solubilité dans le sulfure de carbone, le chloroforme, la benzine et
l’alcool froid ou bouillant. Pour les deux premiers de ces dissolvants,
il ne reste qu’un résidu insoluble insignifiant, brun noir, à la
condition toutefois qu’on en emploie une quantité suffisante. Pour le
pouvoir dissolvant de la benzine, il est également le même : le résidu
insoluble est identique dans les deux produits, mais un peu plus
prononcé que dans le cas précédent ; pour la solubilité, enfin, dans
l’alcool à 95°, elle est égale des deux parts, mais ce dernier
dissolvant n’enlève que 7 % des masses mises en expérience. » En
résumant les pouvoirs dissolvants des divers véhicules et rapportant à
100 les nombres obtenus, on arrive aux résultats réunis dans le tableau
suivant :
+-------+-------+-------+-----+-----+-------+--------+---------+------+
| |Sulfure|Chloro-|Ben- |Ether| Ether |Essence | Acide |Alcool|
| | de | forme |zine | | de | de |acétique |à 95° |
| |carbone| | | |pétrole| téré- |bouillant|boui- |
| | | | | | |benthine| |llant |
+-------+-------+-------+-----+-----+-------+--------+---------+------+
| Gutta | 99.72 | 98.60 |93.20|40.8 | 34.0 | 20 | 19.2 | 7 |
|commer-| | | | | | | | |
| ciale | | | | | | | | |
| | | | | | | | | |
| Gutta | 97.92 | 98.28 |92.80|20.1 | 18.1 | 8 | 12.8 | 7 |
| de | | | | | | | | |
|Bassia | | | | | | | | |
+-------+-------+-------+-----+-----+-------+--------+---------+------+
En appliquant au _Bassia_ les procédés d’analyse dus à PAYEN,
SCHLAGDENHAUFFEN a obtenu :
+--------+-------------------------+-------+-------------------------+
| | Gutta percha brute | | Gutta purifiée par CS² |
| +------------+------------+=Gutta +------------+------------+
| | | | de |Gutta vraie | =Gutta de |
| | No 1 | No 2 |Karité=| | Karité= |
| +------------+------------+-------+------------+------------+
|Gutta | 92 | 91.5 | 91.5 | 92 | 91.5 |
| | | | | | |
|Albane | 6 | 6.5 | 5.5 | 5.8 | 6 |
| | | | | | |
|Fluavile| 2 | 2 | 3 | 2.2 | 2.5 |
+--------+------------+------------+-------+------------+------------+
L’incinération donne 1,20 % de cendres avec la gutta de Bassia et 1,26 %
avec la gutta-percha vraie, et il y a « identité à peu près absolue dans
la composition des cendres des deux provenances. De l’ensemble de ces
résultats, il est permis de conclure à l’identité de composition
chimique des deux guttas et nous en avons déduit que celle de _Bassia_
devrait pouvoir se prêter aux mêmes usages industriels que les guttas
ordinaires. »
Un essai fut entrepris à l’imprimerie Berger-Levrault, de Nancy, et le
produit fut mis entre les mains d’un ouvrier spécialisé dans la
confection des moules pour la fabrication des plaques galvanoplastiques.
« Or il résulte de cet essai important que la _gutta de Bassia_ se
laisse malaxer dans l’eau avec la même facilité que les échantillons
types du commerce, et, en second lieu, que les échantillons obtenus _ne
le cèdent en rien à ceux que l’on prépare_ avec les meilleurs guttas de
Paris. »
Malgré cette étude, on ne semble guère s’émouvoir et on ne retrouve de
traces de recherches que dans un rapport adressé au gouvernement du
Soudan, en octobre 1893, par le Dr COPPIN lequel d’ailleurs renferme des
détails précis sur le mode d’obtention du produit qu’il étudia à
Bissandougou[85] : « Nous avons pu extraire nous-mêmes de la gutta de
Karité, écrit-il. Le suc de Karité se coagule spontanément après une
exposition de quelques heures à l’air ; il se prend en masse et l’on
peut en former des boules qui ne sont pas poisseuses.
