Solognot 39 — — 5 —
_Conclusions._ — M. DECHAMBRE conclut de ces essais « que le tourteau de
Karité peut être donné au lapin et au mouton. Il n’occasionne pas
d’accidents chez ce dernier qui en accepte jusqu’à 450 grammes par jour.
« Mais l’appétence est peu marquée. On tombera certainement dans la
pratique sur des animaux qui n’accepteront pas le tourteau et même avec
ceux qui ne manifesteront pas de répugnance, la période d’accoutumance
sera longue. L’intérêt comme tourteau alimentaire paraît donc assez
limité ».
Ces expériences entreprises pour la première fois sur notre désir
montrent que, si le tourteau de MOHWRA (_Illipe latifolia_) et celui
d’ILLIPÉ (_I. longifolia_) sont tous deux toxiques, malgré les affinités
de famille, le tourteau de Karité peut être donné au bétail sans danger.
Evidemment sa faible teneur en azote ne le classe pas parmi les
meilleurs résidus de l’industrie des corps gras, mais, en revanche, il
contient une proportion très notable de matières grasses et d’hydrates
de carbone.
Mélangé à d’autres tourteaux, il peut devenir un adjuvant intéressant,
et sa valeur commerciale si faible qu’elle soit, peut s’ajouter au
rendement que l’industrie cherchera à tirer de la graine importée.
* * * * *
[Note 43 : _Journal de Pharmacie_, 1825, 2e série, XI, 172.]
[Note 44 : _Journal de Pharmacie et des Sc. accessoires_, 1830, 2e s.,
XVI, 53-57.]
[Note 45 : MERAT et DE LENS. — Dict. Mat. méd., 1829.
DECHAMBRE. — Dict. encyclop. des Sc. nat., 1889, 4e s., XV, 557.
MOQUIN-TANDON. — Bot. médicale, 408.
GUIBOURT et PLANCHON. — Hist. nat. des Drogues simples, 7e éd., II,
598.]
[Note 46 : HOLMES. — Notes on Shea Butter. _Pharm. Journ._, London,
1879, IX, 818 et 829.]
[Note 47 : BAUCHER. — Etude sur le beurre de Karité. _Arch. de méd.
navale_, 1883, XL, 372-378.]
[Note 48 : Nous avons extrait ce qui va suivre, in extenso, du travail
de M. BAUCHER, qui a mis la question admirablement au point.]
[Note 49 : BAUCHER. — _Loc. cit._, p. 375.]
[Note 50 : Il peut y avoir également intervention des insectes, comme le
dit CHEVALIER.]
[Note 51 : RANÇON. — _Loc. cit._, p. 249.]
[Note 52 : HECKEL. — _Loc. cit._, _La Nature_, p. 371.]
[Note 53 : ZECH. — Le Karité au Togo. _Tropenpflanzer_ no 9, 1903. Ext.
in _Rev. cult. col._, 8e année, XIV, 1904, no 141, 44-45.]
[Note 54 : VIARD. — La préparation et le commerce du beurre de Karité au
Soudan français. _Rev. cult. col._ 1399, V, no 41, 304-306.]
[Note 55 : G. BROUSSEAU. — Extrait d’un rapport à M. le gouverneur
LIOTARD. _Agr. pratique des Pays-Chauds_, 1902, II, no 9, 360.]
[Note 56 : _Loc. cit._ p. 58.]
[Note 57 : MM. ROCCA, TASSY et DE ROUX, les industriels bien connus de
Marseille, ont pris à ce sujet un Brevet (nos 344, 368) ayant pour but
d’extraire une matière gommeuse de la graisse de Karité.]
[Note 58 : Aucune recherche n’a été dirigée dans ce sens.]
[Note 59 : CAZALBOU. _Répertoire de police sanitaire vétérinaire_. Paris
1906, nos 5, 75, 76.]
[Note 60 : Cela tient peut-être aux variétés de l’arbre, mais aussi et
surtout au soin et à la méthode avec lesquels la graissé a été
préparée.]
[Note 61 : Les personnes que nous avons consultées s’accordent à
reconnaître que cette odeur spéciale rappelle celle du Beurre de Cacao,
comme l’avaient rapporté les plus anciens observateurs.]
[Note 62 : Ceci est loin de concorder avec les chiffres de OUDEMANS que
nous avons relatés plus haut ; cet auteur a trouvé 70 % d’acide
stéarique et 30 % d’acide oléique.]
