trouvé d’excellente qualité par ceux qui en ont fait l’essai. Il

pourrait y avoir dans ces affirmations une source d’erreurs

préjudiciables.

« On semble trop oublier que la cire à cacheter est apte à recevoir et à

conserver de fines empreintes et qu’elle n’a rien des propriétés qui

font la valeur des vraies guttas. Il serait urgent de fixer par l’étude

du latex authentique de Karité la question de l’utilisation possible par

l’industrie de son produit de coagulation ».

L’année suivante, en 1902, le même auteur revint sur la question dans

une réunion de la section d’Agriculture coloniale à la Société française

de colonisation[105]. Il a pu recevoir des échantillons authentiques du

_produit de coagulation du Karité_ auquel « il est difficile d’attribuer

à ce produit un nom justifié : ce n’est pas une gutta, ce n’est pas une

résine ; nous avons adopté, dit-il, pour désigner ce groupe de produits

mal définis, provenant de la coagulation du latex de certaines

Euphorbiacés et Apocynacées, de beaucoup de Sapotacées, ce nom général

de _produits guttoïdes_, qui rappelle une de leurs propriétés, celle de

se ramollir à chaud, de prendre des empreintes, sans posséder cependant

les propriétés physiques essentielles de la vraie gutta ».

Les échantillons provenaient de l’arbre producteur du beurre de Karité :

l’un expédié à la Société industrielle des téléphones avait été

communiqué par M. YUNG, ingénieur de cette Société, et s’était résinifié

totalement en quelques mois, de telle sorte que la masse était

entièrement sèche, friable et pulvérulente ; l’autre relativement frais,

provenait de M. VAN CASSEL, avocat général, et avait été préparé

quelques mois auparavant dans la région des sources du Niger ; il avait

tous les caractères de la _Gutta-Ci_, étudiée précédemment par HEIM et

DEHAY.

« C’est une galette présentant l’aspect d’une argile compacte ayant la

consistance d’un savon dur et toute pleine de très petites alvéoles

remplies d’eau, cette gomme renferme plus de la moitié de son poids sec

de substances résinoïdes, et ramollit dans l’eau, aux environs de 50° et

est susceptible de prendre une empreinte vers 65°, mais sous l’influence

du refroidissement, la contraction irrégulière éprouvée par la masse

déforme l’image en même temps que le produit revient à sa dureté

primitive et recouvre son caractère initial de friabilité.

« C’est donc, contrairement à ce qui a été dit, une détestable matière

première pour l’industrie des moules de galvanoplastie. Même privée, par

épuisement, des résines qu’elle contient, la matière guttoïde du Karité

présente des propriétés physiques différentes de celles de vraies

guttas ».

Enfin un troisième échantillon provenant de M. LAMY-TORHILLON, avait été

reçu pour essais par ce dernier avec l’indication « Gutta de Karité de

la Haute Guinée ».

« Cet échantillon est formé de lanières découpées dans une plaque de

gomme encore molle et enroulée sur elle-même, à la manière des lanières

constituant nombre de sortes de caoutchouc de la côte occidentale

d’Afrique. _Cet échantillon, également riche en résine, a servi à faire

un essai de fabrication industrielle qui a abouti à sa condamnation sans

appel. La prétendue gutta de Karité est dépourvue de toute valeur

industrielle_.

« Il y a cependant lieu de vérifier si, par une étude approfondie du

latex, on ne pourrait pas aboutir à une méthode de coagulation qui

fournisse un produit de quelque valeur. C’est chose peu probable ; en

tous cas un fait reste acquis : de l’avis _des industriels les plus

autorisés, auxquels nous l’avons soumis, le guttoïde de Karité, tel

qu’il est actuellement préparé, ne peut trouver acquéreur en Europe. Les

colons qui pourraient être tentés d’entreprendre, comme le conseillait

récemment_ VUILLET, _l’exploitation simultanée des Karités et des lianes

volubiles autour de leur tronc_ (Landolphia et liane indigofère

« =Caraba= », Lonchocarpus cyanescens), _feront sagement de tenir compte

de ces données positives, qui ne prêtent à aucune discussion_. »

Avec ces communications de HEIM, nous voici enfin en possession d’un

document important, et en pleine contradiction avec les affirmations

antérieures ; on aurait pu croire que la question ne reviendrait plus

que pour être à nouveau soumise à l’expérimentation industrielle et

scientifique, il n’en est rien malheureusement, et en France comme à

l’étranger, les recherches de HEIM et DEHAY n’eurent aucun

retentissement et restèrent totalement ignorées. On continua à vivre sur

les « on dit » du passé.

