[Note 29 : G. DON in A. DC. _Prodromus_ VIII, 199 et OLIV. in _Trans.
Linn. Soc._ XXIX, 104, t. 73.]
[Note 30 : _Butyrospermum_ in _Sitz. K. Akad. wiss._ Wien 1864, 1. 2.]
[Note 31 : KOTSCHY et PEYRITCH. Pl. Linneanæ 20, t. 8 B.]
[Note 32 : A. ENGLER. Monog. afrik. Pflanzenfam. und. Gattungen. —
_Sapotaceæ_ 1904, VIII, 22-24.]
[Note 33 : HECKEL. _La Nature_, 1885 et _Rev. cult. col._, 1901, loc.
cit.]
[Note 34 : CHARLIER. Etude des plantes à Gutta-percha et d’autres
Sapotacées. _Thèse Doct. Univ._ Paris (Pharmacie) 1905, 1 vol. in-8o, p.
68.]
[Note 35 : [Manquante]]
CHAPITRE III.
* * * * *
Biologie du Karité, sa répartition géographique.
* * * * *
Il ne nous semble pas inutile de grouper en un chapitre spécial, les
renseignements épars dans les relations de voyages, car ils vont
permettre de fixer l’étendue de nos connaissances sur le mode de vie et
d’évolution de l’arbre à beurre et sur son aire d’extension
géographique.
C’est à l’aide des conclusions de ce chapitre que nous avons pu établir
la carte annexée à ce fascicule et fixer, d’une façon aussi précise que
cela nous fut possible, l’aire de dispersion du _Butyrospermum Parkii_,
du Sénégal au Nil.
On a vu que le Karité est un arbre qui peut atteindre les dimensions de
nos plus gros chênes (15-30 m. de hauteur et jusqu’à 3 m. et plus de
diamètre) et qui ne se reproduit spontanément qu’à une certaine distance
de la côte, jamais sur le littoral. Les premiers Karités que l’on
rencontre dès qu’on approche de la zone où l’espèce est endémique, sont
stériles et plus loin, au contraire, ils fleurissent abondamment,
quoiqu’il arrive fréquemment, que seuls quelques arbres sont en fleurs
au milieu d’autres déjà garnis de leurs feuilles, mais stériles[36].
Le Karité, suivant la région, fleurit de janvier à mars, et les fleurs
apparaissent avant les feuilles, les bourgeons foliaires s’épanouissent
au sommet des corymbes de fleurs dès l’apparition de ces dernières.
Il est important de signaler également la résistance de cet arbre aux
feux de brousse, grâce à la formation de liège sous-épidermique qui
protège le liber et la région cambiale contre l’action du feu. CHEVALIER
nous a affirmé que les pieds, mêmes jeunes, résistent très bien à cette
action répétée du feu ; on s’explique aisément que cet arbre soit si
répandu dans toute la zone soudanienne à l’exclusion de tout autre, sauf
toutefois les gommiers dans la région de croissance de ceux-ci.
Dans le Haut-Dahomey, pendant la sécheresse, dit M. FRANÇOIS[37],
période au cours de laquelle ne tombe pas une goutte d’eau et surtout
dès que souffle l’harmattan (vent nord-nord-est), l’œil ne découvre que
de vastes étendues desséchées auxquelles l’incendie annuel des grandes
herbes noircissant le sol et les arbres ajoute, dans certaines régions,
un cachet de désolation navrant : on dirait une terre de mort et de
soif ; les arbres souffrent beaucoup de cette sécheresse et des feux de
brousse périodiquement allumés par les indigènes et, s’ils ne meurent
pas, ils dégénèrent ; seuls résistent à ce traitement les _Gommiers_ et
les _Karités_, _qui conservent leur vert feuillage_.
On sait aussi que CAZALBOU insiste sur l’existence de deux variétés :
=Ci diona= (Karité hâtif) et =Ci kosa= (Karité tardif), dont les
caractères botaniques seraient à peu près identiques.
Chez la première, la graine est plus allongée et plus volumineuse ; chez
la deuxième, elle est plus régulièrement ovoïde.
Nous ne possédons aucun autre renseignement technique à ce sujet.
RANÇON a dit également que, vers la zone limite ouest et sud, en
Casamance et en Guinée, le Karité vivait en concurrence avec le Mana
(_Lophira alata_), qu’il avait d’ailleurs pris pour une espèce
différente de _Butyrospermum_.