[Note 63 : Ferd. JEAN. — Note sur le Beurre de Karité. _Ann. Chimie
analytique_.]
[Note 64 : Ce rendement est extrêmement faible par rapport aux chiffres
signalés par les différents auteurs et qui oscillent toujours entre 45
et 50 %.]
[Note 65 : LEWKOWITCH. — Chemische Technologie und Analyse der Oele,
Fette und Wachse. 1905, Braunschwig, II, 279.]
[Note 66 : N’y aurait-il pas erreur ? Le suif de Noungou, comme on le
verra plus tard, est produit par une Sapotacée qui croît au Congo, et
qui est le _Mimusops Djave_ Engler.]
[Note 67 : Voir également l’ouvrage de ULZER et KLIMONT. Chemie der
Fette, Berlin, 1906.]
[Note 68 : En 1867, l’Angleterre recevait déjà 60 à 70 tonnes de Beurre
de Karité ; en estime l’importation à 300 tonnes environ (_Pharm.
Journal_, 1879, IX, 819).]
[Note 69 : Em. PERROT. — Les corps gras végétaux alimentaires à la
Chambre des Députés. _Bull. Sc. pharmacol._, XII, déc. 1905, 321, 1906.]
[Note 70 : GALLIÉNI. — Exploration du Haut-Niger. _Tour du Monde_.]
[Note 71 : W. BUSSE. — Bericht über die Pflanzenpathologische Expedition
nach Kamerum und Togo. _Beihefte zum Tropenpflanzer_, Berlin, 1906,
VII.]
[Note 72 : _Ag. prat. des Pays-Chauds_, loc. cit., 1902, no 9, p. 361.]
[Note 73 : VIARD, loc. cit., _Rev. cult. col._, 1899, 305.]
[Note 74 : Les auteurs de ces rapports n’envisageaient sans doute que
l’utilisation possible dans l’industrie des bougies et celle des
savons ; mais si ce produit épuré prenait une place comme denrée
alimentaire, il est certain que cela lui permettrait de supporter des
charges plus lourdes avant son arrivée.]
[Note 75 : Faisons remarquer également que l’extraction du beurre par
des procédés en usage dans l’industrie européenne, permettrait d’obtenir
des rendements supérieurs sans doute à 40 % et qui ramènerait le prix
brut du kg. de beurre aux environs de 0 fr. 25.]
[Note 76 : Il s’agit ici du Dahomey (voir plus haut).]
[Note 77 : Cette brève et laconique conclusion de l’enquête de M. le
gouverneur COUSTURIER nous semble un peu exagérée ou hâtive ; elle peut
concerner la zone méridionale de la Guinée, mais vers le Haut-Niger,
quand le chemin de fer attendra le Tankisso, puis Kouroussa, des régions
riches en Karité seront traversées où le prix doit être beaucoup moins
élevé.]
CHAPITRE VI.
* * * * *
Nécessité d’une protection du Karité pour éviter la diminution dans le
nombre des arbres existant actuellement.
* * * * *
_Plantations nouvelles. — Réserves-forestières aménagées_[78].
Le Karité ou Cé n’appartient point à la végétation dense de la forêt ;
mais plutôt à ce que l’on peut appeler la végétation de parcs, les
arbres étant toujours assez espacés. Une chose assez curieuse a été
remarquée par divers explorateurs et plus particulièrement par M. A.
CHEVALIER, c’est que les peuplements naturels de Karité ne se
formeraient plus d’une façon normale, car on ne rencontre presque plus
de jeunes pieds. Si l’on considère l’utilisation des produits de
l’arbre, il est donc de toute importance de faire intervenir l’homme
pour l’avenir de cette production.
_Habitat._ — Le Karité aime les sols profonds, riches en humus ; il ne
se rencontre jamais dans les forêts denses, ni dans les galeries de
bordure le long des rivières, non plus dans les terrains marécageux ou
inondés régulièrement. Il est très rare sur les plateaux ferrugineux et
il n’existe pas dans les savanes à sol argileux.
Sa station préférée est la pente des collines ou plateaux rocailleux ou
sablonneux, assez riches en humus ; il s’accomode très bien des terres
profondes.
On le rencontre en abondance autour des villages, où il a été évidemment
multiplié, mais en général, il y aurait nécessité de veiller à
l’entretien de ces vergers, les indigènes ne remplaçant pas toujours, il
s’en faut, les pieds qui disparaissent, et les jeunes, issus de
germination spontanée autour des vieux sujets, étant arrachés par la
culture.
