Cet hôpital subsista jusque vers la fin du seizième siècle; mais

insensiblement la maladie pour laquelle il avoit été fondé diminuant

en France, il arriva qu'on n'y reçut plus personne et que les

bâtiments tombèrent en ruine. Enfin, vers l'an 1699, sur la demande

des habitants, dont le nombre s'étoit beaucoup augmenté, le territoire

du Roule, réuni à celui de la Ville-l'Évêque, fut érigé en faubourg,

et la chapelle en paroisse, sous l'invocation de saint Jacques et de

saint Philippe[590].

[Note 590: L'érection d'une chapelle en paroisse nous paroît

aujourd'hui une chose extrêmement simple et facile dans son

exécution, surtout quand les autorités ecclésiastiques et

civiles ont donné leur approbation. Il n'en étoit pas de

même autrefois, où ce changement pouvoit blesser une

infinité d'intérêts qu'il falloit concilier. Nous ne croyons

pas nous écarter de notre sujet, en mettant sous les yeux de

nos lecteurs la liste des personnes et des corps qui avoient

droit de juridiction sur le territoire du Roule, et dont il

fallut requérir le consentement pour l'érection de cette

paroisse.

Le décret ne fut arrêté qu'après avoir ouï les dames de

Saint-Cyr, dames de Villiers-la-Garenne, du Pont de Neuilly

et de partie du Roule; les religieux de Saint-Denis, hauts,

moyens et bas justiciers de ces lieux, et du fief des

Mathurins et de Socoly, la dame de Vaubrun, dame de Clichy,

défaillante; les prévôts, lieutenants, ouvriers monnoyeurs

de Paris; Jacques Rioul, secrétaire du roi, seigneur de

Villiers-la-Garenne; le chapitre de Saint-Honoré, gros

décimateur de Villiers, et celui de Saint-Benoît, gros

décimateur de Clichy. Les chanoines de Saint-Honoré

demandèrent à continuer d'aller en procession à cette

église, le 1er mai. L'archevêque retint la collation pure de

la cure, et statua qu'on paieroit quarante livres chaque

année au curé de Villiers, et cinq livres à la fabrique.

François Socoly, écuyer, seigneur de Villiers, se conserva

en la nouvelle paroisse le droit d'une part de pain bénit,

et d'un bouquet le 1er de mai, jour de la fête patronale.

(L'abbé LEBEUF, t. III, p. 94.)]

Cette chapelle étoit petite et d'une construction gothique[591]. Le

nombre toujours croissant des paroissiens fit bientôt sentir la

nécessité de faire construire une église plus vaste; et, sur la

demande des marguilliers, Louis XV ordonna que les travaux en fussent

commencés en 1769. Elle ne fut achevée qu'en 1784, et bénite le 30

avril de la même année.

[Note 591: Elle a été détruite: la représentation que nous

en donnons provient d'un dessin qui n'avoit jamais été

gravé. _Voy._ pl. 69.]

Cette église, bâtie sur les dessins de M. Chalgrin, de l'ancienne

académie, est une des plus jolies, parmi toutes celles que l'on a

construites à Paris dans le goût moderne, et celle, sans contredit,

qui se rapproche le plus du bon style de l'architecture antique.

Le plan en est simple et dans la forme des anciennes basiliques

chrétiennes. Sans être habile connoisseur en architecture, il est

facile de juger combien cette disposition a d'avantages sur ces

piliers massifs que chargent des pilastres ployés en tout sens, dont

se composoit auparavant la décoration de nos églises, lorsque l'on a

voulu sortir du style gothique, et avant que le système des anciens

eût prévalu sur celui de nos modernes architectes.

Le porche de cette église s'annonce par quatre colonnes de l'ordre

dorique, surmontées d'un fronton[592]. Deux rangs de colonnes

ioniques, d'un diamètre moins fort que celles du portique, se

prolongent intérieurement dans toute la longueur de l'édifice, et

séparent la nef des bas-côtés par un péristyle de dix-huit pieds de

largeur. La nef est large de trente-six pieds; ce qui donne pour

largeur totale soixante-seize pieds. La profondeur de cette basilique

est de plus du double, depuis les colonnes extérieures jusqu'à celles

qui décorent la niche du fond du sanctuaire, au milieu duquel

s'élève, sur quelques marches, l'autel principal, isolé à la romaine.

