« Mais, l’identité est à peu près parfaite au point de vue de la

solubilité dans le sulfure de carbone, le chloroforme, la benzine et

l’alcool froid ou bouillant. Pour les deux premiers de ces dissolvants,

il ne reste qu’un résidu insoluble insignifiant, brun noir, à la

condition toutefois qu’on en emploie une quantité suffisante. Pour le

pouvoir dissolvant de la benzine, il est également le même : le résidu

insoluble est identique dans les deux produits, mais un peu plus

prononcé que dans le cas précédent ; pour la solubilité, enfin, dans

l’alcool à 95°, elle est égale des deux parts, mais ce dernier

dissolvant n’enlève que 7 % des masses mises en expérience. » En

résumant les pouvoirs dissolvants des divers véhicules et rapportant à

100 les nombres obtenus, on arrive aux résultats réunis dans le tableau

suivant :

+-------+-------+-------+-----+-----+-------+--------+---------+------+

| |Sulfure|Chloro-|Ben- |Ether| Ether |Essence | Acide |Alcool|

| | de | forme |zine | | de | de |acétique |à 95° |

| |carbone| | | |pétrole| téré- |bouillant|boui- |

| | | | | | |benthine| |llant |

+-------+-------+-------+-----+-----+-------+--------+---------+------+

| Gutta | 99.72 | 98.60 |93.20|40.8 | 34.0 | 20 | 19.2 | 7 |

|commer-| | | | | | | | |

| ciale | | | | | | | | |

| | | | | | | | | |

| Gutta | 97.92 | 98.28 |92.80|20.1 | 18.1 | 8 | 12.8 | 7 |

| de | | | | | | | | |

|Bassia | | | | | | | | |

+-------+-------+-------+-----+-----+-------+--------+---------+------+

En appliquant au _Bassia_ les procédés d’analyse dus à PAYEN,

SCHLAGDENHAUFFEN a obtenu :

+--------+-------------------------+-------+-------------------------+

| | Gutta percha brute | | Gutta purifiée par CS² |

| +------------+------------+=Gutta +------------+------------+

| | | | de |Gutta vraie | =Gutta de |

| | No 1 | No 2 |Karité=| | Karité= |

| +------------+------------+-------+------------+------------+

|Gutta | 92 | 91.5 | 91.5 | 92 | 91.5 |

| | | | | | |

|Albane | 6 | 6.5 | 5.5 | 5.8 | 6 |

| | | | | | |

|Fluavile| 2 | 2 | 3 | 2.2 | 2.5 |

+--------+------------+------------+-------+------------+------------+

L’incinération donne 1,20 % de cendres avec la gutta de Bassia et 1,26 %

avec la gutta-percha vraie, et il y a « identité à peu près absolue dans

la composition des cendres des deux provenances. De l’ensemble de ces

résultats, il est permis de conclure à l’identité de composition

chimique des deux guttas et nous en avons déduit que celle de _Bassia_

devrait pouvoir se prêter aux mêmes usages industriels que les guttas

ordinaires. »

Un essai fut entrepris à l’imprimerie Berger-Levrault, de Nancy, et le

produit fut mis entre les mains d’un ouvrier spécialisé dans la

confection des moules pour la fabrication des plaques galvanoplastiques.

« Or il résulte de cet essai important que la _gutta de Bassia_ se

laisse malaxer dans l’eau avec la même facilité que les échantillons

types du commerce, et, en second lieu, que les échantillons obtenus _ne

le cèdent en rien à ceux que l’on prépare_ avec les meilleurs guttas de

Paris. »

Malgré cette étude, on ne semble guère s’émouvoir et on ne retrouve de

traces de recherches que dans un rapport adressé au gouvernement du

Soudan, en octobre 1893, par le Dr COPPIN lequel d’ailleurs renferme des

détails précis sur le mode d’obtention du produit qu’il étudia à

Bissandougou[85] : « Nous avons pu extraire nous-mêmes de la gutta de

Karité, écrit-il. Le suc de Karité se coagule spontanément après une

exposition de quelques heures à l’air ; il se prend en masse et l’on

peut en former des boules qui ne sont pas poisseuses.

