L’odeur, peu développée à froid, et qui, d’ailleurs, souvent n’est autre

que celle de la matière rance, devient à la cuisson spéciale et

désagréable aux Européens[61]. Déjà, nous avons dit, que les indigènes

s’en débarrassent en projetant dans la graisse bouillante des gouttes

d’eau froide qui, en se volatisant, entraînent les substances volatiles

odorantes.

Bien préparé et enveloppé pour être soustrait à l’action de l’air, le

beurre de Karité ne rancit pas et c’est là une des principales qualités

qui ont rendu son usage courant dans toute l’Afrique occidentale et

centrale.

Sa propriété, de fondre seulement à une température relativement élevée

(entre 30 et 35° d’après BAUCHER), en permet également le facile

transport. Ce point de fusion est très variable avec les auteurs, comme

beaucoup d’autres chiffres analytiques.

HECKEL en a donné, en 1883, l’analyse sommaire suivante :

« Chauffé à 120° C., il donne 0,05 % d’eau et 0,10 de brut obtenu par

décantation du beurre fondu. Le brut consiste en poussière et matières

ligneuses. Saponifié par l’hydrate de baryte cristallisée, le beurre de

Galam donne un déchet de 5,15 %, soit un rendement en acide gras de

94,85 % ; les acides gras ont un point de solidification de 53°. La

pression de ces acides gras a fourni, d’une part, 45 % d’acide stéarique

et 57 % d’acide oléique, d’autre part[62]. Purifié par l’alcool à 95°,

l’acide stéarique a un point de solidification de + 67°. »

HECKEL a également obtenu par l’éther sulfurique, 25 % environ du poids

total des graines d’une matière grasse d’aspect verdâtre et d’odeur

désagréable très différente de celle du produit qui nous arrive

d’Afrique.

BOUIS, dans le _Dictionnaire de Chimie de Wurtz_, donne également

quelques chiffres assez différents de ceux de HECKEL ; la densité du

beurre de Karité serait de 0,938.

Enfin, plus récemment, Ferdinand JEAN[63] a repris cette question, nous

lui empruntons une partie de son mémoire :

« 100 de ces graines de Karité sont constituées par 25 gr. 5 de coques

et 71 gr. 5 d’amandes.

« L’analyse de l’amande nous a fourni :

Eau 10,05 p. 100

Matière grasse 35,49 — [64]

Extractif soluble dans l’eau 26,44 dont 3,2 de tannin

Cendres 2,50 p. 100

Matières cellulosiques 22,52 —

« Le tourteau, épuisé de la matière grasse, renferme 1,75 p. 100 d’azote

et 1,7 p. 100 de cendres.

« Le beurre extrait des graines de Karité est blanc et fournit une pâte

onctueuse, légèrement odorante et à saveur astringente. Il est possible

d’épurer ce beurre par un traitement analogue à celui qui est employé

pour transformer le coprah en beurre de coco alimentaire, épuration qui

donne un déchet moindre qu’avec le coprah, parce que le beurre de Karité

ne renferme que des traces d’acides solubles et volatils.

« La _matière extraite par l’éther de pétrole_ des graines de Karité a

fourni les indices suivants :

Déviation à l’oléoréfractomètre (temp. 45°, échelle OB) + 22°

Point de fusion 30°

Indice de saponification 175-176 KOH

— de Reicher M.-W. 2,6 N/10

Acides gras volatils solubles (en acide buytrique) 0,211

Acides gras volatils insolubles (en acide butyrique) 1,05

Rapport : acides insolubles/acides solubles × 100 = 497.

« A la distillation, d’après le procédé Muntz et Coudon, il se sépare

des acides concrets abondants et volumineux, très différents de ceux

qu’on observe avec le beurre de Coco.

« _Le beurre de Karité, préparé au pays d’origine_ par pression des

amandes broyées avec l’eau, nous a fourni les résultats suivants :

Oléoréfractomètre + 18°

Point de fusion 30°

Titre des acides gras 54°5

Acides libres 0,009 KOH

Indice de saponification 0,175 KOH

Acides volatils (R. M.-W.) 1,19 N/10

Indice d’iode 19,75 p. 100

Acides solubles traces

Acides gras (méthode Renard) 11,09

Point de fusion 67°8

Acides gras des sels de potassium 3,855

Point de fusion 65°4

« Indice Mougnaud :

Acides volatils solubles 2,2

Acides volatils insolubles 0,5

acides volatils insolubles

Rapport : -------------------------- × 100 = 22,7

acides volatils solubles

« Le beurre de Karité, ne contenant ni acide caprylique, ni acide

caproïque, ne fournit pas d’indices argentiques, ce qui le différencie

du coco.