CHEVALIER a remarqué le même fait entre Kouroussa et Siguiri, au début
de février, avec cette différence que « les Karités sont à cette époque
en fleurs et complètement dépourvus de feuilles. Quelques-uns cependant,
sans fleurs, commencent à montrer à l’extrémité des rameaux de petites
rosettes terminales de jeunes feuilles d’un vert-tendre.
Il y a lieu d’attirer ici l’attention sur ce fait biologique, à propos
duquel nous n’avons trouvé aucun détail précis : c’est _que la floraison
et par conséquent la fructification paraissent être irrégulières_, par
conséquent _entraînant un rendement irrégulier_. _Pour le repeuplement
et la sélection_, il est également nécessaire de noter la lente
croissance de l’arbre qui atteint l’âge adulte vers 30 ans, et ne
fournit de fruits guère avant l’âge de 12 ou 15 années.
_Habitat._ — Le Karité demande un sol profond, riche en humus, et ne
vient jamais en forêts denses, ni dans les galeries de bordure des
rivières. On ne le rencontre pas non plus dans les terrains marécageux
ou susceptibles d’être inondés, et il est très rare sur les hauts
plateaux ferrugineux comme il ne saurait se développer dans les savanes
à sol argileux.
_Station préférée._ — Bien que s’accomodant très bien des terres
profondes, le _Butyrospermum_ croît surtout sur les pentes des collines
et des plateaux rocailleux ou sablonneux, autour des villages où il est
évidemment en culture[38] à la façon de certains arbres de nos jardins
fruitiers.
Ce sont ces vergers qu’il importe tout d’abord de conserver, en
obligeant les indigènes à remplacer les arbres qui meurent et à ne pas
arracher sans besoin les jeunes ; ces plantations sont nécessaires en
outre pour retenir le sol et en empêcher la dessication, par le chevelu
des racines.
Résumons, en disant, qu’il faut au Karité un sol meuble, comme les
latérites sablonneuses, détritiques, et jamais des terres compactes
comme les sols argileux. De plus, les endroits inondés, même pendant
très peu de temps ne sauraient lui convenir, et quand on le rencontre
dans les grandes plaines basses du Soudan, il existe uniquement autour
des villages, sur des emplacements toujours surélevés par rapport au
niveau moyen. C’est ainsi que le Karité manque aux environs immédiats de
Djenné, inondés pendant une partie de l’année, et qu’il est très
abondant non loin de cette ville, dans des endroits toujours émergés.
Remarquons encore que le Karité ne vient jamais au bord de la mer, et on
peut dire qu’il n’existe, pour ainsi dire pas, à moins de 200 km. et
plus des côtes.
Est-ce une question d’altitude, nous ne saurions là dessus émettre
d’hypothèse basée sur des faits d’ordre scientifique et cela nous amène
à conclure, comme nous en avons déjà fait la remarque, qu’il serait de
tout nécessité d’être renseigné sur la biologie de cet arbre et de ses
variétés, surtout si, comme il y a lieu de l’espérer, son exploitation
devient une des sources de richesses de notre domaine ouest africain.
Souhaitons que cet appel soit entendu et que les observations
recueillies nous apprennent bientôt également quelles sont les causes de
la stérilité de nombreux arbres signalée par la plupart des voyageurs et
surtout vers la limite de la zone d’extension de l’espèce.
_Répartition géographique du Karité._
Pour établir la répartition du Karité, nous prendrons les renseignements
fournis par les divers explorateurs, et pour chaque région :
_Guinée française._ — C’est en Guinée française, presque à la frontière
de la Guinée portugaise, que se trouve l’extrême limite ouest
d’apparition du Karité. Le Dr MACLAUD l’a en effet rencontré près de
Kadé, sur le 16e degré de longitude ouest.
De là il s’étend vers le nord suivant une ligne qui regagne assez
rapidement le 15e degré sur la Gambie où nous le retrouvons à Damantang,
et dans le désert de Tenda ; vers le sud, il contourne les plateaux de
Fouta-Djallon où il ne se rencontre que sur le flanc nord (un peu dans
le Labé et seulement dans la région ouest) ; il n’existe pas à Timbo,
mais seulement plus au nord, de même sa présence n’est pas signalée au
_Sierra-Leone_, ni dans la _République de Libéria_ ; peut-être cependant
sera-t-il trouvé dans la région extrême de cette dernière possession à
la frontière de notre Guinée, car il est signalé comme assez abondant à
Kissidougou et dans le district de Beyla.
