[Note 42 : HECKEL. _Rev. cult. col._, loc. cit., p. 232.]

CHAPITRE V.

* * * * *

De la graisse de Karité.

* * * * *

§ 1. — _Généralités. — Historique._

Dans l’exposé historique général, nous avons reproduit les notes les

plus importantes sur l’utilisation de ce corps gras qui sera sans doute

bientôt un produit industriel de grande valeur. Nous allons maintenant

passer en revue les recherches dont il a été l’objet.

La première communication, vraiment intéressante, fut faite par

GUIBOURT, en 1825, à l’Académie royale de médecine et de pharmacie[43].

« Le Beurre de Galam, dit-il, est un huile végétale concrète, blanche

comme du suif en pain, mais plus onctueuse, venant d’Afrique. Son odeur

et sa saveur se rapprochent de celle du Beurre de Cacao. Dissoluble à

froid dans l’huile de térébenthine et dans l’éther, elle l’est très peu

dans l’alcohol même chaud... ».

On croyait à cette époque que ce produit provenait de l’_Elæis

guineensis_ L. ou Palmier Avoira ; mais GUIBOURT, d’après l’examen de la

pulpe sucrée et les indications fournies par MUNGO PARK, pense, avec

VIREY, que le =Beurre de Bambouck= et le =Beurre de Galam= sont des

produits identiques, issus d’un même arbre de la famille des Sapotacées

et appartenant au genre _Bassia_.

Quelques années plus tard, A. BOUCHARDAT[44] a publié des notes de

VAUQUELIN, dans lesquels l’auteur étudie des produits recueillis sur les

lieux par LE PRIEUR et MASSON, attachés à la colonie française du

Sénégal. La description qu’il donne d’après leurs échantillons, de cet

=Illipé butyreux= semble bien se rapporter au _But. Parkii_, mais il ne

peut faire cesser l’incertitude au sujet de la détermination de

l’espèce.

« La graine étant brisée, dit-il, on trouve une amande consistante,

d’une saveur astringente et d’une couleur rougeâtre ; au moyen de l’eau

bouillante, on en extrait facilement les trois quarts de leur poids d’un

produit gras solide, d’une saveur douce et aromatique, ayant quelque

chose de la muscade et du cacao et d’une grande blancheur.

« Le liquide dans lequel les graines avaient bouilli avait une couleur

rougeâtre, une saveur astringente ; il contenait de l’acide gallique et

du tannin.

« Le produit gras se saponifie complètement, se conserve très bien, car

du beurre préparé sur les lieux était aussi bon que celui que nous avons

extrait. Si la culture de l’arbre qui le produit était facile,

l’importation pourrait en être avantageuse.

« M. MASSON, chargé du Laboratoire de chimie au Sénégal, a fait quelques

essais dans le but de substituer les graines de l’Illipé au Cacao ; il

avait joint divers échantillons de ces produits, mais l’usage seul

décidera si cet emploi peut être avantageux. Nous avons cru convenable,

si ces essais devaient être continués, qu’il serait essentiel de

diminuer, par quelque moyen facile, la proportion du principe astringent

dont la saveur est trop dominante. »

Il était intéressant de rapporter ces notes écrites au commencement du

siècle dernier par ces savants, car la question en resta là pendant plus

de cinquante années, malgré les récits toujours favorables des nombreux

explorateurs africains, pour être reprise seulement à l’époque de

pénétration soudanienne, après 1882.

Dans cet historique, nous ne citerons point les ouvrages classiques ou

dictionnaires d’histoire naturelle ou de botanique médicale, qui

rééditent tous les mêmes renseignements[45], les mêmes erreurs ; nous

continuerons à nous adresser uniquement aux mémoires originaux. Citons

toutefois une note de M. HOLMES le distingué conservateur du Musée de la

_Société de pharmacie de Grande-Bretagne_ qui, en 1879[46], réunit en un

article tous les détails qu’il put se procurer, et desquels nous

extrayons une analyse de OUDEMANS disant que le Beurre de Karité est un

mélange de 70 % d’acide stéarique et de 30 % d’acide oléique, sans acide

palmitique. PFAFF confirme ce détail et dit que le point de fusion est

différent suivant les auteurs : HOLMES ajoute que, en 1867, l’Angleterre

en importait 70 tonnes et en 1878, 300 à 500 tonnes.