Acide gras insoluble (indice Hehner) 91,2 p. 100

Rendement en acides concrets 69,28 —

Rendement en acides liquides 21,92 —

Rendement en glycérine 8,846 —

Saponification ; 100 acides gras 210 de savon dur

« D’après ces données analytiques, on voit qu’une addition de beurre de

Karité au beurre de vache a pour effet de reporter à droite la déviation

de l’oléoréfractomètre, d’abaisser le chiffre de saponification,

l’indice Reichert et l’indice argentique, d’élever l’indice Hehner et

d’élever les rapports dans la méthode de Muntz et Coudon et Mougnaud.

« Un beurre fraudé par addition de Karité nous a donné à l’analyse les

résultats suivants :

Densité à 100° 865,3

Oléoréfractomètre − 22°

Indice Crismer (alcool à 8195) 96°

Indice de saponification 212 KOH

« Méthode de Muntz et Coudon :

Acides volatils solubles (en acide butyrique) 4,665

Acides volatils insolubles (en acide butyrique) 0,94

Rapport = 20

Dans le remarquable ouvrage de LEWKOWITCH[65], on lit que la semence

renferme 49 à 52 % de matières grasses. Le beurre de Shea (suif de

Noungou[66], Burro di Seha) est ferme, de couleur gris-blanchâtre et

d’une saveur aromatique particulière.

Les constantes physiques et chimiques oscilleraient, d’après les

différents auteurs VALENTA, MILLIAU, ALLEN, STOHMANN, KASSLER,

LEWKOWITCH[67], dans les proportions suivantes :

Densité : de 0,859 à 0,953 ; point de fusion : 23° à 30° ; indice de

saponification : 178, 192,3 ; indice d’iole : 53,8, 67,2 ; indice de

Hehner : 94,76.

De semblables variations existent pour les acides gras et il n’est pas

douteux que les divers observateurs se soient trouvés en présence de

produits différents, soit par leur origine botanique, leur méthode de

préparation, leur degré d’oxydation ou enfin d’adultération par des

matières grasses étrangères, car d’après des communications orales qui

nous ont été faites de divers côtés, le beurre destiné à l’exportation

serait fraudé par les noirs.

L’analyse la plus récente de M. MILLIAU donnerait les chiffres

suivants :

Huile contenue dans l’amande 45-49 %

Poids spécifique 0.928

Saponification sulfurique 28

Indice d’Iode 63

Saturation par la soude (Indice Ferrié) 15,1

Solidification des acides gras 53 à 54°

Rendement en glycérine 9

— acide gras 95,8

Acides gras concrets 80 %

— fluides 11 —

Point de solidification du beurre 26°

Acidité en acide oléique 6,10

Nous ne trouvons nulle part d’autre analyse sur la nature des acides

gras qui composent cette graisse végétale et pourtant cela est

important. Le point de fusion qui semble en général de 27° à 30°, est

chez certains échantillons élevés jusqu’à 36°. Il semble évident qu’on a

dû faire subir une épuration ayant pour but d’enlever une partie des

glycérides à point de fusion inférieur à 25°. La détermination des

caractéristiques telles que le demandent les industriels ne saurait nous

satisfaire entièrement.

§ V. — _Usages de la graisse de Karité. — Commerce local et général. —

Production._

_Usages._ — Nous avons vu que le principal usage de la graisse de Karité

était de servir aux besoins de l’alimentation courante, c’est le beurre

végétal du Soudan ; mais il est utilisé pour bien d’autres usages.

C’est en effet la graisse préférée pour s’oindre le corps et c’est le

cosmétique par excellence des négresses de la plupart des peuplades de

l’ouest et du centre de l’Afrique.

La graisse de Karité est aussi un médicament pour l’usage externe, très

employé en friction contre les douleurs rhumatismales.

On conçoit dès lors aisément que les Karités se rencontrent plus

abondants aux alentours des villages.