Toute cette ordonnance a beaucoup d'élégance et de majesté.

[Note 592: _Voyez_ pl. 63.]

La voûte présente une singularité dont il n'y a eu qu'un seul autre

exemple à Paris. Elle est construite en bois, d'après un procédé

particulier, découvert dans le seizième siècle par Philibert

Delorme[593]. Cette construction, beaucoup moins dispendieuse que les

voûtes en pierre et presque aussi solide, se compose de plats-bords de

sapin, dont l'assemblage est très-ingénieux parce qu'il est

très-simple. Celle-ci est d'une parfaite exécution; décorée de

caissons et peinte en couleur de pierre, elle en offre l'apparence au

point de tromper l'oeil le plus exercé[594].

[Note 593: Nous en parlerons avec plus de détail à l'article

de la Halle aux blés.]

[Note 594: _Voyez_ pl. 64.]

À l'extrémité des péristyles intérieurs qui forment les bas-côtés,

sont deux chapelles, dont l'une est dédiée à la Vierge et l'autre à

saint Philippe, patron de l'église. On voit par la solidité de leurs

masses qu'elles étoient destinées, dans l'origine, à supporter deux

tours qui devoient servir de clocher. Les raisons d'économie qui

avoient déterminé la fabrique à faire construire la voûte en bois, la

portèrent à substituer à ces tours un petit campanille situé au

chevet de l'église.

On se plaint avec raison qu'un édifice aussi élégant ne soit pas isolé

au milieu des habitations qui l'environnent. Nous ne pouvons nous

empêcher de remarquer à cette occasion que Paris est peut-être la

ville de l'Europe où les monuments publics sont le plus fréquemment

obstrués par des édifices particuliers, qui leur ôtent toute leur

majesté, et nuisent même à leur conservation. Avant la révolution, on

ne pouvoit excepter de ce défaut général que l'église de Notre-Dame,

le dôme des Invalides, la Sorbonne, les Jésuites de la rue

Saint-Antoine, et quelques couvents de femmes, tels que le

Val-de-Grâce, les Carmélites, etc., etc. Depuis les nouveaux

embellissements que l'on a faits à cette capitale et que l'on continue

d'y faire, quelques églises ont été dégagées, et nous espérons qu'un

monument aussi remarquable que Saint-Philippe du Roule obtiendra

quelque jour le même honneur, et se présentera au milieu de deux rues

latérales que l'architecte de cette église avoit sans doute fait

entrer dans son plan.

CHAPELLE BEAUJON,

DÉDIÉE À SAINT-NICOLAS.

M. Beaujon, conseiller d'état, et receveur général des finances, fit

bâtir, il y a environ trente ans, ce joli monument, avec le projet

d'en faire à la fois une succursale de Saint-Philippe du Roule et le

lieu de sa sépulture. Cet homme opulent, et qui faisoit un noble usage

de ses richesses, avoit fait choix, pour ériger tous ses bâtiments,

d'un architecte plein de talents, nommé _Girardin_, lequel parut se

surpasser lui-même dans cette occasion.

La disposition heureuse de cette chapelle, la parfaite exécution de

tous ses détails, la richesse et le bon goût de sa décoration, où rien

n'est épargné, tout concourt à placer ce petit monument au nombre des

productions les plus agréables de notre architecture[595]. La nef est

soutenue par deux rangs de colonnes isolées, formant galeries

latérales; des murs ornés de niches au-dessus d'un stylobate leur

servent de fond.

[Note 595: _Voyez_ pl. 70.]

La voûte de cette nef, décorée de caissons, reçoit le jour par haut,

au moyen d'une lanterne carrée. À son extrémité est une rotonde

également ornée d'un péristyle corinthien et qui est éclairée de la

même manière. L'autel circulaire est placé au centre. Cette

distribution de lumières, qui n'étoit point alors aussi usitée qu'elle

l'est devenue depuis, produit un effet séduisant, et fait

singulièrement valoir les formes de cette architecture, à laquelle on

ne peut reprocher que d'être employée sur une trop petite échelle, et

de présenter trop d'objets dans un petit espace. Si le propriétaire et

l'artiste eussent vécu quelques années de plus, on assure que leur

projet étoit d'exécuter, une seconde fois, ce plan dans les dimensions

plus vastes d'une église paroissiale; en effet, on ne peut s'empêcher

de penser, en considérant cette composition, et en songeant au talent

supérieur, au goût excellent de l'artiste qui l'a conçue, qu'elle

étoit destinée à recevoir une seconde exécution; et qu'en l'élevant, à

la fois, sur un si noble dessin, et dans d'aussi petites proportions,

il ne l'ait pas uniquement regardée comme le modèle d'un plus grand

édifice. Si ce projet eût pu être réalisé, on auroit eu alors un

monument également admirable par la noblesse, la richesse et

l'élégance.