C’est ainsi que ACKERMANN[106], en 1904, publie une note ne renfermant

quoi que ce soit d’original, note qui eut un certain retentissement à

l’étranger et dans laquelle il attirait l’attention sur les faits

signalés par CAZALBOU, qui prétendait que les deux variétés hâtive et

tardive de Karités fournissaient du latex de qualité très différente et

que l’un d’eux seul, pouvait donner une gutta ayant une valeur

véritable.

Rappelant les appréciations diverses portées sur cette gutta, il dit :

« Cette incertitude sur la valeur d’un produit qu’on recherche avidement

de tous côtés est due soit aux divers procédés de récolte et de

préparation qui ont pu être employés, soit surtout à l’ignorance de ce

fait qu’il existe deux variétés de Karité, dont il est essentiel de ne

pas confondre le latex ».

Il est vraiment regrettable que ACKERMANN n’appuie son affirmation par

aucune observation nouvelle, et pourtant il a vu de nombreux

échantillons de Karités dans la région de Kati-Bammako, d’où il revenait

à cette époque, et cette région est en effet particulièrement riche en

représentants de cette essence forestière !

Comme on l’a vu, la question n’avait guère attiré l’attention de nos

voisins de l’Est pourtant si préoccupés de toutes les nouveautés

industrielles, et c’est seulement après cette note de ACKERMANN que

ENGLER[107], l’éminent directeur du Jardin botanique de Berlin, publia à

son tour une courte notice sur les moyens de mettre en valeur le

_Butyrospermum Parkii_ au Togo. ENGLER fait un court historique de la

question et insiste uniquement sur ce fait que, le Karité étant une

plante de la famille des Sapotacées, on a parfaitement raison de faire

des recherches dans le sens de l’utilisation du produit de coagulation

du latex. Il signale même d’autres arbres du Cameroun, appartenant au

genre voisin _Omphalocarpum_, comme devant également attirer l’attention

au sujet de leur latex.

Un nouveau travail, d’ordre chimique, vit le jour cette même année 1904,

dans un laboratoire industriel de Berlin, où il fut entrepris sur des

échantillons provenant de Bammako, par MM. MARCKWALD et FRANK[108].

L’échantillon était une masse arrondie de 3 cm. environ de diamètre,

dont la surface extérieure était colorée en brun par des débris

végétaux. La cassure laissait voir de petites perles résineuses, les

unes tout à fait blanches, les autres brunâtres, qui, alternant avec des

débris ligneux, donnaient à la surface un aspect marbré. Les parties

résineuses se laissaient rayer par l’ongle. L’analyse donnait la

composition suivante :

Substance guttoïde (Guttaartige S.) 25 20 p. 100

— résinoïde (Harzartige S.) 57 13 —

Parties végétales 5 76 —

— minérales 6 87 —

Eau 5 04 —

Par traitement au chloroforme, suivi d’une filtration et d’évaporation

du liquide clair, les chimistes obtinrent un gâteau presque transparent

qui, par le frottement, devint opaque.

L’acétone en dissout la plus grande partie, en laissant seulement une

substance blanche qui se comportait sensiblement comme la gutta de la

gutta-percha.

Cette substance se laisse malaxer dans l’eau chaude, mais redevient dure

au froid. Elle se précipite de ses solutions par l’addition d’acétone ou

d’alcool.

