général des bâtiments, voulant signaler son ministère par quelques
monuments remarquables, inspira à Louis XIV le dessein de faire ouvrir
une grande place, pour faciliter les communications entre la rue
Saint-Honoré et la rue Neuve-des-Petits-Champs. Pour l'exécution de ce
projet, il proposa au roi d'acheter[539] le vaste emplacement
qu'occupoit l'hôtel de Vendôme; et comme le couvent des Capucines
nuisoit à l'exécution de ce projet, on leur fit bâtir dans la rue
Neuve-des-Petits-Champs l'église et le couvent qu'elles occupoient
encore au commencement de la révolution. Elles y furent transférées en
1689, et l'on abattit les anciens bâtiments qu'elles avoient occupés.
[Note 539: Cette acquisition fut faite par contrat du 4
juillet 1685, moyennant 660,000 liv., et adjugée par décret
le 22 août 1687.]
Suivant le plan alors adopté pour cette place, elle devoit former un
grand carré de soixante-dix-huit toises de large sur quatre-vingt-six
de long, et n'avoir que trois faces, l'entrée du côté de la rue
Saint-Honoré restant ouverte dans toute sa largeur. Les bâtiments qui
l'auroient environnée étoient destinés à recevoir la bibliothèque du
roi, les différentes académies, et à former les hôtels des monnoies et
des ambassadeurs extraordinaires. La mort de Louvois suspendit
l'exécution de ce grand projet, qui fut ensuite entièrement abandonné.
Quelques années après (le 7 avril 1699), le roi fit présent à la ville
des emplacements acquis en 1685, et de tous les matériaux déjà
rassemblés, avec la faculté de les vendre; mais sous la condition
qu'elle feroit construire au même endroit une nouvelle place d'après
un autre plan, et en outre qu'elle se chargeroit de faire bâtir à ses
frais, au faubourg Saint-Antoine, un hôtel pour la seconde compagnie
des mousquetaires. La ville accepta ce traité, et rétrocéda tous ses
droits, le 10 mai suivant, au sieur Masneuf, moyennant la somme de
620,000 livres, à la charge par lui de faire démolir les constructions
commencées, et d'exécuter pour l'érection de la place le nouveau plan
adopté, lui fixant pour terme de cette opération le 1er du mois
d'octobre 1701; ce qui fut exécuté.
Cette place, bâtie sur les dessins de Jules-Hardouin Mansard, a de
diamètre soixante-quinze toises sur soixante-dix. Sa coupe présente
des pans dans les angles, et par conséquent huit façades. Un grand
ordre corinthien élevé sur un soubassement qui a de hauteur les cinq
huitièmes de l'ordre, forme la décoration de ces façades; au-dessus de
l'entablement corinthien sont des lucarnes en pierre, de forme
alternativement variée.
Les pans coupés des angles sont composés d'un avant-corps de trois
arcades, et de deux arrière-corps qui en ont chacun une. Ces
avant-corps ainsi que les pans, comparés avec le diamètre de la place,
sont trop petits; de telles lignes forment d'ailleurs un effet
désagréable, et devroient toujours être exclues de l'architecture des
grands édifices, dont une simplicité noble est le caractère essentiel.
Au milieu des grandes façades s'élèvent deux grands corps
d'architecture symétrique. Ils présentent chacun cinq ouvertures, une
de chaque côté en arrière-corps et trois en avant-corps, et sont
couronnés de frontons, dont la grandeur est égale à celle des pans
coupés. Ces deux constructions font un assez bel effet; cependant on y
remarque des fautes impardonnables: par exemple, celle de les avoir
ornées de colonnes _engagées_, tandis qu'il y avoit assez d'espace
pour isoler ces colonnes, et que, dans le cas contraire, elles
devoient être remplacées par des pilastres; une faute plus grande
encore est d'y avoir introduit des colonnes jumelles, qui, pénétrées
mutuellement l'une par l'autre avec leurs chapiteaux, présentent un
effet absurde et presque monstrueux que les bons architectes ont
toujours évité. La hauteur de l'ordre comprend deux étages[540].
[Note 540: _Voyez_ pl. 59.]
