par _Luc Jordaens_.
La résurrection du Lazare, par _Mutian_.
Notre Seigneur au tombeau, par _Annibal Carrache_.
La naissance de Bacchus, par _le Poussin_.
Le paralytique et l'enfant prodigue, par _Bassan_.
Un mulet, par _le Corrége_.
Le crucifiement de saint Pierre, par _le chevalier Calabrois_.
Salmacis et Hermaphrodite, par _Paul Mathey_.
_Deuxième grande pièce._
Saint Paul et l'Enfant Jésus, par _Francia_.
Une sainte Famille, par _Louis Carrache_.
Le portrait de J. Gissen, négociant, par _Holbein_.
Le Baptême de N. S., par _l'Albane_.
L'apparition de la Vierge à saint Jean Justinien, par le même.
Une Sibylle, par _le Dominiquin_.
Six esquisses de _Rubens_.
Vénus et Adonis, une mère de douleur, et Charles-Quint à cheval,
par _Le Titien_.
Un portrait de femme, par le même.
Une mère de douleur, par _Guerchin_.
Un calvaire, par _Annibal Carrache_.
Une sainte Famille, par _André-del-Sarte_.
David et Abigaïl, par _le Guerchin_.
Une descente de croix, par _Daniel de Volterre_.
Le portrait d'un Espagnol, par _Antoine Moor_.
Un homme armé, par _Luc Joordans_.
Une annonciation, par _Lanfranc_.
Moïse exposé sur les eaux, par _le Poussin_.
Saint Jérôme, par _le Bassan_.
Un homme et un chat, par _Gentileschi_.
Moïse sauvé des eaux, par _Velasquez_.
David et Abigaïl, par _le Guide_.
L'invention de la croix, par _Giorgion_.
Un paysage, par _Scorza_.
Une sainte Famille, par _Laurent Lotto_.
Une Magdeleine, du _Guide_.
Moïse sauvé des eaux, par _Paul Véronèse_.
Un bourgmestre, par _Rembrandt_.
Le portrait du comte d'Arundel, par _Vandyck_.
Une martyre, par _Guido Cagnacci_.
Une sainte Famille, par _Raphaël_.
Un tableau du _Caravage_, représentant un singe.
_Troisième grande pièce._
L'enlèvement des Sabines, par _Salviati_.
L'éducation de l'Amour, par _le Corrége_.
Une sainte Famille, par _Raphaël_.
Un autre, par _le Bourdon_.
Jésus-Christ au milieu des docteurs, par _l'Espagnolet_.
La décollation de saint Jean, par _le Guide_.
Saint Sébastien et saint Bonaventure, par le même.
L'adoration des bergers, _par Giorgion_; et Milon de Crotone, par
le même.
Une Esclavonne, l'éducation de l'Amour, et Diane surprise au bain
par Actéon, par _le Titien_.
Philippe II et sa maîtresse, par le même.
La mort d'Abel, par _André Sacchi_.
La femme adultère, par _Pordenon_.
Achéloüs, par le même.
Suzanne et les deux vieillards, par _Louis Carrache_.
L'adoration des rois, par _Van-Eyck de Bruges_.
Une sainte Famille, par _Garofallo_.
La résurrection du Lazare, par _Sébastien-del-Piombo_.
Une descente de croix, de _Schiavone_, et Pilate se lavant les
mains, par le même.
Vénus et l'Amour, par _Palme le vieux_.
La prédication de saint Jean dans le désert, par _l'Albane_.
Des joueurs, par _le Caravage_.
Les ducs de Ferrare, par _le Tintoret_, et l'enlèvement
d'Hercule, par le même.
Le massacre des innocents, par _le Brun_.
Une tête de moine, par _le cavalier Bernin_.
La maladie d'Alexandre, par _Eustache le Sueur_.
L'apparition de la Vierge à saint Roch, par _Annibal Carrache_.