Quoi qu'il en soit, l'église de Saint-Philippe du Roule et cette

chapelle de Saint-Nicolas, bâties à peu près à la même époque et dans

le même quartier, peuvent être regardées, après l'église

Sainte-Geneviève, comme les premiers triomphes remportés publiquement

par le bon goût, dans la lutte déjà établie en France entre

l'architecture moderne et l'architecture antique. Depuis long-temps

l'art avoit franchi, dans sa théorie, les limites où une ancienne

routine s'efforçoit de le contenir; on rappeloit sans cesse, dans les

compositions académiques, les temples grecs et romains, et l'on

rejetoit avec une sorte d'horreur ce système de piliers, d'arcades et

de niches carrées qui sembloit auparavant pouvoir seul constituer

l'ordonnance des édifices sacrés. Girardin eut le bonheur d'exécuter,

des premiers, et dans le même projet, deux pensées puisées dans

l'antique: une basilique et un temple rond périptère; il le fit aux

applaudissements unanimes de tous les jeunes artistes, dont les

portefeuilles étoient remplis d'études puisées à la même source,

études qu'ils opposoient sans cesse au style maniéré des architectes

du siècle de Louis XIV. La révolution en architecture fut dès lors

complète et sans retour.

On ne peut trop regretter qu'elle ne se soit pas opérée un siècle plus

tôt; les édifices vastes et nombreux qui s'élevèrent dans ce long

intervalle n'auroient pas eu ce caractère mesquin et bizarre qu'on

leur a si justement reproché. Les conceptions de cette époque fameuse

sont grandes, mais les détails en sont petits et de mauvais goût; et,

dans la plus belle des capitales, l'oeil est affligé de ne rencontrer

partout que des décorations factices qui contrastent désagréablement

avec la majesté et la vaste dimension des monuments. Il en résulte que

Paris, si remarquable sous tant de rapports, n'offre souvent qu'un

intérêt médiocre sous celui de l'architecture.

HOSPICE BEAUJON.

Cet hospice, situé dans le faubourg du Roule, fut créé, en 1784, par

le même M. Beaujon, fondateur de la jolie chapelle dont nous venons de

parler. Il eut pour but, en formant cet établissement, de pourvoir à

l'éducation des pauvres enfants de ce quartier. En effet, cet hospice,

doté par lui de 25,000 liv. de rentes, étoit destiné à recevoir douze

garçons et douze filles, orphelins et nés dans le faubourg. Ils y

étoient nourris, vêtus, instruits, depuis l'âge de six ans jusqu'à

douze, époque à laquelle on leur donnoit 400 livres pour payer

l'apprentissage du métier qu'ils avoient choisi.

Cette maison, dont l'architecture offroit une distribution heureuse et

surtout très-propre à un édifice de ce genre, étoit gouvernée par des

soeurs de la Charité; des frères des Écoles chrétiennes dirigeoient

l'éducation des garçons, et des ecclésiastiques étoient chargés du

spirituel[596].

[Note 596: Cet hospice porte maintenant le titre d'hôpital,

et est administré par le gouvernement.]

SAINT-PIERRE DE CHAILLOT.

En traversant la rue _Neuve de Berri_, située à peu de distance de la

chapelle Saint-Nicolas, on se trouve en face des Tuileries, au milieu

de la grande allée des Champs-Élysées, et de là on découvre à droite

le village de Chaillot.

Ce village fut pendant long-temps hors de la ville, qui, par ses

accroissements successifs, s'en rapprochoit de jour en jour

davantage. Enfin il arriva en 1659 que leurs extrémités se

confondirent; et alors il fut déclaré faubourg de Paris, sous le nom

de faubourg de la Conférence. Depuis cette époque, ce village fait

partie de la capitale, et à ce titre son histoire doit trouver place

dans cet ouvrage.