En Europe, le produit n’est pour ainsi dire pas encore utilisé,

toutefois, il en est arrive depuis quelque temps une certaine quantité

en Angleterre[68], et l’on dit qu’il serait employé dans l’industrie du

chocolat pour remplacer le _beurre de Cacao_, qu’on aurait extrait au

préalable pour le vendre séparément. Il constituerait une véritable

falsification ; les experts chimistes ont la crainte de le voir bientôt

mêlé au beurre de vache, ce qui constituerait pour eux une recherche

supplémentaire, la liste des corps gras alimentaires, s’augmentant ainsi

d’une nouvelle unité. Mais serait-ce une raison pour le frapper

d’ostracisme, comme semblait le vouloir tout récemment un de nos

ministres[69].

Cette question des usages européens de la graisse de Karité a préoccupé

tous les explorateurs et GALLIÉNI[70] s’exprime ainsi dans les quelques

lignes qu’il consacre au beurre de Karité et à l’arbre qui le produit :

« Je crois que ce produit pourrait trouver son emploi en Europe non

moins que l’arachide, dont nos bâtiments transportent d’aussi grands

stocks dans nos ports de Marseille et de Bordeaux. Il pourrait, je

pense, servir non-seulement à la confection des savons, mais aussi à

celle des bougies.

« Toujours est-il qu’il existe sur les deux rives du Niger d’immenses

forêts de Karité qui n’attendent qu’une exploitation facile et commode,

pour être mises en œuvre et fournir un objet d’échange _peut-être plus

précieux encore que l’arachide_. »

L’avenir ne tardera pas à nous dire quel parti tirera l’industrie de

cette matière nouvelle, et si, comme il y a lieu de le croire, on arrive

à purifier le produit et le rendre agréable aux palais européens, ce

beurre de Karité pourra bien, après avoir été raffiné dans la métropole,

reprendre le chemin des pays tropicaux à cause de sa consistance ferme à

une température où le beurre ordinaire de vache, la margarine, la

graisse de Coco alimentaire sont devenus liquides.

Ce sera peut-être la solution du problème qui nous fut posé à diverses

reprises par des coloniaux des Antilles :

Trouvez-nous donc une matière alimentaire, agréable, rappelant notre

beurre et encore solide aux températures moyennes des régions

tropicales ?

Le Karité ne pourrait-il fournir la base d’un mélange de graisses

alimentaires répondant à ces désidérata !

La graisse de Karité, par sa consistance, nous paraît très désignée pour

entrer dans le domaine des préparations pharmaceutiques à base de corps

gras. Elle pourrait donner de la consistance avec de l’onctuosité à

certains ingrédients et suppléer le beurre de cacao.

W. BUSSE[71] propose une autre utilisation : c’est de mêler la graisse

de Karité à l’huile de Ricin pour graisser les machines ; cela

existerait déjà au Lagos, d’après une communication orale faite à cet

auteur par BERNEGAU.

On sait que l’huile de ricin était en effet très employée en Extrême-

Orient dans ce but, mais que récemment la Direction de l’Agriculture

constatait le remplacement de cette huile par les graisses minérales,

qu’on importait à des prix suffisamment modérés. D’ailleurs le nombre

des machines est encore restreint en Afrique, et la consommation serait

de ce fait bien faiblement augmentée.

Hambourg et Liverpool ont déjà reçu des quantités importantes de noix et

de corps gras, et la demande s’élève sans cesse ; l’avenir économique du

produit comme denrée d’exportation ne nous semble guère douteux, comme

on va le voir dans ce qui va suivre.

_Commerce._ — Le commerce intérieur est assez élevé, et donne lieu à des

échanges importants entre régions non éloignées. Ce courant s’établit

des districts où le Karité abonde vers ceux qui en sont privés pour des

raisons biologiques quelconques (terrains inondés, sol argileux compact,

terrains détritiques sans humus, plateaux latéritiques stériles, etc.).

Toutefois, le commerce ne s’étend guère au delà de la zone d’extension

géographique de l’espèce.

Le colonel VIARD évalue approximativement la quantité du beurre de

Karité obtenue dans le Soudan nigérien à 350 tonnes de beurre, ou plus

de 1.000 tonnes de noix (le rendement moyen du beurre étant de 30 à 35

%).

Ce chiffre, établi en 1899, ne doit évidemment donner aucune idée réelle

de la faculté productive du pays, c’est celui de la consommation locale.

RANÇON, à propos du Niocolo, dit que le Karité est très abondant et que

les indigènes vont vendre le beurre qu’ils ne consomment point, à _Mac-

Carthy_ et _Yabartenda_ sur la Gambie.

Il nous semble d’ailleurs que la Gambie pourrait devenir une des voies

d’exportation du Karité, tout au moins pour cette région extrême-ouest

de la zone soudanienne.