Les régions de croissance maximum sont : le pays des Dinguiraï, la
région du Haut-Tankisso, celle de Kouroussa sur le Niger, de Kankan,
Bissandougou et Beyla, ces dernières sont tributaires des affluents du
Haut-Niger.
_Sénégal, Haut-Sénégal et Niger._ — On sait que MUNGO-PARK a rencontré
le Karité pour la première fois le 23 juillet 1796 entre Ségou et
Sansanding sur le Niger, et l’arbre y est encore commun de nos jours. Ce
voyageur assignait à la plante comme limite occidentale la ville de
Toutaconda, dans le désert de Tenda ; elle est un peu plus reculée,
comme on vient de le voir par l’observation du Dr MACLAUD.
RANÇON l’a rencontré très abondant, surtout dans les plaines de
Sillacounda, de Médina-Dentilia, puis aussi aux environs de Diengui,
Dikkoy, etc., sur la Haute-Gambie, au 15e degré de longitude ouest ; il
est également commun, d’après cet auteur, dans le Badon, chez les
Niocolos ; il le signale également comme très répandu dans la steppe
soudanienne de la vallée de la Falemé.
Les premiers arbres apparaissent sur le Sénégal entre Médine et
Bafoulabé, vers Dinguira, il est très commun chez les Bambaras, dans le
Bélédougou, le Fouladou, le Guénié, le Kalari, (VUILLET), jusque dans le
Macina où il atteindrait environ et par plages le 16e degré de latitude,
sa limite nord extrême, car il n’existe pas à Gamdami au sud de
Tombouctou.
Il n’existe pas en revanche dans le Kaarta au nord de Bafoulabé et
jusqu’au Baoulé, non plus dans le Nioro.
Les marchés principaux sont donc Kita, Bammako, Sansanding, Ségou,
Djenné, Mopti, Say, Zinder-sur-Niger, etc.
Aux environs de Djenné, d’après le colonel VIARD, il existerait plus de
160.000 pieds de Karité.
Dans la Haute-Volta, on l’exploite presque partout et sur une grande
échelle dans les cercles de Koutiala, Sikasso, Bobo-Dioulasso, les
provinces du Mossi (Kipirsi, Gourounsi).
_Côte d’Ivoire._ — Très abondant au territoire de Kong (VIARD), il
apparaît chez les Baoulés aussitôt la forêt vierge, un peu au-dessous du
8e parallèle. Les quelques échantillons, stériles pour la plupart, que
l’on rencontre dans le Baoulé deviennent plus nombreux vers Bouaké, mais
rares encore dans le Djamala, à Bondoukou, à Séguéla, mais dans le
district de Touba, Odjenné, à la frontière du Libéria et de la Guinée où
nous l’avons signalé comme très abondant, surtout dans les régions de
Beyla et Bissandougou.
Le cap. A. E. S.[39] dit que le Karité croît spontanément dans l’est de
la Haute Côte d’Ivoire, et qu’il est susceptible d’une certaine
culture ; on l’entretient comme un arbre fruitier en France, sur la rive
gauche du Bandama.
_Togo._ — D’après le comte ZECH, le Karité n’existe plus au sud de 6° 18
dans la région sud-ouest du Togo et 6° 42 vers le sud-est.
_Dahomey._ — La limite extrême est ici bien descendue vers le sud, et,
peu au nord d’Abomey, le Karité fait son apparition pour être commun à
partir de Savalou vers le 8e degré de latitude.
Le Kolatier (_Cola acuminata_ R. Br.) ne dépassant guère le 7e degré,
ici comme en général partout ailleurs, sa zone d’extension n’atteint
jamais vers le nord, la limite sud du _Butyrospermum_.
LIOTARD dit que, dans le Borgou (10° latitude), cet arbre pousse tout
seul dans la brousse et y atteint les proportions des plus gros chênes
de France ; les marchés principaux sont Péreré, Nikki, Parakou. BORELLI
ajoute qu’il est commun dès Savalou ; il vit dispersé en îlots à
Carnotville, d’après le commandant TOUTÉE, et il serait abondant sur
tout le 9e parallèle en allant de Carnotville vers le Niger.
_Nigeria._ — L’arbre commence à être assez répandu à partir du confluent
de la Bénoué, vers Lokodja (col. VIARD) et reste très abondant dans la
vallée de cet affluent du Niger (MIZON). Au nord, on ne le trouve plus
dans le Bornou, cependant à l’ouest BARTH le signale à Katsena.
_Cameroun._ — Rencontré par BARTH et signalé par bon nombre d’autres
voyageurs dans l’Adamaoua, sa limite doit s’étendre entre les 6e et 11e
degrés de latitude.