Il n'y avoit anciennement sur la côte qui commence à Chaillot, et qui

règne jusqu'au-delà du bois de Boulogne, qu'un seul village, qui, au

septième siècle, s'appeloit en latin _Nimio_, dont on fit en françois

_Nijon_. Nous en trouvons la preuve dans le testament de saint

_Bertram_, évêque du Mans, qui mourut en 623, testament par lequel il

lègue à l'église de Paris ce village de _Nimio_ dont il étoit devenu

propriétaire, tant par acquisition que par donation de Clotaire II. Il

est vraisemblable que, dans la suite des temps, les habitants du

village de _Nijon_ se répandirent sur les deux côtés de la colline.

Les uns, se dirigeant vers l'occident, y formèrent peu à peu un

nouveau village, qui prit le nom d'_Auteuil_, lequel étoit celui du

canton; les autres s'établirent un peu plus près de Paris sur la

partie orientale de la côte, dans un endroit où l'on venoit d'abattre

une forêt nommée de _Rouvret_, dont le bois de Boulogne actuel faisoit

partie: ce second village prit le nom de _Chal_[597], et par la suite

celui de _Chaillot_.

[Note 597: _Auteuil_ signifioit, dans l'ancien langage, un

lieu couvert de prés et de marais; et le mot _chal_,

_chail_, _cal_, est traduit, dans des titres du quatorzième

siècle, par _destructio arborum_. L'abbé Lebeuf pense que

c'est de là que vient notre mot _échalas_.]

Ces deux villages, formés des débris de celui de _Nijon_, qui perdit

ainsi son territoire et même son nom[598], s'étant peuplés

considérablement, furent, quelques siècles après, érigés en paroisse.

Il y a lieu de croire que cette érection eut lieu vers la fin du

onzième siècle, car il n'est nulle part fait mention de l'église de

Chaillot avant cette époque. Le premier titre qui en parle est une

bulle du pape Urbain II, de l'an 1097, dans laquelle cette église est

désignée sous le nom de _Ecclesia de Calloio_, et le lieu sous celui

de _Caloilum_. Dans les titres où il n'est pas latinisé, il se trouve

écrit _Challoel_. Dans les quatorzième et quinzième siècles, on

écrivit _Chailluyau_, _Chailleau_, _Chaleau_ et _Chailliau_.

[Note 598: Ce nom même seroit probablement tombé tout-à-fait

dans l'oubli, s'il n'y avoit eu dans ce lieu une maison de

plaisance appartenant à nos rois. Les ducs de Bretagne y

possédoient aussi au quatorzième siècle un domaine, dit pour

cette raison le _manoir de Nigeon_, ou l'hôtel de Bretagne.

Gui de Bretagne, comte de Penthièvre, y mourut en 1321.

Marie de Bretagne, fille de Charles de Châtillon, jouissoit

de cette maison en 1360 et la porta en mariage à Louis, duc

d'Anjou, frère du roi Charles V. Cet hôtel, ou châtelet, qui

appartenoit encore en 1427 au duc de Bretagne, composa une

partie des biens situés à Chaillot, que le roi d'Angleterre

donna, le 28 avril de la même année, au comte de Salisbury,

avec un autre hôtel et des terres qui appartenoient au nommé

_Jean Tarenne_. Ce don n'étoit que pour sa vie; ainsi le

comte Salisbury étant mort le 3 novembre 1428, le duc de

Bretagne rentra dans la possession de ce domaine, et en

jouit jusqu'à son décès. (_L'abbé Lebeuf_, t. III, p.

54.--_Sauval_, t. II, _Ibid._, t. III.)]

Chaillot étoit un des villages qui faisoient partie du domaine du roi;

et avant l'affranchissement des serfs, c'est-à-dire au douzième

siècle, il y régnoit une coutume nommée _Béfert_, qui mérite d'être

connue. Elle consistoit en ce que, contre l'usage ordinaire, la femme

et les enfants suivoient le sort du mari quant à la servitude. Ainsi,

en vertu de cette coutume, une femme de Chaillot, _serve_ du roi par

sa naissance, épousant un homme _serf_ de Sainte-Geneviève à Auteuil,

devenoit _serve_ de l'abbaye de Sainte-Geneviève, aussi bien que tous

les enfants qu'elle mettoit au monde; et réciproquement, si c'étoit

une femme d'Auteuil qui épousât un homme serf de Chaillot, la femme et

les enfants devenoient esclaves du roi[599].

