Au commencement du seizième siècle, plusieurs ordres religieux,

institués dans les âges précédents, s'étoient plus ou moins écartés

des règles prescrites par leurs saints fondateurs; et l'ordre de saint

François n'avoit pas été exempt de ce relâchement. En 1525, _Mathieu

de Baschi_, religieux de cette observance, fut le premier qui, non

content de pratiquer sa règle dans toute son austérité, crut devoir

entreprendre d'y ramener ses confrères par ses exhortations et ses

exemples. Ses soins et son zèle ne furent pas sans succès; et il

parvint bientôt à rassembler auprès de lui quelques imitateurs de sa

pauvreté et de sa pénitence. Pour se distinguer de leurs anciens

confrères, ces nouveaux religieux prirent un habit particulier[554]:

c'étoit une longue robe de bure surmontée d'un capuce, ou capuchon

pointu, qui fit donner le nom de _capucins_ à ceux qui embrassèrent

cette nouvelle réforme. Ils portoient aussi une longue barbe,

marchoient nu-pieds et ne vivoient que d'aumônes. Cependant cet

institut ne prit une forme régulière qu'en 1529, époque à laquelle le

chapitre fut assemblé pour la première fois. On y fit des

constitutions[555] qui furent approuvées, ainsi que l'ordre, par une

bulle de Paul III, du 25 août 1536. Alors ces religieux furent adoptés

et reconnus par l'Église entière, sous le nom de _frères mineurs

capucins_, et leur nombre s'accrut assez rapidement. Mais ils

n'obtinrent point, dans ces premiers temps, la permission de s'étendre

au-delà de l'Italie; et le cardinal Charles de Lorraine, qui avoit

connu des capucins au concile de Trente, et qui en avoit fait venir

quatre qu'il logea dans son parc de Meudon, fut obligé de solliciter

une bulle pour autoriser leur établissement en France. Tels furent,

dans ce royaume, les foibles commencements de cet ordre fameux.

[Note 554: Il leur fallut pour cela une permission du pape,

qui leur fut accordée par une bulle du 13 juillet 1528.]

[Note 555: Par ces constitutions il leur fut accordé un

vicaire-général; mais en 1619 Paul V lui donna le titre de

_général_, et le rendit indépendant de celui des frères

mineurs.]

Quelques historiens pensent qu'après la mort du cardinal, décédé le 26

décembre 1574, ces religieux s'en retournèrent en Italie[556]. Quoi

qu'il en soit, il paroît certain que les vues de ce prélat pour

l'établissement des capucins en France furent remplies avant sa mort:

car nous voyons que, dès 1572, le père Pierre Deschamps, cordelier

françois, ayant embrassé cette réforme, le désir de mener une vie plus

régulière lui procura bientôt quelques compagnons qui se logèrent avec

lui à Picpus[557]. Il eut alors recours au pape Grégoire XIII, qui,

par sa bulle du 10 mai 1574, lui permit d'établir en France l'ordre

des frères mineurs capucins, permission qui déjà lui avoit été

accordée par Charles IX[558].

[Note 556: Hist. de Par., t. II, p. 1132.]

[Note 557: L'abbé Lebeuf recule l'établissement des Capucins

jusqu'en 1515. Cette date manque d'exactitude sous tous les

rapports, puisqu'ils ne furent établis en Italie qu'en 1525,

et en France en 1574.--Sauval n'est pas plus exact lorsqu'il

dit que leur première maison fut fondée et bâtie à Meudon en

1585, par le cardinal de Lorraine (mort en 1574); que

quelques-uns furent installés en même temps à Picpus, ce qui

arriva en 1572; enfin que Henri III leur fit bâtir, vers

l'an 1603, leur couvent près les Tuileries, tandis que ce

prince est mort à Saint-Cloud en 1589.]

[Note 558: Les registres du parlement, au 11 juillet 1574,

nous apprennent que onze de ces religieux assistèrent au

convoi de Charles IX, décédé le 30 mai précédent.]

Pour consolider cet établissement, le général de l'ordre envoya en

France un commissaire général, avec douze religieux. Catherine de

Médicis se déclara sur-le-champ protectrice de cette nouvelle

communauté, et lui fit obtenir un emplacement pour bâtir une église

et un couvent, don qui fut confirmé par lettres-patentes du mois de

juillet 1576, enregistrées le 6 septembre suivant. Ainsi les capucins

s'établirent cette année même au lieu qu'ils ont occupé jusqu'au

moment de la révolution. Henri IV et ses successeurs, animés du même

esprit, ne cessèrent point d'accorder une protection toute

particulière à ces nouveaux enfants de saint François, qui, en 1789,

comptoient en France plus de trois cents couvents de leur ordre.