« Peu de temps après la coagulation, la masse jouit d’une certaine

élasticité qu’elle perd en 24 heures ; elle devient dure et prend la

consistance de la cire, elle se laisse rayer par l’ongle, le centre est

friable ; si l’on plonge une boule durcie, dans l’eau à 50° environ,

elle se ramollit et devient malléable ; par le refroidissement, elle

reprend sa solidité. En résumé, les boules obtenues avec du Karité nous

_paraissent ressembler à de la gutta et nous espérons que l’on en pourra

tirer parti_. »

Cette conclusion était sagement prudente et avait la plus grande

importance, puisqu’elle émanait de la première personne qui ait pu sur

place s’occuper du produit. Pourquoi ce rapport est-il resté

inaperçu ?[86].

Mais sous l’impulsion énergique de HECKEL, une mission fut confiée, en

1891, au Dr RANÇON, médecin de première classe des colonies, à l’effet

de rechercher dans notre domaine africain quelles pourraient être les

espèces à latex dont le produit de coagulation serait utilisable aux

lieu et place des guttas de _Palaquium_.

Pendant deux années, cet explorateur parcourut le Soudan où il fit un

nombre considérable d’observations qui nous valurent, en 1894, la

publication d’un livre remarquable qu’on est étonné d’avoir vu ignoré de

M. VUILLET au moment de la rédaction de son petit opuscule sur la gutta

de Karité.

Voici comment RANÇON s’exprime au sujet de cette drogue[87] :

« Si l’on incise l’écorce du Karité dans toute son épaisseur, la

blessure laisse couler un suc blanc laiteux qui, par évaporation, donne

de la gutta-percha. Nous avons fait sur place, à ce sujet, les études

les plus complètes. Un Karité, arrivé à complet développement, ne donne

pas plus de 500 gr. de suc et encore en pratiquant sur toutes les

parties de l’arbre et aux époques les plus favorables une dizaine

d’incisions.

« Le rendement diffère suivant la saison, les heures du jour où l’on

pratique les incisions, l’âge, l’état des végétaux et les régions qu’ils

habitent.

« C’est pendant l’hivernage et à l’époque de la floraison que le

rendement est le plus considérable, c’est-à-dire de la fin de juin au

commencement de février. Pendant la saison sèche, de mars à juin, il ne

faut pas compter sur une récolte abondante.

« La quantité de suc obtenue est bien plus faible pendant la journée que

le soir, le matin et la nuit.

« L’âge des végétaux influe aussi sensiblement sur le rendement. Il ne

faut pas s’attaquer aux arbres trop jeunes, car leur suc contient une

proportion d’eau considérable, à tel point qu’il se coagule

difficilement. De plus, le produit obtenu n’est pas aussi bon que

lorsque le végétal est plus âgé. Il ne convient pas non plus d’inciser

des Karités trop âgés, car on n’obtient que des quantités de suc

absolument insignifiantes[88]. Il est préférable de n’opérer que sur des

végétaux d’âge moyen et arrivés à complet développement. C’est là que

l’on aura les meilleurs résultats ; de plus, l’arbre ne souffre

nullement de ces incisions, si nombreuses qu’elles puissent être[89].

« Les végétaux sains doivent être préférés à ceux qui sont en mauvais

état, et ceux qui vivent sur les plateaux et les versants des collines

donnent un rendement plus considérable que ceux qui vivent dans les

vallées.

« Le suc ainsi obtenu est d’un blanc laiteux, sirupeux ; il poisse les

doigts et les rend collants. On ne peut guère s’en débarrasser que par

le raclage. Il se coagule rapidement sous l’action de la chaleur solaire

et par évaporation. Ce coagulum n’est autre chose que de la gutta-

percha[90]. Si on l’obtient sur l’arbre même, il est d’un brun rougeâtre

et, sous une masse épaisse, il prend la couleur noire chocolat très

foncée. Cette coloration est due, croyons-nous, aux substances

colorantes que renferme en plus l’écorce du végétal.

« Obtenu dans un vase à l’air libre, il se présente, au contraire, sous

l’aspect d’une masse de couleur blanchâtre, légèrement teintée en rose ;

ou, sous une faible épaisseur, il est absolument opaque. Réduit en boule

et pétri, ce coagulum donne au palper la sensation d’un corps gras. Nous

croyons, en effet, que la gutta de Karité n’est pas absolument pure et

doit contenir des matières grasses en quantité relativement

considérable.

