du Louvre en 1689, étoit située au-dessus du troisième
guichet. Elle contenoit une suite considérable de poinçons
et de carrés composant l'histoire métallique des rois de
France, histoire qui cependant ne remonte pas plus haut que
François Ier. On y voyoit en outre les portraits de ces
princes, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à
Louis XVI.]
[Note 497: Ce guichet fut ainsi nommé, parce qu'il fut
ouvert par le marquis de Marigny, directeur-général des
bâtiments de Louis XV.]
Enfin, pour ne rien oublier dans une description dont nous avons
supprimé une foule de détails fastidieux, il faut faire connoître
quelle étoit la destination de ce corps-de-logis qui lie la
galerie au Louvre, et qui fait l'un des côtés de la place du
vieux Louvre. On sait déjà que le rez-de-chaussée de ce bâtiment
formoit une partie de l'appartement de la reine: les salles du
premier étage furent accordées par le roi à l'académie de
peinture, et l'on y conservoit un grand nombre de tableaux,
statues, bas-reliefs, dessins et gravures des académiciens,
depuis l'établissement de cette compagnie. Nous indiquerons,
parmi ces productions des arts, quelques-unes des plus
remarquables.
TABLEAUX.
_Dans la galerie d'Apollon._ Sur la porte, Louis XIV à cheval,
par _Mignard_.
Dans les voussures du plafond, le triomphe de Bacchus, par
_Taraval_; l'Été, par _Durameau_; le Printemps, par _Callet_;
Castor ou l'Étoile du matin, par _Restout_.
La mort de la Vierge, par _le Caravage_.
Une descente de croix, par _Le Brun_.
Un saint Michel et la Nativité, par le même; un portrait en pied
de Louis XIV, par _Rigaud_.
_Dans les salles de l'académie de peinture_, des Ruines, par
_Servandoni_.
Une descente de croix, par _Jouvenet_.
La présentation au temple, par _Vouet_.
Le portrait du pape Benoît XIV, par _Subleyras_.
Les portraits d'un grand nombre d'académiciens, peints par
eux-mêmes.
Plusieurs tableaux de nature morte, etc., par _Chardin_.
SCULPTURES.
_Dans la galerie d'Apollon_: les bustes de _Carle Maratte_ et
d'_André del Sarte_. Des plâtres moulés d'après l'antique, des
tableaux et sculptures, morceaux de réception de divers
académiciens, etc.
_Dans les salles de l'Académie_, les bustes en marbre de Louis
XIV, Louis XV, Mazarin, Louvois; ceux de Villacerf, du président
de Lamoignon, du chancelier Séguier, du duc d'Antin; de Mansard,
Le Brun, Mignard, Raphaël, Michel-Ange, Piètre de Cortonne,
Annibal Carrache, le Bernin, André Sacchi; des copies et plâtres
moulés des plus belles statues antiques; les morceaux de
réception du plus grand nombre des sculpteurs académiciens,
etc.[498]
[Note 498: La plupart de ces sculptures, plâtres, portraits,
etc., ont été d'abord transportes et déposés dans les
galeries supérieures du musée des Petits-Augustins, et,
depuis la restauration, dans des salles du collége des
Quatre-Nations.]
Avant que la galerie du Louvre fût élevée, les murs de la ville, qui
suivoient alors l'alignement de la rue Saint-Nicaise, venoient se
terminer au bord de la rivière par une porte qu'on nommoit
_Porte-Neuve_, et qui subsista encore long-temps après que la galerie
eut été bâtie[499]. Cette porte, qui ne fut abattue que sous Louis
XIII, étoit située un peu au-dessus du premier guichet; et auprès
étoit l'hôtel du prévôt. Voici ce qu'on lit dans les mémoires écrits
du temps des guerres civiles[500]: «Henri III, dit l'Étoile, voyant le
peuple continuer dans sa furie, averti d'ailleurs que les prédicateurs
qui marchoient en tête, et ne tenoient d'autre langage, sinon _qu'il
falloit aller prendre frère Henri de Valois dans son Louvre_, avoient
fait armer sept à huit cents écoliers et trois ou quatre cents moines;
et ceux, qui étoient auprès de ce prince ayant, sur les cinq heures du
soir, reçu avis par un de ses bons serviteurs, qui, déguisé, se coula
dans le Louvre, qu'il eût à en sortir plutôt tout seul, sinon qu'il
étoit perdu, sortit du Louvre à pied, tenant une baguette à la main,
suivant sa coutume, comme s'allant promener aux Tuileries. Il n'étoit
pas encore sorti la porte (la porte Neuve) qu'un bourgeois l'avertit
en diligence que le duc de Guise, avec douze cents hommes, l'alloit
venir prendre. Étant arrivé aux Tuileries, où étoit son écurie, il
monta à cheval avec ceux de sa suite qui eurent moyen d'y monter;
Duhalde le botta, et lui mettant son éperon à l'envers: «C'est tout
un, dit ce prince, je ne vais pas voir ma maîtresse. Étant à cheval,
il se tourna vers la ville, et jura de n'y rentrer que par la brèche.»