Ce guttoïde purifié par dissolution et précipitation successives a la

composition élémentaire suivante :

Carbone 81 26 p. 100

Hydrogène 10 43 —

Oxygène 8 31 —

Il s’agissait ici d’un produit fortement oxydé, dont le produit

d’addition obtenu au peroxyde d’azote par la méthode de WEBER se

rapproche du _nitrosite_ de HARRIES (C²⁶ H³⁰ N⁶ O¹⁴).

La résine restée en solution est visqueuse, et si l’on a fait la

précipitation du guttoïde par l’alcool ou l’acétone, on peut séparer

deux produits résineux : l’un dur, à point de fusion élevé et l’autre de

consistance molle et gluante.

Cette résine du Karité, traitée par la potasse alcoolique

(principalement la partie dure, à point de fusion élevé), donne une

odeur de cannelle assez prononcée.

De leurs recherches, MARCKWALD et FRANCK tiennent comme démontré que le

latex de Karité renferme une gutta ou tout au moins un produit guttoïde

qui se rapproche beaucoup de la gutta.

L’année suivante, le Dr FENDLER[109], à son tour, reçut au Laboratoire

de pharmacologie du professeur THOMS, à Berlin[110], 6 échantillons de

latex et produits guttoïdes, recueillis par les soins du Dr KERSTING de

la station botanique centrale de Lama, district de Transkara au Togo.

L’échantillon no 1 était coagulé depuis quelque temps et se présentait

sous forme d’une plaquette, tel que les naturels le préparent pour

fabriquer leur glu avec laquelle ils prennent les petits oiseaux.

Les nos 2, 3, 4, 5, consistaient en latex inclus dans des bouteilles et

additionné d’ammoniaque à l’état frais ; le no 5 était coagulé ; enfin

le no 6 avait été coagulé et le produit conservé sous l’eau.

_Préparation et usages._ — Dans ce pays de Transkara, où il n’y a pas de

steppes et par conséquent pas de feux de brousse, dit le Dr KERSTING,

les Karités sont nombreux et superbes.

Leur écorce est déchiquetée, bosselée et couverte même d’excroissances

grosses comme le poing. Les indigènes, à l’aide de leur petite hache,

font de petites ouvertures grandes environ comme une pièce de 5 marks.

Le latex s’écoule et le sécrétat coagulé est recueilli et rassemblé ;

les années suivantes on fait les blessures à d’autres endroits, et les

plus anciennes se ferment par formation de bourrelets subéreux qui

donnent ces excroissances verruqueuses.

Le produit sécrété, coagulé (sécrétat), est ramolli dans l’eau chaude et

à cet état il est trituré avec huile de noyaux de palmes ; il conserve

alors une consistance visqueuse et sert à la confection de pièges à glu.

Le même sécrétat, ramolli dans l’eau chaude, est employé sans huile pour

attacher sur leurs coiffures de danse et de guerre des ornements : fèves

rouges, perles, morceaux de fer, etc. La jeunesse enduit de cette

matière les extrémités des flèches pour le tir à la cible et pour la

chasse des petits oiseaux.

_Etude chimique._ — La plaquette de matière guttoïde, étiquette no 1 est

de couleur brun chocolat, rougeâtre intérieurement et renferme quelques

débris végétaux. Elle est dure à la température ordinaire et se

pulvérise sous le marteau ; elle est friable et se laisse couper très

mal sans suivre la direction imprimée au couteau.

Elle se ramollit et devient gluante à la main, et de petits morceaux

peuvent être malaxés. Elle ne s’enfonce pas dans l’eau, devient

plastique à 35°, gluante au dessus de 40°, visqueuse et filante vers

50°.

Un échantillon moyen bien choisi, malaxé pour le rendre bien homogène,

devient plus lourd que l’eau, prend une couleur rose sale, zébrée en

noir par les fragments ligneux.

Après un séjour de plusieurs journées dans l’eau, la substance guttoïde

reprend sa dureté et devient à nouveau plus légère que l’eau et la masse

ainsi traitée, après un long séjour à l’air, devient brun chocolat,

tandis que l’intérieur reste de couleur chair qui, peu à peu, se fonce à

son tour.