Dans la brousse du Soudan, le Karité ne vient naturellement pas seul,
mais on y trouve associées diverses essences forestières intéressantes ;
telles sont :
Le Cailcedrat ou Acajou d’Afrique (_Khaya senegalensis_), le _Santal_
d’Afrique, ou _Kino de Gambie_ (_Pterocarpus erinaceus_) ; le _Mené_
(_Lophira alata_), qui fournit un beurre assez estimé, l’_Afzelia
africana_ dont le bois est apprécié en ébénisterie et menuiserie ; le
_Vermendia macroptera_, le _Neté_ (_Parkia biglobosa_), etc. Quelques
autres arbres utiles croissent aussi dans ces régions, citons : le
Guierr, le Kinkéliba, etc.
Rappelons ici, et pour détruire définitivement une légende accréditée
par RANÇON, qu’il n’existe qu’une seule espèce et que le Karité est
remplacé vers le sud par le _Mené_, ou faux Karité, dont l’importance en
nombre s’élève au fur et à mesure que diminue celle du premier.
La nécessité de reconstitution forestière dans la brousse d’une part,
jointe à l’importance commerciale future du Karité, nous ont amené à
attirer l’attention du Congrès sur l’intérêt qui s’attacherait à la
constitution de _réserves forestières aménagées_, dans lesquelles cet
arbre précieux jouerait l’un des rôles principaux.
Etudiant la question de près et après nous être documenté près de
personnes bien renseignées, et dont la compétence ne laissait aucun
doute pour nous, voici comment on pourrait poursuivre la réalisation
d’un semblable projet.
_Choix de l’emplacement._ — L’idée de l’établissement d’une semblable
réserve étant admise, il importerait de grouper tous les renseignements
sur les peuplements actuellement existants de Karité, et choisir une
région où ils soient sporadiquement dispersés d’une façon assez
régulière pour faciliter l’aménagement futur.
Il nous paraît que cette réserve devrait être limitée par deux rivières,
pour diminuer les risques des feux de brousse, et de préférence établie
dans l’angle même de ces deux rivières.
Il va sans dire, que cet emplacement devrait se trouver dans des
conditions telles, que le transport à la côte soit aisé et le prix de
revient des produits, aussi réduit que possible.
_Aménagement._ — Le terrain choisi pourrait comprendre huit à dix mille
hectares, par exemple, que l’on diviserait en secteurs par des allées
très larges où l’on abattrait la brousse, toujours pour éviter les feux
de brousse, cette plaie de l’Afrique, à qui l’on doit sans aucun doute
l’apauvrissement graduel du pays.
Ceci fait, dans le premier secteur, on jalonnerait avec soin, de façon à
déterminer les endroits où l’on planterait les graines. On creuserait
une fosse peu profonde en y laissant tomber deux à 4 graines fraichement
récoltées ; ne pas oublier en effet que celles-ci perdent très
rapidement leur pouvoir germinatif.
A la germination, on enlèverait les plants les moins vigoureux en ne
laissant subsister qu’un seul d’entre eux.
Des autres pourront être repiqués là où la germination serait nulle.
Il serait bon d’ailleurs d’établir, en outre, une pépinière où l’on
pourrait puiser pour le remplacement des jeunes pieds morts.
Tout arbre âgé qui disparaîtrait serait remplacé par un jeune pied
planté en changeant un peu l’emplacement.
Les arbres arrivés à l’âge adulte doivent être espacés, étant donné leur
mode ordinaire de végétation, d’une distance de 8 mètres environ.
_Mode de croissance._ — L’accroissement du Karité est lent et il est
très difficile d’émettre une opinion ferme à cet égard, car il n’existe
guère d’exemple de plantation faite par l’européen.
Toutefois, à son dernier voyage à Paris, sir H. Johnston nous a cité
l’exemple d’Aburi dans la Gold-Coast, où des Karités, plantés en 1892 ou
1893, portent déjà des fruits depuis ces années dernières.
On peut estimer à une période de 12 à 15 années le temps nécessaire à
l’un de ces arbres pour atteindre l’âge de plein rapport[79].
_Association forestière. — Liane à caoutchouc._ — Nous ne devons pas
perdre de vue qu’une semblable exploitation devrait être rendue plus
productive par l’adjonction de végétaux fournissant des produits de
toute première valeur, et il était naturel de penser aux lianes à
caoutchouc.