[Note 499: _Voyez_ pl. 67.]
[Note 500: En 1588.]
«Entre les cinq et six heures du soir, dit Cayet[501], Henri III
sortit de Paris par la _porte Neuve_; ceux qui étoient avec lui le
suivirent, aucuns desquels étoient bien étonnés: car tel conseiller
d'état l'étoit allé trouver au Louvre avec sa robe longue, qui, sans
bottes, montoit pour le suivre sur le premier cheval de l'écurie; et
ainsi que ce prince sortoit par la _porte Neuve_, quarante
arquebusiers qu'on avoit mis à la porte de Nesle[502] tirèrent
vivement sur lui et sur ceux de sa suite.»
[Note 501: Chronologie novennaire.]
[Note 502: Elle étoit située de l'autre côté de la rivière.]
LE JARDIN DES TUILERIES.
L'art des jardins fut dans une continuelle enfance parmi nous jusqu'au
règne de Louis XIV. Dans la description que nous avons déjà donnée de
quelques-uns des enclos que nos rois avoient dans la ville ou dans ses
environs, on a pu voir que tout y étoit sacrifié à une culture utile
et grossière, sans qu'on eût jamais songé à profiter des richesses
qu'offre la nature pour y répandre de la grâce et de la majesté. Cette
culture même, dans laquelle on n'avoit d'autre but que de se procurer
des fruits et des légumes, n'avoit fait presque aucun progrès pendant
une si longue suite de siècles; et la même époque qui porta en France
l'art des jardins à un degré de grandeur et de magnificence qui depuis
n'a point été surpassé, apprit en même temps aux cultivateurs les
moyens ingénieux par lesquels on peut augmenter la saveur et la beauté
de ces précieux végétaux. Deux hommes firent chez nous cette grande
révolution, _La Quintinie_ et _Le Nôtre_. Le premier, s'attachant
principalement à ce que le jardinage a d'utile, donna sur la taille et
la transplantation des arbres, sur la culture des fruits et des
légumes, des préceptes fondés sur l'observation, et qui seront
éternellement les règles fondamentales de cet art. Le Nôtre, doué d'un
génie plus élevé et d'un goût exquis, s'occupa des jardins sous le
rapport de la décoration; et l'on vit éclore sous sa main, comme par
enchantement, mille compositions admirables qui transformèrent en
lieux de délices une foule de sites champêtres, jusque là tristes et
négligés; qui jetèrent surtout un grand éclat sur les maisons royales,
en joignant à la magnificence des arts dont elles étoient décorées les
beautés de la nature encore plus nobles et plus majestueuses.
Le jardin des Tuileries, qui passe pour le chef-d'oeuvre de cet homme
célèbre, étoit, dans son origine, mal distribué, dépourvu de tout
agrément, et beaucoup moins étendu qu'il ne l'est aujourd'hui. Il ne
tenoit pas même alors au château, dont il étoit séparé par une rue
qui, régnant le long de la façade, aboutissoit presqu'à la porte
d'entrée actuelle, près le pont Royal. À son autre extrémité
s'étendoit une place vague depuis les murs de la ville[503] jusqu'à
ceux du jardin. Ainsi resserré, cet espace contenoit cependant un
étang, un bois, une volière, une orangerie, des allées, des parterres,
un théâtre et un labyrinthe. La volière consistoit en plusieurs
bâtiments, et étoit située vers le milieu du quai actuel des
Tuileries[504]. On trouvoit l'Écho au bout de la grande allée,
c'est-à-dire au bout du jardin. La muraille qui l'entouroit avoit deux
toises de hauteur, et vingt-quatre pieds de diamètre. Sa forme étoit
celle d'un demi-cercle, et elle étoit cachée par des palissades. À peu
de distance de cet écho, du côté de la porte Saint-Honoré, on avoit
placé l'orangerie; et auprès s'élevoit une espèce de ménagerie où
étoient renfermées des bêtes féroces. Un grand terrain ménagé dans le
bastion qui tenoit à la porte de la Conférence servoit de garenne, et
à l'extrémité de ce terrain, entre la porte et la volière, étoit un
chenil que le roi donna à _Renard_[505], par brevet du 20 avril 1630,
sous plusieurs conditions, dont la principale étoit qu'il défricheroit
ce terrain, et qu'il le rempliroit de plantes et de fleurs rares.
