[Note 603: La représentation que nous en donnons est rare,

et date de ces premiers temps. Le bâtiment, en lui-même, n'a

rien qui mérite l'attention, mais il est curieux de voir

quel étoit alors l'état d'un endroit aujourd'hui très-peuplé

et couvert de maisons. La manufacture de la Savonnerie y

paroît isolée dans une vaste plaine: on aperçoit derrière, à

une certaine distance, le village de Chaillot, et à droite

les derniers arbres du Cours-la-Reine, qui étoit encore hors

de la ville. Il paroît que les quais se prolongeoient déjà

jusqu'à cette distance au-delà des murs. _Voy._ pl. 69.]

C'est le seul établissement de cette espèce qu'il y ait en France; et,

sous plusieurs rapports, il mérite d'être vu. La chaîne des ouvrages

qu'on y fabrique est posée perpendiculairement, comme aux tapisseries

de _haute-lice_, mais avec cette différence qu'à ces dernières

l'ouvrier travaille du côté de l'_envers_, tandis qu'à la Savonnerie

il a devant lui le côté de l'_endroit_, comme dans les ouvrages de

_basse-lice_.

Les bâtiments de cette manufacture furent réparés en 1713 par ordre du

duc d'Antin, alors directeur des bâtiments et manufactures du roi. Une

inscription gravée sur un marbre noir placé au-dessus de la porte

d'entrée rappeloit l'époque de cette réparation.

La chapelle de la Savonnerie étoit fort simple, et sous l'invocation

de saint Nicolas: elle offroit aussi sur son portail l'inscription

suivante, qui nous a semblé singulière:

«La très-auguste Marie de Médicis, mère de Louis XIII, pour

avoir, par sa charitable munificence, des couronnes au ciel comme

en la terre, par ses mérites a établi ce lieu de charité, pour y

être reçus, alimentés, entretenus et instruits les enfants tirés

des hôpitaux des pauvres enfermés; le tout à la gloire de Dieu,

l'an de grâce 1615.»

Les tapis que la manufacture de la Savonnerie étale tous les deux ans,

à l'exposition publique que font les manufactures royales des produits

de leur industrie, sont maintenant, pour l'éclat des couleurs, pour la

perfection du dessin, pour la beauté du tissu, d'une perfection que

rien n'égale en ce genre, et qui ne semble pas pouvoir être désormais

surpassée.

MONASTÈRE

DE LA VISITATION DE CHAILLOT.

Ce couvent, situé à mi-côte de Chaillot, et à l'extrémité de ce

village, étoit le dernier établissement public que l'on rencontrât

dans le quartier que nous décrivons.

Il avoit été fondé par Henriette-Marie de France, fille de Henri IV et

veuve de Charles Ier, roi d'Angleterre. Cette princesse ayant obtenu,

par lettres-patentes enregistrées au parlement le 19 janvier 1652,

l'autorisation nécessaire pour établir, dans la paroisse de Chaillot,

un couvent de religieuses de la Visitation, y fit, à cet effet,

l'acquisition d'une grande maison, bâtie par la reine Catherine de

Médicis, et qui avoit appartenu, après sa mort, au maréchal de

Bassompière[604]. Les mémoires du temps disent qu'après y avoir

installé ces saintes filles, Henriette demeura quelque temps avec

elles, se soumettant à toutes les pratiques de la vie religieuse, et

édifiant la communauté entière par la sainteté de sa vie.

[Note 604: Sous Henri IV on la nommoit la maison de

_Grammont_.]

Quelques années après leur établissement à Chaillot, les religieuses

de la Visitation, déjà reconnues dames du lieu, obtinrent

l'amortissement du château de ce village, de la maison du jardinier,

jardin et bois clos de murs, avec la haute justice, sans être tenues

de payer finances[605]. Ces droits leur furent accordés par lettres du

mois de septembre 1656.

[Note 605: L'abbé Lebeuf ajoute: _mais seulement homme

vivant et mourant pour cette haute justice_. Cette phrase,

de style de jurisprudence, signifie que l'acquéreur

_main-mortable_, lorsqu'il achetoit un immeuble pour lequel

on ne vouloit pas qu'il jouit des avantages de la

_main-morte_, étoit alors obligé de fournir un homme qui

payoit les droits de mutation, et étoit censé le

propriétaire de l'acquisition. À sa mort, on en substituoit

un autre à l'effet de perpétuer le paiement des mêmes

droits.]