Enfin cette place étoit mal percée, et quoique vaste, et dans son
ensemble d'une assez belle ordonnance, elle n'offroit encore, il y a
quelques années, que deux issues, dont la disposition étoit même si
mauvaise, qu'on ne pouvoit la découvrir que de côté, en passant dans
la rue Saint-Honoré ou dans celle des Petits-Champs. Cependant
personne n'ignore que le principal mérite d'une place publique est
dans sa situation, et qu'elle doit être disposée de manière qu'on
puisse l'apercevoir de très-loin, et la traverser dans tous les
sens[541].
[Note 541: Deux rues qu'on a ouvertes, l'une sur le terrain
des Capucines, l'autre sur celui des Feuillans, viennent de
lui rendre ces points de perspective qui lui manquoient.]
Les hôtels qui l'environnent furent presque tous bâtis par des
fermiers-généraux, et sous la conduite des meilleurs architectes[542].
Cependant il restoit encore, en 1619, des places vides qui furent toutes
achetées par _Law_ avec les billets de banque qu'il avoit introduits.
[Note 542: Deux de ces hôtels, appartenans à deux traitants
nommés Poisson de Bourvalais et Villemarec, furent saisis en
1717, et destinés à former le logement du chancelier de
France.]
Au milieu de cette enceinte, entièrement composée de somptueux
édifices, étoit autrefois placée la statue équestre de Louis XIV.
Cette statue, d'un beau caractère, étoit de la main de _Girardon_.
Elle avoit vingt-un pieds de hauteur, et fut fondue d'un seul
jet[543], le 1er décembre 1692, par Jean-Balthazar Keller. Le 13 août
1699, ce monument colossal fut posé sur un piédestal de marbre blanc,
de trente pieds de haut, sur vingt-quatre de long et treize de large,
orné de cartels, de bas-reliefs et de trophées de bronze doré. Sur
ses quatre faces étoient des inscriptions latines[544] relatives aux
grandes actions du monarque, et exprimant particulièrement la
reconnoissance de la ville de Paris pour les bienfaits dont il l'avoit
comblée[545].
[Note 543: Elle pesoit environ 60,000 livres, et pour la
couler on fondit 83,753 livres de matière. Elle a été
abattue, avec toutes les autres statues de nos rois, le 18
août 1792.]
[Note 544: Voici les plus remarquables de ces inscriptions:
_Ludovico magno, decimo quarto, Francorum et Navarræ
regi christianissimo, victori perpetuo, religionis
vindici, justo, pio, felici, patri patriæ, erga urbem
munificentissimo, quam arcubus, fontibus, plateis,
ponte lapideo, vallo amplissimo arboribus consito
decoravit, innumeris beneficiis cumulavit; quo
imperante securi vivimus, neminem timemus, statuam hanc
equestrem quamdiù oblatam recusavit, et civium amori,
omniumque votis indulgens, erigi tandem passas est;
præfectus et ædiles, acclamante populo, posurêe._
Jusqu'en 1730, le piédestal de cette statue équestre ne fut
orné que des inscriptions données par l'académie des
belles-lettres; mais à cette époque on l'enrichit de cartels
et de trophées de bronze doré, sculptés par _Coustou_ le
jeune, auxquels on ajouta les inscriptions suivantes:
Dans le cartel qui étoit placé du côté de la chancellerie;
_Ludovicus XV, Franciæ et Navarræ rex optimus, magni
pronepos, Europæ arbiter, suscepto è Mariâ Polonâ Delphino,
à præfecto et ædilibus, pro avo monumentum absolvi sivit,
anno 1730._
Ce cartel étoit tenu par deux enfants, ayant pour symbole
les attributs de Minerve, tels que le hibou, la branche
d'olivier, le serpent, un livre, etc. Sous la corniche et
sous cette inscription se groupoient des attributs
convenables aux sciences et aux arts.
Sur le pilastre à droite de l'inscription étoit un trophée
représentant l'Afrique; et sur le pilastre à gauche, un
autre trophée représentoit l'Amérique.
À gauche de la statue, du côté opposé à la chancellerie, on
avoit placé un autre cartel avec cette inscription:
_Cippum cui equestris Ludovici Magni statua imposita est
splendidis ordine uno late septum ædibus restitui, et ornari
curârunt præfectus et ædiles, anno 1730._
Cette inscription, ainsi que la première, étoit soutenue par
deux enfants ou génies, avec pilastres, trophées, etc.