[Note 599: Les chanoines de Sainte-Geneviève et les

habitants des deux villages se trouvant très-bien de cette

coutume, le roi Louis-le-Gros accorda, en 1124, qu'elle

seroit conservée à perpétuité dans la terre de Chaillot.

Il paroît que l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés possédoit

aussi très-anciennement quelques fiefs dans ce village; car

Dubreul parle d'une redevance à laquelle les habitants de

Chaillot étoient assujettis à l'égard de cette abbaye;

redevance qui, par sa nature, semble avoir pris naissance

dans un siècle assez reculé. «Les habitants de Chaillot

doivent, dit-il, chaque année, pour hommage à l'abbé de

Saint-Germain-des-Prés, ou en son absence, à son receveur,

deux grands bouquets à mettre sur le dressoir, et

demi-douzaine de petits, avec un fromage gras fait du lait

de leurs vaches qui viennent paître à l'île _de la

Maquerelle_, au-deçà de la Seine, et un denier parisis pour

chaque vache.»]

L'église de ce village étoit, dès l'an 1097, dans la dépendance du

prieuré de Saint-Martin-des-Champs, comme on le voit dans la bulle

d'Urbain II, dont nous avons parlé; et cette dépendance fut confirmée

par les papes ses successeurs. Les lettres de Thibaud, évêque de Paris

vers l'an 1150, assurent à ces religieux _decimam de Chailloio et

altare_. Le pouillé parisien du treizième siècle, à l'article de

l'église de Chaillot, la désigne sous le nom de _Chailoel_, à la

nomination du prieur de Saint-Martin, ce qui est suivi dans les

pouillés postérieurs; elle est aussi marquée dans l'archiprêtré de

Paris, appelé depuis l'archiprêtré de la Magdeleine.

L'église paroissiale est sous le titre de Saint-Pierre: c'est un

bâtiment moderne, à l'exception du sanctuaire terminé en demi-cercle

sur la pente de la montagne, lequel peut avoir été construit il y a

cent cinquante ans. Il est supporté de ce côté par une tour solidement

bâtie. Cette église a deux ailes de chaque côté, dont la construction

a cela de particulier, qu'elles ne se rejoignent pas derrière le

grand autel.

TABLEAUX ET SÉPULTURES.

Sur le grand autel, saint Pierre délivré de prison.

Dans le choeur la sépulture d'_Amaury-Henri Goyon de Matignon_,

comte de _Beaufort_, décédé le 8 août 1701.

Le village de Chaillot est remarquable par sa situation pittoresque

sur une colline qui domine la rivière, et par les jolies habitations

dont il est couvert. Il s'étend jusqu'à la barrière dite des _Bons

Hommes_, et offre dans cet espace plusieurs fondations et monuments

publics qui sont les derniers dont il nous reste à parler pour

terminer la description de cet immense quartier.

ABBAYE DE SAINTE-PERRINE.

Cette abbaye, située dans la partie la plus élevée de Chaillot, étoit

occupée par des chanoinesses de l'ordre de Saint-Augustin. Établies

d'abord à Nanterre en 1638, par Claudine _Beurrier_, soeur de Paul

_Beurrier_, chanoine régulier et curé de Nanterre, elles furent

transférées, dès 1659, à Chaillot, quoique les lettres-patentes pour

l'autorisation de leur établissement ne soient que du mois de juillet

1671, et qu'elles n'aient été enregistrées au parlement que le 3 août

1673.

Ces religieuses n'avoient été gouvernées, dans les commencements, que

par une prieure triennale; mais depuis l'an 1682 elles eurent une

abbesse, sous la juridiction de l'ordinaire, entretenant cependant

confraternité avec les chanoines réguliers de la congrégation

gallicane.

Leur monastère, long-temps connu sous le nom de _Notre-Dame de la

Paix_, prit le nom de _Sainte-Perrine de Chaillot_, lorsqu'en 1746 on

y réunit l'abbaye de Sainte-Perrine de la Villette. Cette communauté

étoit ordinairement composée de quarante-cinq religieuses. Elles

portoient l'aumuce noire mouchetée de blanc, ce qui fut remarqué comme

une nouveauté très-extraordinaire, parce que les aumuces avoient été

autrefois données aux hommes pour couvrir leurs têtes, et que les

religieuses ont toujours eu des voiles pour cet usage.