Leur maison fut depuis considérablement augmentée; et dans l'année

1704 Nicolas Fremond, garde du trésor royal, et Geneviève Damond sa

femme, firent rebâtir entièrement l'église[606]. Le coeur de cette

dame y étoit déposé.

[Note 606: Cette église étoit d'une très-mauvaise

architecture; le comble n'avoit aucune proportion avec le

reste du bâtiment, ce qui produisoit un effet d'autant plus

choquant, que, par sa situation, on l'apercevoit de

très-loin. L'église et le couvent ont été entièrement

détruits pendant la révolution; et sur le terrain adjacent

on avoit commencé à élever le palais dit du _Roi de Rome_.

On achève en ce moment la démolition de ces premières

constructions et le nivellement de ce terrain.]

TABLEAUX ET SÉPULTURES.

Dans la chapelle dite de Saint-François de Sales, un tableau de

_Restout_, représentant madame de Chantal et ses religieuses en

prières devant l'image de ce saint.

Dans le choeur de l'église étoient déposés le coeur de Henriette

de France, reine d'Angleterre, fondatrice de cette maison; ceux

de son fils, Jacques Stuart II, roi d'Angleterre, et de

Louise-Marie Stuart, fille de ce prince, morte au château de

Saint-Germain-en-Laye le 7 mai 1718.

MONASTÈRE

DES MINIMES DE CHAILLOT.

Ce monastère, situé à mi-côte de la montagne de Passy, à peu de

distance du couvent de la Visitation, étoit hors des murs de Paris.

Cependant nous croyons devoir en faire mention dans cet ouvrage,

non-seulement parce qu'il dépendoit de la paroisse de Chaillot,

renfermée dans la ville, mais encore parce qu'il fut la première

maison qu'ait possédée en France l'ordre des Minimes, et que par

conséquent son histoire se rattache à celle des religieux de cette

observance, qui avoient leur habitation près de la Place-Royale.

L'ordre dont nous parlons fut institué dans la Calabre par François

_Marotille_, vers l'an 1346, sous le nom d'_Ermites_ de Saint-François

d'Assise. Ce saint fondateur, connu depuis lui-même sous le nom de

_François de Paule_, du lieu de sa naissance, avoit voulu, par celui

de _Minimes_ qu'il donna à ces religieux, leur rappeler sans cesse

l'humilité dont ils devoient faire profession[607].

[Note 607: Ces religieux étoient aussi connus sous le nom de

Bons-Hommes. Quelques-uns pensent que ce nom leur fut donné

parce que Louis XI appeloit François de Paule le

_Bon-Homme_. D'autres croient que c'étoit une dénomination

commune à tous les _Ermites_. En effet, Louis VII avoit déjà

fondé, en 1164, et établi dans le bois de Vincennes, un

monastère de l'ordre de _Grandmont_, dont les religieux

étoient vulgairement appelés _Ermites_ ou _Bons-Hommes_.

Cette maison, richement dotée par les libéralités de ce

prince et de plusieurs autres illustres personnages, passa,

par un échange, aux Minimes du couvent de Nijon, qui y

envoyèrent, en 1585, un certain nombre de religieux,

lesquels prirent alors le nom de _Minimes de Vincennes_.]

Louis XI, instruit par la renommée des vertus apostoliques et de la

vie édifiante de François de Paule, le fit venir en France en 1482,

espérant, dans les terreurs superstitieuses qui l'agitoient à ses

derniers moments, obtenir par les prières d'un si saint personnage la

guérison de la maladie dont il étoit affligé. Il le reçut avec un

respect qui ressembloit à une espèce de culte[608], et lui donna dans

le château du Plessis-lès-Tours, où il faisoit sa résidence, un

logement pour lui et pour les religieux qui l'avoient accompagné.

Charles VIII honora également les Minimes de son estime et de sa

protection, et leur fit bâtir à Tours un couvent, où le saint

fondateur mourut le 2 avril 1507. Il fut canonisé par Léon X le Ier

mai 1519.

[Note 608: En l'abordant il se jeta à ses pieds, et lui dit:

_Saint homme, si vous voulez, vous pouvez me guérir_.