« Peu de temps après la coagulation, la masse jouit d’une certaine
élasticité qu’elle perd en 24 heures ; elle devient dure et prend la
consistance de la cire, elle se laisse rayer par l’ongle, le centre est
friable ; si l’on plonge une boule durcie, dans l’eau à 50° environ,
elle se ramollit et devient malléable ; par le refroidissement, elle
reprend sa solidité. En résumé, les boules obtenues avec du Karité nous
_paraissent ressembler à de la gutta et nous espérons que l’on en pourra
tirer parti_. »
Cette conclusion était sagement prudente et avait la plus grande
importance, puisqu’elle émanait de la première personne qui ait pu sur
place s’occuper du produit. Pourquoi ce rapport est-il resté
inaperçu ?[86].
Mais sous l’impulsion énergique de HECKEL, une mission fut confiée, en
1891, au Dr RANÇON, médecin de première classe des colonies, à l’effet
de rechercher dans notre domaine africain quelles pourraient être les
espèces à latex dont le produit de coagulation serait utilisable aux
lieu et place des guttas de _Palaquium_.
Pendant deux années, cet explorateur parcourut le Soudan où il fit un
nombre considérable d’observations qui nous valurent, en 1894, la
publication d’un livre remarquable qu’on est étonné d’avoir vu ignoré de
M. VUILLET au moment de la rédaction de son petit opuscule sur la gutta
de Karité.
Voici comment RANÇON s’exprime au sujet de cette drogue[87] :
« Si l’on incise l’écorce du Karité dans toute son épaisseur, la
blessure laisse couler un suc blanc laiteux qui, par évaporation, donne
de la gutta-percha. Nous avons fait sur place, à ce sujet, les études
les plus complètes. Un Karité, arrivé à complet développement, ne donne
pas plus de 500 gr. de suc et encore en pratiquant sur toutes les
parties de l’arbre et aux époques les plus favorables une dizaine
d’incisions.
« Le rendement diffère suivant la saison, les heures du jour où l’on
pratique les incisions, l’âge, l’état des végétaux et les régions qu’ils
habitent.
« C’est pendant l’hivernage et à l’époque de la floraison que le
rendement est le plus considérable, c’est-à-dire de la fin de juin au
commencement de février. Pendant la saison sèche, de mars à juin, il ne
faut pas compter sur une récolte abondante.
« La quantité de suc obtenue est bien plus faible pendant la journée que
le soir, le matin et la nuit.
« L’âge des végétaux influe aussi sensiblement sur le rendement. Il ne
faut pas s’attaquer aux arbres trop jeunes, car leur suc contient une
proportion d’eau considérable, à tel point qu’il se coagule
difficilement. De plus, le produit obtenu n’est pas aussi bon que
lorsque le végétal est plus âgé. Il ne convient pas non plus d’inciser
des Karités trop âgés, car on n’obtient que des quantités de suc
absolument insignifiantes[88]. Il est préférable de n’opérer que sur des
végétaux d’âge moyen et arrivés à complet développement. C’est là que
l’on aura les meilleurs résultats ; de plus, l’arbre ne souffre
nullement de ces incisions, si nombreuses qu’elles puissent être[89].
« Les végétaux sains doivent être préférés à ceux qui sont en mauvais
état, et ceux qui vivent sur les plateaux et les versants des collines
donnent un rendement plus considérable que ceux qui vivent dans les
vallées.
« Le suc ainsi obtenu est d’un blanc laiteux, sirupeux ; il poisse les
doigts et les rend collants. On ne peut guère s’en débarrasser que par
le raclage. Il se coagule rapidement sous l’action de la chaleur solaire
et par évaporation. Ce coagulum n’est autre chose que de la gutta-
percha[90]. Si on l’obtient sur l’arbre même, il est d’un brun rougeâtre
et, sous une masse épaisse, il prend la couleur noire chocolat très
foncée. Cette coloration est due, croyons-nous, aux substances
colorantes que renferme en plus l’écorce du végétal.
« Obtenu dans un vase à l’air libre, il se présente, au contraire, sous
l’aspect d’une masse de couleur blanchâtre, légèrement teintée en rose ;
ou, sous une faible épaisseur, il est absolument opaque. Réduit en boule
et pétri, ce coagulum donne au palper la sensation d’un corps gras. Nous
croyons, en effet, que la gutta de Karité n’est pas absolument pure et
doit contenir des matières grasses en quantité relativement
considérable.
