Australie.
L'Australie. -- Situation. -- Surface. -- Histoire. -- Les
convicts. -- Les explorateurs. -- Les chemins de fer. -- Le
télégraphe. -- Les banques. -- Journaux. -- Gouvernement. --
Population. -- Conformation. -- Géologie. -- Minéraux. -- Faune.
-- Bétail. -- Produits. -- Exportation. -- Importation. --
Agriculture. -- Religion. -- Instruction publique. -- Armée. --
Marine. -- Navigation. -- Revenu. -- Dépense. -- Les indigènes.
-- Races, origine, croyances, moeurs et usages.
On comprend sous le nom d'Australasie, l'Australie, la
Nouvelle-Zélande, la Tasmanie et les îles adjacentes. Nous avons fait
connaître la Nouvelle-Zélande et la Tasmanie. Nous allons parler de
l'Australie. Elle est la plus vaste des îles du globe. Sa plus grande
longueur est de 2,400 milles, sa plus grande largeur de 1,971 milles.
L'étendue de ses côtes est de 7,750 milles; sa surface de 3,000,000 de
milles carrés, soit environ 2,000,000,000 d'arpents. Elle est 26 fois
aussi vaste que la Grande Bretagne et l'Irlande, presque 6 fois aussi
grande que l'Hindoustan, et de 1/5 seulement plus petite que l'Europe.
Elle est située au sud-est de l'Asie, entre le 10° 39' et 39° 11'-1/2
latitude sud; et entre les méridiens 113° 5' et 153° 16' longitude est
de Greenwich. Elle est baignée au nord par les eaux du détroit de
Torres qui la sépare de la Nouvelle-Guinée, par l'océan Indien et les
eaux du golfe de Carpentaria, et la mer d'Arafura. Au sud, elle
confine au détroit de Bassus qui la sépare de la Tasmanie, et à
l'océan Pacifique sud; à l'est, elle est baignée par l'océan
Pacifique, et à l'ouest par l'océan Indien.
En jetant les yeux sur la carte, on voit qu'on peut la diviser en 3
parties: l'Est, qui comprend les 3 colonies de Victoria,
Nouvelle-Galle du Sud et Queensland; le centre, qui comprend la
colonie du Sud-Australie et son territoire du nord; l'Ouest, qui
comprend la colonie de l'Australie-Ouest. Si on divise le sol en 100
parties égales, Victoria en comprend 3, la Nouvelle-Galle du Sud 10,
Queensland 23, l'Australie du Sud 30 et l'Australie Ouest 34. La
distance qui sépare l'Australie de la France est d'environ 11,000
milles (le mille marin est de 1,852 mètres).
L'Australie fut d'abord visitée au XVIe siècle par les Portugais, qui
l'appelèrent _Java la Grande_; des cartes manuscrites en langue
portugaise, portant la date de 1531 et 1542, en font foi. En 1606, le
Portugais Fernand de Quiros l'aperçut et l'appela Terra Australia, et
dans la même année, Louis Vaez de Torres, qui faisait partie de la
même expédition, passe par le détroit qui porte son nom. Vinrent
ensuite les Hollandais qui l'appelèrent Nouvelle-Hollande. En 1770, le
capitaine Cook à son tour y aborda et en prit possession en hissant le
pavillon anglais.
Le premier établissement fut formé à Botany-Bay dans la Nouvelle-Galle
du Sud en 1788. En 1803, le lieutenant Bowen amena des convicts de
Sydney en Tasmanie. En 1825, on forma à _Moreton-Bay_ un autre
établissement qui devint en 1859 la colonie de Queensland. En 1829, on
commença un établissement nouveau à Swan-River (Australie Ouest) qui
fut colonie pénitentiaire de 1851 à 1868.
Victoria ou Port Philipp fut colonisé par les Tasmaniens en 1835, et
déclaré colonie indépendante en 1851. On y avait essayé une colonie
pénitentiaire dès 1803. L'Australie du Sud fut colonisée par des
émigrants anglais en 1836.
