Orties, de l'autre, par un retour d'équerre, dans le cul-de-sac de
Saint-Thomas-du-Louvre. Cet emplacement formoit, au quinzième siècle,
l'hôtel, la place et les jardins de la Petite-Bretagne, qui avoient
appartenu au duc de Bretagne. Elle devoit son nom à M. Jacques de
Matignon, comte de Thorigny, qui y fit bâtir un hôtel. (Cette rue a
été détruite.)
2e _Rue de Matignon_. Elle aboutit d'un côté à la rue du
Faubourg-Saint-Honoré, de l'autre aux Champs-Élysées, vis-à-vis
l'allée des Veuves. C'étoit autrefois une prolongation de la petite
rue Verte.
_Rue de Milan._ C'est le nom que l'on a donné depuis 1789 à un chemin
sans nom situé près de la barrière de Courcelles.
_Rue de Miromesnil._ Elle a été ouverte en 1779, et aboutit d'un côté
à la rue du Faubourg-Saint-Honoré, de l'autre à celle de la Pépinière;
elle doit son nom au chancelier Maupeou, qui étoit de cette famille.
_Rue des Moineaux._ Elle a une de ses extrémités dans la rue
Neuve-Saint-Roch, l'autre dans celle des Orties. Elle étoit connue
sous ce nom dès l'an 1561[633].
[Note 633: Arch. de l'archev.]
_Rue de Montpensier._ On a donné ce nom à une partie de la rue de
Valois qui donne dans celle de Rohan.
Il y a une autre rue de Montpensier qui longe le Palais-Royal, depuis
le théâtre Français jusqu'à l'angle opposé.
_Rue de Mouceaux._ C'est une rue percée depuis 1780, qui donne d'un
côté dans la rue du Faubourg-du-Roule, de l'autre dans celle de
Courcelles.
_Rue des Moulins._ Elle donne, d'un bout, à l'extrémité de la rue
l'Évêque, de l'autre dans la rue Thérèse, et doit son nom à deux
Moulins situés sur la butte Saint-Roch, auxquels elle conduisoit, et
qu'on a détruits lorsqu'après avoir aplani cette butte on a couvert de
maisons l'espace qu'elle occupoit. Cette rue existoit dès 1624[634].
[Note 634: Arch. de l'archev.]
_Rue des Mulets._ Elle traverse de la rue d'Argenteuil dans celle des
Moineaux. Le voisinage des moulins pourroit bien lui avoir fait donner
le nom qu'elle porte, à cause des mulets qui portoient le blé et
rapportoient la farine; elle est indiquée dans le censier de
l'archevêché, de 1663.
_Rue Saint-Nicaise._ Elle va de la rue Saint-Honoré dans celle des
Orties, et occupe l'emplacement du rempart de l'enceinte de Charles V.
Elle doit son nom à une chapelle de Saint-Nicaise qui servoit à
l'usage de l'hôpital des Quinze-Vingts vers le milieu du 15e
siècle[635].
[Note 635: La galerie neuve des Tuileries traverse le
terrain sur lequel cette partie de la rue étoit située.]
_Rue de l'Oratoire._ Elle est située vis-à-vis la rue de Mouceaux.
C'étoit un chemin sans nom avant 1789.
1re _Rue des Orties_. Elle régnoit le long des galeries du Louvre;
elle a porté en 1603 le nom de _Saint-Nicolas-du-Louvre_, en 1622
celui de _rue des Galeries_[636]. On appeloit aussi cet endroit le
rempart du Louvre. Jaillot dit que c'étoit anciennement un mur qui
régnoit le long du quai, et qui pouvoit être garni d'orties, d'où
cette rue ainsi que la suivante auront reçu leur nom[637].
[Note 636: Arch. de l'archev.]
[Note 637: Quelques auteurs font terminer cette rue au
second guichet, et, depuis cet endroit jusqu'à la cour des
Tuileries, l'appellent rue _de la Monnoie_, _de la
Monnoie-du-Louvre_ et _de la Petite-Monnoie_. Elle a été
détruite.]