_Grand salon à la Lanterne._
La continence de Scipion, par _Rubens_.
Une Magdeleine, du _Guide_.
Un _Ecce Homo_, du même.
Saint Jean montrant le Messie, par _Annibal Carrache_.
Une procession de village, par le même.
Un Christ et le martyre de saint Étienne, par le même.
Trois esquisses de _Rubens_.
L'histoire de saint Georges, par le même.
La mort de Cyrus, par le même.
Joseph et Putiphar, par _Alexandre Véronèse_.
Saint Jérôme effrayé par la tempête, par _le Guerchin_.
Un portement de croix, d'_André Sacchi_.
L'homme entre le vice et la vertu, par _Paul Véronèse_.
Un autre tableau du même maître, portrait de sa fille; Mars et
Venus liés par l'Amour, par le même.
Les disciples d'Emmaüs; Mercure et Hersé; l'enlèvement d'Europe,
et la Sagesse compagne d'Hercule, par le même.
Andromède, par _le Titien_.
L'enlèvement d'Europe, par le même.
Vénus et Adonis, par le même.
Actéon dévoré par ses chiens, par le même.
Le portrait de la maîtresse du _Titien_, par le même.
Lucrèce, par _André-del-Sarte_.
Hérodias, par _Palme le vieux_.
L'Amour façonnant son arc, par _le Corrége_.
Deux études de tête, du même.
Le portrait d'une femme, par _Paul Véronèse_.
Quatre dessus de porte, l'Infidélité, le Respect, le Dégoût et
l'Amour heureux, par le même.
Une fileuse, par _le Féti_.
Un paysage dit des Bateliers, par _le Dominiquin_.
Jésus-Christ portant sa croix, par le même.
Saint Jérôme, par le même.
Une circoncision, par _Bassan_.
La Vierge dite la Laveuse, par _l'Albane_.
Le portrait de la femme du _Bassan_, et son portrait, par
lui-même.
Le jugement universel, par _Léandre Bassan_.
Une copie de la transfiguration de Raphaël, par _Garofalo_.
_Grande galerie._
Le tentateur, une sainte Famille, les quatre âges, une femme
tenant une cassette, une tête de femme, par _le Titien_; son
portrait, peint par lui-même.
La Vierge qui montre à lire à l'Enfant-Jésus, par _Schidone_.
La belle Colombine, maîtresse de François Ier, par _Léonard de
Vinci_.
Une tête de femme, par le même.
La Vierge et l'Enfant-Jésus, par _le Corrége_.
Une Danaé et une sainte Famille, du même.
Une frise, trait d'histoire romaine, par _Jules Romain_.
Diane et Calysto, par _Annibal Carrache_.
La toilette de Vénus, par le même.
Le martyre de saint Étienne, et la vision de saint François, par
le même.
La mort d'Adonis, par _Cangiage_.
Le portrait du duc de Valentinois, fils du pape Alexandre VI, par
_le Corrége_.
Le sacrifice d'Isaac, par _le Dominiquin_.
Saint Jérôme, par le même.
Les portraits de Jean et Hubert de Bruges, par _Van-Eyck_.
Un repos en Égypte, par _François Mola_.
Une frise, trait d'histoire romaine, par _Jules Romain_.
Jupiter et Léda, par le même.
Moïse frappant le rocher, par _le Poussin_.
La communion de la Madeleine dans le désert, par _l'Albane_.
La Samaritaine, par le même.
Une flagellation, par _Louis Carrache_.
Une sainte Famille, de _Palme le vieux_.
Une Vierge et l'Enfant-Jésus, par _Raphaël_.
Saint Jean dans le désert, par le même.
Une Vierge, dite la _belle_, par le même.
Une autre Vierge et l'Enfant-Jésus, par le même.
Une descente de croix, par _Sébastien-del-Piombo_.
Le ravissement de saint Paul, par _le Poussin_.
Un page raccommodant l'armure de Gaston de Foix, par _Giorgion_.