Les bâtiments réguliers des capucins de la rue Saint-Honoré étoient

moins simples que ceux des autres couvents du même ordre[559], et

d'ailleurs si vastes qu'ils pouvoient contenir une communauté de 150

religieux. On leur avoit accordé cette grande étendue de terrain,

parce que, lors de leur établissement, il n'y avoit aucune raison de

le ménager dans un lieu qui étoit encore peu habité et hors de la

ville. Ces bâtiments furent renouvelés en 1722. En 1731 ces pères

firent rebâtir le portail et le mur du cloître, qui suivoient

l'alignement de la rue Saint-Honoré; le choeur de leur église fut

également reconstruit en 1735. C'est surtout dans ces dernières

constructions qu'ils se sont un peu écartés de la simplicité uniforme

constamment adoptée dans tous les couvents de leur ordre.

[Note 559: Il faut toutefois en excepter le nouveau couvent

de la Chaussée-d'Antin, dont nous ne tarderons pas à

parler.]

Jaillot a trouvé, dans un mémoire manuscrit, que cette église, qui,

dans le principe, n'étoit qu'une simple chapelle, avoit été dédiée le

28 novembre 1575. Elle fut sans doute rebâtie peu de temps après; car

on a un autre acte de dédicace, daté de 1583, lequel est, de même que

le premier, sous le titre de l'_Assomption de la Vierge_. Ce bâtiment

n'étant pas assez vaste, et l'ordre prenant de jour en jour plus de

consistance, on jeta les fondements de l'église qui a subsisté jusqu'à

l'époque de la révolution. Commencée en 1603, elle fut finie en 1610,

et dédiée le 1er novembre de la même année; l'architecture en étoit

médiocre.

Cette maison, la plus considérable en France d'un ordre qu'un siècle

absurde et frivole accabloit d'un injuste et sot mépris, a produit un

grand nombre de sujets distingués par leur naissance ou par leurs

talents[560], et dont les noms ont passé même avec gloire à la

postérité. Mais ce qui rendoit ces religieux vraiment recommandables,

c'étoit la régularité avec laquelle ils remplissoient tous les devoirs

d'un état austère, leur zèle infatigable dans les fonctions les plus

pénibles du saint ministère, surtout une charité qu'aucun obstacle,

aucun danger ne pouvoient effrayer ni ralentir. Le temps est déjà venu

où l'on commence à regretter la destruction, où l'on sent vivement

quelle étoit l'utilité de ces saintes réunions dont les membres, au

milieu de la corruption des grandes villes, offraient des exemples

frappants, ou, pour mieux dire, des leçons vivantes de toutes les

vertus chrétiennes, les prêchoient publiquement dans les temples en

même temps qu'ils les pratiquoient aux yeux de tous; et, s'ils ne

parvenoient pas à détruire entièrement les mauvaises moeurs,

contribuoient du moins à en arrêter le débordement, qui maintenant n'a

plus de frein, et n'en pourra désormais trouver que dans la rigueur

inflexible des cours d'assises et dans une rédaction plus sévère du

code criminel.

[Note 560: Nous citerons entre autres le P. _Ange de

Joyeuse_, fameux par son inconstance, son courage et sa

dévotion[560-A]; le P. _Joseph Le Clerc_, autre capucin

célèbre, le confident et l'un des principaux agents du

cardinal de Richelieu; le P. _Athanase Molé_, frère du

président _Mathieu Molé_; le P. _J. B. Brûlart_, frère du

chancelier de ce nom; le P. _Séraphin de Paris_, l'un des

prédicateurs ordinaires de Louis XIV, «orateur, dit La

Bruyère, qui, avec un style nourri des saintes Écritures,

expliquoit la parole divine uniment et familièrement,» ce

qu'il n'osoit espérer de son siècle. Le P. _Michel

Marillac_, fils du garde des sceaux, etc., etc. Les jeunes

religieux de cette maison s'étoient appliqués, vers la fin

du dernier siècle, à l'étude des langues savantes, et ils y

avoient fait des progrès tels, qu'on pouvoit espérer

beaucoup de leurs travaux et de leurs lumières, lorsque la

révolution est venue tout détruire et tout disperser.]