Les conditions biologiques de croissance du Karité conviendraient
admirablement bien à l’une de ces dernières, la liane Gohine
(_Landolphia Heudelotii_). Aussi, dès que les jeunes arbres auraient 2
mètres de hauteur on sèmerait au pied, une liane dont il serait très
facile de conduire la croissance, pour en rendre l’exploitation aisée
d’une part, et pour qu’elle ne nuise en rien au développement de
l’arbre, d’autre part ; il importerait, par exemple, que la liane ne
forme pas au pied de l’arbre un buisson trop touffu qui empêche la
récolte des fruits de Karité.
Dès la première année de mise en réserve, il faudrait naturellement
semer cette liane au pied des Karités déjà adultes et existant
spontanément.
Comme on estime généralement qu’un _Landolphia_ n’est guère exploitable,
au point de vue caoutchouc, qu’après 10 à 15 années, on voit que
l’espace du temps qui s’écoulerait avant le rendement réel du premier
secteur peut-être évalué à 12 années environ.
_Mode d’exploitation._ — Nous pensons que l’exploitation devrait être
affermée aux indigènes, suivant des conditions que le service forestier
aurait déterminées et qui peuvent varier avec les régions.
La cueillette doit être faite par les femmes et les enfants, car il ne
faut pas songer à exiger le gaulage des arbres ; utiliser les tornades,
comme on le fait actuellement, serait préférable.
D’autre part, il est indispensable que le fruit soit bien mûr, car
cueilli vert, il ne fournit, dit-on, qu’une quantité très faible de
matière grasse. Les fruits non mûrs renfermeraient une quantité
considérable de latex ! Ne serait-ce pas simplement l’émulsion des
produits de réserve de l’amande, non encore complètement constitués ?
Le problème du concassage dans la colonie, pour l’envoi de l’amande, ou
du corps gras brut, ou de l’expédition directe de la noix, sera résolu
plus tard et probablement sous peu, dès que les industriels auront fait
connaître leur prix d’achat par quantités importantes. Quoi qu’il en
soit, au point de vue qui nous occupe tout spécialement, il nous a
semblé nécessaire d’exposer notre manière de voir, dont la réalisation
ne présente pas de difficultés insurmontables.
Sa longue échéance ne permet guère de demander cet essai qu’à
l’administration et au service forestier, aussi avons-nous poussé plus
loin nos investigations. Nous avons, en effet, cherché, en nous
documentant aux sources les plus autorisées, à établir la dépense
qu’occasionnerait l’établissement d’une semblable réserve améliorée et
nous pouvons conclure que, grâce à la récolte fournie par les arbres
adultes spontanés dans la réserve établie, cette dépense serait vraiment
peu élevée et que la forêt reconstituée fournirait à la colonie,
quelques 10 ou 12 années après, un revenu véritablement imposant.
Un premier pas dans le sens que nous venons d’indiquer a été fait par M.
PONTY, lieutenant-gouverneur du Haut Sénégal et du Niger, sous la forme
d’un _Arrêté portant interdiction de couper les Karités_[80].
Cet arrêté, dont nous n’avons eu connaissance que par le numéro de fin
novembre 1906 de l’_Agriculture pratique des pays chauds_[80], mérite
que nous le reproduisions tout entier, car il montre que notre
communication au Congrès colonial de Marseille, en septembre dernier,
avait sa raison d’être et n’était pas, comme on se plaît à le répéter,
une vue de l’esprit d’un « savant de Laboratoire. »
ARRÊTÉ DU 20 JUILLET 1906.
_Art. 1._ — La coupe des arbres dits « Karité » est interdite sur toute
la colonie du Haut-Sénégal-Niger.
Cette interdiction s’applique non seulement aux particuliers, mais aux
services publics de la colonie.
_Art. 2._ — Exceptionnellement, des arrêtés du Lieutenant-gouverneur
pourront autoriser la coupe du « Karité » aux conditions suivantes :
Cette autorisation sera accordée pour une durée limitée par l’arrêté.
L’arrêté fera connaître l’étendue et les limites du terrain sur lequel
le bénéficiaire sera autorisé à couper le Karité. Il imposera au
titulaire de l’autorisation l’_obligation de procéder_ à des plantations
de la même essence ou de valeur équivalente à celle des bois abattus.
