On entroit ensuite dans la salle des gardes, décorée de peintures

par _Nicolas Loir_. Il y avoit représenté Diane surprenant

Endymion, des trophées d'armes et des bas-reliefs en grisaille,

en bronze, en or; le plafond offroit un ciel ouvert, et une

allégorie relative aux récompenses destinées par le prince aux

gens de guerre. Cette pièce occupoit de chaque côté l'espace de

six croisées.

L'antichambre du roi, qui la suivoit, avoit été peinte en grande

partie par le même artiste. Il l'avoit également remplie de

sujets mythologiques et allégoriques. On y voyoit le soleil sur

son char, accompagné des Heures; les Saisons, la Renommée,

l'Aurore amoureuse de Céphale; la métamorphose de Clitie; la

statue de Memnon animée par le Soleil; Apollon se délassant de

ses travaux chez Thétis; les quatre parties du jour, etc. Un

grand tableau placé sur la cheminée, et peint par _Mignard_,

représentoit Louis XIV à cheval, couronné par Minerve.

La grande chambre du roi offroit des ornements en stuc sculptés

par _Lerambert_, et des figures de _Girardon_. Le plafond,

représentant la Religion et des trophées symboliques, tels que

l'Oriflamme, la sainte ampoule, l'épée, le casque, les fleurs de

lis, étoit de _Bertholet Flaméel_. Les grotesques et les lambris

avoient été peints par les deux _Lemoine_.

De cette pièce on entroit dans le grand cabinet, dont le plafond,

richement sculpté et doré, étoit orné de figures en stuc, mais

sans peintures; les chambranles et les lambris étoient également

chargés d'ornements. C'est dans ce cabinet que fut tenu le

conseil de régence pendant la minorité de Louis XV.

Sur la droite de cette pièce, on trouvoit la chambre à coucher du

roi et son cabinet, enrichis, sur les plafonds et les lambris, de

peintures par _Noël Coypel_. Ces peintures représentoient divers

sujets de la fable. Sur les lambris, _Francisque Millet_,

excellent paysagiste flamand, avoit aussi exécuté plusieurs

sujets.

On revenoit ensuite dans le cabinet du roi, pour entrer dans la

galerie _des Ambassadeurs_. Le plafond de cette pièce, distribué

en plusieurs compartiments, représentoit l'histoire de Psyché,

copiée d'après la galerie Farnèse d'_Annibal Carrache_, par

_Pierre Mignard_ et plusieurs autres peintres habiles.

Cette pièce, ainsi nommée parce que Louis XIV y donnoit ses

audiences publiques aux ministres étrangers, avoit cent vingt-six

pieds de longueur sur vingt-six de largeur. Elle étoit éclairée

par six croisées donnant sur la cour. Le trône, placé dans le

fond, s'élevoit sur six degrés, qui subsistoient encore en

1789[479].

[Note 479: Le séjour que les officiers de Louis XV firent

dans cette galerie pendant sa minorité, y causa de grandes

dégradations; elle fut alors séparée, dans toutes ses

dimensions, par des cloisons, et depuis on n'avoit point

pensé à réparer le dommage que ces arrangements passagers y

avoient causé.]

À l'extrémité de cette galerie, sur la droite, étoit un escalier

par lequel on communiquoit à l'appartement qu'avoit occupé la

reine Marie-Thérèse d'Autriche.

Cet appartement, dont les vues donnoient sur le jardin, se

composoit de six pièces, adossées à la galerie des ambassadeurs:

ces diverses pièces étoient richement décorées de sculptures, de

dorures, de tableaux, qui cependant n'offroient rien de

remarquable sous le rapport de l'art. C'étoit ce même appartement

qu'habitoit la malheureuse épouse de Louis XVI.

Les pièces du rez-de-chaussée, situées au-dessous de celles que

nous venons de décrire, formoient l'appartement de Louis XIV. Les

peintures en étoient de _Mignard_: ce peintre, faisant allusion à

la devise de ce prince, laquelle représentoit un soleil, y avoit

tracé toutes les aventures mythologiques du dieu de la lumière;

_Francisque Millet_ l'avoit secondé dans cette flatterie

ingénieuse, en peignant sur les dessus de porte le lever et le

coucher du soleil.

