La République mexicaine. -- Surface. -- Constitution. --
Population. -- Les diverses branches ou familles indiennes. --
Cause de leur dépérissement. -- Revenus. -- Dépenses. -- Chemins
de fer. -- Télégraphe. -- Poste. -- Instruction publique. --
Mines. -- L'isthme de Tchuantepec. -- Histoire. -- Fernando
Cortez et la conquête. -- Fin de Montézuma, dernier empereur des
Aztecas. -- Les sacrifices humains. -- Le vice-roi. -- Fin
tragique de deux empereurs.
La République fédérative mexicaine comprend un territoire de 1,920,000
kilomètres carrés, presque 4 fois la surface de la France. Elle compte
27 États; 5 vers le nord: Sonora, Chihuahua, Coahuila, Nueva-Leon et
Tamaulipas; 4 sur le golfe du Mexique: Vera-Cruz, Tabasco, Campêche,
Yucatan; 7 sur le littoral du Pacifique: Sinaloa, Xalisco, Colima,
Michoacan, Guerrero, Oaxaca, Chiapas; 11 dans le centre: Durango,
Zacatecas, Aguascalientes, San Luis Potosi, Guanajuato, Queretaro,
Hidalgo, Mexico, Morelos, Puebla, Tlaxcala. Aux 27 États il faut
ajouter le district fédéral et le territoire de la Basse-Californie.
Ces États sont indépendants et confédérés. Le pouvoir exécutif est
confié à un président de la République élu pour quatre ans et entouré
de six ministres responsables. Le pouvoir législatif est exercé par le
Congrès formé de deux Chambres: le Sénat et la Chambre des députés.
Chaque État élit deux sénateurs pour quatre ans; ils se renouvellent
par moitié tous les 2 ans. Les députés sont élus en raison de 1 pour
40,000 habitants et se renouvellent aussi par moitié tous les deux
ans. Toutes les élections se font par le suffrage universel.
La constitution de 1857, qui régit le pays, commence ainsi:
«En el nombre de Dios y con la autoritad del Pueblo mexicano; los
rapresentantes de los diferentes Estados, etc...»
Puis vient l'énumération des droits de l'homme, la définition et
distribution des pouvoirs, etc.
Le pouvoir judiciaire est confié à une Cour suprême composée de 11
membres élus pour six ans. Viennent ensuite les tribunaux de district
et de circuit. La noblesse est abolie, les Ordres religieux sont
proscrits, l'instruction est laïcisée; l'Église est séparée de l'État.
Les Mexicains ont copié servilement l'oeuvre de nos révolutionnaires,
et, comme nous, ils ont donné jusqu'à ce jour le triste spectacle de
continuelles révolutions, tombant alternativement du despotisme
militaire dans l'anarchie.
[Illustration: Mexique--Indiens Apacas.]
D'après le cens de 1879, la population compte 9,873,670 habitants. Sur
ce chiffre, 48% sont du sexe masculin, et 52% du sexe féminin, 19%
sont Européens ou Espagnols américains, 38% indigènes ou Indiens, 43%
de race mêlée. Parmi les indigènes Indiens, la branche
ou famille mexicaine compte 1,626,511 membres.
La famille Sonorense Opatu-Pima 84,000 --
La branche Guaicura et Cochinii-Laimon 2,533 --
-- Séri 200 --
-- Tarasca 230,000 --
La race ou famille Zoque Mixe 55,000 --
La famille Totonaca 90,000 --
-- Mixteco-Zapoteca 578,000 --
-- Matlalzinga o Pirinda 5,000 --
-- Maya 400,000 --
-- Chontal 31,000 --
-- Huave 3,800 --
-- Apache 10,000 --
-- Othomi 650,000 --
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TOTAL 3,766,044 membres.
En 1810, ils étaient 3,676,281. Ils sont restés presque, stationnaires
pendant que la race mêlée a triplé, et que l'européenne a augmenté de
69%.
Plusieurs Mexicains semblent voir la cause de la future disparition
des indigènes dans leur indolence, dans leurs mauvais logements et
maigre nourriture; mais ceux qui emploient l'Indien savent que
lorsqu'il est encouragé, il travaille plus que tout autre, et s'il est
mal nourri, c'est qu'il est mal rétribue; s'il est mal logé, c'est que
les propriétaires se soucient peu de le loger mieux. En un mot,
l'Indien, s'il n'est pas relégué comme aux États-Unis dans ses
_Réservations_, c'est que le propriétaire mexicain préfère l'utiliser
et en tirer tout ce qu'il peut, en lui donnant le moins possible.