« _Les indigènes n’extraient pas la gutta de Karité et le suc qu’il
donne ne leur sert à rien. Ils n’en connaissent pas les propriétés._ »
En 1897, CAZALBOU[91], vétérinaire militaire, chef du service des
cultures du Soudan français, adressait au lieutenant-gouverneur des
échantillons de gutta de Karité qui se ressentaient « du peu d’habileté
des indigènes à une première récolte. Sa composition est presque
identique à celle de la gutta industrielle ».
Les envois de CAZALBOU parvinrent, par l’intermédiaire du gouverneur,
aux Chambres de commerce du Hâvre et de Marseille et leurs réponses
retournées au gouverneur, lui furent communiquées en juillet de la même
année.
Voici d’abord la réponse de la Chambre de commerce du Hâvre[92] :
« J’ai soumis à l’examen d’un courtier de notre place, l’échantillon de
latex de Karité que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser à la date
du 30 avril dernier, et voici les appréciations de cette personne
compétente :
« _Ce produit est bien semblable à celui importé ici sous le nom de
gutta-percha, mais la préparation en est défectueuse et la marchandise
reste passablement chargée de corps étrangers_.
« _Avec un peu plus de soin dans la préparation, je pense que ce produit
serait susceptible d’entrer dans la consommation, au même titre que la
gutta-percha_ ».
Celui de la Chambre de commerce de Marseille passa entre les mains de
HECKEL, qui le soumit à l’examen d’un des manufacturiers de gutta à
Marseille (Maison PONCELET).
L’échantillon, trouvé très pur et excellent, présenta toutefois un
inconvénient : « _excellent pour l’industrie du gutta quand il est de
récolte récente, il présente l’inconvénient de se résinifier et de
durcir outre mesure après une conservation d’environ une année_ ».
A cette époque, JUMELLE[93] reprit les observations de HECKEL, qui
furent de mêmes rééditées par OBACH[94], dans son livre sur la Gutta.
En 1899, le même CAZALBOU reprend la question et s’exprime ainsi :
« Le latex est intéressant en ce qu’il renferme une grosse proportion de
gutta.
« L’époque la plus favorable pour l’extraction de cette substance, dont
la valeur commerciale augmente sans cesse[95], comprend les mois de
décembre et de janvier. La région du Kati renfermant des Karités en
abondance, il a été facile de rechercher un procédé opératoire pouvant
rendre suffisamment de gutta sans porter atteinte à l’existence de
l’arbre producteur.
« Les indigènes (au Soudan français) ne se servant de cette gutta que
dans des circonstances bien limitées (_confection de marteaux de
balafons_ ou de tams-tams), n’ont pas de méthode d’exploitation.
« Voici le procédé, très simple, auquel nous nous sommes arrêté. Disons
auparavant _qu’il existe deux variétés de Bassia Parkii dont l’une seule
contient de la gutta_ : c’est la même qui donne surtout les fruits dont
on extrait le beurre et qui est des deux la plus vigoureuse.
« L’écorce de la variété à gutta est remarquable par un quadrillé très
marqué qui ne fait jamais défaut et intéresse toute l’épaisseur de la
substance corticale. Toute la surface du tronc et des branches est
recouverte de carrés ou de rectangles plus ou moins irréguliers, dont
les côtés varient de deux à cinq centimètres de longueur. Le problème
consiste à dénuder quelques plaques carrées, avec le couteau indigène ou
mieux avec un levier de fer spécial[96].
« On introduit l’extrémité de ce ciseau (de forme très simple) dans la
rainure formant le côté supérieur du carré ou rectangle central, et par
un simple jeu de bascule, le carré cortical est détaché et met à nu une
plaie constituée par des fibres libériennes d’un rouge vineux. Sur le
côté inférieur de ce même carré, on pratique une incision de haut en bas
et de dehors en dedans qui fera gouttière et qui recueillera la gutta.
On arrive très facilement à pratiquer cette décortication aussi
proprement que possible et aussi vite qu’on le désire.
« Le latex s’écoule aussitôt par grosses gouttes blanches du côté
supérieur du carré, s’unit en passant sur la plaie à celui qui sort de
la surface dénudée et se collecte dans la gouttière inférieure.