Depuis le comte Philipp en 1788, jusqu'à Frank Hanu en 1881, de
nombreux explorateurs ont parcouru le pays dans tous les sens, et
plusieurs ont péri victimes de leur patriotisme. Parmi les plus
célèbres, on cite: le capitaine Barker, sir George Grey, Ludwig
Leichhardt, qui dans la seconde expédition ne revint plus; Sir Thomas
Mitchell, Kennedy, Gregory, Stuart et Burke. Ce dernier, en 1860,
partit de Melbourne et réussit à atteindre le golfe de Carpentaria,
après avoir traversé toute l'île. À son retour à Cooper Creek, dont il
avait fait son lieu de ravitaillement, il trouva que ses compagnons
avaient quitté la place 7 heures avant, en emportant les provisions.
Il mourut de faim, lui et ceux qui l'accompagnaient, à l'exception de
King, qui fut trouvé exténué, vivant de racines avec les sauvages.
Les nombreuses expéditions qui furent envoyées à la recherche de Burke
aidèrent beaucoup à la découverte du pays.
En 1862, Stuart traversa l'île du nord au sud, depuis Adélaïde
jusqu'au golfe de Van Diémen. Quelque temps après le gouvernement de
l'Australie du Sud établit sur cette route une ligne télégraphique de
2,000 milles. Elle se soude à Port Darwin au câble qui passe par Java,
et se rallie aux Indes. De divers points de cette ligne télégraphique,
à différentes époques, d'autres explorateurs s'acheminèrent vers
l'ouest, traversant à des latitudes différentes toute l'Australie
Ouest. D'après leur récit, un désert pierreux s'étendrait au centre,
entre l'Australie Ouest et l'Australie Sud; ils ont aussi rencontré
des lacs nombreux. Le reste est du bon terrain, propre à la culture et
à l'élevage. Le gouvernement de l'Australie du Sud construit en ce
moment un chemin de fer, le long du télégraphe, entre Adélaïde et Port
Darwin; les travaux se poursuivent des deux côtés, et dans quelques
années, la locomotive traversera la grande île, non seulement du sud
au nord, mais en plusieurs autres directions. En 1881, le gouvernement
de Queensland a fait étudier une ligne qui irait de Roma au centre de
la colonie, jusqu'au golfe de Carpentaria. Les explorateurs purent
conduire avec eux un petit char. Une grande discussion agite en ce
moment la colonie. Des compagnies proposent d'exécuter ces lignes de
railway, moyennant la cession d'une quantité de terres, d'après le
système américain, mais la population ne veut pas que les railways
servent à enrichir quelques compagnies, et insiste pour que
l'opération soit faite directement par la colonie.
Melbourne, capitale de Victoria, est déjà reliée par un railway à
Sydney, capitale de la Nouvelle-Galle du Sud, et le sera bientôt à
Adélaïde, capitale de l'Australie du Sud. Sydney sera aussi, sous peu
de temps, reliée à Brisbane, capitale du Queensland, et de nombreux
tronçons ont déjà franchi les montagnes Bleues et s'avancent de toutes
parts vers l'intérieur. Les lignes ouvertes atteignent déjà environ
10,000 kilomètres. Plus de 60,000 kilomètres de lignes télégraphiques
servent aux communications; 22 banques, entre capital et dépôts,
opèrent sur une somme de cent millions de livres sterling, soit 2
milliards 1/2 de francs. La presse compte 640 journaux.
En fait de gouvernement, chaque colonie est indépendante. Elle a à sa
tête un gouverneur nommé par la Reine et payé par la colonie. Suivant
le système des gouvernements constitutionnels, le pouvoir est exercé
par le conseil des ministres; ceux-ci doivent avoir la confiance des
Chambres. Les deux Chambres, appelées Conseil législatif et Assemblée,
sont toutes deux élues dans quelques colonies. Dans d'autres,
l'Assemblée seule est élue et les membres du Conseil législatif sont
nommés par le gouverneur; celui-ci a le droit de dissoudre l'Assemblée
et d'opposer son _veto_, au nom de la Reine, aux lois qui ne lui
sembleraient pas conformes à la justice ou à l'utilité publique.