Telle étoit la composition du jardin des Tuileries avant Le Nôtre. Il
servoit déjà de promenade publique; mais quoique Sauval vante beaucoup
l'heureuse disposition du labyrinthe, signalé, dit-il, par _les
prouesses des amants_, et qu'il s'extasie sur les merveilles de l'écho
où ils se rendoient pour donner des concerts à leurs belles, cette
description que nous en ont laissée les historiens du temps ne
présente rien à l'imagination qui ne soit incohérent et désagréable.
[Note 503: Ces murs étoient alors situes à peu près
vis-à-vis la rue Royale; la rue se nommoit rue des
_Tuileries_.]
[Note 504: _Voy._ le plan de _Gomboust_, gravé en 1652.]
[Note 505: _Voy._ pl. 70. Ce Renard avoit été valet de
chambre du commandeur de Souvré. C'étoit un homme d'un
caractère souple et obligeant, qui ne manquoit point
d'esprit, et se connoissoit fort bien en meubles et en
tapisseries. Il faisoit de ces objets précieux une sorte de
commerce avec les personnes de qualité; et le cardinal
Mazarin, qui lui en achetoit quelquefois, s'amusoit de sa
conversation. Dès que Louis XIII lui eut donné ce terrain,
il en fit un jardin très-proprement tenu, qui, par sa
situation et par les manières honnêtes du maître, devint le
rendez-vous ordinaire des seigneurs de la cour, et de tout
ce qu'il y avoit alors de plus galant dans la ville. Il est
souvent parlé de ce jardin dans les mémoires de la minorité
de Louis XIV; et, du temps de la Fronde, il devint même
fameux par une aventure burlesque qui offre un nouveau coup
de pinceau à ajouter au tableau de cette guerre à la fois
déplorable et ridicule. Quoique les frondeurs ne voulussent
pas permettre que le roi entrât dans Paris, les courtisans
ne laissoient pas que d'aller en toute liberté aux
Tuileries, et de là au jardin de Renard. Un jour que le duc
de _Candale_, _Jarzay_, _Boutteville_, _Saint-Mesgrin_ et
quelques autres s'étoient réunis pour y souper et s'y
divertir, les frondeurs commencèrent à craindre que, si le
peuple voyoit souvent les seigneurs qui étoient dans le
parti de la cour, il n'en prit insensiblement des
dispositions favorables au jeune roi. En conséquence, ils y
envoyèrent le duc de Beaufort, suivi d'une assez grosse
troupe de gens. Ce prince chassa les violons, renversa les
tables, mit tout en désordre dans le jardin; et cette belle
expédition n'eut pas d'autres suites.]
Les deux projets d'achever le palais des Tuileries et d'en embellir le
jardin furent conçus et exécutés en même temps. Le mur et les édifices
qui en faisoient la séparation furent abattus; on démolit également un
hôtel qu'occupoit mademoiselle de Guise, la volière et toutes les
maisons qui s'étendoient du côté de la rivière jusqu'à la porte de la
_Conférence_. Le jardin de _Renard_ fut enfermé dans le nouvel enclos;
et sur ce terrain ainsi disposé, qui contenoit alors soixante-sept
arpents, _Le Nôtre_ commença l'exécution du plan magnifique dont il
avoit déjà tracé le dessin.
Ce jardin, planté régulièrement, est entouré de terrasses qui en
marquent les limites sur trois de ses côtés, mais dont la disposition
est telle qu'elles laissent à l'extrémité occidentale une ouverture en
fer à cheval, au moyen de laquelle la vue s'étend sur la grande allée
des Champs-Élysées jusqu'à la barrière de Chaillot. Le terrain de ce
jardin, considéré dans sa largeur, qui est de cent quarante-sept
toises, a une pente de cinq pieds quatre pouces; une telle
inégalité[506], qui sembloit offrir un obstacle insurmontable à la
symétrie du plan, fut masquée avec un art admirable par un talus
imperceptible, et au moyen de deux terrasses latérales, qui
non-seulement, contribuèrent à détruire cette irrégularité, mais
ajoutèrent encore à l'élégance de cette grande composition.