Un échantillon moyen desséché sur l’acide sulfurique laisse par

calcination 6,98 % de cendres.

Les essais de solubilité ont donné les résultats suivants en prenant 5

gr. d’échantillon moyen, séché sur l’acide sulfurique sur lequel on

verse 95 gr. d’un des dissolvants et laissé en contact pendant deux

jours en agitant de temps à autre et laissant déposer :

ETHER : Le liquide au dessus du dépôt est louche. On en prélève une

partie qui est pesée et évaporée, puis traitée avec un fort excès

d’alcool : il se fait un précipité finement floconneux qui, recueilli et

desséché, représente 10,2 % de la substance primitive.

Par évaporation de la liqueur filtrée, on obtient 47 % de résine. Par

des traitements identiques on obtient avec :

ETHER DE PÉTROLE : Substance précipitable par l’alcool 11.5 %

— — Résine dans le filtratum 49.4

BENZINE : Substance précipitable par l’alcool 15.7

— Résine du filtratum 46.2

CHLOROFORME : par l’alcool 25.6

— Résine 50.44

TETRACHLORURE DE CARBONE : par l’alcool 16.61

— — — Résine 47.2

Par l’alcool absolu on peut dissoudre, avec un semblable traitement, 40

%.

En résumé, c’est le chloroforme le meilleur solvant.

FENDLER a fait subir encore à des échantillons des traitements variés

sur lesquels nous ne voulons pas nous étendre plus longuement et dont

nous allons résumer seulement les points principaux.

Si on chauffe avec précaution, en présence de permanganate de potasse,

la substance privée de résine (guttoïde), il apparaît une odeur

d’aldéhyde benzoïque, et on peut en extraire un produit cristallisé en

aiguilles qui fut identifié à _l’acide cinnamique_, ce qui n’a rien

d’extraordinaire, ce corps entrant en combinaison assez fréquemment dans

ce genre de produits naturels.

La substance primitive, épuisée par l’alcool chaud ou froid, reprise par

le chloroforme et le filtrat précipité par l’alcool puis desséché dans

le vide, donne un résidu guttoïde dont les analyses élémentaires ont

fourni les chiffres suivants :

Théorique 1re analyse 2e analyse

(C¹⁰) Carbone 88.14 86.98 87.07

(H¹⁶) Hydrogène 11.86 10.93 10.98

» oxygène 2.14 1.95

Après purification, FENDLER obtient encore les chiffres suivants :

C = 87.29 H = 11.21 O = 1.20

Cette matière n’est donc pas un carbure d’Hydrogène pur, puisqu’elle

renferme toujours une proportion non négligeable d’oxygène.

Tels sont les résultats analytiques obtenus en opérant sur la matière

commerciale. Les recherches sur les latex des flacons nos 2, 3, 4, 5 ne

les infirmeront guère.

Le contenu des flacons, coagulé, donne un caillot de couleur variant du

blanc-rosé au rosé clair et un liquide jaune verdâtre. La proportion du

caillot était variable : de 8 % dans le no 2, elle atteignit 15 % dans

le no 3, et le produit obtenu après ramollissement dans l’eau chaude et

maxalage de couleur gris blanchâtre ou rose clair était plus lourd que

l’eau, sauf celui du no 5 qui resta plus léger. Le coagulum, conservé

sous l’eau, du no 6 était de couleur grisâtre, friable, ne se laissant

couper qu’en s’effritant, plastique dans l’eau tiède, mais gluant dans

l’eau plus chaude ; il était également plus lourd que l’eau.

L’auteur entreprit alors une série d’expériences comparatives résumées

dans des tableaux[111] avec une _Gutta vraie_ pauvre en résine, c’est-à-

dire de très bonne qualité et une _gutta vraie riche en résine_.

Il existe, dans les produits obtenus de ces divers traitements, des

différences considérables et la consultation de ces tableaux entraîne

véritablement la conviction que le produit du Karité ne saurait en

aucune façon être rapproché de la véritable gutta.