C’est donc seulement en 1883, que parut une étude vraiment digne de ce

nom, sur la graisse de Karité. Elle est due à BAUCHER, pharmacien de la

marine[47], qui insiste tout d’abord « sur la nécessité d’adopter

définitivement l’appellation ci-dessus qui est à peu près la seule

employée aujourd’hui au Sénégal ; et, ajoute-t-il, nous ne saurions trop

engager à rejeter l’ancienne dénomination de Beurre de Galam, qui peut

donner lieu à une confusion regrettable. On désigne en effet aussi sous

ce dernier nom un beurre d’origine animale, que les Maures apportent

surtout pendant la traite et qui, du reste, sert à peu près aux mêmes

usages. »

Cet auteur relate avec soin l’aspect extérieur de l’arbre, qui croît

dans les terrains argilo-siliceux, schisteux, ferrugineux, rocailleux et

crevassés des plaines du Haut Sénégal vers le Niger.

Après avoir donné les caractères extérieurs de la plante, de ses fleurs

et de ses fruits, il ajoute[48] :

« On ne fait pas, à proprement parler, de récolte de ce fruit, mais

chaque matin les femmes et les enfants vont ramasser les fruits tombés

pendant la nuit et à la suite des tornades assez fréquentes aux mois de

juillet et août, époque à laquelle ils entrent en pleine maturité.

« On rejette ceux qui sont incomplètement mûrs ou trop avancés. Les

procédés d’extraction en usage pour l’obtention de ce beurre végétal

sont assez primitifs, quoique souvent fort longs et laborieux et

reposent tous, plus ou moins sur l’emploi de l’eau bouillante ; ce

travail est naturellement confié aux femmes, qui y emploient une partie

de la saison sèche. »

Il donne ensuite le procédé le plus généralement employé et qui les

résume à peu près tous, nous y reviendrons plus tard, de même que sur

les caractères et usages du produit.

C’est dans ce même travail qu’on trouve faite en France la première

analyse de la graisse de Karité ; elle émane du _Comité de l’Exposition

permanente des colonies_.

Eau 8 20 p. 100

Impuretés 1 80 —

Graisse 0 90 —

Par la saponification on obtient (produit débarrassé de son eau et de

ses impuretés) :

Acides gras solides 59 10 %

— liquides 35 40 %

Glycérine à 28° Baumé 9 68

------

104 18

Cette augmentation de poids est due à la glycérine qui, en se séparant

du corps gras, fixe un poids d’eau égal au sien.

Par la saponification, pendant les premiers temps, le produit exhale une

odeur agréable semblable à celle du beurre de lait de vache. Les acides

gras solubles ont un point de fusion de 49°8.

C’est donc à partir de cette époque que l’on est vraiment bien renseigné

sur la valeur de cette graisse ; aussi nous allons assister à de

nombreux efforts faits en vue de sa vulgarisation, et si aujourd’hui,

comme on le verra dans la suite de cette étude, elle n’a pas encore pris

dans l’industrie la place à laquelle elle est en droit de prétendre,

cela tient uniquement, croyons-nous, aux difficultés de son transport à

la côte à des prix abordables.

§ II. — _Préparation de la graisse de Karité._

Les procédés d’extraction en usage pour l’obtention de ce beurre végétal

sont assez primitifs, car jusqu’alors la préparation du produit qui est

à peine exportée est restée entre les mains des indigènes, qui emploient

les procédés les plus rudimentaires. Malgré les quelques variations

qu’ils présentent avec les différentes peuplades, on peut les résumer

ainsi[49] :

Les fruits sont d’abord débarrassés de leur partie pulpeuse en les

enfouissant en terre pendant un temps variable, comme cela se pratique

pour les cacaos, dits terrés. La fermentation ne tarde pas à laisser en

état de liberté les coques protectrices de l’amande[50]. C’est la

première phase de l’opération, au début de laquelle on a eu soin de

rejeter les fruits incomplètement mûrs ou trop avancés.

La seconde partie consiste dans la dessication complète de ses coques

qu’on commence au soleil et qu’on termine généralement dans de petits

fours en terre chauffés légèrement, analogues à ceux qu’on rencontre à

l’entrée de chaque case bambara.