[Note 506: Il eût fallu rapporter trois mille toises cubes
de terre, ce qui eût coûté une somme considérable, sans rien
ajouter à l'agrément de cette promenade.]
Considérant ensuite la vaste étendue de la façade des Tuileries, _Le
Nôtre_ sentit qu'une aussi longue ligne de bâtiments avoit besoin
d'une esplanade qui lui fût proportionnée et qui en développât
complètement toutes les parties. Il conçut donc l'heureuse idée de ne
commencer le couvert de ce jardin qu'à quatre-vingt-deux toises de la
façade; et cette distance semble dans une proportion si parfaite avec
le palais, qu'on n'imagine, dans tout cet espace, aucun autre point où
cette masse d'arbres ne fût placée moins favorablement. Tout le sol de
la partie découverte fut enrichi de parterres à compartiments,
entremêlés de massifs de gazon, et dont les dessins nobles et élégants
ont été conservés jusqu'à nos jours.
Ces parterres sont disposés de manière qu'on a pu y placer trois bassins
circulaires, qui présentent une agréable variété. Au pied du palais est
pratiquée une quatrième terrasse servant d'_empatement_[507] à
l'édifice, et qui, avec les trois autres, paroît contenir le jardin
entier dans une espèce de boulingrin.
[Note 507: On donne ce nom à une épaisseur de maçonnerie qui
sert de pied à un mur.]
En face des parterres, et dans l'alignement du milieu du grand
avant-corps, est plantée une grande allée de marronniers, de
cent-quarante toises de longueur, qui dans le principe n'avoit que
quarante-huit pieds de largeur. Les contre-allées en avoient chacune
trente-trois. Aux deux côtés de ces dernières étoient distribuées
différentes pièces de verdure, telles que des boulingrins entourés
d'arbres de haute tige, des bois plantés et disposés régulièrement,
des bosquets, etc. Ces dispositions intérieures ont depuis éprouvé
divers changements, et ne ressemblent plus à celles qui furent
exécutées par _Le Nôtre_[508]; mais la masse entière du couvert est
restée toujours la même, et conserve l'aspect majestueux, les belles
proportions que lui a donnés ce grand décorateur. Admirable du côté
des Tuileries, ce bois offre peut-être un coup d'oeil encore plus
ravissant dans la partie opposée. Le jardin s'y termine également par
une grande partie découverte, au milieu de laquelle est placé un
bassin de trente toises de diamètre, dont la forme octogone se
trouvoit en un rapport symétrique avec les charmilles[509] et les
parterres qui l'environnoient. En considérant du haut du _fer à
cheval_ l'ensemble de toutes ces parties, il règne une telle variété
dans le dessin, dans la disposition des plans et des niveaux, dans
l'architecture des terrasses, des palissades, etc.; le palais des
Tuileries d'un côté, et la verdure des Champs-Élysées, de l'autre, y
présentent des perspectives si agréables, qu'il est difficile que
l'art et la nature réunis puissent jamais produire des effets plus
riches et plus imposants[510].
[Note 508: Il y avoit dans un de ces bosquets une salle de
comédie en verdure, qui subsistoit encore du temps de la
minorité de Louis XV. À la place de ce théâtre on fit un jeu
de mail pour le jeune roi; et dans le vide de ce mail, on
éleva un pavillon où fut placé un billard également destiné
à son amusement.]
[Note 509: Ces charmilles qui bordoient la lisière du bois
ont été détruites.]
[Note 510: _Voyez_ pl. 56.]
La terrasse qui règne du côté de la rue Saint-Honoré étant beaucoup
plus basse que celle du bord de l'eau, on avoit imaginé de former dans
l'espace qui est au-dessous, et qui la sépare du couvert, de grands
tapis de verdure entourés de plates-bandes de fleurs. Cette agréable
variété ne nuisoit en rien à la symétrie, parce que la largeur du
jardin est si considérable, que les petites parties dissemblables n'y
peuvent être embrassées du même coup d'oeil. Ces plates-bandes furent
détruites en 1793, et la convention nationale décréta gravement qu'on
y sèmeroit des pommes de terre _pour la nourriture du peuple_. Depuis
elles n'ont point été rétablies.
Au milieu de tant de beautés, la critique la plus sévère ne trouvoit
qu'un seul défaut extrêmement léger. La grande allée paroissoit trop
étroite: on auroit désiré que les deux contre-allées y eussent été
réunies, et qu'au lieu d'en faire une allée couverte, on l'eût taillée
en palissade. Ouverte de cette manière, elle devoit offrir une percée
plus étendue, et mettre le palais dans un rapport plus intime avec
tous les monuments dont il est environné[511].
