(LETTRE DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
_Silistrie, voilà bien l'un de ces noms de villes danubiennes qui, hier
encore ignorés du tourisme lui-même, doivent au caprice des événements
de surgir brusquement dans l'histoire. Le différend bulgaro-roumain, en
ce moment soumis au conseil des ambassadeurs à Saint-Pétersbourg, vient
de placer Silistrie au premier rang de l'actualité diplomatique et c'est
de Silistrie que l'un de nos meilleurs écrivains militaires et
correspondants de guerre, M. Réginald Kann, qui vient de se rendre, pour
L'Illustration, en Bulgarie, nous a adressé, texte et documents, les
intéressantes informations de nos trois pages sur la grave et
inquiétante discussion bulgaro-roumaine._
Silistrie, 5 mars.
C'était un beau sujet de guerre
Qu'un logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant.
Les vers du bon La Fontaine s'imposent à l'esprit du voyageur qui
débarque à Silistrie. Pour s'y rendre, de Sofia, il a fallu accomplir un
long et fastidieux circuit, car le petit port danubien n'est pas relié
au réseau ferré bulgare et le service des bateaux à vapeur ne fonctionne
pas encore en cette saison. On doit donc passer par Rouchtchouk,
Bucarest et gagner Calarachi, ville roumaine située sur le petit bras du
fleuve. De ce point il y a encore trois heures de navigation en barque;
pour remonter le courant, la rame ne suffit pas; les mariniers attachent
au mât une corde, à l'aide de laquelle ils halent l'embarcation, en
suivant la berge boueuse d'un pas lent et mal assuré.
[Illustration: Barque faisant le service de Silistrie à Calarachi.]