Dans un autre appartement, qui étoit de plain-pied avec celui-ci,

on voyoit des peintures de _Philippe de Champagne_ et de

_Jean-Baptiste de Champagne_ son neveu. Ils y avoient représenté

toute l'éducation d'Achille[480].

[Note 480: Une grande partie des appartements de ce palais,

et notamment le pavillon de Flore, étoient occupés depuis

long-temps par diverses personnes de qualité. On avoit

également accordé des logements aux Tuileries à des

particuliers attachés au service de S. M., à des gens de

lettres, à des artistes, etc. Il n'y avoit guère que

l'appartement du roi et celui de la reine qui fussent restés

intacts.]

De l'autre côté de ce palais, et derrière la chapelle, étoit le grand

théâtre appelé _la salle des machines_. Elle fut construite par ordre

de Louis XIV, sur les dessins et sous la direction de _Vigarani_,

gentilhomme italien. Cette salle, qui avoit cinquante et un pieds de

largeur dans oeuvre, non compris les corridors, sur cinquante-cinq de

hauteur sous plafond, étoit distribuée en trois rangs de loges, et

pouvoit contenir environ six mille spectateurs. Sa décoration

consistoit en deux ordres, corinthien et composite, posés l'un sur

l'autre, à bases et à chapiteaux dorés, et d'une belle exécution; le

plafond, plus magnifique encore, étoit en compartiments composés de

membres d'architecture, ornés de bas-reliefs sculptés et entremêlés de

sujets coloriés peints par _Noël Coypel_, sur les dessins de _Le

Brun_. Toute cette ordonnance, dont la richesse étoit poussée

peut-être jusqu'à la prodigalité, dut présenter, dans son origine, le

coup d'oeil le plus éblouissant. Toutefois, cette salle, si vaste et

si magnifique, offroit dans son immensité même des inconvénients qui

contribuèrent à la faire abandonner, lorsque le temps lui eut ôté cet

éclat qui d'abord avoit séduit les yeux: la voix des acteurs s'y

perdoit, et pouvoit à peine s'y faire entendre. On cessa donc d'y

jouer des pièces de théâtre; et ce fut alors que le chevalier

_Servandoni_, peintre, architecte, décorateur, et supérieur dans

toutes ces parties de l'art, obtint de Louis XV la permission d'y

faire représenter des spectacles de simples décorations, qu'il avoit

imaginés pour former des élèves en ce genre. On n'a point encore perdu

la mémoire de l'effet que produisirent ces tableaux vraiment

merveilleux, où la mécanique et la peinture sembloient réaliser tous

les prestiges de la féerie.

Lors du premier incendie qui consuma, en 1763, la salle de l'Opéra, le

roi permit à l'Académie de musique de disposer de la salle des

machines. L'emplacement seul du théâtre[481] suffit alors pour former

une salle provisoire dans laquelle on joua l'opéra pendant près de

six années; en 1770, lorsque l'Académie de musique la quitta, les

comédiens François obtinrent la permission de s'y installer, et y

donnèrent des représentations jusqu'en 1783, époque de l'ouverture de

leur nouvelle salle au faubourg Saint-Germain.

[Note 481: Ce théâtre avoit cent quarante pieds de longueur,

et soixante-deux pieds et demi de largeur dans oeuvre. Sa

hauteur depuis le sol du théâtre jusqu'au premier _entrait_

étoit de cinquante-quatre pieds; celle de la mansarde, dans

laquelle étoient placées les machines, les vols, les

gloires, étoit de vingt-deux pieds, non compris le faux

comble de la couverture. Les fondations destinées aux

machines infernales avoient seize pieds de profondeur.]

Cette salle des machines, toujours réduite à la seule étendue du

théâtre, a depuis servi au concert spirituel établi en 1725. Avant

cette époque, il se donnoit, comme nous l'avons dit, dans la salle des

_Cent-Suisses_[482].

[Note 482: C'est dans l'emplacement de ce théâtre que fut

construite la seconde salle de la _Convention nationale_, et

que l'on a depuis élevé la nouvelle salle des spectacles du

château des Tuileries.]