_Congo français._ — L’optimum de croissance du Karité nous est donné par
CHEVALIER entre les 8e et 9e degrés de latitude. DYBOWSKI avait signalé
sa présence dans le Haut-Congo (Oubanghi), et nous savons que CHEVALIER
considère cette essence comme l’une des plus caractéristiques du bassin
du Chari, entre les 7e et 9e parallèles ; très abondant également dans
le pays de Snoussi, au bord du Mamoum tout spécialement.
Au nord, dans le Bas-Chari, encore abondant aux monts Niellims, il
disparaît dans le Baguirmi, le Bornou. La limite sud extrême est Fort-
Crampel, mais toutefois les graines envoyées à Krébedjé (Fort-Sibut) par
les soins de CHEVALIER, ont parfaitement germé dans le jardin botanique
qu’il avait créé et que dirigeait avec tant de sollicitude le malheureux
MARTRET, qui y contracta la maladie qui devait l’enlever à son retour en
Europe.
_Région du Nil._ — D’après SCHWEINFURTH, le Karité est abondant au
Djour, chez les Bonjos, les Dinkas, il descend jusqu’au dessous du 6e
parallèle et devient très rare chez les Niams-Niams. Il est également
signalé à Gondokouro sur le Nil blanc ou Bahr-el-Djebel, dans l’enclave
de Lado.
C’est là sa limite sud extrême en Afrique tropicale, c’est-à-dire vers
le 4e degré de latitude nord.
BARTH et le Dr IRWING le signale à Nype-eba, Abbeokuto, dans les pays du
Nil, le Madi, Gondokoro, Kosanga, Djour, etc.
En un mot, il est endémique dans toute la zone soudannaise, du Soudan
français au Soudan égyptien.
* * * * *
[Note 36 : Ce fait nous a été confirmé maintes fois, nous n’en voyons
pas d’explication satisfaisante.]
[Note 37 : _Loc. cit._, page 57.]
[Note 38 : Nous ne serions pas étonnés que le type ancestral du Karité
soit profondément modifié, et qu’il n’y ait une assez grande quantité de
variétés dues à la culture ; car bien que les indigènes ne paraissent
avoir fait aucune sélection, il a dû s’établir des races locales qui
peuvent être dissemblables, comme rendement et nature de produit. Des
observations botaniques scientifiques sérieuses seront nécessaires pour
retrouver le type sauvage certain.]
[Note 39 : Cap. A. E. S. — Notes sur la Haute Côte d’Ivoire. _Bull. Soc.
Géog. commerciale_. 1906, XXVIII, no 5, 304.]
CHAPITRE IV.
* * * * *
Produits du Karité : Fruit, Graine, Latex, Bois.
* * * * *
Le Karité, surtout utile à cause de sa graine grasse, donne aussi à
l’alimentation la pulpe de son fruit, à l’industrie le produit coagulé
de son latex (fig. XII), à l’indigène son bois, quand il est âgé.
Quelques mots sur ces différents produits.
_Description du fruit et de la graine._ — Le fruit, =Ci dé= (en
mandingue), est une baie charnue ressemblant à une prune de nos pays, ou
rappelant également nos abricots, sphérique ou ellipsoïde, jaune
verdâtre tirant plus ou moins sur le noir-verdâtre à la maturité,
pubescente à l’état jeune dans certaines variétés. Il mesure de 4 à 5
cm. de longueur sur 3,5 à 4,5 de diamètre transversal. Cette drupe est
pourvue d’un pédoncule rougeâtre de 25 à 30 mm. A la base du fruit
persistent les huit divisions du calice. Ils sont au nombre de 6-8 par
rameau sur les plants vigoureux et en plein rapport.
Le péricarpe charnu renferme de 1 à 2[40] graines, et le plus souvent
une seule qui est alors ovoïde. Quand il y a deux graines, elles sont
aplaties sur la face commune. Elles mesurent, en général, environ 35 mm.
sur 25 de largeur, et du poids moyen de 5 grammes.
La coque est très mince, luisante, ligneuse, de couleur variant du jaune
brun au châtain ; elle est marquée d’un large hile plus ou moins
cordiforme gris et rugueux et renferme une amande riche en latex et en
matière grasse. A l’extrémité supérieure du hile, on constate la
présence d’un faisceau fibreux, reste du faisceau libéro-ligneux du
funicule.