Sainte-Appoline, du _Guide_.
Un enfant dormant sur la croix, par le même.
Une Madeleine, par _le Titien_.
La Samaritaine, par _Annibal Carrache_.
La vision d'Ézéchiel, par _Raphaël_.
Le martyre de saint Barthélemi, par _Augustin Carrache_.
Une sainte Famille, par _Michel-Ange_.
La Circoncision, par _Jean Belin_.
La Vierge et l'Enfant-Jésus, par _Raphaël_.
Saint Jean l'Évangéliste, par _le Dominiquin_.
Une descente de croix et un saint Jean dans la gloire, par
_Annibal Corrache_.
Une sainte Famille, de _l'Albane_.
Un saint François en méditation devant la croix, par _le
Dominiquin_.
_Noli me tangere_, par _le Titien_.
Saint Joseph montrant son métier à l'Enfant-Jésus, par _Annibal
Carrache_.
Une frise, trait d'histoire romaine, par _Jules Romain_.
Une sainte Famille, du _Baroche_.
Le jugement de Pâris, par _Rubens_.
La sainte Famille, par _François Anotti_.
_Noli me tangere_, par _l'Albane_.
Deux esquisses de _Rubens_.
Une autre frise, trait d'histoire romaine, par _Jules Romain_.
Une présentation au temple, par _le Guerchin_.
Un repos en Égypte, par _Annibal Carrache_.
_Noli me tangere_, par _le Corrége_.
La Madeleine, du _Guide_.
La prédication de saint Jean dans le désert, par _Mola_.
_Noli me tangere_, par _Cignani_.
Vénus sortant des ondes, par _le Titien_.
Le mariage de sainte Catherine, par _le Parmesan_.
TABLEAUX DES CHAPELLES DU PALAIS.
Il y avoit deux chapelles dans ce palais.
Dans l'une étoit une apparition de Jésus-Christ, par _Annibal
Carrache_; dans l'autre, plusieurs peintures par _Vouet_.
CABINET DES MÉDAILLES ET PIERRES GRAVÉES.
Cette collection, vendue comme celle des tableaux, par le dernier
duc d'Orléans, jouissoit également de la plus grande célébrité.
Ses commencements sont dus à Élisabeth-Charlotte Palatine, soeur
de Charles II, électeur palatin, laquelle fut mariée à Monsieur,
frère du roi. Cette princesse, venant en France, apporta avec
elle une suite de médailles d'or et de pierres gravées, que son
goût pour les arts lui avoit fait recueillir. Cette collection
fut depuis augmentée par le Régent, qui en devint propriétaire,
et dont la passion pour tous les arts qui tiennent du dessin
étoit la plus vive qu'il soit possible d'imaginer. Non-seulement
il l'enrichit par de nouvelles acquisitions, mais il la doubla,
en quelque sorte, par les empreintes en pâte de verre, qu'il
tiroit lui-même des plus belles pierres. On prétend même que le
procédé de ces pâtes, dont la transparence et la couleur imitent
l'éclat des pierres fines, est dû à ce prince, qui d'ailleurs
pratiquoit ces arts qu'il aimoit si passionnément, mieux qu'il ne
convient peut-être à un prince de le faire.
Le duc d'Orléans son fils réunit à ce cabinet, déjà
très-considérable, la belle collection de M. Crozat, laquelle
étoit composée de plus de quatorze cents pierres gravées. Peu
s'en fallut cependant que ce prince, qui l'avoit tellement
enrichie, n'en privât ensuite ses héritiers: car s'étant retiré à
Sainte-Geneviève pour y consacrer entièrement à la piété les
dernières années de sa vie, il jugea à propos de léguer à cette
abbaye une foule d'objets précieux qui ornoient son palais, et
entre autres la collection des pierres gravées. Elle fut rachetée
par son successeur, moyennant une somme considérable.