Dans plusieurs États et notamment dans la ville de Mexico, la
mortalité excède les naissances. Pour Mexico on attribue le fait à
l'infection de l'air causée par les égouts de la ville et les marais
des campagnes. Depuis longtemps on propose le drainage de la vallée
pour assainir la capitale.
Le revenu, d'après les dernières statistiques que m'a fournies le
ministère de Formento (Travaux publics), a été:
Pour le Gouvernement fédéral, de 21,936,165 piastres.
Pour les États 7,011,962 --
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Soit un total de 28,948,127 piastres.
La piastre mexicaine vaut environ 4 fr. 50.
La dépense a été de 20,431,896 piastres.
pour le Gouvernement fédéral, et de 6,825,684 --
pour les États.
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Soit un total de 27,257,580 piastres.
Pour tous les États, la valeur de la propriété urbaine
est évaluée à 169,684,376 piastres.
La propriété rurale à 181,873,994 --
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Ce qui fait un total de 351,568,530 piastres.
Les chemins de fer en exploitation
comptent 1,055 kilomètres.
Sont en construction actuellement 6,856 --
Et sont concédés ou à l'étude 4,906 --
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Soit un total prochain de 12,817 kilomètres.
La subvention de l'État pour les diverses lignes varie de 6,000 à
9,000 piastres par kilomètre.
Les lignes télégraphiques atteignent presque 17,000 kilomètres et ont
expédié dans l'année 800,800 dépêches qui ont produit 400,000
piastres. La poste expédie 7,000,000 de lettres et plis et produit
600,000 piastres.
L'instruction publique comprend 2 élèves par 100 habitants. Les
États-Unis ont 17-1/2 élèves par 100 habitants; l'Allemagne, le
Danemark, la Suisse en ont 15; la France, les Pays-Bas 13;
l'Angleterre et la Norwège 12; la Belgique 11; l'Autriche et l'Espagne
9; l'Irlande 8; la Hongrie 7; l'Italie 6; la Grèce et la République
Argentine 5; l'Uruguay 3; le Portugal 2-1/2 et la Russie 2. Il n'y a
que le Brésil, la Turquie, l'Équateur et le Vénézuéla qui en ont moins
de 2.
Les mines, depuis la découverte du Mexique, ont donné plus de 15
milliards de francs. Dans presque tous les États on trouve l'argent,
l'or, le cuivre, le plomb, mais faute de capitaux et d'initiative,
l'exploitation se fait encore d'une manière imparfaite et primitive.
Les 14 Monnaies de la République depuis 1537 jusqu'à 1880 ont frappé
pour 3 milliards de piastres d'argent et pour 118 millions de piastres
d'or.
On sait que les États-Unis, n'ayant pu réussir à se rendre maîtres du
canal de Panama, cherchent à le contrecarrer, tantôt en faisant croire
qu'ils vont exécuter le canal de Nicaragua, tantôt en publiant qu'ils
vont construire un chemin de fer à l'isthme de Tehuantepec pour
transporter les vaisseaux d'un Océan à l'autre. Le gouvernement
mexicain vient en effet de concéder à un général américain[2] la
construction de ce chemin de fer, mais il doute fort lui-même que ce
projet se réalise jamais.
[Note 2: Dans les deux Amériques, lorsqu'on dit Américain
tout court on désigne toujours un sujet des États-Unis de
l'Amérique du Nord.]
Rappelons rapidement les faits principaux de l'histoire du Mexique. Il
a été conquis par l'Espagnol Fernando Cortez. Son père lui faisait
apprendre le latin à l'Université de Salamanca, mais le futur
guerrier, préférant l'action à ce vieux langage, s'en alla à Naples
servir sous Fernando de Cordoba. En 1511 il accompagna Diego-Velasquez
à son expédition de Cuba. Là il se fit éleveur de bétail et fut mis en
prison par le même Diego-Velasquez, gouverneur, pour intrigues
d'amour. Il se sauva deux fois et finit par organiser pour son propre
compte une expédition au Mexique. Il partit de la Havane le 10 février
1519 avec 508 soldats, 110 hommes d'équipage, 32 arbalétriers, 13
fusiliers, 209 Indiens et quelques Indiennes pour domestiques. Avec
cette armée il devait conquérir un empire de 16,000,000 d'habitants.