_Récolte._ — La pleine maturité des fruits se fait vers la mi-juin et
les vents des tornades les font tomber en quantité. Les indigènes les
ramassent et laissent un certain nombre devenir _blets_, car ils
affectionnent particulièrement la chair des fruits qui est désagréable
aussitôt cueillie, mais excellente quelques jours après. Pour cela, ils
abandonnent ces fruits dans un trou fait dans le sol, ou dans un vase de
terre pendant quelques jours.
[Illustration : FIG. XII. — =Graine de Karité, de forme ovoïde= (_un peu
réduite_).]
CHEVALIER, nous l’avons vu, n’hésite pas à classer la pulpe du fruit du
Karité parmi les meilleurs comestibles ; c’est, dit-il, le meilleur
fruit du Soudan, bien qu’il y ait peu à manger dans chaque fruit, la
graine occupant la plus grande partie de son volume.
Les uns, disent que la chair est meilleure quand elle est blette, à la
façon de nos nèfles ; les autres, que le fruit a la saveur de l’abricot
ou de certaines variétés de prunes.
A la vérité, il nous semble que le fruit du Karité n’est véritablement
bon à manger, que lorsqu’il est _complètement mûr_, sinon, il doit être
âcre et astringent.
De même, l’amande destinée à la fabrication de la graisse alimentaire
devra, autant que possible, parvenir de fruits bien mûrs pour éviter que
celle-ci ne renferme des produits secondaires dont la présence enlève
évidemment beaucoup à sa qualité.
Mais c’est néanmoins le beurre qui constitue le principal produit de cet
arbre.
Ce beurre, obtenu par extraction à l’eau bouillante, a toujours un goût
assez prononcé et désagréable qui disparaît, soit par ébullition
prolongée, soit en projetant, comme le font les nègres, de l’eau froide
dans le corps gras porté à un point voisin de son ébullition.
Cette matière grasse, par la quantité assez considérable d’acide
stéarique qu’elle renferme, peut acquérir également une importance assez
grande dans l’industrie de la bougie et du savon.
Les fruits destinés à la fabrication du beurre, sont, ou bien séchés au
soleil, ou, la plupart du temps, enfouis dans le sol, pour que la
fermentation de la pulpe s’opère et mette les noyaux à nu. Les graines
sont alors séchées dans des grands vases de terre (canaris) et prêtes
pour la torréfaction et la fabrication du beurre.
D’après HECKEL[41], les variations de poids des graines du Karité
atteignent de 5 à 11 gr. environ, et la proportion du tégument, par
rapport à l’amande, est de 1 à 3 environ. CAZALBOU donne, pour les 2
variétés, les chiffres suivants :
+----------+------------+-----------+-----------+-------------------+
| | Proportion |Proportion | Nombre de | Proportion de |
| VARIÉTÉ | du | de |graines au |beurre par rapport |
| |péricarpe % |l’amande % | kilo | aux graines % |
+----------+------------+-----------+-----------+-------------------+
|=Ci diona=| 52 | 48 | 120 | 26 |
| | | | | |
|=Ci kosa= | 60 | 40 | 150 | 38 |
+----------+------------+-----------+-----------+-------------------+
La récolte des fruits qui commence ainsi avec l’hivernage dure jusqu’en
septembre, tout au moins dans le Haut-Sénégal et le Moyen-Niger.
Ce sont les femmes et les enfants qui, journellement, dans la forêt,
surtout après les orages ou les tornades, rapportent au village de
grands paniers ou calebasses remplis des fruits que le vent a fait
tomber. Ils les serrent dans des trous cylindriques que l’on rencontre,
çà et là, dans les villages bambaras, au milieu même des rues et places.
Répétons qu’il est nécessaire de recueillir les fruits bien mûrs, car,
si on les cueillait avant la maturité, ils renfermeraient une proportion
de latex plus élevée qui enlèverait quelque chose à la qualité et à la
quantité du beurre extrait.
Voici, à titre de document, l’étude chimique de la graisse, telle
qu’elle fut remise par SCHLAGDENHAUFFEN à HECKEL, et publiée en
1897[42] :
1o La graine râpée est exposée à l’étuve à 111° pendant 4 heures,
jusqu’à ce que deux pesées successives n’accusent plus de différences.