« Quand le temps est sec, la dessication du latex est suffisante après
10 à 12 heures ; mais si l’atmosphère est chargée d’humidité, 24 ou 36
heures sont nécessaires. Au bout de ce temps, il existe dans la
gouttière pratiquée sur le côté inférieur du carré, une masse plus ou
moins agglutinée d’un blanc légèrement violacé, adhérente au doigt ou à
n’importe quel objet et qui, par la traction s’étire jusqu’à former un
fil des plus ténus, non rétractile.
« On récolte cette gutta de deux façons : on peut l’enrouler autour d’un
morceau de bois quelconque, qui devient alors dans la masse, corps
étranger, ou on associe dans la bouche les diverses parties de gutta
recueillies avec les doigts.
« Ces dix plaies, pratiquées sur le tronc de chaque Karité à hauteur
d’homme, n’apportent pas d’influence saisissable dans la vie de
l’individu, car la gutta qui reste toujours après la récolte aide
puissamment, par sa nature physique, aux phénomènes de cicatrisation. Le
_Bassia Parkii_, avant dix ans, ne donne guère, ni fruits, ni gutta. A
quinze ans, son rapport est déjà sensible.
« La gutta ainsi recueillie est une substance d’un gris clair légèrement
violacé ; l’action de l’air la brunit assez lentement, elle se dessèche
et est alors très dure. Elle se comporte avec les agents physiques
(chaleur, électricité, etc.) de la même manière que la gutta
industrielle ordinaire.
« _Rendement._ — Chaque _Bassia_, ainsi traité, et à l’âge adulte, donne
pour les dix plaies opératoires, une moyenne de 150 grammes de gutta.
Chaque individu peut être exploité 5 ou 6 années de suite à hauteur
d’homme et ensuite dans les régions situées au-dessus. »
Au point de vue de ses propriétés industrielles, conclut CAZALBOU, cette
gutta peut être employée dans l’industrie des câbles.
« En outre, nous nous en servons dans les mêmes conditions que la gutta
industrielle ordinaire, pour le moulage des pieds défectueux de nos
animaux domestiques. »
VUILLET[97] écrivit à propos de la gutta de Karité, un petit opuscule,
qui n’est autre chose que la publication de son rapport adressé à M. le
Délégué du Gouverneur général, le 4 septembre 1900. Il ne renferme guère
d’observations originales et ne fait pas avancer d’un pas la question.
C’est une compilation incomplète, suivie de considérations personnelles
sur la méthode d’extraction et sur le rendement possible d’une
exploitation. Nous retiendrons seulement de ce fascicule les passages
suivants, renfermant les observations originales de l’auteur :
« L’âge auquel un Karité devient exploitable est assez difficile à
déterminer. Comment apprendre l’âge d’un arbre de gens qui ne
connaissent pas le leur ? Cependant il résulte de nos recherches qu’un
Karité n’est guère exploitable avant sa vingtième année. De 20 à 35 ans,
un Karité bien exploité donnerait un minimum de 1 kg. de gutta, poids
total qui serait obtenu en le saignant deux années sur trois pendant 15
ans. Nous indiquons ces chiffres approximatifs d’après nos expériences
faites dans le Jardin d’essai de Kati, sur des Karités incisés au
commencement de l’année 1897 et en janvier 1898, par le vétérinaire
CAZALBOU et dont il avait tiré 150 gr. de gutta en moyenne par arbre et
par année, et d’après l’observation de ces arbres. Les plaies anciennes,
faites par un procédé que nous indiquerons plus loin, s’étaient
complètement refermées et leur place n’était plus marquée que par un
bourrelet de tissu cicatriciel.
« C’est cette méthode d’exploitation par saignées ne mettant pas en
danger l’existence de l’arbre et renouvelées deux fois seulement tous
les trois ans, que l’on devra adopter si l’on veut tirer parti des
Karités soudanais...