La chapelle et la salle des machines occupoient tous les pavillons et

corps-de-logis depuis le dôme jusqu'au pavillon d'angle qui, de ce

côté, termine le palais. Ce pavillon servoit de logement au grand

écuyer, avant qu'on lui eût fait bâtir un hôtel à peu de distance des

Tuileries. On y voyoit attachées les premières constructions d'une

galerie qui devoit être parallèle à celle qui règne du côté de la

rivière[483], et dans les mêmes proportions.

[Note 483: Sur cette galerie et sur les diverses réparations

et additions faites au château des Tuileries depuis 1789,

_voyez_, à la fin de ce quartier, l'article _Monuments

nouveaux_.]

La grande écurie étoit aussi de ce côté, entre le pavillon où logeoit

le grand écuyer, et la rue Saint-Honoré: c'étoit un vieux bâtiment qui

n'avoit rien de remarquable. Au-dessus de la porte principale on

voyoit une figure de cheval, très-mutilée, de _Paul Pons_, célèbre

sculpteur florentin.

Entre les deux galeries est la grande cour des Tuileries, partagée

autrefois en trois divisions, que l'on distinguoit entre elles par les

noms de _cour Royale_, _cour des Princes_, et _cour des Suisses_.

Les changements, les augmentations, les embellissements opérés dans ce

palais sont à peu près tout ce que son histoire offre d'intéressant.

Jusqu'à l'époque de la révolution, il ne fut le théâtre d'aucun

événement remarquable.

LA GRANDE GALERIE.

Presque tous les historiens de Paris ont écrit que cette galerie avoit

été commencée par ordre de Henri IV, du côté du pavillon d'angle des

Tuileries. Étienne du Pérac en fut, disent-ils, le premier architecte,

et la conduisit jusqu'au premier guichet; de là elle fut continuée

sous Louis XIII par Clément Métezeau jusqu'au Louvre, où elle va se

rattacher à la galerie d'Apollon.

Sauval est à peu près le seul qui soit d'un avis contraire; et, par

une singularité assez remarquable, cet écrivain, dont les successeurs

ont si souvent relevé les erreurs, n'a point été suivi par eux dans

une circonstance où il avance une opinion tellement incontestable,

qu'il suffit d'ouvrir les yeux pour en reconnoître la vérité. «La

galerie des Tuileries, dit-il, est un ouvrage que Henri IV poussa tout

le long de la rivière jusqu'au palais des Tuileries[484], qui faisoit

partie alors du faubourg Saint-Honoré, afin, par ce moyen, d'être

dehors et dedans la ville quand il lui plairoit, et ne pas se voir

enfermé dans les murailles où l'honneur et la vie de Henri III avoient

presque dépendu du caprice et de la frénésie d'une populace irritée.»

[Note 484: Il se trompe cependant dans cette partie de son

récit, puisqu'il est incontestable qu'elle ne fut achevée

que sous Louis XIII.]

Il suffiroit, nous le répétons, de jeter les yeux sur le genre

d'ornements dont la partie de cet édifice qui touche le Louvre est

couverte, de considérer avec quelque attention ces frises chargées de

sculptures, ces trophées si multipliés et si minutieusement finis, les

bossages vermiculés dont les murailles du rez-de-chaussée sont

revêtues, enfin les colonnes à bandes que présentent les avant-corps

pour reconnoître à tous ces caractères un genre d'architecture qui ne

se retrouve que dans les monuments élevés sous Henri IV. Mais cette

preuve n'est pas la seule que l'on puisse donner: on sait, et les

titres les plus authentiques en font foi, que ce prince, protecteur

des lettres et des arts, autant que le permettoit l'époque malheureuse

à laquelle il régnoit, avoit destiné les appartements du

rez-de-chaussée de cette galerie au logement des artistes les plus

distingués de son temps[485]. Or, si l'on considère la construction

et la distribution de la galerie, il sera facile de se convaincre

qu'on n'a jamais pensé à établir des divisions propres à loger des

particuliers ailleurs que dans cette partie qui avoisine le Louvre, et

qu'elle est la seule qui soit disposée de manière à remplir le but que

Henri IV s'étoit proposé.