Le piédestal vis-à-vis le couvent des Feuillants offroit les
armes de France, ornées de palmes et de lauriers; de l'autre
côté, et vis-à-vis l'église des Capucines, on voyoit les
armes de la ville de Paris, dont le vaisseau étoit posé sur
la tête d'un fleuve, accompagné de roseaux, d'armes, du
livre, du caducée, de la bourse de Mercure, et couronné par
le chapeau de ce dieu, attributs qui désignent le commerce.
Dans les pilastres qui ornoient les angles on avoit sculpté
des agrafes soutenant des chutes de festons de chêne et de
laurier, qui tomboient le long de ces pilastres, comme
symboles de la force et de la victoire.
Tout ce monument fut entouré d'une grille de fer dans la
même année 1730[544-A].
Jusqu'en 1775, la foire d'été, dite de _Saint-Ovide_, se
tenoit sur la place Vendôme. Cette foire duroit un mois: on
construisoit des boutiques sur la place, et les spectacles
des boulevarts étoient obligés de s'y établir.]
[Note 544-A: Sur la colonne qui a remplacé ce monument,
_voyez_, à la fin de ce quartier, l'article _monuments
nouveaux_.]
[Note 545: _Voyez_ pl. 68.]
LES FEUILLANS
DE LA RUE SAINT-HONORÉ.
Le monastère des Feuillans étoit situé rue Saint-Honoré, vis-à-vis la
place Vendôme. C'étoit une congrégation particulière de religieux
réformés de l'ordre de Cîteaux, qui avoit pris son nom de l'abbaye de
_Notre-Dame des Feuillans_ dans le diocèse de Rieux, à quelques
lieues de Toulouse. _Jean de la Barrière_, qui en étoit abbé
commendataire en 1563, voulant consacrer le reste de ses jours à la
pénitence, conçut le dessein d'y faire revivre dans toute sa rigueur
l'ancienne observance de saint Benoît. En conséquence il prit l'habit
religieux, fit profession dans cet ordre le 12 mai 1573, et s'occupa
dès ce moment de mettre à exécution le projet de réforme qu'il avoit
médité. Malgré les austérités extraordinaires qu'il pratiquoit, il eut
bientôt un nombre de disciples assez considérable pour pouvoir en
former une communauté, dont il fut reconnu abbé régulier en 1577, et
béni comme tel dans l'église de la Dorade, à Toulouse, le 14 septembre
de la même année. Cet établissement fut définitivement constitué, et
la nouvelle réforme adoptée, quoiqu'elle passât en plusieurs points la
sévérité de la règle primitive de Cîteaux. Les religieux devoient
partager tout leur temps entre l'oraison, la psalmodie et le travail
des mains; ils marchoient nu-pieds, la tête nue; dormoient tout vêtus
sur des planches, et leur nourriture n'étoit que du pain le plus
grossier, quelques herbes cuites ou crues et de l'eau pure. L'huile,
le beurre, le poisson leur étoient interdits en tout temps, ainsi que
la chair et le vin; du reste ils gardoient une solitude exacte, et un
silence perpétuel.
Les merveilles qu'on publioit partout de l'abbé de _Feuillans_ et de
sa nouvelle communauté excitèrent la curiosité de Henri III. Ce prince
voulut voir Jean de La Barrière, et lui écrivit lui-même le 20 mai
1583, pour lui ordonner de se rendre à Paris. Le saint abbé obéit, et
y arriva au mois d'août suivant. Il prêcha devant le roi, et dans
plusieurs églises, avec un succès qui répondit à la haute estime que
tout le monde avoit conçue de son mérite. Henri III, charmé de son
éloquence et touché de sa vie édifiante, voulut le retenir auprès de
sa personne, et ne lui permit de retourner à _Feuillans_ qu'à
condition qu'il reviendroit dans la capitale, où il se proposoit de
lui faire bâtir un monastère. Toutefois les ordres donnés à cet effet
ne furent exécutés qu'en 1587. Alors Jean de La Barrière se mit une
seconde fois en chemin pour Paris, accompagné de soixante-deux
religieux de sa réforme. Ces pieux voyageurs partirent de Toulouse en
procession, marchant deux à deux, la croix en tête, et pratiquant,
pendant vingt cinq jours qu'ils mirent à faire cette longue route,
tous les exercices spirituels qu'ils étoient tenus de faire dans le
cloître. Ils arrivèrent le 9 juillet de la même année.