La nomenclature de cette collection et sa description passe les
bornes que nous nous sommes imposées dans cet ouvrage. Elle a été
faite par MM. de La Chaux, garde de ce cabinet, et Le Blond, de
l'académie des inscriptions et belles-lettres, en deux volumes
in-folio, ornés de gravures, que les curieux peuvent consulter.
BIBLIOTHÈQUE.
Elle étoit peu considérable, parce que le duc d'Orléans, père du
dernier, avoit légué tous ses livres aux jacobins de la rue
Saint-Jacques. Cependant on avoit fait depuis l'acquisition d'une
nouvelle bibliothèque, dans laquelle se trouvoit une collection
complète et peut-être unique des théâtres de toutes les nations
depuis leur origine jusqu'à nos jours. Cette collection, qui
avoit appartenu à M. de Pont-de-Vesle, frère de M. d'Argental,
étoit, dit-on, composée de treize mille volumes imprimés, et de
plus de cent portefeuilles manuscrits.
CABINET D'HISTOIRE NATURELLE.
Il étoit surtout riche en échantillons de mines auxquels étoient
jointes toutes les espèces de matières qui y sont ordinairement
agrégées. On y conservoit aussi les différentes productions
volcaniques de l'Europe et des Indes. La Collection des _corps
marins fossiles_ y étoit immense, et l'on distinguoit, dans la
partie lithologique, une suite rare des granites de France, etc.
GALERIE DES HOMMES ILLUSTRES.
Cette galerie, qui, comme nous l'avons dit, fut détruite en 1727,
mérite d'être connue, non-seulement à cause de la célébrité dont
elle a joui, mais encore parce qu'elle rappelle un assez grand
nombre de noms chers à la France. Ce monument, élevé à leur
mémoire, étoit très-digne d'un ministre qui en avoit conçu la
pensée; et peut-être eût-il été à souhaiter que, dans cette
France si féconde en grands hommes, de tels honneurs eussent été
rendus plus souvent à la vaillance et à la vertu. On y eût appris
sans doute à ne pas préférer les héros de Rome et de la Grèce à
ceux de son propre pays.
Les portraits qui composoient cette galerie, les bustes et les
tableaux qui les accompagnoient, furent depuis transportés dans
les galeries nouvelles élevées par les ducs d'Orléans, et s'y
voyoient dans l'ordre suivant:
_Suger_, abbé de Saint-Denis, ministre, mort en 1152, âgé de
soixante-dix ans.
_Simon_, comte de Montfort, le fléau des Albigeois, tué au siége
de Toulouse, en 1218.
_Gaucher_, seigneur de Châtillon, connétable de France sous six
rois, mort en 1329; par _Vouet_.
_Bertrand du Guesclin_, connétable de France en 1370, et mort au
siége de Château-neuf-Randon en Gévaudan, le 13 juillet 1380, âgé
de soixante-six ans. _Henri II_, _Charles IX_ (bustes).
_Olivier de Clisson_, connétable de France en 1380, mort en 1407.
_Jean Le Meingre_, dit _Boucicaut_, maréchal de France en 1391,
mort prisonnier en Angleterre l'an 1421.
_Jean_, bâtard d'Orléans, comte de Dunois, et lieutenant-général
du royaume sous Charles VII, mort en 1468, âgé de soixante-sept
ans.
_Jeanne-d'Arc_, dite _la Pucelle d'Orléans_. _Louis XIV_ (buste).
_Georges d'Amboise_, cardinal et premier ministre sous Louis XII,
mort en 1510; par _Vouet_.
_Louis de La Trimouille_, général des armées du roi sous Louis
XII et François Ier, tué à la bataille de Pavie, à l'âge de
quatre-vingts ans; par _Champagne_.
_Gaston de Foix_, duc de Nemours, vice-roi de Milan, et général
des armées de Louis XII, tué le jour de Pâques, 11 avril 1512, à
la bataille de Ravenne; copié par _Champagne_, d'après un
portrait original peint par _Raphaël_, et qui appartenoit au duc
_de Saint-Simon_.