[Note 485: Il donna à cet effet des lettres-patentes, datées

du 2 décembre 1608, dont voici le texte:

«Comme entre les infinis biens qui sont causés par la paix,

celui qui provient de la culture des arts n'est pas des

moindres, se rendant grandement florissants par icelle, et

dont le public reçoit une très-grande commodité, nous avons

eu aussi égard, en la construction de notre galerie du

Louvre, d'en disposer le bâtiment en telle forme que nous y

puissions commodément loger quantité des meilleurs ouvriers,

et plus suffisants maîtres qui se pourroient recouvrer tant

de _peinture_, _sculpture_, _orfévrerie_, _horlogerie_,

_insculpture en pierreries_, qu'autres de plusieurs et

excellents arts, tant pour nous servir d'iceux, comme pour

être, par ce même moyen, employés par nos sujets en ce

qu'ils auroient besoin de leur industrie, et aussi pour

faire comme une pépinière d'ouvriers, de laquelle, sous

l'apprentissage de si bons maîtres, il en sortiroit

plusieurs qui par après se répandroient par tout notre

royaume, et qui sauroient très-bien servir le public, etc.»

Par ces mêmes lettres-patentes, le roi donne à ces artistes

le privilége de travailler pour le public, sans pouvoir être

inquiétés par les maîtres de Paris, ni autres, et de pouvoir

faire des apprentis qui auront ensuite le droit de s'établir

dans tout autre endroit du royaume qu'il leur plaira de

choisir.]

Enfin il est une circonstance qui, selon nous, donne à cette opinion

un degré d'évidence auquel il est impossible de résister: c'est que

toute cette partie, surtout du côté intérieur, offre le chiffre de

Henri IV, tellement multiplié, qu'on ne peut assez s'étonner qu'il ait

échappé aux regards de tant de gens intéressés à tout examiner avec la

plus grande attention; et que, s'ils l'ont aperçu, on s'étonne encore

davantage qu'ils se soient obstinés, comme ils l'ont fait, à soutenir

le sentiment contraire.

Blondel, qui a fait un traité très-savant sur l'architecture des

monuments françois, a partagé cette erreur; et lorsqu'il arrive à la

description de l'immense façade de cette galerie, il se plaint qu'on

n'ait pas continué, dans toute sa longueur, l'ordonnance de l'aile

commencée du côté des Tuileries, plutôt que d'affecter un autre genre

d'architecture d'une proportion beaucoup plus petite, et tellement

chargée de membres et d'ornements, qu'à peine les aperçoit-on du pied

de l'édifice. Il critique d'ailleurs l'avant-corps, évidemment trop

petit pour une étendue de bâtiment si considérable, sans compter qu'il

se trouve accompagné de chaque côté d'une ordonnance d'architecture

disparate: «Partout, dit-il, on voit que chaque architecte a préféré

son opinion particulière à l'effet général, d'où il résulte que jamais

il n'entre dans l'idée d'un étranger, qui considère l'aspect de cet

édifice, qu'il a été élevé pour la même fin, ni que cette façade

contienne dans son intérieur une seule et même pièce, et qu'on ait eu

pour objet de réunir et de conserver le plain-pied du Louvre, au

premier étage, avec celui des Tuileries.»

Examinant ensuite en elle-même l'aile qui s'étend du côté du Louvre,

il fait, sur son architecture en général, des critiques extrêmement

judicieuses. «Nous trouverons, continue-t-il, un ordre toscan au

rez-de-chaussée, qui, considéré séparément, pourroit faire un

soubassement convenable, mais qui fait d'autant moins bien ici, que

non-seulement il surpasse d'un module[486] la hauteur de l'ordre de

dessus, mais encore qu'il est chargé d'une quantité si prodigieuse

d'ornements[487], que l'ordre corinthien devient pauvre et chétif.

D'ailleurs, ce toscan que nous avons nommé soubassement, parce qu'il

est au rez-de-chaussée, n'est-il pas ridiculement surmonté par un

étage de proportion attique, dans l'ordonnance duquel on aperçoit un

mélange de petites parties inconsidérément alliées avec des largeurs

de trumeaux considérables, et le peu de hauteur de cet étage?»

[Note 486: Le module est une mesure en architecture qui se

compose du diamètre, et plus souvent du demi-diamètre de la

colonne.]

[Note 487: En blâmant cette profusion d'ornements, Blondel

loue avec raison la pureté et la délicatesse de leur

exécution.]