Henri III, qui étoit alors à Vincennes avec toute sa cour, envoya
quelques seigneurs au-devant d'eux jusqu'à Charenton, et sortit
lui-même de son château pour les recevoir. Ces religieux demeurèrent
dans un prieuré de l'ordre de Grandmont, situé dans le bois de
Vincennes, jusqu'au 7 du mois de septembre suivant, qu'ils en
sortirent pour prendre possession de l'église et du couvent que le roi
leur avoit fait bâtir au faubourg Saint-Honoré[546].
[Note 546: L'abbé Lebeuf ne s'est pas expliqué clairement,
en disant, t. I, p. 124, que ces religieux furent établis en
1577. Cette époque ne peut s'appliquer qu'à l'établissement
de leur réforme, puisque tous les actes attestent qu'ils ne
vinrent à Paris qu'en 1587.]
Cette nouvelle congrégation fut approuvée par le pape Sixte V, et
érigée en titre par sa bulle du 3 novembre 1587, sous le nom de
_Congrégation de Notre-Dame de Feuillans_. Elle fut distraite de la
juridiction de l'abbé de Cîteaux, par Clément VIII, le 4 septembre
1592. Peu de temps après, ce souverain pontife jugea à propos de
modérer la rigueur excessive et presque incroyable de cette réforme
par sa bulle du 8 novembre 1595, et la rendit ainsi supportable en la
rapprochant davantage de la règle de saint Benoît[547].
[Note 547: Quatorze religieux avoient, dit-on, succombé,
dans une semaine, sous la grande austérité de cette règle.]
Les monastères qui embrassèrent cette nouvelle institution s'étant
considérablement multipliés, tant en Italie qu'en France, Urbain VIII
crut convenable, en 1630, de diviser les Français et les Italiens en
deux congrégations différentes, gouvernées chacune par un général de
leur nation. Celui de France étoit abbé né de _Notre-Dame de
Feuillans_, et s'élisoit tous les trois ans dans le chapitre général,
lequel pouvoit le continuer encore pendant trois autres années
seulement. Ce général avoit le droit de visiter les maisons de son
ordre, et d'y faire plus ou moins de séjour; mais, pendant les trois
années de son généralat, il étoit obligé à dix-huit mois de résidence
à _Feuillans_. Cet usage s'observoit très-exactement.
Henri IV ne fut pas moins favorable à cette congrégation que l'avoit
été son prédécesseur: non-seulement il la confirma dans la propriété
de tout ce qui lui avoit été donné par Henri III, mais encore il
déclara qu'il vouloit partager avec ce prince le titre de son
fondateur, et lui accorda tous les priviléges et prérogatives dont
jouissoient les maisons de fondation royale.
La maison que Henri III avoit fait bâtir pour les Feuillans étoit
petite et peu commode; les libéralités de Henri IV, et les dons que
ces religieux obtinrent de la piété des fidèles[548], leur fournirent
bientôt les moyens de faire construire un nouvel édifice plus spacieux
et plus beau. Les bâtiments, auxquels le roi mit la première pierre en
1601, furent achevés en 1608, et le 5 août de la même année l'église
fut dédiée par le cardinal de Sourdis, sous l'invocation de saint
Bernard.
[Note 548: Ces dons leur furent faits à l'occasion d'un
jubilé; M. de Gondi, évêque de Paris, ayant indiqué, dans
cette vue, une station dans leur église.]
Cependant le portail de ce dernier monument n'existoit point encore;
et ce ne fut qu'en 1629, sous le règne de Louis XIII, qu'on pensa à
l'exécuter. François Mansard en fut l'architecte, et ce fut, dit-on,
le coup d'essai de cet homme célèbre. Ce portail, qui a joui d'une
grande réputation, mérite que nous en donnions une description un peu
détaillée.