En 1902, au Dahomey, G. BROUSSEAU, administrateur des colonies, écrit à

M. le gouverneur LIOTARD[72] :

« Indépendamment de ce que les Anglais peuvent envoyer en Europe sur le

marché de Liverpool, il se fait ici un grand commerce de Karité avec

Ibadan, Illorin et toute la Nigéria anglaise qui est à peu près

dépourvue de ces produits. L’arbre, beaucoup plus rare ne pousse pas

comme ici, en famille. Sur place même, les marchands avisés, font

provision de beurre végétal et attendent la saison des pluies, moment où

l’imprévoyance des indigènes cause toujours une hausse de prix. Ainsi le

Karité, qui valait 0,25 à 0,30 c., en novembre-décembre, vaut en avril,

mai, juin et juillet, sur les marchés de Parakou, Péréré et Nikki, 0,50

à 0,60 le kg.

« En somme, tel qu’il est aujourd’hui, le mouvement commercial de ce

produit est bien peu en rapport avec la production, qui peut être

doublée et triplée, les _indigènes exploitant à peu près le quart de la

récolte totale_.

Nous pourrions citer encore bon nombre d’observations identiques, mais

cela deviendrait superflu ; la vérité est ici suffisamment démontrée ;

en dehors des noix récoltées pour la fabrication du beurre destinée à la

consommation des indigènes, il reste une belle part pour l’exportation

et on peut l’évaluer sans crainte à plus de la moitié de la production

totale.

_Exportation._ — Le colonel VIARD[73], qui a l’un des premiers étudié ce

côté économique de la question, pense que l’exportation ne serait

possible « que sur un prix moyen d’achat de 0,15 à 0,20 le kg. » Or, le

kg. de beurre vaut couramment 0 fr. 25 le kg. au minimum et peut

atteindre 2 fr. et au-delà, dans certaines régions pauvres en Karité.

« Il faudrait obliger, ajoute-t-il, les indigènes à récolter toutes les

noix pour obtenir un surcroît dans la fabrication, de laquelle

résulterait naturellement cet abaissement de prix prévu. Mais le

résultat serait long à obtenir et pour y arriver l’administration serait

contrainte à forcer les villages et cantons du Soudan à se libérer de

l’impôt en apportant dans les cercles une quantité de beurre égale à la

taxe de captation. Les commerçants achèteraient alors directement dans

les cercles producteurs le beurre de Karité. Cette manière de faire ne

me paraît pas digne d’être encouragée. »

D’après l’estimation faite par F. JEAN et M. DUCLOS, il résulte que le

Karité vaudrait en France de 600 à 700 francs la tonne, soit 0,60 à 0,70

le kg.[74].

En achetant 0,20 le kg., le prix de la tonne rendue à Marseille

atteindrait 550 fr. environ, sans compter les frais que nécessiterait

l’emballage qui devrait ne plus être aussi rudimentaire. L’exploitation

ne serait guère rémunératrice, aussi le colonel VIARD termine sa très

intéressante note en disant :

« Ces considérations suffisent à prouver qu’il ne faut pas chercher à

expédier le beurre en France, mais plutôt les fruits. L’industriel

achèterait les noix à l’indigène de 8 à 10 fr. les 100 kg. Ce prix

serait largement rémunérateur[75] pour l’indigène qui n’aurait qu’à

cueillir et à apporter sa récolte sur les marchés. En opérant ainsi, on

transportera, il est vrai, un poids mort, mais ce poids peut constituer

des tourteaux pour la fumure ou pour la nourriture des bestiaux.

L’emballage des noix dans des sacs se fera à peu de frais.

« L’achat des noix attirerait l’attention des indigènes sur

l’exploitation du sol et augmenterait la production.

« Quant à modifier les procédés employés au Soudan par les noirs pour

extraire le beurre de Karité, il n’y faut pas songer. Ce sont des gens

apathiques, ne profitant aucunement des bienfaits que leur apporte la

civilisation et s’en tenant toujours à la routine. Si l’on veut exporter

le beurre, c’est une usine qu’il faut songer à installer ici. Les

résultats produits par le rendement et la fabrication elle-même seront

supérieurs. »

G. BROUSSEAU, en 1902, fait des réflexions identiques qui méritent

également d’être reproduites[76] :

« Il est évident que, étant donné momentanément le prix de transport, 0

fr. 50 par kg., environ le double du prix d’achat sur place, il sera bon

d’attendre que des moyens de communication plus faciles permettent de

faire descendre à la côte ce produit encore mal étudié et peu connu.