Voici d’ailleurs les conclusions résumées de FENDLER que nous avons

traduites aussi fidèlement que possible :

« D’après les résultats, les échantillons de guttoïde de Karité que j’ai

eus à examiner peuvent être regardés comme sans valeur, si on les

considère comme succédanés de la gutta. Toutefois, cette manière de voir

ne doit aucunement empêcher de poursuivre la question au double point de

vue botanique et chimique. »

Il revient, en terminant, sur l’idée des deux espèces de Karité donnant

l’une : une gutta de valeur, l’autre un produit sans utilisation

possible et qu’il attribue toujours par erreur à ACKERMANN. Nous savons

que cette observation est de CAZALBOU, aussi nous terminerons cette

étude critique en donnant la parole à ce dernier, dont la robuste foi en

l’avenir de la gutta de Karité n’est pas ébranlée.

Dans une note récente[112], après avoir cité la note pessimiste de HEIM,

CAZALBOU dit que, en 1902-1903, à son retour dans la colonie, il étudia

à nouveau la récolte et la préparation du produit, car il pensait qu’une

telle divergence dans l’appréciation de la gutta de Karité pouvait tenir

non seulement au manuel opératoire, mais encore à l’origine même de la

substance. On pouvait en effet supposer que les deux variétés de Karité

donnaient des guttas différentes.

« L’étude que nous venons de faire récemment (1905) nous a montré que

les deux variétés de Karité produisent une gutta sensiblement de même

valeur et qu’il importe avant tout de procéder avec soin à la récolte et

à la préparation du coagulum. »

Voici les conseils qu’il donne à ce sujet :

« _Récolte et préparation de la gutta._ — Disons tout de suite que nous

n’avons pu extraire la gutta des feuilles de l’arbre par le procédé

Ledeboer (traitement par l’eau chaude ou l’eau bouillante).

« Les incisions du tronc et des branches principales se font facilement

en soulevant et en arrachant les carrés corticaux si bien dessinés dont

il a été parlé dans la partie descriptive de l’espèce.

« On met ainsi à nu un tissu fibreux, rouge vineux, duquel le latex

perle aussitôt. Si l’opération se fait en décembre-janvier (à ce moment

le latex nous a paru plus riche en substances guttoïdes), la coagulation

s’effectue assez vite sous l’influence desséchante de l’alizé qui

souffle alors de façon régulière. On peut le recueillir vingt-quatre

heures après.

« En se desséchant, la partie fluide qui, dans des vaisseaux

laticifères, maintient la gutta en dissolution, reste pour une partie

incluse dans le coagulum. Sous l’action de l’air, il peut se produire

des fermentations qui nuisent toujours à la qualité commerciale du

coagulum.

« Il importe donc d’éliminer aussi complètement que possible cette

partie liquide.

« Pour cela, au fur et à mesure que la récolte s’opère, on ramollit les

échantillons apportés dans l’eau chaude, aussi chaude que la main peut

la supporter. Le produit se ramollit rapidement ; on le malaxe

soigneusement et on le débarrasse ainsi facilement des particules

ligneuses qu’il est difficile de ne pas enlever du tronc, ainsi que du

liquide lactescent à propriétés fermentescibles.

« La gutta reste alors à l’état de pureté.

« On la met ensuite dans l’eau froide où elle prend sa consistance

normale.

« Dans cet état, elle est de couleur blanche. Sous l’action de l’air,

elle ne tarde pas à prendre une légère teinte brune qui va s’accusant

avec le temps ; ainsi qu’il a été dit, elle se résinifie.

« On peut toutefois empêcher cette action en maintenant la gutta à

l’ombre et dans l’eau. Ainsi elle reste blanche et conserve toute sa

valeur. »[113]

Nous ajouterons que M. CAZALBOU nous écrivait, en juillet dernier, avant

son départ de la colonie, que des échantillons de coagulum, préparés par

lui avec le plus grand soin, avaient été adressées au gouvernement

général, qui à son tour les avait fait remettre, aux fins d’analyse, au

_Jardin colonial de Nogent-sur-Marne_ où ils doivent être depuis mai

1906. Il y a lieu d’espérer que, sans plus tarder davantage, cet

établissement officiel nous dira bientôt dans quel sens la question doit

être définitivement résolue.