La demande d’autorisation devra faire connaître les motifs de la demande
et l’usage auquel seraient destinés les bois à abattre. Ces bois ne
pourraient être vendus.
La demande d’autorisation devra être accompagnée d’un rapport favorable
de l’Administration du Cercle où seront effectués les coupes.
_Art. 3._ — Le titulaire de l’autorisation devra se conformer, etc....
W. PONTY.
Nous serions heureux maintenant de voir cet arrêté étendu à la Guinée, à
la Côte-d’Ivoire et au Dahomey, en même temps que pourraient être
examinées par les autorités compétentes les questions de réserve
forestière aménagée, avec secondairement essai de multiplication de
lianes à caoutchouc, qui présentent un intérêt bien plus grand que le
_Lonchocarpus cyanescens_. On sait, en effet, que l’introduction sur les
marchés mondiaux de l’indigo chimique a amené une grave perturbation
dans l’industrie de l’indigo naturel.
Pareil fait ne semble guère vraisemblable, du moins d’ici longtemps en
ce qui concerne le caoutchouc et les guttas.
Nous croyons donc fermement à la possibilité d’accroître le trafic de
ces régions par la mise en valeur du Karité, et qu’on nous permette de
rappeler simplement à ce sujet ce qu’en a dit RANÇON, car nous
partageons encore sa manière de voir et nous croyons qu’il appartient à
l’Administration de prendre toutes les mesures qui doivent aboutir à
l’accroissement graduel du nombre de pieds de cette espèce de notre
Soudan :
« Il y aurait là, dit RANÇON[81], matière à créer une véritable richesse
agricole, forestière et commerciale pour le pays. Mais il faudrait que
ceux qui s’en occuperaient fissent tout par eux-mêmes, car jamais on
n’arrivera à faire cultiver par les noirs aucun autre végétal que ceux
qui sont susceptibles de lui donner un rendement immédiat. On n’arrivera
jamais à lui faire semer une seule graine de Karité. »
Tous ceux qui connaissent bien le noir africain sont de cet avis ;
raison de plus pour conserver ceux qui existent, jeunes et âgés ;
pendant ce temps, la demande sera peut-être assez importante pour que
l’indigène y trouve une source aisée de revenus, et dès alors
l’intervention administrative sera inutile.
* * * * *
[Note 78 : Communication faite par nous au _Congrès colonial de
Marseille_ (septembre 1906) à l’occasion de l’Exposition coloniale, et
que nous reproduisons d’ailleurs ici presque in-extenso.]
[Note 79 : Le très distingué sir H. JOHNSTON nous a de même confirmé que
les kolatiers plantés à ce même jardin atteignaient une dizaine de
mètres de hauteur.]
[Note 80 : Voir 1906, no 44, p. 356.]
[Note 81 : A. RANÇON. — Dans la Haute-Gambie, _loc. cit._, p. 484.]
CHAPITRE VII.
* * * * *
Le produit guttoïde du Karité (Gutta-Ci).
* * * * *
Les nombreux articles, parfois sensationnels, écrits sur le produit
extrait du latex de l’arbre à beurre, vont nous obliger à faire un
historique sévère de la question, afin de chercher à en tirer des
conclusions définitives. La crainte de la disparition des arbres
producteurs de Gutta vraie, ainsi que la valeur commerciale de ce
dernier produit, entraînèrent à des recherches de toute nature en vue de
trouver un succédané ou tout au moins de signaler un produit qui puisse
la suppléer pour bon nombre d’usages.
Il était tout naturel de penser que, dans cette même famille des
Sapotacées, il serait peut-être aisé de rencontrer des arbres
appartenant à d’autres genres que le genre _Palaquium_ et susceptibles
de fournir une drogue de valeur réelle. On sait que divers _Mimusops_,
par exemple, donnent un produit guttoïde, la _Balata_, susceptible de
diverses applications industrielles, et l’idée que les _Bassia_ ou
_Butyrospermum_ pourraient, à leur tour, fournir une substance voisine
de la gutta, ne tarda pas à se faire jour. C’est HECKEL qui, le premier,
étudia la question d’un peu près en 1885, et qui, s’appuyant sur
l’analyse chimique, conclut hâtivement à la presque similitude du
produit du Karité avec la gutta des _Palaquium_ et _Payena_.