2e _Rue des Orties_. Elle va de la rue Sainte-Anne à celle
d'Argenteuil. Cette rue se trouve mentionnée sous ce nom dans le
censier de l'archevêché, de 1623.
_Rue de la Pépinière._ Cette rue, qui se prolonge le long de l'espace
qu'occupoit, avant la révolution, la pépinière du roi, n'a pris le nom
qu'elle porte que depuis 1780. Avant cette époque, c'étoit un chemin
sans nom. Elle donne, d'un côté, dans la rue de Courcelles, de
l'autre, dans celle des Porcherons, située hors du quartier[638].
[Note 638: Il y a une caserne d'infanterie dans cette rue.]
_Rue de Poitiers._ Cette rue nouvelle, percée depuis 1780, aboutit
d'un côté dans la rue Neuve-de-Berri, de l'autre dans celle
d'Angoulême.
_Rue du Pont._ Cette petite ruelle est située entre la grande rue de
Chaillot et la rue Basse du même nom.
_Rue de Ponthieu._ Cette rue, percée en même temps que la rue
Poitiers, est située dans la même direction, mais plus près de
l'avenue de Neuilly; elle communique également dans les rues
Neuve-de-Berri et d'Angoulême.
_Rue Quatremère._ Cette rue, qui devoit son nom à une famille connue
de Paris, a été aussi ouverte à travers les champs qui bornoient
auparavant la rue d'Anjou. Elle fait la continuation de cette rue, et
va aboutir à celle de la Pépinière[639].
[Note 639: La rue _Quatremère_ a maintenant perdu son nom,
et fait suite à la rue d'Anjou.]
_Rue du Rempart._ Elle va d'un bout dans la rue Saint-Honoré, de
l'autre dans celle de Richelieu; elle doit son nom à une partie de
l'enceinte de Charles VI sur laquelle elle est située. En 1636, elle
s'appeloit rue _Champin_.
_Rue du Chemin-du-Rempart._ Elle commence au coin de la rue de Surêne,
et règne le long du rempart jusqu'à l'entrée du faubourg Saint-Honoré;
c'est ce qui lui en a fait donner le nom. Elle portoit anciennement
celui de _Chevilly_. La partie opposée se nomme rue Basse-du-Rempart,
parce qu'elle est effectivement plus basse que le boulevart[640].
[Note 640: C'est dans cette rue qu'est la principale entrée
du marché Daguesseau.]
_Rue de Richelieu._ La partie de cette rue qui se trouve dans ce
quartier commence à la rue Saint-Honoré et finit à la rue
Neuve-des-Petits-Champs. Le cardinal de Richelieu ayant fait bâtir le
Palais-Royal, et abattre à cet effet les anciens murs de la clôture de
Charles V, on ouvrit cette rue. Elle fut d'abord nommée _Royale_;
mais, peu après, elle prit le nom de Richelieu.
_Rue Neuve-Saint-Roch._ Elle donne d'un côté dans la rue Saint-Honoré,
et de l'autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs; cette rue doit son
nom à l'église Saint-Roch, dont la principale entrée y étoit située
avant qu'on l'eût rebâtie. Elle s'appeloit auparavant rue de
_Gaillon_. _Sauval_ dit qu'on la nommoit, en 1495 la ruelle
_Michaut-Riegnaut_, en 1521 _Michaut-Regnaut_, et en 1578 rue de
_Gaillon_, du nom de l'hôtel qui en faisoit le coin.
_Rue du Rocher._ Elle fait suite à la rue de l'Arcade et se prolonge
jusqu'à la barrière de Mouceaux. C'étoit un chemin sans nom avant
1789.
_Rue de Rohan._ Cette rue, située en face de celle de Richelieu, sur
l'ancien terrain des Quinze-Vingts, communique d'un côté avec la rue
Saint-Honoré, de l'autre aboutit à la rue de Chartres.
