«--Ma chère belle, les moments sont précieux. Vous voulez me traiter
comme un de vos adorateurs et chercher à me faire perdre la tête; je vous
certifie que je n'ai plus de tête à perdre et je vais chercher
fortune ailleurs.
«--Vous êtes un cruel homme. Eh bien! parlez.
«--Voici, et en très peu de mots. J'aiderai M. Grandet à devenir ministre
de l'Intérieur, à condition que mon fils Lucien soit son secrétaire
général. Voyez, réfléchissez! Si vous ne voulez pas de mon idée, je
m'arrangerai autrement.»
Quelques moments après le départ de M. Leuwen, Mme Grandet rapportait à
son mari l'entretien qu'elle venait d'avoir.
«--Vous sentez-vous le courage de prendre le fils de M. Leuwen pour
votre secrétaire général?
«--Comment? Un lieutenant de lanciers, secrétaire général? Mais c'est un
rêve! Cela ne s'est jamais vu! Où est la gravité?
«--Hélas, nulle part! Il n'y a plus de gravité dans nos mœurs! C'est
déplorable.