Lorsqu’elles ont perdu leur humidité, on les sépare mécaniquement de la

semence qu’elles contiennent. Cette semence est ensuite légèrement

chauffée, puis réduite en pâte, soit à l’aide de pilon, soit à l’aide de

pierres. Cette pâte est alors portée dans de l’eau maintenue à

l’ébullition. Le corps gras vient nager à la surface et les impuretés

gagnent le fond. Après refroidissement, on enlève le beurre et on le bat

pour chasser une partie de l’eau emprisonnée dans ce traitement. Il en

reste encore néanmoins environ 8 p. 100. On en forme ensuite des pains,

de 1-3 kg., qu’on entoure de feuilles et auxquels on donne à peu près la

forme et la dimension de nos pains de munition.

« Il est évident, écrit ce même auteur (il y a par conséquent bientôt 25

années) que le procédé qui consisterait à réduire les semences en pâte,

dans un mortier chauffé et à exprimer ensuite cette pâte entre deux

plaques de fer étamées et préalablement échauffées à l’aide de l’eau

bouillante, serait de beaucoup supérieur : mais nulle part il n’est

encore employé. »

RANÇON[51], donne des renseignements identiques :

Après avoir laissé pourrir les fruits, on retire les noyaux que l’on

fait sécher et griller dans un four d’argile. La coque étant enlevée, on

pile les amandes, de façon à former une pâte bien homogène. « Cette pâte

est plongée dans l’eau froide où on la laisse pendant 24 heures, puis

battue, pétrie et tassée en forme de pain, enveloppée de feuilles et

bien ficelée. Ces pains sont suspendus dans l’intérieur des cases et

peuvent aussi se conserver pendant longtemps. »

Il y a là une erreur ou une omission, comme cela se présente assez

fréquemment dans les comptes-rendus de cet observateur ; les pains de

Karité sont certainement de la graisse extraite par l’eau bouillante ou

par pression, car ils ne renferment pas de débris végétaux comme on en

trouverait si la masse était constituée par des pains d’amande broyées,

même après malaxage dans l’eau.

[Illustration : FIG. XIII. — =Karité.= — Triage des noix au Soudan (ces

trois figures ont été reproduites d’après des cartes postales envoyées

par M. le Dr CONAN des troupes coloniales à Dakar).]

HECKEL,[52] en 1885, reproduit comme nous la méthode de préparation

décrite par BAUCHER, le travail de cet auteur étant absolument digne de

foi, comme l’ont confirmé tous les renseignements recueillis dans la

suite par les divers explorateurs de la région soudanienne.

Voici maintenant, d’après le comte ZECH[53], quelle est la méthode

employée au Togo :

« Les graines sont mises à sécher au soleil, jusqu’à ce que la partie

intérieure se soit détachée de l’enveloppe, puis l’indigène brise cette

enveloppe et enlève le noyau. Pour la préparation du beurre, les

indigènes de Kratschi font rôtir les graines dans une sorte de capsule

munie de très nombreux petits trous que l’on place au-dessus du feu.

Pendant ce rôtissage, on retourne constamment les graines à l’aide d’une

sorte de spatule en bois.

[Illustration : FIG. XIV. — =Préparation du Beurre de Karité.= —

Torréfaction et pilonnage des amandes de Karité au Soudan.]

« Dans le Djagomba, les indigènes emploient un four cylindrique en terre

glaise, à la base duquel se trouve une ouverture pour le foyer ; à

l’intérieur, un peu au-dessus de la moitié de la hauteur se trouve un

gril constitué par des batonnets de bois séparant la partie supérieure

de la partie inférieure ; le feu est allumé dans la partie inférieure

pendant que les noix sont amenées dans la partie supérieure.

« Le rôtissage dure jusqu’à ce que la graisse commence à perler à la

surface des noyaux ; ceux-ci sont alors pilés dans un mortier de bois et

réduits en masse pâteuse. Cette dernière est bouillie dans des chaudrons

avec de l’eau et la matière grasse vient nager à la surface où elle est

recueillie à l’aide de calebasses. Le beurre de Karité, préparé dans un

but commercial, est après refroidissement mis en pains et entouré de

feuilles.