_Pierre du Terrail_, seigneur de _Bayard_, surnommé le _chevalier
sans peur et sans reproche_, tué à la retraite de Romagnano en
1524. _François Ier_ (buste).
Au-dessus de la porte de la chapelle, le cardinal de _Richelieu_
donnant audience à des moines.
_Charles de Cossé_, duc _de Brissac_, maréchal de France, et
général des armées des rois Henri II, François II et Charles IX,
mort en 1563.
_Anne de Montmorency_, connétable de France sous François Ier,
Henri II, François II et Charles IX, tué à la bataille de
Saint-Denis en 1567.
_François de Lorraine_, duc _de Guise_, assassiné devant Orléans,
par _Poltrot_, en 1563. _Henri III_ (buste).
_Charles_, cardinal de _Lorraine_, archevêque de Reims, frère du
précédent, mort en 1574 (buste).
_Blaise de Montluc_, maréchal de France, mort en 1577.
_Armand de Gontaud de Biron_, maréchal de France, tué au siége
d'Épernai, en 1592.
_Henri de la Tour d'Auvergne_, vicomte _de Turenne_, tué d'un
coup de canon le 27 juillet 1675.
_François de Bonne_, duc de Lesdiguières, maréchal de France en
1608, duc et pair en 1619, connétable en 1622, et mort en 1626.
_Henri IV_ (buste).
_Marie de Médicis_, reine de France, son épouse, morte à Cologne
le 3 juillet 1642.
_Armand-Jean Duplessis_, cardinal, duc _de Richelieu et de
Fronsac_, pair de France et premier ministre sous Louis XIII,
mort à Paris, en 1642.
_Louis XIII_, mort à Saint-Germain-en-Laye le 14 mai 1643.
_Anne d'Autriche_, femme de Louis XIII, mère de Louis XIV, et
régente du royaume, morte au Louvre, à Paris, le 20 janvier 1666.
_Gaston_ (Jean-Baptiste) _de France_, duc _d'Orléans_, frère
unique de Louis XIII, mort à Blois le 2 février 1660.
Toutes les peintures de cette galerie ont été dessinées et
gravées par _Hénice_ et _Vignon_, peintres et graveurs ordinaires
du Roi.
LA PLACE DU PALAIS-ROYAL
ET
LE CHÂTEAU D'EAU.
Vis-à-vis du Palais-Royal étoit, dans le principe, l'hôtel de Sillery,
lequel appartenoit à Noël Brûlart de Sillery, prêtre, commandeur de
l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et du temple de Saint-Jean de
Troyes. Le cardinal de Richelieu s'en rendit propriétaire en
1640[456], pour la somme de 50,000 écus, dans l'intention de le faire
abattre, et d'obtenir à ce moyen une place devant son palais, dont cet
hôtel n'étoit séparé que par la largeur de la rue[457]; mais ce
projet n'étoit point encore entièrement exécuté quand il mourut. La
cour étant venue occuper le Palais-Cardinal en 1643, on fit achever
cette démolition, et l'on abattit en même temps quelques édifices
voisins pour construire des corps-de-garde. Cette place n'étoit point
alors aussi grande qu'elle l'est aujourd'hui; et de chétives maisons,
d'un aspect désagréable, et placées sans symétrie, étoient la seule
perspective qu'eût la demeure du souverain. Les choses demeurèrent
cependant en cet état jusqu'en 1719, que le duc d'Orléans, régent,
devenu propriétaire du Palais-Royal, fit détruire ces masures, et
ensuite élever à leur place le grand corps de bâtiment qu'on nomme
_Château-d'Eau_, lequel fut bâti sur les dessins de Robert de Cotte,
premier architecte du roi. Ce monument ne manque point de mérite, et
l'intention de l'auteur y est bien marquée. Son architecture se
compose d'un corps de bâtiment en bossages rustiques vermiculés,
flanqué de deux pavillons de même symétrie, le tout sur vingt toises
de face. Au milieu est un avant-corps formé par quatre colonnes
d'ordre toscan, qui portent un fronton, dans le tympan duquel sont les
armes de France. Au-dessus on a placé deux statues à demi couchées,
par Coustou le jeune, dont l'une représente la Seine, et l'autre la
nymphe de la fontaine d'Arcueil. C'est effectivement pour servir de
réservoir aux eaux de la Seine et d'Arcueil que ce bâtiment a été
élevé, mais il fut long-temps sans remplir sa destination; et la belle
inscription qu'on lit au-dessus de la niche où est le robinet: _Quot
et quantos effundit in usus!_ sembloient offrir, jusqu'à la fin du
siècle dernier, un sens épigrammatique. Cependant, depuis quelques
années, il coule de l'eau de cette fontaine[458].