[Note 560-A: C'est de lui que Voltaire a dit:

«Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire.»]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CAPUCINS.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Assomption, par _La Hire_.

Dans le rond, un portement de croix, par le même.

Au-dessus de l'autel, les vingt-quatre vieillards prosternés

devant le trône de l'Agneau, par _Dumont_.

Derrière l'autel, du côté du cloître, un beau Christ mourant, par

_Le Sueur_.

Dans la sacristie, Moïse serrant la manne dans l'arche, par

_Collin de Vermont_.

Dans la dernière chapelle, près la porte, le martyre du P. Fidel,

capucin et missionnaire à la Chine, par _Robert_.

STATUES ET TOMBEAUX.

Dans un des corridors du rez-de-chaussée, une statue de saint

Augustin.

Dans la nef, les tombeaux des _PP. Ange de Joyeuse_ et _Joseph Le

Clerc du Tremblay_, dont nous avons déjà parlé.

La bibliothèque de cette maison contenoit environ vingt-quatre mille

volumes. On y voyoit un modèle[561] en nacre de perles de l'église du

Saint-Sépulcre à Jérusalem, et deux beaux globes céleste et terrestre,

faits par _Coronelli_ en 1693[562].

[Note 561: Ce modèle leur avoit été donné par M. de

Vergennes, ministre des affaires étrangères, qui l'avoit

lui-même reçu des Turcs, chez qui il avoit été en

ambassade.]

[Note 562: Tous les bâtiments des Capucins ainsi que ceux

des Feuillans, qui étoient situés vis-à-vis, ont été

démolis; et sur ces vastes emplacements ont été percées

plusieurs rues nouvelles; _voyez_ l'article _Monuments

nouveaux_.]

LES RELIGIEUSES

DE L'ASSOMPTION.

Derrière les bâtiments des Capucins étoit le couvent de l'Assomption,

dont il ne reste plus aujourd'hui que l'église. C'étoit la demeure

d'une communauté de religieuses de l'ordre de saint Augustin, qui y

avoient été établies en 1632 par le cardinal François de La

Rochefoucauld. Ces religieuses, connues avant cette époque sous le nom

d'_Haudriettes_, avoient alors leur maison à l'entrée de la rue de la

Mortellerie, près de la Grève. Nous parlerons en son lieu de l'origine

de cette communauté ou hospice; il ne sera question ici que de

l'événement qui causa la translation de la plupart d'entre elles à la

rue Saint-Honoré, translation qui excita dans le temps de vives

réclamations, sur la justice desquelles les historiens sont partagés.

L'exposition des faits, constatés par des actes et des titres

authentiques, mettra le lecteur en état fixer son opinion.

La maison, fondée par Étienne _Haudri_, pour y recevoir de pauvres

filles ou veuves, n'étoit pas dans son origine regardée comme un

couvent régulier; mais il paroît certain que dans la suite les _bonnes

femmes_ de la chapelle des Haudriettes (c'est ainsi qu'elles sont

qualifiées dans les actes du temps) formèrent une communauté

régulière, assujettie, par le fait, aux lois et observances auxquelles

étoient soumises les maisons religieuses. Cet état de choses duroit

depuis plus de deux cents ans, lorsque les Haudriettes, considérant

que leurs anciennes constitutions n'étoient point conformes à l'état

religieux qu'elles avoient embrassé, sollicitèrent le cardinal de La

Rochefoucauld d'y faire les changements que les circonstances

exigeoient. Ce prélat qui, en sa qualité de grand aumônier, avoit

juridiction sur cet hospice, acquiesça à leur demande, et jugea

convenable de leur faire embrasser la règle de saint Augustin. Les

religieuses s'y soumirent avec joie, et s'y engagèrent par des voeux

solennels, le 27 novembre 1620. Ces changements furent aussitôt

autorisés par le roi Louis XIII, et ensuite confirmés par une bulle de

Grégoire XV, du 5 décembre 1622.