[Illustration : FIG. XV. — =Fabrication du Beurre de Karité.= — Le

beurre est décanté et coulé dans des calebasses.]

« Cette préparation exige une grande main d’œuvre, par suite une perte

considérable de temps et aussi de matières utilisables. Il serait à

désirer que l’on puisse introduire une préparation plus rationnelle qui

permettrait d’utiliser les résidus qui actuellement sont jetés. »

Le colonel VIARD[54] donne une méthode un peu différente. Chaque année,

dit-il, la récolte des fruits a lieu en juin aux approches de

l’hivernage. Chaque famille indigène se contente de ramasser ou

d’abattre les noix qui lui seront nécessaires pendant le cours de

l’année. La fabrication du beurre n’est pas spécialisée entre les mains

de certains indigènes. Chacun travaille pour soi. La récolte toute

entière n’est jamais utilisée en même temps. Les indigènes tiennent à se

ménager pour toute l’année la graisse dont ils auront besoin. Cette

graisse, en effet, au contact de la chaleur devient rance, il est donc

nécessaire de n’en fabriquer qu’au fur et à mesure de la consommation.

Pour conserver les noix, les indigènes déposent ces noix avec le

péricarpe et les recouvrent de terre. Elles peuvent ainsi se conserver

toute l’année.

La préparation du Karité est très simple, mais les moyens rudimentaires

employés la rendent longue et pénible. Elle est la même partout.

Les fruits ou amandes sont, après la récolte, débarrassés de leur brou.

On les expose ensuite au soleil pendant 2 ou 3 jours, puis on les écrase

soit avec un pilon, soit entre deux pierres plates. Les fragments sont

séparés des débris d’écale et pilés une première fois. Les femmes sont

chargées de ce travail. Ainsi broyée, la matière sébacée est mise à

sécher pendant deux jours environ sur des nattes, puis soumise à deux

nouveaux passages au pilon séparés par une cuisson dans l’eau jusqu’à

ébullition complète.

A la fin de ces opérations, on obtient une sorte de pâte peu compacte,

laquelle est versée dans de grandes calebasses remplies au préalable

d’un peu d’eau chaude. Cette pâte est ensuite battue vivement à la main.

Il se forme une mousse qu’on recueille et qu’on fait bouillir dans une

marmite pendant un temps variant de 12 à 24 heures.

Le liquide épais et noirâtre qui s’est déposé au fond des calebasses est

traité de la même façon, mais dans un vase séparé.

Après la cuisson, la graisse surnage ; on la recueille en l’écumant avec

de petites calebasses à manche et on la verse dans un récipient. La

matière sébacée se fige, au fur et à mesure qu’elle refroidit et donne

le _beurre_ dit de _Karité_.

« Le produit obtenu contient certainement beaucoup d’impuretés qu’on

pourrait éviter en filtrant la masse graisseuse à l’état liquide. Il

serait nécessaire en outre, de ne pas mélanger comme le font les

indigènes la matière végétale issue de la mousse et celle provenant des

résidus non moussus. La qualité et la pureté sont à des degrés

différents dans les deux cas.

« Le travail assez long qu’exige la préparation ainsi faite par les

indigènes, l’apathie de ces derniers et leur idée de ne travailler juste

que pour satisfaire leurs besoins personnels font qu’ils s’intéressent

peu au commerce du Karité : aussi ce produit est-il assez rare sur les

marchés et coûte-il assez cher ».

G. BROUSSEAU[55] donne quelques détails complémentaires sur la façon de

procéder des indigènes du cercle du Bourgou au Dahomey :

« La récolte se fait en juin. Le fruit est vert, de la grosseur d’un

abricot. Les indigènes mangent la peau et la pulpe qui enveloppent la

graine de forme ovoïde et de la grosseur d’une châtaigne. On laisse

sécher les graines pendant deux mois dans les cases au-dessus des foyers

pour les préserver des insectes.

« Au mois d’août, on casse les graines insuffisamment déhiscentes entre

deux pierres et l’on enlève la _peau de cette graine analogue à une peau

de châtaigne_. On grille à petit feu les amandes pour les durcir.

Ensuite on les brise entre deux roches de granit faisant office de

meule. Les femmes, à genoux, penchées en avant, tiennent à deux mains

une roche plate qu’elles meuvent sur une autre plus large fixée dans le

sol et, avec un mouvement alternatif d’avant en arrière et _vice versa_,

exécutent ce travail très pénible.