« _Les indigènes n’extraient pas la gutta de Karité et le suc qu’il

donne ne leur sert à rien. Ils n’en connaissent pas les propriétés._ »

En 1897, CAZALBOU[91], vétérinaire militaire, chef du service des

cultures du Soudan français, adressait au lieutenant-gouverneur des

échantillons de gutta de Karité qui se ressentaient « du peu d’habileté

des indigènes à une première récolte. Sa composition est presque

identique à celle de la gutta industrielle ».

Les envois de CAZALBOU parvinrent, par l’intermédiaire du gouverneur,

aux Chambres de commerce du Hâvre et de Marseille et leurs réponses

retournées au gouverneur, lui furent communiquées en juillet de la même

année.

Voici d’abord la réponse de la Chambre de commerce du Hâvre[92] :

« J’ai soumis à l’examen d’un courtier de notre place, l’échantillon de

latex de Karité que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser à la date

du 30 avril dernier, et voici les appréciations de cette personne

compétente :

« _Ce produit est bien semblable à celui importé ici sous le nom de

gutta-percha, mais la préparation en est défectueuse et la marchandise

reste passablement chargée de corps étrangers_.

« _Avec un peu plus de soin dans la préparation, je pense que ce produit

serait susceptible d’entrer dans la consommation, au même titre que la

gutta-percha_ ».

Celui de la Chambre de commerce de Marseille passa entre les mains de

HECKEL, qui le soumit à l’examen d’un des manufacturiers de gutta à

Marseille (Maison PONCELET).

L’échantillon, trouvé très pur et excellent, présenta toutefois un

inconvénient : « _excellent pour l’industrie du gutta quand il est de

récolte récente, il présente l’inconvénient de se résinifier et de

durcir outre mesure après une conservation d’environ une année_ ».

A cette époque, JUMELLE[93] reprit les observations de HECKEL, qui

furent de mêmes rééditées par OBACH[94], dans son livre sur la Gutta.

En 1899, le même CAZALBOU reprend la question et s’exprime ainsi :

« Le latex est intéressant en ce qu’il renferme une grosse proportion de

gutta.

« L’époque la plus favorable pour l’extraction de cette substance, dont

la valeur commerciale augmente sans cesse[95], comprend les mois de

décembre et de janvier. La région du Kati renfermant des Karités en

abondance, il a été facile de rechercher un procédé opératoire pouvant

rendre suffisamment de gutta sans porter atteinte à l’existence de

l’arbre producteur.

« Les indigènes (au Soudan français) ne se servant de cette gutta que

dans des circonstances bien limitées (_confection de marteaux de

balafons_ ou de tams-tams), n’ont pas de méthode d’exploitation.

« Voici le procédé, très simple, auquel nous nous sommes arrêté. Disons

auparavant _qu’il existe deux variétés de Bassia Parkii dont l’une seule

contient de la gutta_ : c’est la même qui donne surtout les fruits dont

on extrait le beurre et qui est des deux la plus vigoureuse.

« L’écorce de la variété à gutta est remarquable par un quadrillé très

marqué qui ne fait jamais défaut et intéresse toute l’épaisseur de la

substance corticale. Toute la surface du tronc et des branches est

recouverte de carrés ou de rectangles plus ou moins irréguliers, dont

les côtés varient de deux à cinq centimètres de longueur. Le problème

consiste à dénuder quelques plaques carrées, avec le couteau indigène ou

mieux avec un levier de fer spécial[96].

« On introduit l’extrémité de ce ciseau (de forme très simple) dans la

rainure formant le côté supérieur du carré ou rectangle central, et par

un simple jeu de bascule, le carré cortical est détaché et met à nu une

plaie constituée par des fibres libériennes d’un rouge vineux. Sur le

côté inférieur de ce même carré, on pratique une incision de haut en bas

et de dehors en dedans qui fera gouttière et qui recueillera la gutta.

On arrive très facilement à pratiquer cette décortication aussi

proprement que possible et aussi vite qu’on le désire.

« Le latex s’écoule aussitôt par grosses gouttes blanches du côté

supérieur du carré, s’unit en passant sur la plaie à celui qui sort de

la surface dénudée et se collecte dans la gouttière inférieure.