_Rue Roquépine._ La rue Roquépine a été percée en même temps que la
rue d'Astorg, et donne d'un côté dans la rue Verte, de l'autre à la
jonction des rues d'Anjou et Quatremère. Elle se prolongeoit autrefois
jusqu'à la rue de l'Arcade: ce passage a été fermé.
_Rue du Roule._ C'est la continuation de la rue du
Faubourg-Saint-Honoré. Elle doit son nom au petit village du Roule,
réuni à celui de la Ville-l'Évêque, et déclaré ensuite faubourg de
Paris. Ce village a porté au treizième siècle les noms de _Rollus_ ou
_Rotulus_; on le distinguoit en haut et bas Roule, et plusieurs titres
font mention d'une léproserie ou maladrerie qui s'y trouvoit située,
et qu'on a souvent appelée l'_Hôtel du bas Rolle_ et _Hôtel du Roule_.
_Rue Rousselet._ Cette rue, percée le long de l'emplacement de
l'ancien Colysée, donne d'un côté dans les Champs-Élysées, de l'autre
dans la rue du Colysée.
1re _Rue Royale_. Elle va de la rue Neuve-des-Petits-Champs dans la
rue Thérèse. On l'a nommée d'abord rue Neuve-de-Richelieu. On lui
donna ensuite le nom de Royale, lorsqu'on fit porter le nom de la
Reine à celle dans laquelle elle aboutit.
2e _Rue Royale_. Elle va de la rue Saint-Honoré à la place Louis XV, à
laquelle elle sert de principale entrée de ce côté; elle a été tracée
en même temps que cette place[641].
[Note 641: Cette rue est fameuse par l'événement désastreux
arrivé le 30 mai 1770, au milieu des fêtes données à
l'occasion du mariage du dauphin. On venoit de tirer un feu
d'artifice sur la place Louis XV; la foule des spectateurs,
se portant dans la rue Royale, y rencontra une foule non
moins nombreuse qui venoit du côté opposé; et de la violence
de ces deux masses qui s'entre-choquoient, il résulta un tel
désordre, une presse si horrible, que plus de 300 personnes
restèrent mortes sur la place, sans compter un grand nombre
d'autres qui moururent après, des suites de leurs
blessures.]
_Rue des Saussaies._ Elle aboutit d'un côté à la rue du
Faubourg-Saint-Honoré, et de l'autre aux extrémités des rues de Surêne
et de la Ville-l'Évêque. Elle a porté les noms de rue des _Carrières_,
de la _Couldraie_, des _Saussaies_[642], de _Chemin de la
Saussaie_[643], vraisemblablement parce qu'il y avoit dans ce terrain
des carrières, des coudres et des saules. Plus anciennement elle avoit
été appelée _ruelle Baudet_.
[Note 642: T. I, p. 162.]
[Note 643: Cens. de l'archev., 1665.]
_Rue de la Sourdière._ Elle va de la rue Saint-Honoré au cul-de-sac de
la Corderie; elle doit son nom à M. de La Faye, sieur de la Sourdière,
qui avoit sa maison dans cet endroit. Ce n'étoit, au milieu du
dix-septième siècle, qu'une longue allée qui régnoit le long de cette
maison et de ses jardins. On voit, par un procès-verbal de 1640, qu'il
y avoit trois maisons contiguës qui passèrent au sieur _Guiet de
l'Épine_; et le passage, ayant été élargi, prit le nom de
_l'Épine-Guiet_, et de _Guiet-l'Épine_. Il est ainsi désigné en 1663;
mais dès l'année suivante on le voit sous le nom de la _Sourdière_,
qu'il a conservé.
À l'extrémité de cette rue se trouve le cul-de-sac _de la Corderie_.
