ALBÉRIC CAHUET.

_Le croiseur turc_ Hamidieh--_ce vaisseau errant qui, depuis un mois,

avait été signalé à Malte, dans les eaux du Levant et jusque dans la mer

Rouge--vient d'accomplir un raid surprenant, et de jeter le trouble là

où on ne l'attendait point. Il s'est brusquement présenté, le 12 mars

dernier, devant Durazzo, puis devant Saint-Jean-de-Médua, où il a coulé

ou endommagé quelques transports serbes et grecs, chargés de vivres et

de munitions. Quelques jours auparavant, il avait fait escale à

Beyrouth. C'est de là qu'un de_ _nos lecteurs, M. Nour El-Dine Beyhum,

qui a pu être reçu par son commandant, Hussein Raouf bey, nous adresse,

avec la photographie reproduite ci-dessus, les notes suivantes sur sa

visite à bord du_ Hamidieh. _Elles prennent un intérêt documentaire, par

suite de l'apparition inopinée du croiseur dans l'Adriatique, et du fait

qu'on l'avait prétendu commandé par un Anglais._

[Illustration: Le croiseur cuirassé turc _Hamidieh_ à Beyrouth.]

Le lundi 3 mars, à 7 h. 1/2 du soir, un navire illuminé, promenant sans

cesse autour de lui les rayons de ses projecteurs, apparaissait en vue

de Beyrouth: c'était le _Hamidieh_, qui, peu après, jetait l'ancre en

rade.

Le lendemain, à peine le bruit de son arrivée s'était-il répandu, qu'une

foule de curieux gagnait les quais malgré la pluie et le vent, pour

admirer de loin ce bateau de guerre très estimé. Voulant le voir de plus

près, je pris un canot, qui me conduisit à bord. Un soldat porta ma

carte au commandant et m'introduisit dans un salon, où je n'eus pas

longtemps à attendre. Le commandant, Raouf bey toujours gai et content,

entra bientôt, la main tendue, et engagea la conversation en anglais, me

parlant de la beauté du Liban et de la ville que l'on pouvait apercevoir

par les fenêtres, de la générosité des habitants de Beyrouth, dont il

avait reçu de nombreux présents: du sucre, du riz, de la farine, des

cigarettes... S'interrompant un instant, Raouf bey appela un de ses

officiers, auquel il remit un rouleau de papier de grand format en lui

disant de le porter à la T. S. F. C'était sans doute un rapport qu'il

faisait adresser au ministère de la Marine.

Midi ayant sonné, je me levai pour prendre congé; mais le commandant,

passant dans la salle à manger du bord, me pria de bien vouloir lui

tenir compagnie et de déjeuner avec lui et ses officiers. A table,

j'essayai plusieurs fois d'amener l'entretien sur des sujets politiques.

Mes efforts furent vains: Raouf bey sut toujours détourner la

conversation, paraissant s'intéresser beaucoup aux changements de

température, fréquents ce jour-là. Voici le menu du repas servi par le

maître d'hôtel du _Hamidieh_, un Grec sujet Ottoman: potage aux pattes

de moutons; omelette; poulet; fèves vertes sautées au beurre; baklavia

(gâteau du pays); café.

Le déjeuner fini, je demandai au commandant un autographe de lui, qu'il

m'accorda avec plaisir. Et je me retirai, emportant le souvenir

ineffaçable de son amabilité et de sa parfaite courtoisie.

[Illustration: Signature autographe de Hussein Raouf bey, commandant du

_Hamidieh._]

[Illustration: Silistrie vue de Medjidjié Tabié: au fond, le Danube.]

L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913 · 第 13 / 55 题