« Quand le temps est sec, la dessication du latex est suffisante après

10 à 12 heures ; mais si l’atmosphère est chargée d’humidité, 24 ou 36

heures sont nécessaires. Au bout de ce temps, il existe dans la

gouttière pratiquée sur le côté inférieur du carré, une masse plus ou

moins agglutinée d’un blanc légèrement violacé, adhérente au doigt ou à

n’importe quel objet et qui, par la traction s’étire jusqu’à former un

fil des plus ténus, non rétractile.

« On récolte cette gutta de deux façons : on peut l’enrouler autour d’un

morceau de bois quelconque, qui devient alors dans la masse, corps

étranger, ou on associe dans la bouche les diverses parties de gutta

recueillies avec les doigts.

« Ces dix plaies, pratiquées sur le tronc de chaque Karité à hauteur

d’homme, n’apportent pas d’influence saisissable dans la vie de

l’individu, car la gutta qui reste toujours après la récolte aide

puissamment, par sa nature physique, aux phénomènes de cicatrisation. Le

_Bassia Parkii_, avant dix ans, ne donne guère, ni fruits, ni gutta. A

quinze ans, son rapport est déjà sensible.

« La gutta ainsi recueillie est une substance d’un gris clair légèrement

violacé ; l’action de l’air la brunit assez lentement, elle se dessèche

et est alors très dure. Elle se comporte avec les agents physiques

(chaleur, électricité, etc.) de la même manière que la gutta

industrielle ordinaire.

« _Rendement._ — Chaque _Bassia_, ainsi traité, et à l’âge adulte, donne

pour les dix plaies opératoires, une moyenne de 150 grammes de gutta.

Chaque individu peut être exploité 5 ou 6 années de suite à hauteur

d’homme et ensuite dans les régions situées au-dessus. »

Au point de vue de ses propriétés industrielles, conclut CAZALBOU, cette

gutta peut être employée dans l’industrie des câbles.

« En outre, nous nous en servons dans les mêmes conditions que la gutta

industrielle ordinaire, pour le moulage des pieds défectueux de nos

animaux domestiques. »

VUILLET[97] écrivit à propos de la gutta de Karité, un petit opuscule,

qui n’est autre chose que la publication de son rapport adressé à M. le

Délégué du Gouverneur général, le 4 septembre 1900. Il ne renferme guère

d’observations originales et ne fait pas avancer d’un pas la question.

C’est une compilation incomplète, suivie de considérations personnelles

sur la méthode d’extraction et sur le rendement possible d’une

exploitation. Nous retiendrons seulement de ce fascicule les passages

suivants, renfermant les observations originales de l’auteur :

« L’âge auquel un Karité devient exploitable est assez difficile à

déterminer. Comment apprendre l’âge d’un arbre de gens qui ne

connaissent pas le leur ? Cependant il résulte de nos recherches qu’un

Karité n’est guère exploitable avant sa vingtième année. De 20 à 35 ans,

un Karité bien exploité donnerait un minimum de 1 kg. de gutta, poids

total qui serait obtenu en le saignant deux années sur trois pendant 15

ans. Nous indiquons ces chiffres approximatifs d’après nos expériences

faites dans le Jardin d’essai de Kati, sur des Karités incisés au

commencement de l’année 1897 et en janvier 1898, par le vétérinaire

CAZALBOU et dont il avait tiré 150 gr. de gutta en moyenne par arbre et

par année, et d’après l’observation de ces arbres. Les plaies anciennes,

faites par un procédé que nous indiquerons plus loin, s’étaient

complètement refermées et leur place n’était plus marquée que par un

bourrelet de tissu cicatriciel.

« C’est cette méthode d’exploitation par saignées ne mettant pas en

danger l’existence de l’arbre et renouvelées deux fois seulement tous

les trois ans, que l’on devra adopter si l’on veut tirer parti des

Karités soudanais...