« Tout en ménageant les arbres, un ouvrier payé cinquante centimes, au
maximum, pourra récolter 0 kg. 500 de gutta par jour. »
M. VUILLET critique le procédé d’extraction de CAZALBOU, car la gutta
obtenue du latex desséché directement sur l’arbre est de moins bonne
qualité que celle obtenue par fermentation du latex, et souvent souillée
de débris ligneux et de matières étrangères. Il préconise le procédé
suivant, qui donnerait la gutta la plus pure et de la meilleure
qualité :
L’ouvrier fait à l’arbre, au moyen d’une daba[98] à lame étroite et bien
acérée, des blessures petites et nombreuses, ayant la forme de
rectangles à grands côtés verticaux, de 10 centimètres carrés de surface
environ. Le nombre des plaies variera avec la grosseur du Karité et sa
plus ou moins grande vitalité : on en fera par exemple de 4 à 8, placées
par séries de 2 ou 3 sur une même ligne verticale, suivant que le tronc
sera allongé ou trapu. Le latex (=Ci Mana= en mandingue) suinte de suite
sur tout le périmètre de la blessure.
« Le noir le rassemble et le recueille avec son doigt, qu’il a mouillé
pour empêcher l’adhésion et le fait tomber dans une petite calebasse en
passant le doigt sur l’arête vive de l’ouverture.
« Peu de temps après la récolte, le latex entre en fermentation. Il lève
et dégage une odeur de lait fraîchement caillé. Au bout de 12-36 heures,
il se divise en un caillot rose ayant la consistance du fromage à la
crême et en un sérum, de couleur variant du blanc rosé au mauve.
« Le caillot doit être pétri de suite dans l’eau froide ; des femmes
peuvent faire ce travail.
« Quand il a été malaxé pendant quelques minutes, il devient nerveux et
un peu élastique, mais reste malléable. On l’étend en plaques que l’on
lave pour enlever les matières étrangères. Puis on replie, on étend et
on nettoie de nouveau ces plaques en répétant l’opération jusqu’à ce que
la gutta soit arrivée au degré de pureté voulu.
« Quelques heures après sa préparation la gutta du Karité a perdu sa
malléabilité et pris sa consistance véritable.
« La =gutta-ci= doit être conservée dans de l’eau renouvelée
fréquemment. Au contact de l’air elle s’oxyde, devient cassante et sa
résistance spécifique diminue ; il en est du reste de même de la gutta-
percha. »[99].
Citons maintenant pour mémoire une note de COVIAUX, qui raconte[100] que
le Karité fournit un caoutchouc (?) qui a été trouvé d’excellente
qualité, et arrivons aux recherches de HEIM et DEHAY[101]. Ces
observateurs étudièrent 5 échantillons de _gutta-ci_ à eux remis par M.
MILHE-POUTINGON, directeur de la « Revue des cultures coloniales », et
provenant de la région de Kati au Soudan. Les recherches de HEIM et
DEHAY, très importantes, à cause des conclusions qui en découlent, ont
été à peu près ignorées, et il est vraisemblable que cela tient à leur
mode de publication dans un recueil très peu répandu ; nous les
reproduisons in-extenso.
Pour la facilité des descriptions et de l’étude, HEIM et DEHAY
répartissent arbitrairement leurs 5 échantillons en 3 sortes, désignées
par les numéros 1, 2, 3.
_Sorte no 1._ — La première sorte se présente sous la forme d’une
galette de 10 cm. de diamètre, d’une épaisseur de 3 cm., à surface
extérieur café au lait, luisante, offrant sur la tranche une couleur
plus claire, grisâtre et un aspect nettement stratifié, dû à la
superposition des lamelles, adhérentes les unes aux autres, celles-ci
présentent dans leur épaisseur d’innombrables alvéoles de petites
dimensions, renfermant de fines particules ligneuses et des inclusions
aqueuses (ces galettes résultent sans conteste du reploiement sur elle-
même d’une plaque mince, au moment où sa coagulation vient de
s’effectuer). La surface de section exhale une odeur marquée de
fermentation butyrique, elle se dessèche rapidement, à la manière d’une
terre argileuse, le produit est dur, cassant, s’effritant à la manière
d’une résine.
_Sorte no 2._ — Ne diffère de la première que par sa couleur d’un brun
chocolat et l’alternance sur les tranches de veines brunes et blanches
(évidemment dues au noircissement rapide de la surface de la plaque
mince de coagulation, avant son reploiement sur elle-même).
_Sorte no 3._ — Se présente sous une forme très singulière, celle de
baguettes aplaties, résultant sans doute de l’étirement manuel du
coagulum encore mou ; ces baguettes sont sèches, d’une teinte brun
chocolat, striées de lignes alternativement pâles ou foncées, très
cassantes, s’effritant, comme les galettes des deux sortes précédentes,
avec la plus grande facilité.