Le 12 mars, il arriva à Tabasco et en soumit les Caciques à la suite
de trois batailles. Ces Caciques lui firent présent de 10 jeunes
filles dont une, nommée Malintzin, et baptisée sous le nom de Marina,
devint son épouse et sa plus fidèle coopératrice. Elle lui servit
d'interprète et fit avorter les diverses conspirations qui le
menacèrent. Le Jeudi-saint, 21 avril 1519, Cortez débarquait à
Vera-Cruz. Organisateur aussi bien que militaire, Cortez fit nommer un
_Ayutamiento_ et légaliser son autorité. Les Indiens le reçurent
amicalement et l'informèrent qu'ils étaient tributaires de Montézuma,
le grand Empereur qui régnait à Mexico. Il mit toujours beaucoup de
soin à se renseigner sur les choses du pays à mesure qu'il avançait.
Ayant appris que Montézuma était en mésintelligence avec Ixtlixochitl,
un de ses frères auquel il avait cédé une partie du royaume, il
profita aussitôt de cette situation et s'allia avec Ixtlixochitl et se
dirigea sur Mexico. Montézuma le reçut amicalement. Un personnage
mystérieux, blanc, barbu et vêtu d'une soutane, qui avait prêché aux
Mexicains une religion nouvelle et leur avait appris à mieux utiliser
la terre et à extraire les métaux, leur avait prédit que des hommes
blancs et barbus comme lui viendraient à la suite du temps et se
rendraient maîtres de l'Empire. Cette tradition, qui se conservait
aussi au Pérou, fut cause que Montézuma et les indigènes se soumirent
facilement aux Espagnols. Toutefois Cortès, comme Pizarro au Pérou,
jugea bon de faire l'empereur prisonnier. Il laissa le commandement à
Pedro de Alvaredo pour aller combattre Panfilo de Navarez que le
gouverneur de Cuba avait envoyé contre lui.
Au mois de mai, les Mexicains avaient l'habitude de célébrer une
grande fête, et demandèrent à Alvaredo la permission de la faire selon
l'usage. Celui-ci consentit, à condition qu'ils seraient sans armes;
mais pendant qu'ils étaient au temple dans la nuit, il les fit tous
tuer pour les voler. La population se souleva et chassa les Espagnols.
Ceux-ci, en se retirant, tuèrent le malheureux Montézuma. Cortez
réorganisa avec les Indiens ses alliés une armée de 250,000 hommes, et
revint à Mexico qu'il attaqua avec une flottille de bateaux. Cette
capitale était alors au milieu d'une lagune comme Venise. Les
Mexicains firent une résistance héroïque, et Cortez n'en vint à bout
qu'en démolissant les maisons pour remplir les canaux. Le 13 août
1521, il était maître de Mexico. Plus de 100,000 personnes périrent
dans la bataille.
Cortez trouva au Mexique, comme Pizarro au Pérou, un peuple d'une
civilisation avancée, ayant ses monuments, ses temples et ses arts: il
est regrettable que les archives et la plupart des monuments de ces
peuples aient été détruits par les premiers missionnaires, comme
entachés de paganisme. Nous aurions certainement trouvé le point de
jonction de cette race à la race égyptienne et phénicienne à laquelle
sa civilisation semble empruntée. Tout ce que nous savons, c'est que
diverses races s'étaient superposées, et que plusieurs dynasties
s'étaient succédées. La plus puissante de ces races, celle qui finit
par dominer les autres, fut celle des Aztecas. Les premiers habitants,
les Toltecas, avaient une religion simple et naturelle. Ils adoraient
un Dieu unique et créateur qu'ils appelaient Tloque Nahuaque, et lui
offraient des _copalli_, offrandes d'oiseaux et de fleurs. Les
Chichimecas vinrent ensuite, et peuple barbare, ils altérèrent la
religion. Enfin les Aztecas, peuple guerrier, imposèrent leur culte.