On l'a aussi appelé autrefois cul-de-sac _Péronnelle_, dénomination
prise de son emplacement, qu'on nommoit ainsi. On y entre par la rue
Neuve-Saint-Roch. C'est maintenant une rue ouverte sur le marché
Saint-Honoré, et qui porte le même nom.
Le passage qui conduisoit de cette rue aux Jacobins étoit une ruelle
ou cul-de-sac nommé le cul-de-sac de _Saint-Hyacinthe_, du nom d'un
des saints de cet ordre.
_Rue de Surêne._ Elle aboutit à la rue des Saussaies et au boulevart.
C'étoit anciennement un simple chemin qui conduisoit au village de
Surêne; et le cimetière de la Magdeleine y étoit situé. C'est dans cet
endroit qu'on avoit d'abord placé le marché Daguesseau.
_Rue Thérèse._ Elle va de la rue Sainte-Anne à la rue Ventadour. On
l'ouvrit lorsqu'on aplanit la butte Saint-Roch; et le nom qu'elle
porte lui fut donné en l'honneur de Marie-Thérèse d'Autriche, épouse
de Louis XIV. Il paroît cependant qu'elle ne le reçut qu'après la mort
de cette princesse: car ce n'est que depuis 1692 qu'on la trouve
distinguée de la rue du Hasard, et indiquée sous le nom de rue
Thérèse.
_Rue Saint-Thomas-du-Louvre._ Elle aboutissoit d'un coté à la rue
Saint-Honoré et à la place du Palais-Royal, de l'autre à la rue des
Orties et aux galeries du Louvre. Ce nom lui vient d'une église de
Saint-Thomas, située dans cette rue, et que depuis sa reconstruction
on appela Saint-Louis-du-Louvre. On la nommoit anciennement la rue des
Chanoines, _Strata Canonicorum_. On lui donna ensuite le nom qu'elle
porte aujourd'hui, _Vicus S. Thomæ de Lupera_ en 1242; _S. Thomas de
Lupara_ en 1256, et de _Lupera_ en 1288[644].
[Note 644: Cart. de Sorbonne, fol. 147.--_Cart. S. Germ.
Autiss._, folio 52. La partie de cette rue qui dépassoit la
place du Carrousel a été détruite.]
_Rue Traversière._ Elle est ainsi nommée parce qu'elle traverse de la
rue Saint-Honoré dans celle de Richelieu. Dans quelques titres qui
remontent jusqu'à 1623, elle est appelée rue _Traversante_, _de la
Brasserie_ et _du Bâton Royal_.
Dans cette rue est un cul-de-sac nommé le cul-de-sac _de la
Brasserie_; il doit ce nom à une maison dite de la Brasserie, qui en
faisoit le coin en 1668.
_Rue de Valois._ Elle a été percée sur l'emplacement des
Quinze-Vingts, et donne d'un côté dans la rue Saint-Honoré, de l'autre
dans celle de Rohan.
Il y a une seconde _rue de Valois_ qui donne d'un bout dans la rue
Saint-Honoré, et de l'autre se prolonge le long du Palais-Royal
jusqu'au passage Radziville, où elle donne dans la rue de Beaujolois.
Une troisième _rue de Valois_, située devant le jardin de Mouceaux,
aboutit d'un côté à la rue de Courcelles, et se prolonge jusqu'à la
barrière qui porte aussi le nom de Mouceaux.
_Rue de Ventadour._ Elle aboutit d'un côté dans la rue
Neuve-des-Petits-Champs, et de l'autre dans la rue Thérèse. On la nommoit
autrefois _rue Saint-Victor_; ensuite elle s'est prolongée jusqu'à la rue
des Moineaux, et sous le nom de _Ventadour_ ou de _Lionne_, elle se
continuoit en 1673 au-delà de la rue Neuve-des-Petits-Champs. Elle tient
le nom qu'elle porte maintenant de la famille de Ventadour.
_Petite rue Verte._ Elle donne d'un bout dans la rue du
Faubourg-Saint-Honoré, de l'autre dans la rue Verte.