Il étoit composé de deux ordres de colonnes, l'un ionique, l'autre
corinthien. Les colonnes de l'avant-corps étoient isolées, et celles
des extrémités engagées. L'entablement de ces ordres retournoit sur
chaque accouplement, et ces retours, faits pour donner à cette
décoration un caractère de légèreté, produisoient une foule de petites
parties qui nuisoient à l'effet général.
L'ordre ionique étoit d'une belle exécution, riche de détails
parfaitement finis, mais qui par cela même sembloient trop recherchés,
lorsqu'on les comparoit avec ceux de l'ordre supérieur. Celui-ci étoit
d'une proportion relative beaucoup trop courte, ayant deux modules et
un tiers de moins dans sa hauteur, ce qui lui donnoit une apparence
chétive et contraire à la progression[549] que l'on doit observer
entre les ordres élevés les uns sur les autres. Cet ordre supérieur
étoit surmonté d'un fronton circulaire sur lequel on avoit placé deux
figures d'une proportion trop forte, ce qui ajoutoit encore au défaut
d'harmonie qu'on remarquoit dans l'ensemble de cette décoration.
[Note 549: On ne leur donne ordinairement qu'un module de
moins en hauteur.]
Deux pyramides s'élevoient de chaque côté de ce frontispice; et cet
ornement bizarre, l'amortissement circulaire qu'on remarquoit
au-dessus du fronton, les consoles renversées ou arcs-boutants, les
cartels du dessus des portes, étoient encore des restes de la barbarie
gothique. Les figures, exécutées par un sculpteur nommé Guillin,
étoient de la plus grande médiocrité[550].
[Note 550: _Voyez_ pl. 67.]
On estimoit davantage la porte d'entrée du monastère, située en face
de la place Vendôme. Elle avoit été construite par le même architecte,
mais à une époque où son talent étoit mûri par l'étude et une longue
pratique. Cette décoration, qui n'étoit composée que d'une porte
carrée surmontée d'un fronton et accompagnée de quatre colonnes
corinthiennes, offroit dans ses proportions la justesse et la noble
simplicité qui fait le caractère de la bonne architecture. Au-dessus
de cette porte à plate-bande, on voyoit un bas-relief d'une assez
belle exécution, renfermé dans une table carrée. Il représentoit Henri
III recevant l'abbé _Jean de La Barrière_ et ses compagnons[551].
Cette porte ne fut construite qu'en 1676.
[Note 551: La vie de ce saint abbé avoit été peinte sur
verre dans le cloître de ce monastère, en peinture dite
d'_apprêt_[551-A], par un peintre flamand nommé _Sempi_. On
voyoit encore quelques-uns de ces tableaux au musée des
Monuments français.]
[Note 551-A: La peinture d'_apprêt_ diffère de l'ancienne
peinture sur verre, en ce que par celle-ci on coloroit d'une
teinte uniforme la substance entière du verre mis en fusion,
tandis que, dans le nouveau procédé, la couleur est
appliquée avec le pinceau, et fixée sur le verre au moyen
d'un feu assez fort pour l'amollir, et non pour le liquéfier
entièrement. Par cette manière d'opérer, on se procure des
teintes qui donnent du relief aux figures; mais aussi la
couleur n'est pas, comme dans l'autre, inaltérable.]
Dans l'intérieur de la cour, et en face du frontispice dont nous
venons de parler, étoit une porte en voussure et ornée de refends d'un
dessin assez élégant. L'intérieur de l'église n'avoit rien de
remarquable.
Le passage qui communiquoit aux Tuileries avoit été ouvert pendant la
minorité de Louis XV, pour donner au jeune roi la facilité de venir à
l'office à ce couvent.
CURIOSITÉS DU MONASTÈRE DES FEUILLANS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Assomption, par _Bunel_.
Dans le rond, deux anges, par _La Fosse_.
Sur l'autel de la sixième chapelle à droite, une Visitation, par
_Michel Corneille_.
Dans la sixième chapelle à gauche, plusieurs peintures de _Simon
Vouet_, entre autres le plafond représentant un saint Michel,
lequel passoit pour un des chefs-d'oeuvre de ce peintre.