L'église de ce monastère ne pouvoit pas être considérée comme un

monument; on voyoit sur le maître-autel une Adoration des rois, par

_Monnier_.

POMPE À FEU.

En descendant des hauteurs de Chaillot, on se retrouve sur le bord de

la rivière, à l'extrémité du Cours-la-Reine. Suivant ensuite le quai

jusqu'à la barrière dite _des Bons-Hommes_, on rencontre encore deux

établissements publics: une des pompes à feu qui fournissent de l'eau

aux fontaines et aux maisons de Paris, et la manufacture de tapis de

la Savonnerie.

Un petit bâtiment carré d'une forme très-élégante, et ombragé de

peupliers et d'acacias, contient tout l'appareil de la pompe à feu,

dont nous allons donner une courte description.

Cet établissement a été formé par MM. _Perrier frères_, habiles

mécaniciens, qui en ont été long-temps les propriétaires[600]. Un

canal de sept pieds de large, construit sous le chemin de Versailles,

introduisoit d'abord l'eau de la Seine dans un bassin bâti en pierres

de taille, et dans ce bassin étoit plongé le tuyau d'aspiration des

pompes. Depuis on a comblé le bassin, et abandonné le canal qu'on a

remplacé par des tuyaux à embouchures recourbées qui se prolongent

jusqu'au milieu de la rivière. La pompe à feu, laquelle est de la plus

grande proportion connue, placée dans l'édifice dont nous venons de

parler, communique avec ces tuyaux, et fait monter en vingt-quatre

heures environ quatre cent mille pieds cubes d'eau[601] dans des

réservoirs construits sur la montagne de Chaillot, laquelle est élevée

d'environ cent dix pieds au-dessus du niveau de la rivière. Ces

réservoirs dominent ainsi les quartiers du nord de la ville, et l'eau

qu'ils fournissent peut y être distribuée dans tous les édifices

qu'ils contiennent, sans exception.

[Note 600: Il est maintenant administré par le

gouvernement.]

[Note 601: Ce qui fait quarante-huit mille six cents muids

d'eau.]

On reçoit ces eaux, qui sont très-salubres, au moyen d'un abonnement

assez modique. Elles coulent à des heures réglées par un nombre infini

de canaux dans l'intérieur des maisons, et s'élèvent, dans la plupart

des quartiers, à douze et quinze pieds au-dessus du pavé. Des robinets

de décharge placés dans les rues où sont les canaux de distribution, y

font jaillir à volonté la quantité d'eau nécessaire pour les nettoyer

dans toutes les saisons; des réservoirs ont été établis dans les

principaux quartiers, à l'effet de fournir avec rapidité une abondance

d'eau suffisante pour éteindre les plus violents incendies; enfin il a

été construit des fontaines de distribution pour les porteurs d'eau;

et au total, cet établissement, administré avec zèle et intelligence,

peut être considéré comme un des plus utiles de Paris[602].

[Note 602: _Voyez_ pl. 67.]

MANUFACTURE ROYALE

DE LA SAVONNERIE.

Cette manufacture est placée dans un grand et vieux bâtiment, à peu de

distance de la barrière. On y fabrique, à la façon de Perse, des tapis

qui sont très-renommés, et dont on fait, depuis long-temps, un usage

habituel chez les princes et dans les maisons royales. Ce n'étoit,

jusqu'en 1604, qu'une simple fabrique, laquelle fut érigée, à cette

époque, en manufacture royale par Marie de Médicis, en faveur de

Pierre Dupont, inventeur des procédés employés dans la confection de

ces tapis. Il fut mis à la tête de cet établissement avec le titre de

directeur. Simon Lourdet lui succéda en 1626; l'un et l'autre

réussirent si bien dans les ouvrages exécutés sous leur direction, que

cette industrie leur mérita la faveur alors très-grande d'obtenir des

lettres de noblesse.

Les ateliers de cette manufacture avoient d'abord été établis au

Louvre: ce fut par un ordre de Louis XIII qu'ils furent transférés à

Chaillot, dans une maison dite _de la Savonnerie_[603], parce

qu'auparavant on y faisoit du savon. Cette translation se fit en 1615.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 33 / 37 段