_Allée des Veuves._ Cette allée, qui termine les Champs-Élysées, donne
d'un bout dans la grande allée, de l'autre sur le quai, à l'extrémité
du Cours-la-Reine.
_Rue Villedo._ Elle traverse de la rue Sainte-Anne dans la rue de
Richelieu; et doit son nom aux sieurs Guillaume et François
_Villedo_, intendants généraux des bâtiments du roi et des
ponts-et-chaussées, qui avoient, en 1667, plusieurs possessions à la
butte Saint-Roch, sur lesquelles cette rue a été ouverte.
_Rue des Vignes._ Elle aboutit à la grande rue de Chaillot en entrant
par l'avenue: c'étoit un chemin sans nom avant 1789.
_Rue de la Ville-l'Évêque._ Elle commence à la rue de l'Arcade, à
l'ancienne extrémité de la rue de la Magdelaine, et finit à la rue des
Saussaies. Son nom lui vient du territoire sur lequel elle est située,
qui appartenoit à l'évêque et au chapitre de Notre-Dame, et dont
plusieurs titres du treizième siècle font mention sous le même nom de
_Villa Episcopi_.
PASSAGES.
Ils sont nombreux dans ce quartier et principalement autour du
Palais-Royal.
_Passage Radziville._ Il est situé dans l'angle des rues de Valois et
de Beaujolois, et donne à l'entrée de la rue des Bons-Enfants.
_Passages_ sans nom de la rue de Beaujolois dans la rue
Neuve-des-Petits-Champs. Il y en a deux, l'un avant, l'autre après la
rue Vivienne.
_Passage du café de Foi._ Il donne de la rue Montpensier dans la rue
de Richelieu.
Plusieurs autres passages sans nom communiquent encore le long de la
rue Montpensier à divers points de la rue de Richelieu.
_Passage Saint-Guillaume._ Il communique de la rue Traversière à la
rue de Richelieu.
_Passage Saint-Roch._ Il est situé auprès de cette église et
communique de la rue Saint-Honoré à la rue d'Argenteuil.
QUAIS.
_Quai des galeries du Louvre._ Il commence au premier guichet, appelé
_de la rue Froi-Manteau_, et finit au bout du Pont-Royal. À l'entrée
de ce quai est le port _Saint-Nicolas_, lequel a pris son nom de
l'église collégiale qui en étoit voisine. C'est à ce port
qu'abordoient, avant la révolution, les marchandises qui venoient des
pays étrangers en remontant la Seine. C'est encore là que l'on
décharge aujourd'hui les barques qui apportent les productions de la
Normandie, etc. Avant la construction du nouveau pont, dit _Pont des
Arts_, on passoit la rivière à cet endroit dans des bateaux.
_Quai des Tuileries_ ou _de la Conférence_. Il commence au bout du
Pont-Royal, et finit à l'endroit où étoit anciennement la porte dont
il a pris le nom. C'est de l'entrée de ce quai que partent, tous les
jours, les galiotes de Saint-Cloud et de Sève.
_Port aux Pierres._ Il est situé vis-à-vis le Cours-la-Reine.
_Quai de la Savonnerie._ Il commence à l'extrémité du Cours-la-Reine,
et finit à la barrière des Bons-Hommes. On le nomme maintenant quai
_de Billy_ et _de la Conférence_.
ANTIQUITÉS ROMAINES
DÉCOUVERTES DANS LE QUARTIER DU PALAIS-ROYAL.
Il a paru vraisemblable à plusieurs historiens de Paris que[645],
sous la domination des Romains, la cité de Paris avoit commencé à
étendre ses faubourgs sur la rive septentrionale du fleuve dont elle
est entourée: à défaut de monuments historiques, des restes
d'antiquités qu'on y a trouvés sur divers points et à diverses époques
ont démontré jusqu'à l'évidence ce qui n'avoit d'abord été qu'une
simple conjecture.