L’exagération de ce savant, qui fut le promoteur des études coloniales
en France, est entièrement excusable à l’époque où parut ce travail, car
les milieux scientifiques étaient alors, pour ainsi dire, hypnotisés par
les cris d’alarme jetés par les botanistes de la région malaise, les
voyageurs et aussi les commerçants de l’Europe.
On oublia de même que la nature intime des latex est extrêmement
différente d’espèce à espèce et parfois même de variété à variété.
Qu’est-ce que le caoutchouc ou la gutta ? Aucune réponse vraiment
satisfaisante ne peut encore nous être fournie par la science chimique
et les teneurs en _gutta_, _fluavile_ et _albane_ des matières guttoïdes
des Sapotacées ne donnent aucune indication sérieuse sur la valeur
industrielle de ces dernières.
Malheureusement nombreux furent les observateurs qui pensèrent que notre
Soudan allait fournir en abondance une gutta de qualité excellente, et
nous avons vu des administrateurs affirmer des choses analogues dans des
rapports officiels ; à notre avis, cela est un peu excessif ; car ceux-
ci présentent, par leur répercussion, des inconvénients qu’il serait bon
d’éviter. _En matière d’économie coloniale, toute erreur entraîne un
recul dans l’évolution_.
*
* *
A notre connaissance, c’est SCHWEINFURTH qui, le premier, attira
l’attention sur le produit extrait du latex du _Butyrospermum Parkii_.
« Il découle de cet arbre, dit-il, un suc abondant et laiteux qui a
beaucoup de rapport avec la gutta ; en maints endroits, les enfants en
font des balles ?
« Fr. BILDER, négociant, établi à Khartoum, apporta à Vienne, en 1861,
un quintal de ce produit, mais les frais de transport furent trop
élevés. »
OBACH[82] dit toutefois que Sir J. HOOKER, en 1878, signala la gutta du
Karité comme un produit susceptible d’être considéré comme succédané de
la Gutta-percha.
Nous n’avons pu retrouver aucune trace de ce qu’il avait pu advenir des
100 kg. de gutta de Karité de BILDER et il faut arriver à HECKEL pour
entendre, de nouveau, traiter cette question. Dans sa série d’articles
du journal « _La Nature_ » et dans deux notes aux comptes-rendus de
l’Académie des Sciences[83], après avoir interprété d’une façon plus ou
moins exacte les caractères histologiques de la plante et montré la
difficulté que présenterait l’extraction du latex, il conclut, d’après
les analyses de SCHLAGDENHAUFFEN, à l’avenir de l’exploitation de la
_Gutta de Bassia_.
« J’ai pu m’en assurer par l’examen de l’emploi d’une certaine quantité
de gutta de Karité que j’ai en vitrine, depuis 4 années, au Musée
colonial de Marseille. Mais, ce n’est là qu’un inconvénient sans grande
importance, car rien n’empêche que l’industrie de la gutta, très occupée
en Europe en raison des multiples applications de ce produit, ne le
laisse pas longtemps inutilisé dans les magasins... Il restera, du
ressort des diverses industries qui emploient la gutta, de décider à
quel usage plus particulier la gutta de Karité pourra être plus
spécialement affectée, mais tout me fait supposer, en raison des
propriétés isolantes de ce produit, que l’industrie des cables en
tirerait bon profit. »
Les conclusions de HECKEL étaient ici fort prudentes et l’on verra qu’il
n’y a rien encore à y ajouter.
Voici l’analyse du produit, transcrite par HECKEL[84] :
« Sa densité est de 0,976, tandis que PAYEN indique 0,975 pour la gutta
de l’_Isonandra_. Elle s’électrise aussi facilement que cette dernière
par le frottement et peut dès lors, au même titre, servir de corps
isolant. Elle se ramollit dans l’eau chaude de la même façon que la
gutta commerciale et devient adhésive comme elle à la température
voisine de l’ébullition. Au point de vue chimique, il existe cependant
quelque différence, _car les deux produits ne se comportent pas d’une
manière identique à l’égard des dissolvants_. La gutta de _Bassia_,
traitée par l’éther de pétrole, l’éther ordinaire, la térébenthine et
l’acide acétique bouillant, cède à ces véhicules moins de principes
solubles que la gutta ordinaire ; en outre, les liquides évaporés
n’abandonnent pas des produits identiques. Les résidus de la gutta de
_Bassia_ sont poisseux tandis que ceux de la gutta commerciale
constituent, pour ainsi dire, un vernis sec non adhésif.