François de Paule l'exhorta à mettre sa confiance dans la

Providence divine, et promit le secours de ses prières;

toutefois, malgré les vives instances du roi, il ne voulut

jamais faire d'autre prière à Dieu, sinon que son adorable

volonté fût accomplie. Ce saint moine, sachant ce que ce

monarque attendoit de lui, avoit long-temps refusé de

quitter sa solitude; il répondit au roi de Naples, dont

Louis XI avoit employé la médiation, qu'il n'iroit pas

trouver un prince qui commenceroit par lui demander un

miracle. Enfin il fallut un ordre du pape pour le déterminer

à faire un tel voyage.]

Anne de Bretagne, épouse des rois Charles VIII et Louis XII, voulant

fonder un couvent de cet ordre, fit don aux disciples de

Saint-François de Paule de la maison royale située à Chaillot, qu'elle

tenoit de ses ancêtres les ducs de Bretagne, laquelle étoit appelée

manoir de _Nijon_, ou hôtel de Bretagne[609]. Cette fondation fut

faite en 1493. Peu de temps après (en 1496) elle y ajouta un hôtel

contigu, contenant un enclos de sept arpents, et une chapelle sous le

titre de _Notre-Dame de toutes grâces_. Enfin, voulant mettre le

comble aux faveurs qu'elle leur avoit accordées, cette princesse donna

les premiers fonds nécessaires pour la construction de l'église qui

existoit encore avant la révolution. Cet édifice, commencé à cette

époque, ne fut terminé que vers l'an 1578, sous le règne de Henri III,

et dédié sous le même titre que l'ancienne chapelle.

[Note 609: _Voyez_ p. 1041.]

C'étoit un bâtiment assez grand, orné de boiseries et de pilastres

ioniques. Le monastère, très-vaste et bien situé, pouvoit contenir

cent religieux.

CURIOSITÉS DU MONASTÈRE DES MINIMES DE CHAILLOT.

TABLEAUX.

Dans l'avant-choeur, quatre tableaux de _Sébastien Bourdon_,

représentant:

Le premier à droite, la Décollation de saint Jean.--Sur l'autel à

côté, le baptême de N. S.--Dans la chapelle à gauche, une sainte

Geneviève repoussant, avec l'aide d'un ange, le démon qui veut

éteindre son cierge.--Sur le lambris qui étoit auprès, la même

sainte prosternée aux pieds de saint Germain, évêque d'Auxerre,

qui lui donne une médaille.

Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption.--Dans celle de

Sainte-Marthe, Louis XI recevant saint François de Paule, sans

nom d'auteur.--Parmi plusieurs tableaux qui se trouvoient dans la

sacristie, on remarquoit une très-belle adoration des bergers,

par _La Hyre_.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans la chapelle de la Vierge étoit le mausolée du maréchal et

vice-amiral Jean d'Estrées, mort en 1707. Sur le sarcophage,

terminé des deux côtés en proue de vaisseau, on voyoit un Génie

appuyé sur des palmes et des trophées, et tenant un médaillon qui

offroit en bas-relief le portrait du maréchal et celui de son

épouse, Marie-Marguerite Morin, morte en 1714. Le coeur de cette

dame étoit déposé dans le même tombeau.

Dans la chapelle de Sainte-Marthe, on voyoit le mausolée de

Françoise de Veynes, ou Veyni, épouse du fameux chancelier et

cardinal Antoine Duprat.

Les autres personnages remarquables enterrés dans cette église

étoient:

Jean d'Alesso, petit-neveu de saint François de Paule, mort en

1572.

Marie de La Saussaye son épouse.

Magdeleine d'Alesso, femme de Pierre Chaillot, secrétaire de la

chambre du roi, morte en 1583. Il y avoit dans cette église une

chapelle destinée à la sépulture de cette famille.

Olivier Lefebvre, seigneur d'Ormesson et d'Eaubonne, mort en

1600.

Anne d'Alesso son épouse, morte en 1590.

François Jourdan, professeur royal en hébreu dans le dix-septième

siècle[610].

[Note 610: L'église a été détruite, et le couvent changé en

manufacture.]

HÔTELS.

Les quartiers neufs, où l'on pouvoit disposer plus facilement de

vastes emplacements, et surtout ceux où étoient situées les maisons

royales, furent bientôt couverts, comme nous l'avons dit, d'hôtels

magnifiques, habités par les personnages que leur rang et leur

opulence appeloient aux premières charges de l'État, et obligeoient à

une grande représentation. Un nombre considérable d'habitations de ce

genre s'élevèrent autour du palais des Tuileries dès son origine, et

plusieurs même devinrent célèbres dans l'histoire de Paris. Nous avons

rassemblé ce qui reste de traditions curieuses sur ces anciens

édifices, dont plusieurs ont été détruits; et nous donnerons en même

temps la nomenclature exacte, et quelquefois la description de ceux

qui ont été successivement élevés jusque dans les derniers temps de

la monarchie.

ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.

_Hôtel de Rambouillet._

Dans les treizième et quatorzième siècles, les seigneurs de

Rambouillet avoient déjà à Paris plusieurs hôtels qui portoient leur

nom. Deux sont particulièrement connus et remarquables. Le premier,

habité par leur famille jusqu'en 1606, et situé dans l'endroit même où

le cardinal de Richelieu fit construire depuis le Palais-Royal, avoit

sa principale porte placée précisément à l'endroit où est maintenant

le grand portail de ce palais. Cet édifice, sans régularité et sans

symétrie, étoit très-vaste, et s'étendoit jusqu'aux anciennes

murailles de la ville.

Plusieurs personnages illustres de la famille d'Angennes de

Rambouillet, cardinaux, évêques, gouverneurs de provinces, chevaliers

des ordres du roi, habitèrent successivement cet hôtel, depuis la fin

du quatorzième siècle jusqu'à celle du dix-septième. Il fut vendu en

1624 pour la somme de trente mille écus au cardinal de Richelieu, qui

le fit abattre et entrer dans les constructions du Palais-Royal.

Le second hôtel de Rambouillet[611], situé dans la rue Saint-Thomas

du Louvre, près de l'hôtel Longueville, s'étendoit de là jusqu'au

jardin de l'hôpital des Quinze-Vingts. Cet hôtel, qui avoit été connu

successivement sous les noms d'hôtel d'O, de Noirmoutiers, de Pisani,

prit celui de Rambouillet, lorsque Charles d'Angennes, marquis de

Rambouillet, qui avoit épousé mademoiselle de Vivonne, fille du

marquis de Pisani, vint s'y établir après la mort de son beau-père. Il

le fit depuis presque entièrement rebâtir.

[Note 611: Jaillot semble avoir confondu ces deux hôtels; du

moins ce qu'il en dit est si succinct et si embrouillé,

qu'il est difficile de le bien comprendre.]

L'esprit, les grâces, les connoissances variées de Catherine de

Vivonne, son goût pour tout ce qui avoit rapport aux sciences et aux

lettres, attirèrent dans son hôtel tous les gens d'esprit de la cour

et de la ville. Il s'y forma une espèce d'académie; les poëtes, les

romanciers du temps s'empressèrent de célébrer cette illustre dame et

de chanter les lieux qu'elle embellissoit de sa présence. Mademoiselle

Scudéry, dans son roman de _Cyrus_, donna la description exacte de

l'hôtel de Rambouillet, qu'on y reconnoît sous le nom de palais de

Cléonime; ailleurs il est appelé le palais d'Arthenice. Ce nom, dont

Malherbe étoit l'auteur, formoit l'anagramme de celui de Catherine,

nom de baptême de la marquise. Enfin, la maison de cette dame étoit

si renommée dans la république des lettres, qu'elle fut long-temps

appelée le Parnasse français. Ceux qui n'y étoient pas admis auroient

vainement prétendu à la célébrité, et il suffisoit d'y avoir entrée

pour être compté parmi les beaux esprits du temps.

La société de l'hôtel de Rambouillet ne fut pas exempte des défauts

inhérents pour ainsi dire à ces sortes de réunions; elle donna dans le

pédantisme et dans une ridicule affectation de bel esprit, qui passa

des écrits dans le langage, travers dont Molière fit justice dans sa

comédie des _Précieuses ridicules_. Néanmoins on convient généralement

que cette société, en réveillant le goût des lettres, prépara les

voies aux célèbres auteurs du grand siècle. Il n'est pas de notre

sujet de nous étendre davantage sur les assemblées littéraires qui

donnèrent tant d'éclat à cet hôtel. Nous revenons à sa description.

Cet édifice, construit en briques, étoit décoré d'embrasures, de

corniches, de frises, d'architraves et de pilastres de pierre[612].