[Note 645: _Voyez_ Discours prélimin., p. xiij.]
Des débris de voies romaines, que le temps n'a point entièrement
détruits, indiquent des communications établies avec plusieurs lieux
environnants, tels que Clichi, Pierre-Laie, Pontoise, Saint-Denis,
Pierre-Fite, etc.; et d'autres monuments qui ne peuvent exister que
dans l'enceinte des villes, prouvent que cette partie septentrionale,
depuis couverte de forêts et de marécages, étoit alors habitée: voici
ce que l'on a découvert dans le quartier que nous venons de décrire.
_Aquéduc de Chaillot._ Cet aquéduc souterrain, dont les premières
constructions étoient établies sur les hauteurs de Chaillot, et à la
source des eaux minérales qui existent encore aujourd'hui dans cet
endroit, traversoit l'emplacement des Champ-Élysées, et probablement
celui qu'occupe aujourd'hui le jardin des Tuileries, pour venir
aboutir au jardin du Palais-Royal. Les travaux que l'on faisoit en
1763 pour la formation de la place Louis XV procurèrent la découverte
des canaux de conduite de cet aquéduc; et l'on découvrit en même temps
à Chaillot un reste de maçonnerie antique qui avoit fait partie de ses
constructions. M. le comte de Caylus a publié à ce sujet une
dissertation[646].
[Note 646: Recueil d'antiq., t. II, p. 375.]
_Bassins antiques du Palais-Royal._ Ils furent découverts en 1781,
lors des fouilles que l'on fit dans le jardin de ce palais pour
établir les fondations de ses nouvelles galeries. Le premier, qui
gisoit à trois pieds au-dessous du sol, et à l'extrémité méridionale
de ce jardin, présentoit un carré de vingt pieds de dimension sur ses
quatre côtés. Au même endroit furent trouvées des médailles
d'Aurélien, de Dioclétien, de Posthume, de Magnence, de Crispe, de
Valentinien Ier; ce qui semble indiquer une construction qui ne
remonte pas au-delà du quatrième siècle.
Le second bassin, beaucoup plus vaste que le premier, et trouvé dans
la partie septentrionale du même jardin, s'étendoit à cinq pieds sous
terre, depuis le point de la galerie où est situé le café de Foi,
jusqu'au passage de Radziville. Tous les deux étoient évidemment de
construction romaine; et une circonstance assez remarquable, c'est que
la direction de l'aquéduc, reconnue par M. de Caylus depuis Chaillot
jusqu'à la place Louis XV, continuant d'être prolongée en ligne
droite, seroit venue précisément aboutir au premier de ces deux
bassins[647].
[Note 647: _Voyez_ Observ. sur quelques antiq. rom., etc.,
par M. _Bourignon de Saintes_.]
MONUMENTS NOUVEAUX
ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.
_Palais-Royal._ La cour de ce palais qui donne sur la rue Saint-Honoré
et qui sert d'entrée à la partie de cet édifice qu'occupe M. le duc
d'Orléans, doit être incessamment fermée au public; et à côté de cette
cour il a été percé un nouveau passage formant une galerie qu'orne une
colonnade d'ordonnance dorique. Ce passage, dans lequel on a pratiqué
des boutiques, traverse le péristyle dont on avoit fait
provisoirement, pendant quelques années, la bourse de Paris, et vient
communiquer à la seconde cour que borne au nord la galerie de bois.
Au milieu du jardin, dont les deux extrémités sont ornées de tapis de
verdure, s'élève une gerbe d'eau formant un jet d'environ dix-huit
pieds de hauteur, qui retombe dans un grand bassin circulaire, et
répand ainsi de la fraîcheur au milieu de cette promenade jusqu'alors
peu agréable à cause de son extrême aridité.
_Théâtre du Vaudeville._ Ce théâtre a été élevé sur l'emplacement de
l'ancien Vauxhall, vis-à-vis le Palais-Royal, et à l'entrée des rues
de Chartres et de Saint-Thomas-du-Louvre qu'il borde des deux côtés.