Il observe ensuite que l'entablement d'ordre corinthien qui termine

cette façade étant de la même hauteur que celui de l'ordre composite

qui règne dans l'autre aile, c'étoit une nouvelle raison de continuer

le même genre d'architecture dans toute la longueur de ce bâtiment.

Enfin, toujours persuadé que Métezeau est l'auteur de cette dernière

partie, il le blâme surtout d'avoir imité les frontons de l'autre

aile; imitation d'autant plus monotone, qu'elle sert à faire

apercevoir davantage la disparité de ces deux genres d'ordonnance.

Cette décoration de frontons alternativement circulaires et

triangulaires, posés sur le devant d'un comble continu, et réitérée

par une imitation bizarre sur toutes les croisées et sur toutes les

niches de la façade, est sans contredit du plus mauvais goût; mais

encore un coup, ce n'est pas sur cette partie que l'imitation a été

faite, c'est sur l'autre. Clément Métezeau, qui est réellement

l'auteur de cette portion de la galerie qui touche le palais des

Tuileries, jugea à propos d'abandonner l'ordonnance des premiers

architectes, parce qu'en se rapprochant du pavillon de Flore auquel

cette galerie devoit se rattacher, elle eût offert une disparate trop

choquante avec l'architecture de ce corps de bâtiment. Il jugea donc

convenable, pour mettre ces deux constructions dans un rapport

symétrique, d'employer pour la galerie l'ordonnance de pilastres,

composites qui décore le pavillon. Ces pilastres sont accouplés, et

leurs chapiteaux offrent une assez belle exécution; mais cet ordre,

auquel l'architecte a donné trois pieds sept pouces de diamètre, afin

qu'il pût répondre au point de distance d'où il doit être aperçu, n'a

pas une saillie suffisante pour produire complétement l'effet qu'on en

attendoit. Cette saillie, si nécessaire, auroit d'ailleurs augmenté

celle de l'entablement, qui, au lieu d'être interrompu au retour dans

chaque entre-pilastre, comme on le voit ici, auroit dû être continué

d'un accouplement à l'autre. Mais, par une licence qu'on ne peut

expliquer, et qu'on doit regarder comme la plus grande faute peut-être

qu'il soit possible de commettre en architecture, Métezeau semble

avoir pris plaisir à rendre la continuation de cette ligne impossible,

en faisant monter les croisées jusqu'au-dessous des corniches. Si l'on

ajoute à ces fautes grossières l'imitation des frontons qu'il faut

également lui reprocher, de quelque côté qu'il ait commencé à

construire, la dissemblance de l'avant-corps qui n'est pas même au

milieu de l'aile, la dissonance des portes en plein cintre de cet

avant-corps avec les autres ouvertures de cette élévation, il paroîtra

plus blâmable encore que du Pérac, dont il étoit si facile d'éviter

les défauts, et qui a sur lui l'avantage d'une exécution bien

supérieure dans les détails de son architecture[488].

[Note 488: _Voy._ pl. 55.]

Cette galerie s'attache à un corps de bâtiment qui du côté du nord

donne sur la place du Vieux-Louvre, et termine cette longue suite de

constructions. Elles viennent ensuite se joindre en retour à la façade

méridionale du Louvre, au moyen d'un petit corps-de-logis

intermédiaire. C'étoit dans cette partie de ce dernier palais[489]

qu'étoient les appartements de la reine, sur lesquels nous nous sommes

réservé de donner ici quelques détails.

[Note 489: _Voyez_ p. 809.]

DISTRIBUTION INTÉRIEURE ET CURIOSITÉS DE L'APPARTEMENT DE LA

REINE ET DE LA GALERIE DU LOUVRE.

Les appartements de la reine occupoient le rez-de-chaussée,

communiquoient de plain-pied avec la grande salle du Louvre, dite

autrefois des _Cent-Suisses_, et se prolongeoient dans le

bâtiment en retour jusqu'à la façade du bord de l'eau.

Le salon des bains, décoré de belles peintures de _Diego

Velasquez_, étoit la première pièce remarquable du côté du

Louvre. Ces peintures représentoient une suite de portraits des

personnes les plus illustres de la maison d'Autriche, depuis

Philippe Ier, père de Charles-Quint, jusqu'à Philippe IV, roi

d'Espagne.