La population, qui était de 1,000 personnes à Botany-Bay en 1788,
atteint aujourd'hui près de 3,000,000. Le plus grand nombre sont
d'origine anglaise et irlandaise; viennent ensuite les Allemands, et
environ 40,000 Chinois. Les naissances dépassent de deux tiers le
montant des décès. Elles atteignent une moyenne de 36 par 1,000
pendant qu'elles ne sont que 35 par 1,000 en Angleterre. Les décès
sont de 14 par 1,000 pendant qu'ils sont de 22 par 1,000 en
Angleterre. Les mariages atteignent le chiffre de 7 par 1,000. L'excès
des immigrants sur les émigrants est d'une moyenne annuelle de 20,000.
Le climat est tempéré dans le sud, chaud vers le nord. Le manque de
hautes montagnes et de grandes rivières rend le pays sujet à des
sécheresses qui occasionnent parfois de grandes pertes de bétail.
Quant à la conformation et à la géologie, l'Australie est un immense
plateau élevé à 2,000 pieds environ sur le niveau de la mer vers
l'est, et de 1,000 pieds vers l'ouest, avec une bande de terrain plat
entre ce plateau et la mer. Vers le sud-est, il y a une surélévation
qui constitue les Alpes australiennes, dont les pics les plus élevés
atteignent 2,300 mètres ou 7,000 pieds. Les rivières qui partent de
ces montagnes convergent généralement à l'ouest, où le plateau est
moins haut. Vers l'intérieur, les eaux pluviales se ramassent dans des
lacs généralement salés; là le sol est un composé de désagrégations
granitiques qui forment un désert sablonneux. La bande de terre plate
entre la mer et les plateaux est généralement granitique. Le granit
forme aussi la base des Alpes australiennes.
Dans certains endroits, le granit est remplacé par des stratifications
paloezoïques, la plupart en forme de schiste et presque verticales.
Vers l'est et le sud, dans la bande de terre plate, on trouve des
bassins de charbon, gisant sur les rocs plus anciens granitiques et
paloezoïques. Sur le bord de cette bande de terre, on voit
généralement une pierre sablonneuse en stratifications obliques. Dans
l'intérieur, les laves volcaniques tertiaires, les sables, les marnes,
sont communes et bien fournies de fossiles.
Vers le sud, la terre est formée de roches tertiaires représentant
tous les dépôts européens depuis l'éocène.
Dans le granit australien, on trouve des veines riches en minerai, et
spécialement en or. On rencontre aussi l'étain emporté et lavé par
l'eau dans les dissolutions de granit. Dans le _Sud-Australie_, on
trouve de riches veines de sulphide de cuivre dans des rocs qui sont,
probablement de l'âge cambrian. On ne remarque en Australie aucune
trace indiquant qu'elle ait participé à l'âge de glace; on pense
généralement qu'elle est de formation récente et qu'elle est sortie de
l'Océan à la suite de bouleversements volcaniques. Des fossiles
d'animaux, on conjecture que le climat a dû être anciennement plus
chaud.
Pour la faune, l'Australie présente la spécialité des marsupiaux, dont
le kanguroo et l'opossum sont les principales variétés parmi les cent
dix connues. Il y a aussi 24 espèces de chauves-souris, un chien
sauvage, 30 espèces de rats et souris, et une grande variété de
baleines, de phoques et de marsouins. Les marsupiaux, qui sont les
plus anciens mammifères, ont laissé des fossiles qui prouvent qu'ils
ont atteint anciennement jusqu'à la grosseur du rhinocéros. Il y a
630 espèces d'oiseaux, dont le plus grand est l'Ému ou autruche
australienne. Plusieurs, comme l'oiseau à lyre, le dindon des forêts
et divers perroquets, sont spéciaux à l'Australie. On compte plus de
60 espèces de serpents, la plupart venimeux.