« Tout en ménageant les arbres, un ouvrier payé cinquante centimes, au

maximum, pourra récolter 0 kg. 500 de gutta par jour. »

M. VUILLET critique le procédé d’extraction de CAZALBOU, car la gutta

obtenue du latex desséché directement sur l’arbre est de moins bonne

qualité que celle obtenue par fermentation du latex, et souvent souillée

de débris ligneux et de matières étrangères. Il préconise le procédé

suivant, qui donnerait la gutta la plus pure et de la meilleure

qualité :

L’ouvrier fait à l’arbre, au moyen d’une daba[98] à lame étroite et bien

acérée, des blessures petites et nombreuses, ayant la forme de

rectangles à grands côtés verticaux, de 10 centimètres carrés de surface

environ. Le nombre des plaies variera avec la grosseur du Karité et sa

plus ou moins grande vitalité : on en fera par exemple de 4 à 8, placées

par séries de 2 ou 3 sur une même ligne verticale, suivant que le tronc

sera allongé ou trapu. Le latex (=Ci Mana= en mandingue) suinte de suite

sur tout le périmètre de la blessure.

« Le noir le rassemble et le recueille avec son doigt, qu’il a mouillé

pour empêcher l’adhésion et le fait tomber dans une petite calebasse en

passant le doigt sur l’arête vive de l’ouverture.

« Peu de temps après la récolte, le latex entre en fermentation. Il lève

et dégage une odeur de lait fraîchement caillé. Au bout de 12-36 heures,

il se divise en un caillot rose ayant la consistance du fromage à la

crême et en un sérum, de couleur variant du blanc rosé au mauve.

« Le caillot doit être pétri de suite dans l’eau froide ; des femmes

peuvent faire ce travail.

« Quand il a été malaxé pendant quelques minutes, il devient nerveux et

un peu élastique, mais reste malléable. On l’étend en plaques que l’on

lave pour enlever les matières étrangères. Puis on replie, on étend et

on nettoie de nouveau ces plaques en répétant l’opération jusqu’à ce que

la gutta soit arrivée au degré de pureté voulu.

« Quelques heures après sa préparation la gutta du Karité a perdu sa

malléabilité et pris sa consistance véritable.

« La =gutta-ci= doit être conservée dans de l’eau renouvelée

fréquemment. Au contact de l’air elle s’oxyde, devient cassante et sa

résistance spécifique diminue ; il en est du reste de même de la gutta-

percha. »[99].

Citons maintenant pour mémoire une note de COVIAUX, qui raconte[100] que

le Karité fournit un caoutchouc (?) qui a été trouvé d’excellente

qualité, et arrivons aux recherches de HEIM et DEHAY[101]. Ces

observateurs étudièrent 5 échantillons de _gutta-ci_ à eux remis par M.

MILHE-POUTINGON, directeur de la « Revue des cultures coloniales », et

provenant de la région de Kati au Soudan. Les recherches de HEIM et

DEHAY, très importantes, à cause des conclusions qui en découlent, ont

été à peu près ignorées, et il est vraisemblable que cela tient à leur

mode de publication dans un recueil très peu répandu ; nous les

reproduisons in-extenso.

Pour la facilité des descriptions et de l’étude, HEIM et DEHAY

répartissent arbitrairement leurs 5 échantillons en 3 sortes, désignées

par les numéros 1, 2, 3.

_Sorte no 1._ — La première sorte se présente sous la forme d’une

galette de 10 cm. de diamètre, d’une épaisseur de 3 cm., à surface

extérieur café au lait, luisante, offrant sur la tranche une couleur

plus claire, grisâtre et un aspect nettement stratifié, dû à la

superposition des lamelles, adhérentes les unes aux autres, celles-ci

présentent dans leur épaisseur d’innombrables alvéoles de petites

dimensions, renfermant de fines particules ligneuses et des inclusions

aqueuses (ces galettes résultent sans conteste du reploiement sur elle-

même d’une plaque mince, au moment où sa coagulation vient de

s’effectuer). La surface de section exhale une odeur marquée de

fermentation butyrique, elle se dessèche rapidement, à la manière d’une

terre argileuse, le produit est dur, cassant, s’effritant à la manière

d’une résine.

_Sorte no 2._ — Ne diffère de la première que par sa couleur d’un brun

chocolat et l’alternance sur les tranches de veines brunes et blanches

(évidemment dues au noircissement rapide de la surface de la plaque

mince de coagulation, avant son reploiement sur elle-même).

_Sorte no 3._ — Se présente sous une forme très singulière, celle de

baguettes aplaties, résultant sans doute de l’étirement manuel du

coagulum encore mou ; ces baguettes sont sèches, d’une teinte brun

chocolat, striées de lignes alternativement pâles ou foncées, très

cassantes, s’effritant, comme les galettes des deux sortes précédentes,

avec la plus grande facilité.