[Note 456: Ce fut M. Charles d'Escoubleau, marquis d'Alluye
et de Sourdis, qui l'acheta le 22 mars de ladite année. Le
même jour il en fit sa déclaration au profit du cardinal de
Richelieu.]
[Note 457: Les historiens de Paris disent que la rue
Saint-Thomas-du-Louvre étoit alors la seule avenue du
Palais-Royal, d'où il s'ensuivroit que l'hôtel de Sillery
auroit couvert toute la place, et que la rue Froid-Manteau
auroit été prolongée sur ses ruines jusqu'à la rue
Saint-Honoré, ce qui n'est pas exact; l'inspection seule du
plan de Saint-Victor, publié par d'Heulland, suffit pour
s'en convaincre. (JAILLOT.)]
[Note 458: _Voyez_ pl. 65.]
HÔPITAL ROYAL
DES QUINZE-VINGTS.
L'hôpital des Quinze-Vingts étoit autrefois situé rue Saint-Honoré,
vis-à-vis celle de Richelieu; il fut transféré, en 1780, sur la
demande du cardinal de Rohan, alors grand-aumônier, au faubourg
Saint-Antoine, dans l'hôtel occupé précédemment par les Mousquetaires
noirs.
Personne n'ignore que cette maison fut fondée par saint Louis.
Quelques anciens auteurs ont avancé sans preuves, et d'autres ont
répété sans examen[459], que ce pieux monarque avoit créé cet
établissement pour servir d'asile à trois cents gentilshommes
françois, qu'il avoit, dit-on, laissés en otage en Égypte, et que les
Sarrasins renvoyèrent en France, après leur avoir fait crever les
yeux. Cette opinion, dénuée de tout fondement historique, a été
rejetée avec raison par tous les historiens modernes, et Jaillot
surtout la réfute victorieusement[460].
[Note 459: Belleforest, Corrozet, Dubreul, Sauval.]
[Note 460: On en trouve aussi la réfutation dans des vers de
_Ruteboeuf_, poète contemporain de saint Louis, dont Fauchet
a conservé un fragment, où l'hôpital des Quinze-Vingts est
peint avec des couleurs qui ne conviennent en aucune façon à
des gentilshommes. Voici ce fragment:
Li Roix a mis en un repaire,
Mes je ne sais pas porquoi faire,
Trois cents aveugles tote à rote.
Parmi Paris en va trois paires,
Tote ior ne finent de braire:
As trois cents qui ne voient gote,
Li uns sache, li autre bote,
Si se donnent mainte secosse,
Qu'il n'y a nul qui lor éclaire:
Si feux y prent, ce n'est pas dote,
L'ordre sera bruslée tote,
S'aura li Roix plus à refere.]