Cent quarante espèces de lézards, parmi lesquels l'iguana atteint de
vastes proportions. Les insectes de toute qualité sont nombreux, mais
spécialement les moustiques.
En fait de produits, l'Australie abonde en minerais d'or, de cuivre,
d'étain et autres métaux. L'or a été d'abord découvert en mai 1851 en
Nouvelle-Galle du Sud, puis en Victoria, en Queensland et dans les
autres colonies. On calcule que les mines d'or d'Australie ont déjà
produit plus de 70 millions d'onces, évalués à environ 277 millions de
livres sterling, presque 7 milliards de francs. Dans ce chiffre, la
colonie de Victoria entre pour 2/3.
On trouve aussi le charbon en grande quantité au-delà des montagnes
Bleues et à Newcastle (New South Wales). On en découvre beaucoup en
Queensland. Dans ces deux colonies, il y a aussi de grandes quantités
d'étain.
La laine forme le produit principal de l'Australie; elle est la
meilleure connue. Il y avait plus de 60,000,000 de moutons dans le
pays en 1882, sans compter les 2,000,000 de la Tasmanie et les
13,000,000 de la Nouvelle-Zélande. Il y avait en outre plus d'un
million de chevaux sans compter les 25,000 de Tasmanie et les 180,000
de la Nouvelle-Zélande. Les bêtes bovines atteignaient le chiffre de
7 millions 1/2 et dépassaient 122,000 en Tasmanie et 700,000 en
Nouvelle-Zélande.
Le nombre des porcs atteignait 500,000 et était d'environ 50,000 en
Tasmanie et 200,000 en Nouvelle-Zélande.
On exporte beaucoup de suif, des peaux, de la viande congelée ou
conservée en boîtes, de blé, de coton, de tabac, de sucre et de vin.
L'exportation pour 1882 atteint environ 43,000,000 de l. stg., plus de
1 milliard de francs. L'importation s'élève à la même date à environ
54,000,000 de l. stg. pour la seule Australie.
L'agriculture se développe aussi tous les jours. En 1881, il y avait
environ 7 millions d'arpents de terre cultivée, dont la moitié à peu
près en blé, donnant 31 millions 1/2 de boisseaux. Environ 400,000
acres ou arpents donnaient 10 millions de boisseaux d'avoine; 152,000
acres en orge produisaient environ 3,000,000 de boisseaux; 174,000
acres en maïs produisaient environ 6,000,000 de boisseaux; 38,000
acres d'autres céréales diverses donnaient 615,000 boisseaux; 109,000
acres de pommes de terre produisaient 355,000 tonnes; 770,000 acres en
foin donnaient 887,000 tonnes; 15,000 acres en vignes donnaient
1,654,000 gallons de vin (le gallon équivaut à environ 4 litres 1/2).
Il y avait eu en plus 598,000 acres semées en herbe, et 1,237,000
acres en produits divers. Le blé donnait une moyenne de 9 boisseaux
1/2 l'acre, l'avoine 26, l'orge 19, le maïs 34, les pommes de terre 3
tonnes 1/2, le foin 1 tonne 1/6.
La quantité de terre de la Couronne aliénée jusqu'en 1880 dépassait
80,000,000 d'acres ou arpents. Le prix varie de colonie à colonie; la
moyenne atteint presque 1 l. stg. La terre restant disponible
comprenait environ 2 milliards d'arpents.
Sous le rapport religieux, les 2/3 de la population sont protestants.