Deux ans après cette réforme, c'est-à-dire le 20 juillet de cette

même année, les Haudriettes présentèrent requête au cardinal, à

l'effet d'être transférées dans une autre maison, se plaignant que

celle qu'elles occupoient étoit située dans un endroit malsain, trop

voisin de la rivière, exposé souvent aux inondations, et par cela même

peu propre aux exercices paisibles de la vie religieuse. Le

réformateur ayant visité en personne l'ancien couvent, et vérifié la

justice de ces plaintes, autorisa la translation dans un lieu plus

salubre. On n'en trouva point qui fut plus convenable à l'exécution de

ce dessein que la maison même que ce cardinal occupoit au faubourg

Saint-Honoré. _Six religieuses, qui seules_, selon Jaillot,

_composoient_ alors toute la communauté des Haudriettes, furent,

d'après leur propre demande, transférées dans l'hôtel du cardinal, où

elles firent aussitôt construire et distribuer les logements d'une

manière convenable à une communauté. Cette demeure nouvelle prit alors

le nom du couvent de l'Assomption. Le titre de l'hôpital d'Étienne

Haudri fut éteint et supprimé; on en réunit les revenus au nouveau

monastère du faubourg Saint-Honoré; et l'emplacement qu'il occupoit

fut destiné à des usages profanes, la chapelle exceptée.

Telle est l'exposition des faits sur lesquels les historiens sont à

peu près d'accord; mais ils sont loin de l'être sur les motifs et

l'utilité du changement des Haudriettes en religieuses de

l'Assomption.

D'abord Sauval, et ceux qui l'ont aveuglément copié, ont hasardé, sans

le moindre examen, une opinion injurieuse à la mémoire du cardinal de

La Rochefoucauld, en lui supposant, dans cette réforme, des vues

d'intérêt personnel pour la vente de son hôtel. Jaillot repousse avec

chaleur un soupçon aussi avilissant, et justifie ce prélat par un fait

matériel qui tranche toute discussion. C'est que, dès le 16 août 1605,

il avoit vendu son hôtel aux jésuites, et que ce fut d'eux que les

religieuses de l'Assomption l'achetèrent par contrat du 16 février

1623.

Sauval, qui montre contre le cardinal de La Rochefoucauld et les

religieuses de l'Assomption une animosité qui fait suspecter sa bonne

foi, prétend que «de quarante religieuses formant la communauté des

Haudriettes, six seulement consentirent à être transférées au faubourg

Saint-Honoré, et que les religieuses restées à la maison de la rue de

la Mortellerie formèrent des oppositions tant à la bulle qu'aux

lettres-patentes du roi; qu'elles obtinrent même, au grand conseil, un

arrêt du 13 décembre 1624, qui ordonna qu'elles seroient rétablies

dans leur hôpital, et qu'elles rentreroient en possession de tous

leurs biens et revenus.» Nous avons vu que Jaillot avance que les six

religieuses transférées formoient alors toute la communauté; il répond

à l'objection de l'arrêt du 13 décembre 1624, que «ce furent quelques

pauvres filles, lesquelles cachoient dans le faubourg Saint-Marcel

leur misère et leur paresse, qui, sous le nom d'Haudriettes, se

pourvurent au grand conseil, et obtinrent l'arrêt en question.»

Comme ni l'un ni l'autre historien n'appuie son assertion d'aucune

autorité, il nous semble qu'on approcheroit beaucoup de la vérité en

disant que la translation et la réforme ne se firent pas d'un

consentement unanime, et qu'un petit nombre de religieuses, auxquelles

se joignirent peut-être quelques filles ou veuves qui recevoient des

secours dans cet hôpital, obtinrent l'arrêt dont il est parlé. Quoi

qu'il en soit, cet arrêt fut cassé par celui du conseil d'état, du 19

du même mois de décembre.

Ces contradictions ne furent pas les seules que les religieuses de

l'Assomption eurent à éprouver dans leur nouvel établissement. Les

héritiers de Jean Haudri les attaquèrent par les voies juridiques,

comme ayant détourné les biens de la fondation du véritable objet

auquel ils avoient été destinés par le fondateur. Les administrateurs

des hôpitaux revendiquèrent aussi, de leur côté, les revenus de

l'ancienne maison des Haudriettes, comme faisant partie du bien des

pauvres. Nonobstant toutes ces réclamations et oppositions, le conseil

d'état persista dans ses arrêts précédemment rendus, confirma les

changements faits par le cardinal de La Rochefoucauld, et ordonna

l'enregistrement, au grand conseil, de la bulle, des lettres-patentes

et des statuts faits pour la réforme des Haudriettes.

Jusqu'en 1670, les religieuses de l'Assomption n'eurent dans leur

maison qu'une très-petite chapelle. Leur communauté étant devenue plus

nombreuse, elles firent bâtir l'église et le dôme qui existent

aujourd'hui, sur les dessins d'Errard, peintre du roi et premier

directeur de l'académie de France à Rome. Les travaux, commencés en

1670, furent achevés six ans après; et le 14 août 1676, l'église fut

bénite par M. Poncet, archevêque de Bourges.