Au milieu du fer à cheval qui termine ce jardin, du côté des
Champs-Élysées, on construisit en 1716 un pont tournant[512] d'un
dessin très-ingénieux, et qui établissoit une communication directe
des Tuileries avec la nouvelle place Louis XV. Ce pont étoit de
l'invention de frère Nicolas Bourgeois, augustin, mécanicien habile,
connu par plusieurs ouvrages remarquables, et principalement par le
pont de bateaux de Rouen.
[Note 511: Ce voeu des artistes et généralement de tous les
gens de goût a été exécuté depuis la révolution.]
[Note 512: Il a été détruit pendant la révolution, et l'on a
comblé le fossé.]
On entroit dans ce jardin par six portes que l'on a conservées au
milieu des changements considérables qui se sont faits dans le terrain
environnant[513]. Entre la rue Saint-Honoré et la terrasse du nord,
dite des Feuillants, étoient deux manéges qui furent construits
lorsque Louis XV, encore enfant, vint habiter le château des
Tuileries[514].
[Note 513: Une de ces portes est celle du pavillon du
milieu; les deux suivantes sont ouvertes de chaque côté de
la terrasse contiguë au palais; il y en a une au milieu de
la terrasse du nord; la cinquième est à l'extrémité du
jardin du côté de la place Louis XV; la sixième au pont
tournant. Depuis, on en a ouvert deux autres. (Voyez
l'article _monuments nouveaux_.)]
[Note 514: L'un de ces deux manéges, qui étoit couvert, est
devenu depuis fameux pour avoir servi de local aux séances
de l'assemblée nationale; il a été abattu, ainsi que les
écuries et un grand nombre d'édifices qui remplissoient cet
espace. C'est maintenant une très-belle rue qui va de la
place du Carrousel à la place Louis XV.]
Le bas peuple n'entroit autrefois dans ce jardin que le jour de la
Saint-Louis.
STATUES ET AUTRES ORNEMENTS
DU JARDIN DES TUILERIES EN 1789.
SUR LA TERRASSE QUI BORDE LE CHÂTEAU.
Deux Nymphes chasseresses, par _Coustou_ l'aîné.
Un chasseur assis, par le même.
Un faune jouant de la flûte, par _Coyzevox_.
Une hamadryade qui semble l'écouter, par le même.
Une Flore, par le même.
Un vase, par _Robert_.
Un autre, par _Le Gros_.
AUTOUR DU BASSIN DU MILIEU.
Pluton enlevant Proserpine, par _Regnaudin_.
La mort de Lucrèce, commencée par _Théodon_, et finie par _Pierre
Le Pautre_.
Énée portant son père Anchise, par le même.
L'enlèvement d'Orithye, commencé par _Marsy_, et terminé par
_Flamen_.
AU BOUT DE LA GRANDE ALLÉE, EN FACE DU GRAND BASSIN.
Annibal comptant les anneaux des chevaliers romains tués à la
bataille de Cannes, par _Sébastien Slootz_.
L'Hiver et le Printemps, par _Le Gros_.
La Vestale, par le même.
Jules César, par _Nicolas Coustou_.
L'Automne et l'Été; la statue d'Agrippine, copiée d'après
l'antique.
AU-DELÀ DU BASSIN.
Le Tibre et le Nil, figures colossales copiées d'après l'antique.
La Seine et la Marne, par _Nicolas Coustou_.
La Loire et le Loiret, par _Vanclève_.
À L'ENTRÉE DU PONT TOURNANT.
Deux chevaux ailés, dont l'un est monté par une Renommée, et
l'autre par un Mercure. Ces deux figures, de la main de
_Coyzevox_, étoient autrefois à Marly[515].
[Note 515: Toutes ces sculptures sont en marbre, et n'ont
point été déplacées. Depuis, ce magnifique jardin a été
enrichi d'un grand nombre d'autres figures, ouvrages
modernes ou copiés de l'antique. Voyez l'article _Monuments
nouveaux_.]
PORTE DE LA CONFÉRENCE.
Elle étoit située à l'extrémité de la terrasse des Tuileries, du côté
de la rivière, et terminoit la dernière enceinte, commencée sous
Charles IX et achevée sous Louis XIII[516].
[Note 516: _Voyez_ pl. 67.]