Parmi eux, les plus nombreux sont les épiscopaliens, qui ont 12
diocèses; puis viennent les presbytériens, les wesleyens méthodistes,
les congrégationnalistes, les luthériens et protestants allemands, les
baptistes, les juifs, les méthodistes primitifs, les bibliques,
l'Église du Christ, les unitariens, les presbytériens libres, etc. Les
catholiques romains forment environ le 1/3 de la population; ils sont
gouvernés par 2 archevêques: Sydney, et Melbourne, et par 11 évêques,
siégeant dans les villes ci-après: Adélaïde, Armidale, Ballarat,
Bathurst, Brisbane, Queensland nord, Goulbourn, Maitland, Perth, Port
Victoria, et Sandhurst. Il y a aussi quelques mahométans, des
confuciens et des payens. Les églises et les chapelles sont partout
fort nombreuses, chaque congrégation voulant avoir la sienne.
L'instruction religieuse ayant été bannie de l'enseignement officiel,
on y supplée au moyen de nombreuses écoles dominicales qui font sentir
leur action bienfaisante.
L'enseignement supérieur est donné dans les 3 universités de Sydney,
Melbourne, Adélaïde, qui confèrent les grades universitaires comme en
Europe. Il y a un collège militaire à Sandhurst; des musées et des
écoles techniques à Sydney et à Melbourne. L'instruction secondaire a
de nombreux collèges officiels et libres: l'enseignement primaire est
libre pour le maître et obligatoire pour l'élève. On compte en outre
plusieurs sociétés scientifiques, parmi lesquelles la Société royale
de New-South-Wales est la principale. Chaque ville un peu importante a
sa bibliothèque publique. Il y a dans toutes les capitales de superbes
jardins botaniques et des musées bien complets pour toutes les
branches de l'histoire naturelle.
L'astronomie possède 3 observatoires bien aménagés à Sydney,
Melbourne, Adélaïde. À Melbourne, le télescope, un des plus grands du
monde, a une lentille de 4 pieds de diamètre. Les observations
météorologiques sont recueillies par ces observatoires et par de
nombreuses stations dans toutes les autres colonies, y compris la
Tasmanie et la Nouvelle-Zélande. Elles sont échangées par le
télégraphe, et transmises tous les jours au public par la presse. Il y
a enfin des sociétés de géographie, d'agriculture, d'horticulture et
autres pour l'avancement de ces diverses branches.
Les capitales sont défendues du côté de la mer par des batteries, et
des bateaux torpilles. La colonie de Victoria a 3 navires de guerre,
parmi lesquels un cuirassé, et elle vient d'en acheter d'autres;
Sydney en a un, et Adélaïde en a acheté un récemment. Tous ces
navires, y compris celui de la Nouvelle-Zélande, sont maintenant
réunis à Hobart (Tasmanie) pour les manoeuvres. Du côté de la terre,
la défense repose sur des volontaires plus ou moins nombreux dans les
diverses colonies.
Cinq compagnies de navigation font le courrier d'Europe en Australie.
L'_Oriental and Peninsular_ part d'Angleterre 2 fois le mois ainsi que
l'_Oriental_. La première touche aux Indes à Colombo, la seconde va
directement par Suez touchant à Naples, les lettres par cette voie ne
mettent pas plus de 31 jours d'Australie à Londres. La _British India_
part une fois par mois de Brisbane, passe par le détroit de Torres et
touche à Batavia; la _Pacific American_ part de San-Francisco chaque
vingt-huit jours, touche à Auckland et arrive à Sydney; les
Messageries maritimes partent de Marseille chaque 28 jours et arrivent
en Australie, par Aden, Mahé, Réunion, Maurice. Le prix moyen du
passage, en première classe, est de 1,600 fr.; la durée du trajet de
31 à 45 jours. Il y a en outre plusieurs autres Compagnies
transportant voyageurs et marchandises, soit dans des bateaux à
vapeur, soit dans des bateaux à voiles. En 1880, le nombre de navires
ayant touché aux ports d'Australie, Tasmanie et Nouvelle-Zélande s'est
élevé à 2,375, avec un tonnage de 277,191 tonnes. Dans ce chiffre, les
steamers étaient 630 avec un tonnage de 76,257 tonnes, et les navires
à voiles 1,745, avec un tonnage de 200,934 tonnes.