«On voit, dit-il, dans les premiers titres qui ont rapport à cette
fondation, et dans les bulles qui la concernent, que c'est la _Maison
des aveugles_, _la Congrégation_, _l'Hôpital des pauvres aveugles de
Paris_: nulle mention de ces trois cents chevaliers, nul indice qu'ils
aient donné lieu à cet établissement; le silence des titres et des
historiens contemporains détruit même toute idée qu'ils y aient eu la
moindre part. Comment d'ailleurs présumer que saint Louis, ce prince
judicieux et équitable, qui connoissoit le prix des services et savoit
les récompenser, eût borné sa générosité et sa reconnoissance, pour
trois cents nobles qu'on suppose avoir perdu la vue pour son service,
à leur procurer un simple asile, sans pourvoir à leurs besoins d'une
manière convenable à leur naissance? On voit que ces aveugles
mendioient dans les rues et dans les églises; qu'on quêtoit pour eux
dans les principales villes du royaume, et que, près de quinze ans
après leur établissement[461], ils étoient encore si peu rentés, que
Louis IX, par ses lettres données à Melun au mois de mars 1269, leur
accorda 30 livres de rente pour avoir du potage. Ces faits, prouvés
par les monuments les plus authentiques, sont, à ce que je crois,
plus que suffisants pour détruire la fable des trois cents chevaliers
aveugles, adoptée beaucoup trop légèrement par plusieurs historiens.»
[Note 461: Saint Louis avoit formé le projet de fonder cet
hôpital dès l'an 1254.]
Ces raisons nous semblent sans réplique; et il est plus simple de
croire que, dans la fondation de cet établissement, saint Louis eut
seulement en vue de réunir dans un asile commun trois cents des plus
pauvres aveugles, dont on peut supposer que le nombre étoit
considérablement augmenté en France depuis que nos rois avoient pris
part aux expéditions pieuses d'Égypte et de la Palestine[462].
L'infortune de ces hommes, parmi lesquels plusieurs avoient été sans
doute ses compagnons d'armes, devoit émouvoir vivement la compassion
de ce grand monarque, si sensible d'ailleurs à toutes les infortunes
de ses sujets. Il conçut donc le projet de fonder cet hôpital, et
acheta à cet effet, dans la censive de l'évêché, une partie du terrain
sur lequel il le fit construire. Le premier titre de cette fondation
n'a pu être retrouvé; mais ceux qui la concernent et qui nous restent
ne permettent pas de douter que le projet de saint Louis n'ait eu son
entière exécution avant 1260. On voit qu'en cette année le roi
assigna 15 livres de rente, sur la prévôté de Paris, à Jean Le Breton,
qu'il avoit établi chapelain dans cette maison; et que le pape
Alexandre IV accorda également, en 1260, des indulgences à ceux qui
visiteroient l'église de cet hôpital, bâtie sous l'invocation de saint
Remi[463].
[Note 462: On sait que, dans ces contrées brûlantes, le vent
élève des tourbillons d'un sable extrêmement fin, qui,
s'insinuant dans les yeux, attaque la vue de ceux qui ne
prennent pas les précautions nécessaires pour s'en
garantir.]
[Note 463: Par un acte passé en 1282, entre la congrégation
de la maison des pauvres aveugles et le chapitre de
Saint-Germain-l'Auxerrois, cette congrégation cède au
chapitre 10 liv. 15 s. de rente sur deux maisons près la
Grande-Boucherie; et en échange le chapitre accorde aux
Quinze-Vingts la permission d'avoir un cimetière et deux
cloches du poids de cent livres chacune, leur abandonnant en
outre la dîme qui lui appartenoit sur les terres de leur
hôpital.]
Cet établissement, si médiocrement doté dans son origine, fut
néanmoins un grand bienfait pour ces infortunés, qui, avant le règne
de saint Louis, formoient bien, à la vérité, une espèce de société ou
congrégation, mais dont les membres vivoient en particulier des
foibles ressources que leur procuroit la charité des fidèles. Il en
résultoit que les secours leur manquoient presque totalement, lorsque
l'âge ou les infirmités ne leur permettoient plus de les aller
chercher.