« Il faut surtout se garder de conclure _des expériences faites sur le

produit d’exportation, qui n’est pas toujours de première qualité_.

« Mais, en attendant les résultats des expériences pratiques pour son

utilisation, je suis convaincu qu’il est également facile de réduire et

d’améliorer la manipulation par la division du travail au moyen de

procédés mécaniques simples.

« Il me semble qu’un broyeur, composé de deux cylindres de fonte remplis

de vapeur d’eau, entre lesquels on introduirait des amandes chaudes,

résoudrait le problème...

« En résumé, le critérium de la question réside tout entier dans ces

trois facteurs :

1o Moyens de communication faciles et peu coûteux ;

2o Utilisation industrielle du produit ;

3o Diminution du prix de revient.

A la Guinée française, M. COUSTURIER, gouverneur, écrivait à M. le

ministre en 1902, à propos du Karité :

« La quantité produite est très minime et il n’est guère possible de

l’augmenter d’une façon sérieuse. En outre, le prix de vente local

auquel on ne saurait faire renoncer les indigènes puisqu’ils trouvent

preneur chez leurs congénères, est prohibitif au point de vue des

affaires. Il est, en moyenne, de 1 fr. à 1 fr. 25 le kg.[77]. »

Dans le Haut-Sénégal et Niger, M. VUILLET, répondant à la même enquête,

évalue de 50 à 100.000 tonnes la quantité de beurre de Karité produite

dans le Soudan nigérien dont la majeure partie est consommée sur place.

10.000 tonnes au moins seraient cependant disponibles pour

l’exportation.

Les achats de noix pourraient se faire en juin-juillet et les gros

achats de beurre en juillet, août, septembre.

En calculant avec les moyens de communication dont on pouvait disposer

en 1902, M. VUILLET montre que la tonne de graisse de Karité

reviendrait, à St-Louis, aux environs de 600 fr.

Le comte ZECH signale, dans les rapports commerciaux de Hambourg, les

« Shea nüsse », noix de Karité, comme ayant une valeur marchande de 12 à

14 fr. les 100 kg. Le nouveau tarif douanier allemand du 25 décembre

1902 _accorde la franchise d’entrée_ aux noix de Karité, parmi les

fruits oléagineux, tandis que le beurre est classé parmi les graisses

végétales et paie un droit d’entrée de 1 fr. 25 par quintal.

Au Togo, les exportations de la graisse de Karité se font par la Gold-

Coast dans la proportion de

+------+-------------+----------+-----------+------------------+

|ANNÉES| Kilogrammes |Valeur en |Prix moyen | Observations — |

| | exportés | francs | du kilo |Pays d’importation|

+------+-------------+----------+-----------+------------------+

| 1898 | 3.614 | 2.815 | 0.77 | ** |

| | | | | |

| 1899 | 13.430 | 8.916 | 0.66 | ** |

| | | | | |

| 1900 | 10.130 | 7.421 | 0.73 | ** |

| | | | | |

| 1901 | 10.168 | 9.464 | 0.93 | ** |

| | | | | |

| 1902 | 9.180 | 22.950 | 2.50 | Allemagne. |

| | | | | |

| — | 19.980 | 26.950 | 1.32 | Angleterre. |

| | | | | |

| — | 11.480 | 5.951 | 0.66 | Autres pays. |

+------+-------------+----------+-----------+------------------+

La demande européenne va donc en augmentant sensiblement et il serait

intéressant de savoir à quel chiffre s’élève actuellement cette

exportation, mais il n’est pas exagéré de l’évaluer à quelques centaines

de tonnes, le Togo allemand en fournissant, à lui seul, plus de 40

tonnes.

Ce qui fait dire à M. FRANÇOIS dans son livre sur le Dahomey :

« Le Karité vaut, sur le marché, 500 fr. la tonne, soit 575 fr. environ

au port d’embarquement. La valeur en France peut être de 800 fr. La

différence est faible. L’exemple de ce qui se passe au Togo, où des

quantités, chaque année plus considérables, de Karité ont été exportées

depuis 1890, nous permet de croire qu’il y a encore place pour un

bénéfice. »

D’autre part, l’usage constant que font du beurre les indigènes du

Soudan fait que la production est limitée par les nécessités même de

cette consommation.