[Illustration: Indigènes australiens.]
En 1880, le revenu total pour les colonies australiennes s'est élevé à
17,069,015, l. stg. parmi lesquelles 6,179,405 provenaient des
contributions, timbre et droits fiscaux. La dépense s'élevait à
18,680,340 l. stg. (soit presque 1/2 milliard de fr..) Les
contributions atteignaient une moyenne de 2 l. 6 s. par tête
d'habitant, la recette 6 l. 7 s., la dépense 6 l. 19 s.
La dette publique des colonies ensemble s'élevait à 89,910,249, l.
stg., soit 33 l. stg. 0 s. 8 1/4 pence par tête d'habitant.
Après cet aperçu général sur l'ensemble des colonies australiennes, il
est bon d'ajouter quelques renseignements sur les indigènes.
On suppose qu'ils sont encore au nombre de quelques centaines de mille
dans l'intérieur. Dans les endroits colonisés, ils ont disparu. Les
squatters en emploient quelques-uns comme domestiques ou bergers: les
femmes font un bon service, les hommes excellent à dompter les
chevaux. La police les emploie à traquer les convicts évadés dans la
forêt, et dans cet exercice ils réussissent à merveille. On a voulu en
faire des soldats, et les employer à poursuivre d'autres indigènes,
mais il a fallu y renoncer, parce qu'ils ne leur faisaient jamais
quartier et tuaient tout ce qu'ils trouvaient.
Les indigènes d'Australie appartiennent à deux types différents qui se
sont plus ou moins croisés; l'un est le type indo-européen: on le
reconnaît aux cheveux lisses, aux coutumes et surtout à leur mode de
parenté identique à celui des tribus de Télégu et de Tamil dans
l'Hindoustan; on le retrouve aussi chez les Indiens de l'Amérique du
Nord. D'après ce système, les enfants de mon frère sont mes enfants,
pendant que les enfants de mes soeurs sont mes neveux et nièces; mais
les petits-enfants de mes soeurs comme ceux de mes frères sont mes
petits-enfants.
Si je suis femme, les enfants de mes soeurs sont mes enfants, et les
enfants de mes frères sont mes neveux et nièces; les petits-enfants de
mes soeurs et de mes frères sont mes petits-enfants. Tous les frères
de mon père sont mes pères, mais toutes les soeurs de mon père sont
mes tantes. Toutes les soeurs de ma mère sont mes mères, mais tous les
frères de ma mère sont mes oncles. Les enfants des frères de mon père
sont mes frères et soeurs; il en est de même pour les enfants des
soeurs de ma mère, mais les enfants des soeurs de mon père et ceux des
frères de ma mère sont mes cousins. Si je suis un homme, les enfants
de mes cousins sont mes neveux et nièces, mais les enfants de mes
cousines sont mes enfants.
L'autre type est celui des nègres, caractérisé par les cheveux crépus;
toutefois, ils n'ont pas les grosses lèvres des Africains. On suppose
que les Arabes ont fourni un large contingent à l'Australie; on trouve
en effet dans la plupart des tribus l'usage de la circoncision et
aucune d'elles n'adore les idoles. Les Australiens sont grands,
généralement bien faits, ont une belle démarche, mains et pieds
petits, superbes dents. Les femmes sont plus petites et moins belles,
et leur condition est misérable. On ne trouve en Australie aucune
trace d'architecture; l'indigène vit en plein air ou se loge dans des
cabanes en écorce d'eucalyptus; il sait pourtant faire des paniers,
des filets, des armes consistant en _boomerangs_, casse-tête de
diverses formes, hachettes de pierre, flèches et arcs, écus et lances.
Il vit de chasse et de pêche. Dans les guerres, il mange l'ennemi; il
pratique la polygamie.