_Conclusions concernant le produit guttoïde ou pseudo-gutta du Karité._

Cet historique, que l’importance du sujet nous incitait à ne pas trop

écourter, comporte de nombreux enseignements qu’il ne serait pas inutile

de dégager.

Tout d’abord, au point de vue général, il montre combien il est

imprudent de s’engager dans une voie économique nouvelle sans s’être

préalablement documenté d’une façon satisfaisante, et sans avoir

effectué des essais suivant des _méthodes rigoureusement scientifiques_.

Pour tous les essais de matières premières, la collaboration intime du

botaniste et du chimiste est de toute nécessité et l’on reste stupéfait

d’avoir encore à le répéter.

L’industriel et ses laboratoires d’essai[114] n’interviennent qu’en

seconde ligne, car les « scientifiques » doivent seulement chercher les

moyens d’appliquer aux besoins de ceux-ci, la matière présentée à

l’étude et dont les essais chimiques techniques font pressentir les

qualités économiques.

C’est pour avoir méconnu ces principes généraux que, depuis 1885, sur

une analyse sommaire, la question du guttoïde de Karité est restée

stationnaire.

Il est vraiment extraordinaire de songer qu’aucune enquête sérieuse n’a

encore été faite par les services spéciaux pour déterminer la valeur des

_espèces_ ou _variétés_ de cet arbre producteur de deux matières

susceptibles d’utilisation, dont la mise en valeur serait du plus haut

intérêt commercial pour toutes nos colonies de l’Afrique occidentale.

De même, est-ce que la France manque de laboratoires dans lesquels le

produit dont il s’agit aurait pu faire l’objet de recherches spéciales ?

Nous ne le croyons pas.

Toujours est-il que jusqu’en 1902, avant les expériences de HEIM et

DEHAY, on ne savait rien de précis.

Depuis lors, il n’est plus douteux que le guttoïde de Karité est un

produit de bien médiocre valeur, si on le considère comme succédané de

la gutta-percha vraie.

Il restait à ce sujet quelques doutes, car on pouvait espérer encore

qu’il existait plusieurs espèces végétales de variétés dont l’une seule

fournissait un produit utilisable.

Le doute ne semble plus permis ; malgré les tentatives les plus

récentes, nous avouons ne plus avoir confiance, et les recherches de

FENDLER ne sont point pour nous rendre optimiste.

Peut-être quelque jour trouvera-t-on moyen d’utiliser la matière

guttoïde du Karité en mélange avec d’autres produits, nous le

souhaitons, mais nous n’y croyons guère.

En tous cas, elle ne sera jamais qu’un produit accessoire et la matière

grasse seule, extraite du fruit, reste un produit de première valeur.

* * * * *

[Note 82 : OBACH. — Die Guttapercha. Berlin, 1899. Steinkopf und

Springer éd.]

[Note 83 : HECKEL. — La Nature, _loc. cit._ et _C. R. Ac. des Sc._,

1885, C, 1238, 1239 ; CI, 1069-1070 ; 1888, C., 1625.]

[Note 84 : Loc. cit. — _La Nature_, p. 406.]

[Note 85 : Voir J. VUILLET, Etude du Karité considéré comme producteur

de Karité. Paris, André, éditeur, 1901, 4 fasc. in-16, 36 pp.]

[Note 86 : A ce sujet, nous émettrions volontiers un vœu que nous

serions très heureux de voir prendre en considération dans les hautes

sphères administratives. Celui de livrer à la publicité tous les

rapports ou fragments de rapports officiels, traitant des questions

économiques et des productions naturelles de nos colonies. Nous savons

qu’il en est de remarquables, renfermant des observations de réelle

valeur scientifique qui n’ont pas encore vu le jour, et qu’il serait

cependant très intéressant de connaître.]

[Note 87 : RANÇON, _loc. cit._, p. 250.]

Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique · 第 8 / 13 段