Un fait très curieux s’est même produit qui mérite d’être rapporté ; les

exportations de la Nigéria du Nord qui oscillaient autour de 4 à 500

tonnes d’amandes et 200 tonnes de Beurre de 1900 à 1903, furent à peu

près milles en 1905.

On accusa les feux de brousse, mais il semble qu’il faille admettre

aujourd’hui une raison bien plus plausible : c’est que les caravanes

indigènes pouvant actuellement circuler avec facilité dans le Bas-Niger,

les produits du Karité de la région soudanaise trouvent dans ces pays un

débouché tout naturel.

_Tourteau de Karité. — Analyse et usages._ — Une question du plus haut

intérêt économique était d’être fixé sur les qualités du tourteau ;

aussi avons-nous prié la maison ROCCA, TASSY et DE ROUX, dont on connaît

la complaisance, de mettre à notre disposition une certaine quantité de

tourteau obtenu dans leur fabrication.

Déjà Ferd. JEAN a dit que le tourteau épuisé de la matière grasse

renferme 1,75 % d’azote et 1,7 % de cendres.

Dans le but d’élucider le point de savoir si ce tourteau serait

alimentaire ou tout au moins non toxique pour les animaux, nous avons

prié M. DECHAMBRE, professeur de l’Ecole nationale d’agriculture de

Grignon, de diriger un certain nombre d’expériences dont nous allons

exposer les résultats.

M. AUROUSSEAU, chimiste de la station agronomique de Grignon, a fait du

tourteau une étude chimique qui fournit les chiffres suivants :

Humidité 9,500

Azote total 1,445

Matières grasses 17,70

(Extractif à l’éther de pétrole dont 7,90 soluble dans l’alcool

absolu : acides gras)

Cellulose non saccharifiable 10,200

Hydrocarbonés (par différence) 53,70

Les proportions des matières réductrices atteignant dans certains cas 78

% après simple épuisement de la matière à l’eau bouillante, il a

recherché la nature de ces substances.

Cet épuisement donne :

Substances réductrices 78,80 %

Extrait dans le vide 28 %

— au B. M. 24 %

En précipitant la coction chlorhydrique obtenue en partant du tourteau

par le sous-acétate de plomb, on retire du précipité, après

cristallisation et purification, de longues aiguilles blanches

insolubles dans la plupart des solvants ordinaires des alcaloïdes

(alcool, éther), entièrement volatils à la température d’un bec Bunsen.

(La petite quantité obtenue jusqu’à ce jour n’a pas permis à M.

AUROUSSEAU une étude plus complète de ce produit, un glucoside

vraisemblablement).

La même coction chlorhydrique, non précipitée par le sous-acétate de

plomb, donne après concentration un liquide sirupeux à saveur sucrée,

dosant 40 gr. de substances réductives par litre.

Les essais sur la valeur nutritive ont été poursuivis pendant plusieurs

mois par M. DECHAMBRE et son répétiteur M. GINIÉIS.

_Lapin._ — Les lapins ont accepté le tourteau et l’ont consommé sans

éprouver de malaises ni de troubles digestifs.

_Mouton._ — Un premier animal, malgré tous les artifices connus, s’est à

peu près refusé à manger le tourteau, tant et si bien qu’après un mois

il n’en prenait que quelques grammes par jour et il fallut y renoncer.

Deux autres moutons furent mis en expérience : un berrichon et un

solognot.

Poids des moutons au début des essais :

Berrichon 42 kilog.

Solognot 34 —

Les animaux absorbent chacun :

Les 6 premiers jours 50 grammes

— 6 jours suivants 100 —

— 4 — 200 —

— 6 — 250 —

— 7 — 300 —

— 6 — 350 —

— 6 — 400 —

— 5 — 450 —

[Illustration : ÉM. PERROT. LE KARITÉ, ETC., 1907.FIG. XVI. — =Eléments

du tourteau de Karité.= — _tg_, éléments de la couche scléreuse

externe ; _ti_, couche parenchymateuse du tégument ; _cot_, parenchyme

cotylédonaire ; _f_, débris de faisceaux. (G. = 100 diamètres environ).]

Cette quantité peut être considéré comme le maximum que l’on puisse

atteindre avec des animaux de poids moyen.

Notons que, pour arriver à ce résultat, il a fallu 46 jours, c’est-à-

dire une période d’accoutumance beaucoup plus longue qu’avec les

tourteaux ordinairement employés.

Poids vif des animaux à la fin de la période d’essai :

Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique · 第 5 / 13 段