« On met la poudre ainsi obtenue qui a l’aspect du café moulu dans des

sacs qu’on fait bouillir ensuite dans de grandes jarres pleines d’eau

pendant 6 heures. On retire le sac et son contenu bouillant qu’on dépose

dans une grande calebasse. On décante avec soin le beurre qui flotte à

la surface de l’eau de la jarre et on obtient ainsi _un beurre de

première expression, comestible_ (couleur et aspect du beurre

ordinaire), qui sert à la cuisson des aliments. Mon cuisinier a pu me

faire manger des bifteacks cuits avec ce beurre de première qualité,

sans que je m’en aperçoive. On presse et on tord ensuite le sac et son

contenu suffisamment refroidis et on obtient un _beurre de seconde

expression, plus foncé de couleur qui sert à l’éclairage_ ; on fait même

rebouillir le contenu du sac préalablement séché après une première

expression pour en obtenir un _beurre de troisième_ expression qui est

mélangé avec celui de la deuxième.

« Le _beurre de première qualité_ reste comme provision dans les

familles aisées et on le voit _assez rarement sur les marchés_, c’est ce

qui explique que le beurre d’exportation est toujours de qualité

inférieure (2e expression) ».

Nous extrayons également du livre de FRANÇOIS[56] la note suivante :

« Lorsque le fruit atteint sa maturité, il tombe ; la pulpe ne tarde pas

à pourrir et l’amande apparaît. Les amandes sont ramenées et mises à

sécher pendant une quinzaine de jours puis battues pour enlever

l’écorce. Les amandes sont ensuite broyées et grillées, après quoi elles

sont soumises à un nouveau broyage au moyen de deux pierres. On obtient

ainsi une masse pâteuse, sur laquelle le beurre perle. Cette pâte est

décantée, puis, après avoir été additionnée d’eau, est placée dans une

marmite doucement chauffée. Le beurre liquide de couleur brune monte à

la surface. En refroidissant, il présente un aspect jaunâtre.

« _La valeur de ce beurre de Karité est, sur place, d’environ cinquante

centimes_. Il pourrait donner lieu, si toutes les amandes étaient

recueillies, à un trafic important ».

*

* *

En somme, la préparation est des plus primitives, elle se fait par

l’intermédiaire de l’eau bouillante après pilonnage grossier. Il est

évident qu’il y a aussi une assez grosse quantité de matière grasse non

utilisée et restant dans les grumeaux. D’autre part, le point de fusion

assez élevé (vers 30°) de la matière rend cette intervention nécessaire,

du moins pour les indigènes.

Industriellement, l’extraction à l’aide de plaques chauffées et par tout

autre procédé raisonné donnerait sans doute un excellent résultat.

Toutefois, on doit faire remarquer que le grillage que certaines tribus

font subir aux amandes a peut-être son utilité, car il ne faut pas

oublier que cette graine renferme du latex qui, coagulé par la chaleur,

ne saurait souiller la graine obtenue ensuite.

VUILLET et CHEVALIER nous ont dit que la graine, non complètement mûre,

devait renfermer une certaine quantité de matière guttoïde et les essais

faits dans l’industrie corroborent cette observation[57].

L’intervention du grillage doit coaguler toutes les matières

albuminoïdes et aider considérablement à l’extraction du produit ; mais

alors, cette chaleur employée sans méthode n’altère-t-elle pas

partiellement la matière grasse ?[58].

Signalons encore les divergences des méthodes signalées. Dans certaines

régions, les indigènes recueillent les fruits et les font fermenter pour

se débarrasser de la pulpe.

Dans d’autres contrées, les fruits sont séchés et concassés ensuite,

parfois même, ils sont enterrés afin de se conserver, pour procéder à

l’extraction de la matière grasse au fur et à mesure des besoins.

Des essais raisonnés sont nécessaires dans nos usines de la métropole,

en partant de noix en parfait état de conservation, afin d’obtenir un

produit identique avec une méthode rigoureuse.