C'est un édifice qui, à l'extérieur, n'a pas d'autre apparence que
celle d'une maison particulière. La salle qu'il contient est petite et
n'a de même rien qui mérite d'être remarqué.
_Palais des Tuileries._ Toutes les constructions qui obstruoient la
façade de ce monument, du côté de la place du Carrousel, ont été
abattues; et le terrain qu'elles occupoient a été changé en une vaste
cour qui s'étend jusqu'au premier guichet de la grande galerie, et que
ferme une grille en fer d'un beau travail. Cette grille a trois
entrées: la première au milieu et vis-à-vis l'arc de triomphe dont
nous allons bientôt parler, les deux autres de chaque côté, et entre
des massifs carrés en pierre formant piédestaux, qui supportent des
statues colossales de Victoires, assises et entourées de divers
attributs. Avant qu'on y eût placé ces statues, traitées dans le style
de la décoration monumentale, les quatre chevaux de bronze antique
enlevés à la ville de Venise avoient été élevés sur ces piédestaux.
_Intérieur du palais._ Cet intérieur a subi de grands changements
dans sa décoration. Sous le vestibule on a pratiqué un nouvel escalier
d'une belle architecture qui conduit d'un côté aux galeries
supérieures de la chapelle et au théâtre, de l'autre à la salle des
maréchaux. Ces diverses pièces ont subi, tant dans leur disposition
que dans leur architecture, de grands et heureux changements. Les
galeries au rez-de-chaussée du côté du jardin ont été décorées, sous
toutes les arcades qui les composent, de statues antiques ou copiées
de l'antique, représentant des personnages romains, matrones et
sénateurs.
_Jardin des Tuileries._ Sans rien changer à la belle ordonnance et aux
grandes masses de ce jardin, on l'a achevé dans quelques détails qui,
jusqu'alors, avoient été négligés et qui en complètent la symétrie.
C'est principalement du côté du pont tournant qu'ont été faits en ce
genre les travaux les plus importants. L'orangerie a été abattue ainsi
que les constructions qui obstruoient toute cette extrémité du jardin;
et sur cet emplacement on a formé deux larges terrasses parfaitement
symétriques, qui se dessinent en fer à cheval et viennent finir en
pente douce des deux côtés du grand bassin. Ces deux terrasses ont été
plantées d'arbres formant allées et bosquets; elles sont entourées de
fossés du côté de la place Louis XV, et revêtues d'un mur solide en
bossages. Chaque angle extérieur du parapet est orné d'un lion en
marbre blanc.
Les deux autres terrasses dites des _Feuillans_ et _du bord de l'eau_
ont été plantées d'arbres. La première est fermée d'une grille toute
semblable à celle qui termine la cour du château. Cette grille, qui
s'étend depuis le pavillon Marsan jusqu'à l'extrémité du jardin, et
qui forme ainsi l'un des côtés de la rue de Rivoli dans presque toute
sa longueur, est soutenue de distance en distance par des piliers
carrés sur lesquels on a placé des vases en marbre blanc d'une forme
élégante. La terrasse du _bord de l'eau_ est ornée de belles copies
en bronze de quelques-unes des statues les plus célèbres de
l'antiquité, le Laocoon, l'Apollon du Belvédère, l'Hercule Télèphe, la
Diane de Versailles, etc. On communique du château à cette terrasse
par une galerie souterraine; ce qui en fait une promenade particulière
pour les princes, et que l'on peut isoler en un instant du reste du
jardin, en fermant toutes les grilles dont elle est entourée.
Enfin tous les compartiments du parterre, jusqu'alors fermés seulement
par des barrières en bois, ont été entourés de balustrades de fer; et
plusieurs statues nouvelles en bronze et en marbre, ou modernes ou
copiées de l'antique, ont été répandues autour des bassins, à l'entrée
de ce parterre et sur la lisière du bois.