Le nom de cette porte, qui n'a été démolie qu'en 1730, et la date de
sa construction, ont fait naître des opinions contradictoires et de
longs débats parmi les historiens de Paris. D. Félibien a prétendu
d'abord qu'il n'y avoit de différence que dans le nom entre la porte
_Neuve_ et celle de la Conférence; puis il dit dans un autre endroit
qu'on bâtissoit cette porte en 1659, dans le temps des conférences
entre les ministres de France et ceux d'Espagne, lesquelles furent
suivies de la paix des Pyrénées. D'autres pensent qu'elle fut élevée
sous François Ier, et reconstruite lors de ces dernières conférences.
Sauval, après en avoir parlé quelque part comme d'un monument existant
déjà du temps de Charles IX, semble ailleurs la confondre avec la
porte _Neuve_. Le sixième plan de Delamare la présente également comme
déjà bâtie sous le même règne. Enfin Piganiol, qui a cru être mieux
instruit, dit «qu'il ne paroît pas, par les historiens contemporains,
que, pour lors, ni long-temps après, il y eût ici une porte.» Et il
ajoute «qu'il n'étoit pas difficile à nos historiens d'éviter
plusieurs fautes qu'ils ont faites à ce sujet; qu'ils n'avoient qu'à
jeter les yeux sur l'estampe que Perelle en a faite, et qu'ils
auroient vu que cette porte fut élevée en 1633, et qu'il est assez
vraisemblable que le nom de porte de la Conférence lui a été donné à
l'occasion des conférences de Surène entre les députés du roi et ceux
de la ligue, qui commencèrent le 29 avril 1593.»
Toutes ces assertions semblent peu exactes. 1º Il est impossible
d'accorder que la porte _Neuve_, qui étoit presque dans l'alignement
de la rue Saint-Nicaise, et celle de la _Conférence_, située au bout
des Tuileries, aient été la même porte. 2º Il n'est guère probable que
cette dernière subsistât sous François Ier, ni même sous les deux,
règnes suivants, puisque le jardin des Tuileries n'existoit pas
encore. 3º Il n'y a guère d'apparence qu'elle doive son nom aux
conférences de Surène, puisque l'historien qui rapporte cette opinion
prétend qu'elle ne fut bâtie que quarante ans après ces conférences;
et du reste il est certain qu'elle ne peut l'avoir reçu de celles qui
précédèrent en 1659 la paix des Pyrénées; car elle se trouve déjà
figurée sur des plans qui ont été tracés en 1608 et 1620[517], et
désignée sous ce nom dans différents mémoires qui ont également paru
avant cette époque; 4º Le raisonnement que l'on fait pour prouver
qu'elle n'existoit pas sous Henri III, parce qu'il sortit de Paris par
la porte _Neuve_[518], ne peut paroître valable, puisqu'il est dit que
le roi, après être sorti par cette porte, _se rendit au Jardin des
Tuileries, aux Feuillants_, etc. Cette circonstance ne prouve
clairement qu'une chose, c'est que la porte _Neuve_ n'étoit pas la
même que celle de la _Conférence_, située en-deçà du palais et du
jardin; et dire que les historiens qui ont rapporté ce fait n'ont pas
parlé de cette dernière porte, ce n'est pas démontrer qu'elle ne fût
pas déjà bâtie à cette époque.
[Note 517: Les plans de _Quesnel_ et de _Mérian_.]
[Note 518: _Voyez_ p. 943.]
Le commissaire Delamare a été la cause de cette dernière erreur, parce
qu'il est le premier qui ait confondu ces deux portes ensemble, en
disant «que la porte _Neuve_, proche le Louvre, fut reculée, en 1566,
jusqu'au lieu où elle est à présent.» Il est certain cependant
qu'elles ont existé ensemble, comme on peut s'en convaincre par le
plan de Boisseau, de 1643, celui de Gomboust, de 1652, et le sixième
plan que Delamare lui-même a donné. De tout ceci on peut conclure que
cette porte fut construite peu de temps après qu'on eut entouré de
murs l'emplacement du jardin des Tuileries[519]. En effet, il n'est
pas vraisemblable que l'extrémité de ce jardin fût bordée, comme elle
l'étoit, d'un fossé qui alloit jusqu'à la rivière, sans supposer en
même temps une porte et un pont-levis pour empêcher ou faciliter la
communication du chemin qui régnoit le long de ce jardin, du côté de
l'eau, et qui conduisoit à la porte _Neuve_, située au milieu de la
galerie.