Leurs principales divinités étaient Huitzilopochtli, dieu de la
guerre; Tlaloc, dieu de l'eau; Tezcatlipoca, dieu du ciel;
Quelzalcoatl, dieu de l'air; Miclantuectli, dieu de l'année et des
herbes; Ceuteotl, dieu du maïs; Tezcatzoncatl, dieu du pulche;
Cuatlicue, déesse des fleurs. Ces dieux étaient représentés en statues
de pierre, et on les voit aujourd'hui dans le musée de Mexico.
Les temples consistaient en deux tourelles ou petites chapelles
situées au sommet d'une grande pyramide tronquée, construite en adobe;
on y montait par un escalier central ou par un escalier en spirale. Le
temple principal de Mexico était consacré au dieu de la guerre et au
dieu du ciel, et se trouvait sur l'emplacement qu'occupe actuellement
la cathédrale. Les prêtres chargés du culte étaient couverts d'un
manteau noir. Ils portaient d'horribles figures sur les vêtements,
avaient les cheveux épars, les mains et le corps souillés de sang. Les
offrandes à la divinité n'étaient plus seulement l'encens, les fruits,
les fleurs, les animaux et les danses, mais surtout les sacrifices
humains. Ils avaient lieu en temps de sécheresse ou d'ouragan, avant
de se mettre en guerre, au couronnement des rois, etc.
Les victimes étaient les prisonniers de guerre. Arrivés au sommet de
la pyramide, on allongeait la victime sur une pierre, le prêtre lui
ouvrait la poitrine avec un couteau de ixtli, lui arrachait le coeur
qu'il offrait à la divinité, et jetait le corps au bas de la pyramide.
Le peuple, à la vue du sang, commençait les danses, et chacun
continuait à danser jusqu'à sa maison.
À la fête du dieu Tlaloc, on sacrifiait des petits enfants que des
mères pauvres vendaient aux prêtres. À la déesse des fleurs, en avril,
on n'offrait que des fleurs. Au dieu du ciel, en mai, on offrait des
plumes, des animaux et des jeunes filles qui se consacraient au
service du temple. À la fête du feu, tout le peuple se rendait à la
montagne. On sacrifiait une victime humaine, et on distribuait le feu
nouveau obtenu par le frottement de deux rameaux de bois.
En dehors de ces horribles sacrifices humains, imposés par la
religion, la population aztèque avait des moeurs douces; les mères
aimaient leurs enfants, les pères leur enseignaient les règles de
morale, le respect et l'obéissance. Ils pleuraient longtemps leurs
morts, et étaient très hospitaliers. Ils cultivaient la terre et
exerçaient divers métiers. Les idiomes étaient nombreux, mais le
nahuatl était le plus répandu.
Après la conquête, les vice-rois du Mexique ou Nouvelle Espagne
gouvernent le pays jusqu'en 1810. Quelques-uns furent bons et
capables, la plupart cruels ou insignifiants. L'histoire, durant cette
période, est une suite de conspirations et d'intrigues. Les famines et
les pestes se succèdent, les volcans font plusieurs éruptions, les
Indiens se soulèvent de temps en temps. Mexico est inondé à plusieurs
reprises.
En 1810, Miguel Hidalgo proclame l'indépendance du Mexique et abolit
l'esclavage, mais l'Espagne ne reconnaît cette indépendance qu'en
1836. En 1822, Iturbide se fait proclamer empereur et est fusillé deux
ans après. En 1864, Maximilien d'Autriche, amené par les troupes
françaises, lui succède sur le trône. Il est fusillé en 1867, et
l'Indien Juarez reprend son siège de président de la république.
Aujourd'hui ce siège est occupé par le général Gonzales, et le général
Porfirio Diaz est sur les rangs pour la prochaine élection. On le dit
honnête et capable, et il est à espérer que, s'inspirant des éternels
principes du vrai et du bien, il pourra inaugurer les véritables
réformes, inspirer à la classe dirigeante ses devoirs de patronage,
relever le peuple de la misère, mettre en honneur l'amour du travail,
extirper les intrigues, la camorra, le pillage, fermer l'ère des
révolutions, et ouvrir au pays une ère de paix et de prospérité. Il
pourra ainsi développer ses immenses ressources, et prendre rang à
côté des peuples prospères. Mais il est temps de reprendre mon journal
de voyage.
[Illustration: Mexique.--Vera-Cruz.--Vue de la rade.]