Dans les pièces en retour, la première, qui servoit de vestibule,

étoit enrichie d'un plafond peint par _Francisco Romanelli_; on

passoit ensuite dans une antichambre décorée de peintures et de

figures en stuc; de là, dans la chambre de la reine, où l'on

remarquoit des statues de la main de Girardon; enfin dans le

cabinet sur l'eau, où l'on retrouvoit encore de très-belles

fresques de Romanelli.

Après ce cabinet, on entroit par un dernier salon dans une vaste

pièce où étoient conservées autrefois les statues antiques qui

depuis ont orné la galerie de Versailles. Elle en avoit retenu le

nom de _Salle des Antiques_.

Au-dessus de cet appartement, dont les distributions intérieures

ont été entièrement changées depuis la révolution[490], est la

_Galerie d'Apollon_, ainsi nommée parce que Le Brun[491] a

représenté sur son plafond toute l'histoire de ce dieu, et le

triomphe de _Neptune et Thétis_. Ces peintures sont mises au

nombre des plus belles qui soient sorties de la main de ce

peintre. On cite surtout ce dernier morceau, qui est peint à

l'extrémité du plafond, du côté de l'eau. La plupart des

sculptures étoient de Girardon. C'étoit dans cette galerie

qu'étoient placés les fameux tableaux de Le Brun, connus sous le

nom de _batailles d'Alexandre_[492].

[Note 490: On en a fait une suite de galeries où sont

déposés les chefs-d'oeuvre de sculpture antique apportés

d'Italie.]

[Note 491: Cette galerie, presque entièrement détruite en

1661 par un incendie, avoit été rétablie sur les dessins de

ce peintre.]

[Note 492: Ces tableaux ont été transportés dans la grande

galerie, et remplacés par des cartons de Jules Romain.

Au-dessous de ces cartons est une exposition d'une partie

des dessins de la collection du Roi[492-A].]

[Note 492-A: Ces dessins, qui étoient alors au nombre de dix

mille, et dont le nombre a fort augmenté, sont maintenant

déposés à l'hôtel d'Angeviller, rue de l'Oratoire.]

Le salon d'exposition des tableaux[493] et la grande galerie sont

de plain-pied avec la _galerie d'Apollon_. La destination du

salon n'a point changé; mais on a réalisé le projet qui avoit

déjà été conçu quelques années avant la révolution, de réunir

dans la grande galerie tous les chefs-d'oeuvres des peintres

morts de toutes les écoles, qui formoient le cabinet du roi[494].

Elle servoit auparavant de dépôt à une collection précieuse de

plans en relief de toutes les places et forteresses de France, et

de ses villes les plus considérables. Ces plans, qui furent

transportés aux Invalides vers la fin du dernier siècle, avoient

été exécutés par les plus habiles ingénieurs du royaume.

[Note 493: On arrive à ce salon par un très-bel escalier

construit, quelques années avant la révolution, par ordre de

M. le comte d'Angeviller. L'exposition des tableaux des

peintres vivants s'y faisoit tous les deux ans.]

[Note 494: C'est ce fameux Musée où furent pendant quelques

années rassemblées presque toutes les merveilles que

l'Italie possédoit. Il contient encore, dans ce qui lui en

est resté, une des plus belles collections de l'Europe.

Voyez l'article _monuments nouveaux_.]

L'immense rez-de-chaussée qui règne sous cette galerie depuis le

Louvre jusqu'à l'avant-dernier guichet, contenoit le cabinet des

dessins du roi, l'imprimerie royale[495], la monnoie des

médailles[496] et plusieurs appartements occupés par les artistes

les plus distingués. L'autre aile, jusqu'au palais des Tuileries,

formoit une partie des écuries du roi, et dans cet espace se

trouvoit le guichet dit de Marigny[497].

[Note 495: Elle étoit située près du troisième guichet. Son

établissement remonte à François Ier. Vers 1630, Louis XIII

la plaça dans le pavillon de la reine. En 1690 elle fut

transportée dans les galeries du Louvre. Ce fut alors qu'on

acheva l'immense collection de caractères dont elle étoit

composée, et qui en faisoit l'établissement le plus riche et

le plus complet que l'on connût en ce genre. Cette

imprimerie n'étoit point soumise aux réglements de la

librairie, mais dépendoit immédiatement du roi.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8) · 第 27 / 37 段