Dans le vestibule d'entrée, un seigneur descendant de cheval, et
recevant l'habit de Feuillans, par _Loir_.
Dans le réfectoire, quatre sujets tirés de l'histoire d'Esther,
par _Restout_ père.
Dans le chapitre, la Résurrection du Lazare, par _Vien_.
Dans la salle du roi, près l'église, les portraits des rois et
reines de France depuis Henri III jusqu'à Louis XV inclusivement,
ainsi que ceux des dauphins, fils et petits-fils de ce dernier
roi.
Les chapelles, au nombre de quatorze, la nef et les diverses
autres parties de l'église étoient décorées d'un grand nombre
d'autres tableaux sans noms d'auteurs.
SCULPTURES.
Dans la troisième chapelle à gauche, une Vierge en bois doré, par
_Sarrazin_.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans la première chapelle à droite on voyoit la statue en marbre
de Raimond Phélippeaux, seigneur d'Herbaut, secrétaire d'état
sous Louis XIII, mort en 1629. Il étoit représenté à genoux
devant un prie-Dieu.
La seconde étoit destinée à la sépulture de la famille Pelletier.
La troisième avoit appartenu à MM. de Vendôme.
La quatrième offroit le mausolée de Guillaume de Montholon,
conseiller d'état et ambassadeur, mort en 1722; son buste et deux
Vertus, dont il étoit accompagné, composoient ce mausolée.
Dans la cinquième avoient été inhumés Louis de Marillac, maréchal
de France, condamné à mort et exécuté le 10 mai 1631; et
Catherine de Médicis son épouse, morte de douleur pendant qu'on
instruisoit le procès de son mari[552].
[Note 552: Elle étoit alliée à la famille souveraine des
Médicis.]
Entre ces deux chapelles étoit le cénotaphe de Henri de Lorraine,
comte d'Harcourt, et d'Alphonse de Lorraine son fils, chevalier
de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ce monument, sculpté par
_Nicolas Renard_, offroit trois figures symboliques: le Temps
couché au pied d'un obélisque; une figure ailée, emblème de
l'immortalité; et un génie en pleurs portant les médaillons de
ces deux princes. Au-dessus de l'obélisque, un globe doré que
surmontoit un aigle aux ailes éployées; un bas-relief en bronze
doré et plusieurs autres accessoires ajoutoient encore à la
richesse de ce monument.
Dans la première chapelle à gauche, un tombeau de marbre blanc en
forme d'urne contenoit les restes mortels de Jeanne Armande de
Schomberg, femme de Charles de Rohan, duc de Montbason, etc.,
morte en 1700.
La seconde appartenoit à la famille de Beringhem. Dans cette
chapelle avoit été inhumé le maréchal d'Uxelles, ambassadeur
extraordinaire au congrès d'Utrecht, ministre du conseil de
régence, etc., mort en 1730.
La troisième, richement décorée, appartenoit à la famille des
Rostaing, et étoit fermée d'une grille. Elle contenoit plusieurs
tombeaux de ses membres les plus distingués: sous la croisée,
étoient représentés à genoux Tristan de Rostaing, mort en 1591,
et Charles de Rostaing son fils, mort en 1660. Une urne portée
sur une colonne de marbre renfermoit le coeur d'Anne Hurault,
fille du chancelier de Chiverni, femme de Charles de Rostaing,
dont nous venons de parler, morte en 1635. On y voit encore les
bustes de quatre autres personnages de cette maison[553].
[Note 553: Les monuments des Rostaing, de Marie de
Barbezières, de Raimond Phélippeaux, des comtes d'Harcourt,
et du maréchal de Marillac, avoient été déposés au musée des
Petits-Augustins. Toutes ces sculptures étoient d'une grande
médiocrité.]
Dans la quatrième, une figure à genoux devant un prie-Dieu
offroit un portrait de Claude-Marie de l'Aubespine, femme de
Médéric Barbezières, seigneur de Chemerault, morte en 1613.
Dans le choeur et dans le chapitre avoient été inhumés plusieurs
généraux de l'ordre, et les PP. Jérôme et Turquois, prédicateurs
estimés du dix-septième.
La bibliothèque de ce couvent pouvoit contenir environ 24,000
volumes.
LES CAPUCINS.