_Composition, propriétés._ — Ces trois sortes ont sensiblement les mêmes

caractères de solubilité, à savoir : solubilité presque complète dans la

benzine, le chloroforme, le sulfure de carbone, précipitation partielle

de ces solutions par l’alcool, insolubilité dans l’éther, solubilité

faible dans l’éther de pétrole[102].

Leur composition est la suivante :

II III

Matières solubles dans l’alcool

(matières résinoïdes) 53 % 57 % 46 5 %

Matières solubles dans l’eau 1 5 1 7 1 3

Matières minérales (cendres) 0 5 0 6 0 41

Matières guttoïdes proprement

dites 45 % 49 7 % 52 3 %

Toutes renferment une assez forte proportion de matières azotées ; car,

chauffées en présence d’une lessive concentrée de potasse, elles

dégagent assez abondamment du gaz ammoniac. Les matières résinoïdes,

extraites par l’alcool, se présentent sous la forme d’une masse cornée,

peu colorée, très dure, d’aspect assez analogue à celui de la gélatine

sèche et racornie.

Même privées des matières résinoïdes, grâce à un épuisement par l’alcool

bouillant, les matières guttoïdes restent encore à froid, dures et

cassantes.

Le produit brut, soumis en présence de l’eau à l’action progressive de

la chaleur, _se ramollit aux environs de 63°, il est alors susceptible

de prendre une empreinte, mais sous l’influence du refroidissement, la

contraction irrégulière éprouvée par la masse déforme l’image_, en même

temps que le produit revient à sa dureté primitive et recouvre son

caractère de friabilité.

_Valeur._ — _Le produit de coagulation du latex de l’arbre « Ci » du

Soudan, préparé dans les mêmes conditions que celui soumis à notre

examen est un produit de valeur presque nulle_. Son mode de préparation

est évidemment défectueux, le latex a subi la coagulation, alors qu’il

tenait encore en suspension d’innombrables particules ligneuses, le

coagulum n’a été qu’insuffisamment exprimé et séché, la forte proportion

d’eau incluse a permis la fermentation des matières hydrocarbonées et

azotées et si cette fermentation n’a pas altéré la qualité de la matière

guttoïde (fait peu probable à priori), elle contribue dans une large

mesure à déprécier la valeur commerciale du produit.

Avant de prononcer contre le guttoïde, fourni par le « Ci », une

condamnation sans appel, il y aurait lieu d’étudier la composition du

latex et de procéder à des essais périodiques et variés de coagulation,

mais il est bien à craindre que le mode de coagulation employé, tout

défectueux qu’il puisse être, ne soit pas la vraie cause du peu de

valeur du produit obtenu. Dans ce guttoïde (il serait tout à fait abusif

de le qualifier de gutta), la proportion de résine n’est pas, en effet,

suffisante pour le faire rejeter par l’industrie, mais les propriétés

physiques de la matière guttoïde, même privée de résine, sont toutes

différentes de celles des vraies guttas. Si un procédé défectueux de

coagulation peut être de nature à augmenter la teneur du produit en

résine, aux dépens de la matière guttoïde, il n’y a guère d’exemple

qu’il puisse modifier les propriétés physiques des carbures d’hydrogène

constituant la matière guttoïde.

HEIM fait remarquer que ses produits lui semblent différents de celui

étudié par SCHLAGDENHAUFFEN, et cependant, comme il devait en être sûr

bientôt, la gutta-=Ci= est bien identique à la gutta de =Karité= ou tout

au moins les deux désinences commerciales se rapportent bien au produit

retiré du même arbre.

Le tableau suivant donne les différences de solubilité de ces deux

produits dans les divers solvants usuels[103] :

Chiffres de HEIM et DEHAY Chiffres

/ \ de

=Dissolvants= no I no II no III SCHLAGDENHAUFFEN

Sulfure de carbone 100 100 100 97 92

Ether 8 17 9 2 11 1 20 1

Chloroforme 100 100 100 92 28

Benzine 100 100 100 92 80

Ether de pétrole 98 99 98 18 1

Térébenthine (essence

sans doute ?) 100 100 100 3

Acide acétique 46 43 45 12

Alcool à 95° 53 57 46 5 7

Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique · 第 7 / 13 段