À l'arrivée des Européens, les tribus avaient chacune leurs lois et
leur territoire qu'elles ne pouvaient dépasser. Celles de la côte,
obligées de faire place aux blancs et ne pouvant se réfugier en
arrière, périrent pour la plupart de faim ou de la petite vérole.
Les tribus sont généralement divisées en _clans_, et chaque _clan_ a
son _totem_ ou enseigne; c'est le plus souvent un des animaux de la
contrée qui sert d'enseigne: le kanguroo, l'ému, le chat, le chien, un
serpent, etc.
Les mariages entre personnes du même clan et du même sang sont
défendus. Celui qui veut se marier doit s'adresser à un autre clan, et
il est obligé de donner une soeur en échange pour la femme qu'il
prend. Il peut prendre autant de femmes qu'il a de soeurs à donner.
S'il n'a point de soeurs, il doit aller au loin et enlever une femme
dans une autre tribu. Pour le mariage, on consulte les vieillards du
clan; on ne consulte jamais la fiancée; les parents et les deux clans
s'assemblent à l'occasion du mariage et font, un _corroborée_ (fête)
avec chants et danses. La fiancée est conduite à la cabane du fiancé,
elle marque son consentement en allumant le feu dans la cabane de
l'époux. Ils dorment à distance pendant les 5 premières nuits;
ensuite les invités rentrent chacun dans leur quartier. Il est défendu
à la belle-mère de parler au beau-fils comme à celui-ci de lui
adresser la parole. Les Australiens sont très jaloux de leurs femmes;
elles sont chargées de préparer la nourriture et de fournir les
légumes; l'homme doit fournir le gibier et le poisson. Lorsque le mari
a deux femmes qui se querellent, il remet un bâton à chacune et les
force à se battre; si elles refusent, il les bat lui-même toutes les
deux.
La justice est réglée par les vieux. S'il y a 2 coupables, ils se
placent à distance et se tirent mutuellement une flèche; si un seul
est coupable, celui à qui il a fait tort lui administre un certain
nombre de coups de bâton. Les garçons et les filles ne peuvent jouer
ensemble; l'incontinence avant le mariage est punie de mort.
La propriété particulière est inconnue, tout ce qu'on possède est
propriété du _clan_. La mère s'éloigne de la maison pour les couches,
elle est assistée par des amies; lorsqu'elle rapporte l'enfant, le
père lui donne un nom et combine déjà les fiançailles avec les vieux
du clan; mais souvent l'enfant meurt faute de soins et quelquefois la
mère le tue pour se soustraire aux peines et soucis de l'élevage.
Selon l'usage des Juifs, la veuve passe à son beau-frère; s'il n'y a
pas de beau-frère et qu'elle ne choisisse un autre mari, elle devient
la propriété publique. Pour les funérailles, ils font généralement peu
de cérémonies; ils creusent la terre, et y déposent le cadavre tantôt
couché, tantôt debout avec les genoux ramassés à la poitrine.
Les maladies dominantes sont celles du foie et de la poitrine. Depuis
l'arrivée des blancs, il faut y ajouter l'ivrognerie et les maladies
vénériennes. Ils croient aux mauvais esprits, et pratiquent beaucoup
de sorcelleries; ils sont persuadés que la maladie a toujours pour
cause le mauvais vouloir d'un sorcier. Le gras humain, l'os d'ému et
des cheveux, le tout mêlé ensemble, forme un _charm_. L'os entre dans
le corps de la victime et la rend malade. Ces _charm_ sont cause de
beaucoup de guerres et de morts. Ils croient en un Être suprême
créateur de toute chose, qui n'a eu aucun commencement et n'aura pas
de fin; ils l'appellent Norallie; ils disent qu'il est marié et qu'il
a un fils unique excellent; ils croient que la femme de Norallie
punira à son heure tous les méchants. Ils racontent que le cours de la
rivière le Murray a été formé par la fuite d'un grand serpent, et que
ce grand serpent a été tué par Norallie. Ils croient que Norallie
habitait la terre, mais l'homme l'ayant dégoûté par ses méfaits, il
s'en est allé dans l'autre monde. Un jour, il revint, et voyant que
l'homme détruisait le gibier, il appela les animaux et leur dit de se
garer des hommes; dès ce jour, animaux et oiseaux devinrent sauvages
et difficiles à prendre. Ils excellent à soigner les blessures, et
emploient pour cela de la terre et quelques herbes.