Le corps du bâtiment formoit quatre grands appartements: le plus

considérable étoit occupé par la marquise, qui y recevoit sa savante

compagnie dans un superbe salon, dont la tenture étoit en velours bleu

rehaussé d'or et d'argent. (Il est souvent parlé de cette salle dans

les oeuvres de Voiture, sous le nom de _la chambre bleue_.) Les

fenêtres, dont l'ouverture prenoit depuis le plafond jusqu'en bas,

laissoient jouir, sans obstacle, de l'air, de la vue et de la

promenade du jardin, qui se trouvoit de niveau et contigu à cet

appartement. Ce genre de croisées étoit surtout ce qui excitoit

l'admiration: car, si nous en croyons Sauval, c'étoit la marquise de

Rambouillet qui avoit fourni aux architectes l'idée de cet

embellissement inconnu jusqu'alors; on devoit également à ses dessins

la distribution aussi élégante que commode des appartements,

distribution qui servit depuis de modèle à une infinité de palais et

de châteaux.

[Note 612: À cette époque, la brique et la pierre étoient

les seuls matériaux que l'on employât dans les grands

bâtiments. C'est ainsi que furent bâtis la Place-Royale,

Fontainebleau et plusieurs autres édifices publics. La

rougeur de la brique, la noirceur de l'ardoise et la

blancheur de la pierre formoient des nuances de couleur qui

passoient alors pour très-agréables. Des édifices publics,

ce genre de construction passa dans les maisons

particulières; mais on se dégoûta bientôt de cette bigarrure

de mauvais goût; elle fut même critiquée dès ce temps-là, et

l'on trouvoit, avec quelque raison, qu'elle rendoit les

maisons assez semblables à des châteaux de cartes.]

Cet hôtel passa ensuite dans la maison de Sainte Maure-Montauzier, par

le mariage de Charles de Sainte-Maure, duc de Montauzier, avec la

célèbre Julie d'Angennes, fille de la marquise: il fut enfin possédé

par les ducs d'Uzès, dont l'un avoit épousé la fille unique et seule

héritière du duc de Montauzier et de Julie d'Angennes[613].

[Note 613: Sur une partie de l'emplacement qu'occupoit cet

hôtel ont été élevés le bâtiment des écuries d'Orléans et le

Vauxhall d'hiver ou Panthéon. Les écuries d'Orléans ont été

construites sur les dessins de M. Poyret, architecte. Cet

édifice a le caractère qui lui convient. Le Vauxhall étoit

une salle de danse bâtie en 1784, pour remplacer l'ancien

Vauxhall de la foire Saint-Germain, que l'on venoit

d'abattre. On en a fait depuis le théâtre du Vaudeville.]

_Hôtel d'Armagnac_.

Il étoit situé sur une partie du terrain qu'occupe maintenant le

Palais-Royal. Nous en avons parlé à l'article de ce monument[614].

[Note 614: _Voyez_ p. 873.]

_Hôtel de Sillery_.

Cet hôtel, bâti par le commandeur Brûlart de Sillery, étoit situé sur

l'emplacement de la place du Palais-Royal, et fut détruit peu de temps

après la construction de ce palais[615].

[Note 615: _Voy._ p. 901.]

_Hôtel de la Petite-Bretagne_.

Cet hôtel ou _manoir_, qui avoit appartenu aux ducs de Bretagne, étoit

situé sur le terrain qu'occupe actuellement la rue de _Matignon_[616]. Il

fut donné, en 1428, au chapitre de Saint-Thomas-du-Louvre. En 1500, il y

avoit en ce même endroit un hôtel appartenant à M. Jacques de Matignon,

comte de Thorigni. Henri IV en fit depuis l'acquisition; et Louis XIII le

donna en 1615 au président Jeannin, contrôleur des finances, pour y ouvrir

une rue.

[Note 616: Il ne faut pas confondre cette rue de Matignon

avec la prolongation de la petite rue Verte, qui a reçu

depuis peu le même nom. Celle-ci étoit voisine de la rue des

Orties et de celle de Saint-Thomas-du-Louvre.]

_Hôtel de Luxembourg_.

Cet hôtel avoit été bâti par M. le maréchal de Luxembourg, sur une

partie de l'ancien terrain des Capucins, terrain qui lui avoit été

adjugé par arrêt de la cour des Aides du 6 juillet 1673. On voit, par

le contrat de vente qu'en fit M. le duc de Pinci-Luxembourg, que cet

hôtel contenoit quatre maisons, cours, jardins, et trois arpents et

demi qui s'étendoient jusqu'au boulevart.

_Hôtel de Vendôme_.

Nous en avons parlé en donnant la description de la place qui en a

pris le nom, et qui a été élevée sur ses ruines[617].

[Note 617: _Voyez_ p. 975.]

_Prévôté de l'Hôtel_.