_Composition, propriétés._ — Ces trois sortes ont sensiblement les mêmes
caractères de solubilité, à savoir : solubilité presque complète dans la
benzine, le chloroforme, le sulfure de carbone, précipitation partielle
de ces solutions par l’alcool, insolubilité dans l’éther, solubilité
faible dans l’éther de pétrole[102].
Leur composition est la suivante :
II III
Matières solubles dans l’alcool
(matières résinoïdes) 53 % 57 % 46 5 %
Matières solubles dans l’eau 1 5 1 7 1 3
Matières minérales (cendres) 0 5 0 6 0 41
Matières guttoïdes proprement
dites 45 % 49 7 % 52 3 %
Toutes renferment une assez forte proportion de matières azotées ; car,
chauffées en présence d’une lessive concentrée de potasse, elles
dégagent assez abondamment du gaz ammoniac. Les matières résinoïdes,
extraites par l’alcool, se présentent sous la forme d’une masse cornée,
peu colorée, très dure, d’aspect assez analogue à celui de la gélatine
sèche et racornie.
Même privées des matières résinoïdes, grâce à un épuisement par l’alcool
bouillant, les matières guttoïdes restent encore à froid, dures et
cassantes.
Le produit brut, soumis en présence de l’eau à l’action progressive de
la chaleur, _se ramollit aux environs de 63°, il est alors susceptible
de prendre une empreinte, mais sous l’influence du refroidissement, la
contraction irrégulière éprouvée par la masse déforme l’image_, en même
temps que le produit revient à sa dureté primitive et recouvre son
caractère de friabilité.
_Valeur._ — _Le produit de coagulation du latex de l’arbre « Ci » du
Soudan, préparé dans les mêmes conditions que celui soumis à notre
examen est un produit de valeur presque nulle_. Son mode de préparation
est évidemment défectueux, le latex a subi la coagulation, alors qu’il
tenait encore en suspension d’innombrables particules ligneuses, le
coagulum n’a été qu’insuffisamment exprimé et séché, la forte proportion
d’eau incluse a permis la fermentation des matières hydrocarbonées et
azotées et si cette fermentation n’a pas altéré la qualité de la matière
guttoïde (fait peu probable à priori), elle contribue dans une large
mesure à déprécier la valeur commerciale du produit.
Avant de prononcer contre le guttoïde, fourni par le « Ci », une
condamnation sans appel, il y aurait lieu d’étudier la composition du
latex et de procéder à des essais périodiques et variés de coagulation,
mais il est bien à craindre que le mode de coagulation employé, tout
défectueux qu’il puisse être, ne soit pas la vraie cause du peu de
valeur du produit obtenu. Dans ce guttoïde (il serait tout à fait abusif
de le qualifier de gutta), la proportion de résine n’est pas, en effet,
suffisante pour le faire rejeter par l’industrie, mais les propriétés
physiques de la matière guttoïde, même privée de résine, sont toutes
différentes de celles des vraies guttas. Si un procédé défectueux de
coagulation peut être de nature à augmenter la teneur du produit en
résine, aux dépens de la matière guttoïde, il n’y a guère d’exemple
qu’il puisse modifier les propriétés physiques des carbures d’hydrogène
constituant la matière guttoïde.
HEIM fait remarquer que ses produits lui semblent différents de celui
étudié par SCHLAGDENHAUFFEN, et cependant, comme il devait en être sûr
bientôt, la gutta-=Ci= est bien identique à la gutta de =Karité= ou tout
au moins les deux désinences commerciales se rapportent bien au produit
retiré du même arbre.
Le tableau suivant donne les différences de solubilité de ces deux
produits dans les divers solvants usuels[103] :
Chiffres de HEIM et DEHAY Chiffres
/ \ de
=Dissolvants= no I no II no III SCHLAGDENHAUFFEN
Sulfure de carbone 100 100 100 97 92
Ether 8 17 9 2 11 1 20 1
Chloroforme 100 100 100 92 28
Benzine 100 100 100 92 80
Ether de pétrole 98 99 98 18 1
Térébenthine (essence
sans doute ?) 100 100 100 3
Acide acétique 46 43 45 12
Alcool à 95° 53 57 46 5 7