L’épuration semble assez délicate, sans doute à cause des produits

fournis par les laticifères de l’embryon ? D’autre part, les procédés

rudimentaires des indigènes laissent évidemment une quantité importante

de matière dans les résidus (plus de 10 %) et les traitements successifs

et longs à l’eau bouillante altèrent vraisemblablement le produit.

Les avantages d’un traitement rationnel et d’une extraction complète

compenseraient peut-être les frais d’envoi supplémentaires et il y

aurait vraisemblablement intérêt à faire venir les noix séchées, comme

on le fait pour les amandes de palmes ; on doit encore remarquer que la

noix est dans le cas du Karité très facile à briser et la coque, par

conséquent, aisément séparable.

§ III. — _Rendement._

CHEVALIER écrit dans ses notes que 36 kg. de _fruits_ donnent 2 kg. de

beurre, soit 55 gr. par kg. de fruits (5,50 p. 1000 environ) ou bien

encore, que 500 gr. de _noix_ rendent 61 à 63 gr. de beurre, soit un peu

plus de 12 %.

On voit combien est peu élevée la proportion de beurre extrait, et

quelle perte énorme, par rapport à la teneur en matières grasses

démontrée par l’analyse chimique.

CAZALBOU[59] donne des chiffres un peu différents, car il insiste sur la

production des deux variétés du Karité : le =Ci Diona= (Karité hâtif) et

le =Ci Kosa= (Karité tardif).

=Ci Diona= : 5 kg. de fruits donnent 2 kg. 400 d’amandes fraîches (120

au kilog.) qui renferment 625 gr. de beurre,

soit 26 %.

=Ci Kosa= : 5 kg. de fruits donnent 2 kg. d’amandes fraîches (150 au

kilog.) fournissant 750 gr. de beurre :

soit 37,5 %.

La variété tardive fournirait ainsi un rendement de 12 % plus

considérable. Nous croyons devoir faire ici quelques réserves jusqu’à

plus ample informé.

MM. ROCCA, TASSY et DE ROUX ont répondu, à une question posée par nous,

que _sur les graisses arrivées en coque_ il y avait une proportion de 33

% de coques environ et 67 % d’amande.

Traitées dans leur laboratoire, ces amandes ont donné :

HUMIDITÉ HUILE

_1er échantillon_ 6.12 50.70

_2e échantillon_ 8.71 46

La teneur en huile, extraite par les procédés de laboratoire, serait

donc voisine de 50 % du poids de l’amande. Ce chiffre est, d’ailleurs,

confirmé par M. MILLIAU.

Le rendement en huile dans leur usine, sur un traitement de 40.000 kg.

environ, n’est pas supérieur à 36 % ; il restait dans les tourteaux de 9

à 10 % d’huile.

Ces quelques indications montrent qu’il y a encore des progrès à faire

pour obtenir le rendement total ; nous sommes heureux, toutefois, de

profiter de cette occasion pour remercier vivement ces industriels, dont

l’initiative hardie autant qu’éclairée est bien connue, de leur

amabilité constante à notre égard. Ils ont été, croyons-nous, les

premiers à s’occuper de cette question du Karité et à en triturer une

quantité importante, ce qui permettra, sans doute, de fixer un certain

nombre de points des plus utiles au point de vue scientifique et au

point de vue des débouchés du nouveau produit, soit dans l’industrie,

soit dans l’alimentation.

§ IV. — _Caractères et composition de la graisse alimentaire de Karité._

Préparée, comme nous venons de le voir, la graisse de Karité se présente

dans le commerce sous la forme de pains aplatis ou lenticulaires de

poids variable (généralement de 3 à 5 kg. et plus), enroulés de feuilles

et encerclés à l’aide de liens végétaux. Elle est de consistance grenue,

blanc plus ou moins grisâtre, rappelant l’apparence d’un suif de qualité

médiocre ; mal préparée, elle est parfois rougeâtre et de valeur

industrielle variable avec l’origine géographique[60]. Nous avons vu, en

effet, que les procédés d’extraction des différentes tribus paraissaient

assez variables dans les détails, et c’est ainsi que les beurres qui

arrivent de la région sud au Sierra Léone, sont plus estimés que ceux

qui proviennent du Haut-Sénégal, à Dakar et à St-Louis.

Le Karité, l'Argan et quelques autres Sapotacées à graines grasses de l'Afrique · 第 4 / 13 段