Le langage varie selon les tribus, mais, il a presque toujours la même
construction; il est de source arienne, et comprend beaucoup de mots
venant du sanscrit. Ils n'ont pas de chiffres au-delà de cinq. Pour
exprimer un plus grand nombre, ils disent beaucoup. Ils manquent des
lettres f v s et z. Dans les déclinaisons des noms, les cas sont
formés par la variation de la terminaison. Pour dire mon père, la
tribu de Titnie à Fowlers-bay dit _Mumma_; la tribu Maroura, sur le
lac Darling, dit _Guia Kambïa_; la tribu Meru, sur le Bas-Murray, dit
_Pita_; la tribu Narrinyeri dit _Nanghaï_; la tribu Tatiara à
Border-Town dit _Mamee_.
Pour donner une idée des sons, je mets ici la traduction du _Pater_
dans le langage parlé sur la rivière Darling.
* * * * *
«Ninnana combea, innara inguna karkania, Munielie nakey, Emano pumum
culpreatheia, ona kara canjelka, yonangh patua, angella, Nokinda
ninnana kilpoo, yanie Thickundoo wantindoo ninnanna Illa ninnanna
puniner, thullaga, Thillthill Chow norrie morrie munda, lullara munie.
Euelpie.»
* * * * *
Ils ont une certaine poésie, et un vrai talent d'imitation. Voici le
refrain de leur chanson, à leur première vue de la locomotive:
«Voyez-vous la fumée en kapunda?
La vapeur, souffle en mesure,
Se répand rapide et blanche comme la gelée.
Elle court comme une eau courante,
Elle frappe comme une baleine qui crache.»
Dans plusieurs tribus, les jeunes gens ne sont admis aux privilèges
accordés aux hommes, parmi lesquels celui du mariage et le droit de
manger certaines sortes d'aliments, qu'après avoir passé par certaines
épreuves ayant pour but de fortifier leur courage. Parmi ces épreuves,
une consiste à arracher une dent incisive, l'autre à tatouer le dos;
mais la plus pénible est la dépilation. Pour la première de ces
épreuves, on choisit les jeunes gens en âge voulu; le vieux médecin
place l'extrémité d'un bâton contre une incisive, il bat avec une
massue sur l'autre bout et la dent saute. Pour la dépilation, on place
le patient à terre, et le vieux médecin lui arrache un à un tous les
poils, en s'accompagnant d'un chant monotone. Après l'opération, qui
doit être endurée sans pousser un cri, le patient est proclamé
guerrier, et prend place à côté de ses compagnons d'armes. Toutefois,
plusieurs meurent à la suite de ces cruelles épreuves.
Les divers gouvernements ont essayé de civiliser ces malheureuses
populations, mais sans résultat; il y a encore quelques établissements
où ils sont reçus et instruits par les missionnaires, et dans
l'intérieur il y a de nombreuses stations où on leur distribue des
couvertures et des aliments aux frais de la colonie; mais le résultat
de ces efforts n'est pas grand. Les indigènes prennent les défauts des
civilisés bien plus que les qualités, et périssent par l'abus des
liqueurs, du tabac, et par les maladies vénériennes. On peut prévoir
le temps où il sera des indigènes de l'Australie ce qui a été de ceux
de la Tasmanie; ils ne vivront plus que dans la mémoire des anciens,
et par l'histoire. Mais il est temps de reprendre mon récit de
voyage.