Ce monument a la forme d'une tour élevée, surmontée d'une calotte

sphérique de soixante-deux pieds de diamètre. Elle est ornée de

caissons et de peintures à fresque, par Charles de La Fosse,

représentant l'Assomption de la Vierge.

On peut justement reprocher à ce petit édifice d'être beaucoup trop

élevé pour son diamètre, ce qui donne à son intérieur l'apparence d'un

puits profond plutôt que la grâce d'une coupole bien proportionnée.

Cette élévation intérieure, qui sans doute n'eût pas été trop forte si

la coupole eût été soutenue sur des arcades et pendentifs au milieu

d'une nef, d'un choeur et des bras d'une croix grecque ou latine,

devient excessive lorsqu'elle se trouve bornée de toutes parts par un

mur circulaire; et le spectateur, ne pouvant avoir une reculée

suffisante, ne parvient à considérer la voûte qu'avec une très-grande

gêne. Cette tour, qui monte également de fond par dehors, sans presque

aucun empatement, n'a point l'effet pyramidal ni l'élégance qu'elle

eût acquise par des retraites bien ménagées.

Le seul portail, placé dans la cour de ce monastère et décoré de

colonnes corinthiennes couronnées d'un fronton, dans une forme

approchant de celle du portique du Panthéon, est assez agréable, si on

le considère à part; mais il est beaucoup trop petit pour l'ensemble

général, et se trouve écrasé par le dôme[563].

[Note 563: _Voyez_ pl. 70. Il avoit été question d'un plan

de restauration pour cet édifice, dans lequel on devoit

ajouter aux constructions déjà existantes une nef spacieuse

en forme de basilique; et le dôme, qui maintenant compose

seul toute l'église, eût été réservé uniquement pour le

choeur. Si ce plan étoit exécuté, le nom de l'habile

architecte qui l'a conçu (M. Molinos) nous donne l'assurance

qu'alors l'église de l'Assomption deviendroit un monument

digne d'être remarqué.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'ASSOMPTION.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Nativité, par _Houasse_.

Vis-à-vis la porte d'entrée, un Christ, par _Noël Coypel_.

Au-dessus de la porte, la Conception de la Vierge, par _Antoine

Coypel_.

Dans une des chapelles derrière le choeur, un saint Pierre

délivré de prison, par _La Fosse_.

_Entre les vitraux qui éclairent le dôme._

La Présentation de la Vierge au temple, par _Bon Boulogne_.

Le Mariage de la Vierge, par le même.

L'Annonciation, par _Stella_.

La Visitation et la Purification, par _Antoine Coypel_.

Une fuite en Égypte, par _François Lemoine_.

Sur le plafond du choeur des religieuses, la Trinité, par _La

Fosse_.

LES FILLES DE LA CONCEPTION.

Les filles de la Conception étoient des religieuses qui suivoient la

règle du tiers-ordre de Saint-François, et occupoient un couvent situé

dans la rue Saint-Honoré, vis-à-vis celui de l'Assomption. Les

historiens de Paris ne nous apprennent presque rien touchant ce

monastère, qui fut fondé, en 1635, par les soins de madame Anne Petau,

veuve de René Regnault de Traversé, conseiller au parlement de Paris.

Cette dame, ayant conçu le pieux dessein de procurer à la capitale une

communauté de l'observance du tiers-ordre de Saint-François, parvint

à engager treize religieuses d'un couvent de Toulouse à se rendre à

Paris dans une maison qu'elle leur avoit destinée. Elles y arrivèrent

au mois de septembre 1635, et leur fondatrice pourvut à leurs besoins

essentiels en donnant, à cet effet, une somme de 45,000 liv. devant

produire 3,000 livres de rente. Ces actes n'avoient été faits que

d'après le consentement et l'autorisation de l'archevêque de Paris;

et, dès le mois de février de cette même année, ces religieuses

avoient obtenu, avec les lettres-patentes qui permettoient leur

établissement, une bulle d'Urbain VIII qui le confirmoit. Elles

éprouvèrent cependant quelques obstacles de la part des religieuses de

Sainte-Élisabeth, qui étoient du même ordre, quoique quelques-uns de

leurs statuts fussent différents[564]. Mais les difficultés furent

presque aussitôt terminées, au moyen d'une transaction consentie, le

25 juillet, par les supérieures de deux communautés; en conséquence,

les lettres-patentes portant l'établissement à Paris des filles de la

Conception furent enregistrées au parlement le 4 août de la même année

1635[565].