On obtient, de la sorte, la quantité d’eau d’hydratation ;
2o On l’épuise par l’éther de pétrole pour enlever la matière grasse et
l’on cesse de faire fonctionner l’appareil quand le liquide provenant de
l’allonge est entièrement décoloré. La solution pétroléique du ballon
est jaune paille. Evaporée au bain-marie, elle se colore davantage, mais
fournit après refroidissement une masse solide légèrement ambrée. Le
poids du corps gras est donc le deuxième résultat de l’analyse ;
3o A cet épuisement par l’éther de pétrole, on en fait suivre un
deuxième par l’alcool. Le liquide, fourni par cette opération, est rouge
brun et contient du tannin en grande partie ainsi que du sucre
réducteur, il ne renferme pas de produits alcaloïdiques.
En effet, les iodures doubles n’y produisent pas de précipité, le
phospho-molybdate de sodium et le cyanoferride de fer fournissent, le
premier, une coloration bleu vert très foncé, le second, un précipité
bleu intense, réactions qui permettent de soupçonner la présence du
tannin, et que corroborent les suivantes : réduction immédiate du
permanganate de potasse ; réduction lente du nitrate d’argent seul et
rapide quand il est additionné d’une trace d’ammoniaque ; réduction
immédiate du chlorure d’or et précipité abondant par les sels
plombiques. Cet extrait alcoolique, repris par l’eau, traité par
l’acétate triplombique, fournit un précipité qui est jeté sur filtre. On
ajoute, au liquide de filtration, du sulfate de soude et l’on examine la
solution au moyen du réactif de Bareswill. Le précipité rouge indique la
présence du sucre.
« Nous n’avons pas cherché, dans ce résidu de l’épuisement par l’alcool,
d’autres principes de constitution. Qu’il nous suffise donc d’indiquer
que le poids de l’extrait alcoolique comprend du tanin, du sucre et
d’autres principes restés indéterminés.
4o En faisant bouillir dans l’eau le résidu de l’opération précédente,
on obtient un liquide plus foncé que le précédent. Ce liquide ne
renferme ni tannin ni sucre, mais seulement de la gomme et de la matière
colorante.
5o Le produit d’épuisement brun, mais ne cédant plus rien à l’eau, est
consacré à deux opérations : l’une, pour y décéler la présence de
matières albuminoïdes, et l’autre, pour connaître le poids des sels
fixes et les matières ligneuses par différence.
« L’ensemble de nos déterminations quantitatives nous permet donc
d’établir de la façon suivante la composition immédiate de la graine.
Eau hygroscopique 6 72
Epuisement par l’éther (corps gras) 45 36
— alcool (tannin, sucre, etc.) 12 60
{ mucilage, mat. col. 13 58
— eau {
{ sels fixes 1 82
Traitement par chaux iodée : mat. alb. insolubles 10 25
Incinération : sels fixes 0 18
Ligneux et pertes (par différence) 9 49
---------
100 »
Le rendement obtenu, par les indigènes, en beurre, est très différent ;
cela tient à leurs méthodes rudimentaires.
C’est ainsi que CHEVALIER dit que 36 kg. de fruits ont donné 2 kg. de
beurre, soit 1/18 ou 5,5 % ; nous trouvons, d’autre part, que 1 kg. de
noix donnent environ 125 gr. de beurre soit 1/8 ou 12,5 %.
D’autre part, CAZALBOU donne comme rendement : 5 kg. de fruits = 2 à 2
kg. 400 amandes = 625 à 750 grammes de beurre.
Aucune autre recherche véritablement sérieuse et complète n’a été faite
jusqu’alors sur ces graines, et il y a évidemment beaucoup de points
obscurs ; en revanche, les publications sur la _Graisse ou Beurre de
Karité_ sont assez nombreuses et nous consacrerons un chapitre spécial à
son étude.
Il en sera de même pour le latex qui est susceptible de fournir un
produit concret, désigné sous le nom de =Gutta-Ci= ou =Gutta de Karité=.
On avait espéré pouvoir l’utiliser comme produit succédané de la Gutta-
percha, se basant évidemment sur la place systématique du Karité dans la
même famille végétale des Sapotacées ; la suite de cette étude montrera
comment cet espoir a été déçu.
Le _Bois_ de l’arbre est également utilisé par les indigènes : sa
densité est de 1,12 ; ils s’en servent comme bois de charpente ou pour
en faire du charbon de bois. Il est de couleur rougeâtre, dur et très
lourd ; malheureusement il est facilement attaqué par les insectes.
* * * * *
[Note 40 : VUILLET. — =Etude du Karité.= Paris, 1901. André, édit., p.
15.]
[Note 41 : HECKEL. — Sur l’arbre africain qui donne le Beurre de Galam
ou de Karité. _Rev. cult. col._, 1897, no 6, p. 198.]