Cette maison, dite aussi l'hôtel du Grand-Prévôt, étoit située dans

cette même rue, et vis-à-vis la tour Neuve, que l'on appeloit

quelquefois, à cause de ce voisinage, tour du _Grand-Prévôt_.

Il y avoit encore dans ce quartier:

L'hôtel Chevilli, rue Basse-du-Rempart;

L'hôtel de Roquelaure, rue Saint-Nicaise.

L'hôtel de Beringhem, même rue.

Ces trois hôtels n'existent plus.

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

_Hôtel de Longueville._

Cet hôtel, qui existe encore en partie, est situé de manière que l'une

de ses façades donne sur la rue Saint-Thomas-du-Louvre, et l'autre sur

la place du Carrousel. Construit sur les dessins de Métezeau, il offre

beaucoup de mauvais goût dans son architecture, et, si l'on en excepte

quelques peintures assez belles de Mignard, il ne renfermoit autrefois

rien de bien curieux dans son intérieur. La seule circonstance qui le

rende digne de remarque, c'est qu'il a servi de demeure à plusieurs

personnages illustres: il en est souvent fait mention dans les

mémoires du cardinal de Rets, et dans les historiens qui nous ont

transmis les événements de la minorité de Louis XIV[618].

[Note 618: Il étoit alors un des principaux rendez-vous de

la Fronde.]

Cet hôtel, qui, dans le dix-septième siècle, appartenoit à M. de La

Vieuville, fut acquis successivement par les ducs de Luynes, de

Chevreuse, d'Épernon et de Longueville; il passa ensuite à Louis de

Bourbon, comte de Soissons; et, par le mariage de sa fille, rentra

depuis dans la maison de Luynes et de Chevreuse. Cette suite de

princes et de grands seigneurs qui ont habité cet hôtel, et dont il a

porté successivement le nom, sembloit lui promettre une destinée plus

brillante que celle qu'il a éprouvée. En effet, après avoir servi

pendant quelques années de remise pour les voitures de la cour, il fut

vendu, en 1749, aux fermiers généraux, qui en firent le magasin et le

bureau général du tabac[619].

[Note 619: Après la suppression des fermiers généraux, cet

hôtel fut acheté par une société particulière de négociants,

qui y continuèrent la fabrication et la vente du tabac. Il

appartient, depuis quelques années, au gouvernement, qui l'a

fait en partie démolir: sa démolition entière entre dans le

plan des travaux qui doivent réunir le Louvre aux

Tuileries.]

La maison de Chevreuse possédoit encore anciennement un hôtel dans

cette même rue, en entrant du côté des galeries. On trouve qu'en 1372

il appartenoit au comte de Vendôme; il passa ensuite à M. de

Chevreuse et depuis au comte de La Marche qui l'occupoit en 1399. Les

terriers de l'archevêché nous apprennent que les bâtiments dont il se

composoit étoient situés de l'un et de l'autre côté de la rue.

_Hôtel de l'Académie royale de musique_.

Cet hôtel étoit situé dans la partie de la rue Saint-Nicaise qui est

entrée dans le plan de la galerie neuve des Tuileries. C'étoit là que

logeoient le directeur, le secrétaire perpétuel et le caissier de

cette académie; il y avoit dans cette maison des ateliers où se

préparoient les machines et décorations de l'Opéra, et un petit

théâtre où se faisoient les premières répétitions. Cet établissement a

été transporté rue Bergère.

_Hôtel de Noailles_.

Cet hôtel, situé rue Saint-Honoré, fut bâti pour Henri Pussort,

conseiller d'état, et oncle du fameux Colbert. Il fut ensuite acheté

par Pierre-Vincent Bertin, receveur général des parties casuelles, et

revendu depuis par ses héritiers à Adrien Maurice, duc de Noailles. La

grande porte est décorée de deux colonnes ioniques qui soutiennent un

balcon, l'attique et l'entablement. Au fond de la cour est un

péristyle, composé de six colonnes d'ordre dorique et orné de quatre

niches.

Dans cet hôtel, remarquable par la beauté de ses appartements, on

voyoit, avant la révolution, un superbe cabinet de tableaux, dont la

collection, formée par le maréchal duc de Noailles, étoit une des plus

précieuses de la capitale. On y trouvoit des morceaux de toutes les

écoles, et, parmi ces peintures, plusieurs chefs-d'oeuvre des plus

grands maîtres.

_Hôtel de Beaujon._

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 34 / 37 段