[Note 564: Hist. de Par., t. II, p. 1254.]

[Note 565: Les religieuses de Sainte-Élisabeth étoient

dirigées par des religieux de leur congrégation, et celles

de la Conception faisoient profession d'être soumises aux

supérieurs ecclésiastiques ordinaires.]

Il paroît qu'à cette époque les couvents et autres établissements

religieux étoient dans une certaine dépendance de la paroisse sur

laquelle ils étoient établis; car on lit dans Sauval qu'en 1635 il fut

fait une convention entre les religieuses de la Conception et le curé

de Saint-Roch, portant qu'elles célébreront les fêtes de la paroisse,

et présenteront à l'offrande, le jour de la fête des Cinq-Plaies, un

cierge d'une livre et un écu d'or.

Ce couvent ne fut jamais dans un état bien florissant, les dépenses

que ces religieuses avoient été obligées de faire successivement étant

beaucoup trop fortes pour leur modique revenu, que diminuoit encore

l'augmentation progressive des choses nécessaires à la vie. Toutefois

elles se soutinrent pendant plus d'un siècle, par une économie sévère

et les libéralités de quelques personnes charitables. Mais, en 1713,

leur pauvreté étoit telle, qu'elles eussent été forcées d'abandonner

leur couvent, si M. d'Argenson, pénétré de la triste situation de ces

saintes filles, n'en eût fait à Louis XIV un tableau dont ce prince

fut touché. Par un arrêt du 29 mars 1713, il leur fut accordé une

loterie d'un million quatre-vingt mille livres de capital, dont le

bénéfice calculé à 15 pour 100 produisit une somme suffisante pour

rétablir les affaires de cette communauté.

Ce couvent n'avoit rien dans ses bâtiments qui fût digne d'être

remarqué. Son église, médiocrement décorée, ne possédoit que deux

tableaux, par _Boulogne l'aîné et Louis Boulogne_. L'un représentoit

la Conception de la Vierge, l'autre sainte Geneviève recevant la

médaille des mains de saint Germain[566].

[Note 566: Les bâtiments de cette communauté ont été changés

en maisons particulières.]

LA PLACE LOUIS XV

ET LE GARDE-MEUBLE.

À peu de distance du couvent des filles de la Conception se termine la

rue Saint-Honoré et commence celle du faubourg du même nom. Ces deux

rues sont séparées l'une de l'autre, à droite par l'ancien boulevart

qui commence à cet endroit, à gauche par la rue Royale, laquelle sert

d'entrée à la place Louis XV. En arrivant sur cette place, on se

retrouve vis-à-vis du jardin des Tuileries, du côté du pont Tournant.

Ce jardin est alors situé à l'orient du spectateur; il a devant lui le

beau pont Louis XVI; à l'occident, son oeil se repose sur les masses

imposantes de verdure que forment le Cours-la-Reine et les

Champs-Élysées, d'où ses regards peuvent s'étendre par la grande allée

jusqu'à la barrière de l'Étoile; enfin, s'il se retourne au nord,

cette partie lui offre la riche décoration des deux colonnades du

Garde-Meuble et de l'édifice correspondant, et dans le fond du

tableau, par-delà la rue Royale, la nouvelle église de la Magdeleine,

non encore achevée.

La place dont nous parlons étoit, dans l'origine, une esplanade

entourée d'un fossé, esplanade qui séparoit le jardin des Tuileries du

Cours-la-Reine, et dont une partie servoit de magasin aux marbres du

roi. La vaste étendue de ce terrain le fit juger propre à recevoir la

statue équestre que, dès l'an 1748, la ville avoit décidé de faire

élever à Louis XV. Le roi en ayant agréé le projet, des

lettres-patentes furent expédiées à ce sujet le 21 juin 1757.

Cependant, dès le 22 avril 1754, la première pierre en avoit été posée

avec une grande solennité.

Cette place, qui a cent vingt-cinq toises de long sur

quatre-vingt-sept de large entre les constructions intérieures, forme

une enceinte octogone, entourée de fossés de onze à douze toises de

largeur sur quatorze pieds de profondeur. Ces fossés communiquent

entre eux par des ponts de pierre avec des archivoltes, et sont bordés

par des balustrades, le long desquelles règne un trottoir élevé de

quelques degrés au-dessus du sol, et qui se prolonge dans tout le

contour de la place.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 31 / 37 段